2ème festival international des très courts métrages "Un Brin de Court" à VICHY (France) du 14 au 22 novembre 2026

2ème festival international des très courts métrages "Un Brin de Court" à VICHY (France) du 14 au 22 novembre 2026

Après une première édition réussie en 2025, le festival international Un Brin de Court de Vichy va agrandir son audience et prendre une autre dimension. Il est organisé, du 4 au 22 novembre 2026, par le Club Audiovisuel de Vichy en partenariat avec le théâtre du Backstep de Vichy, l’association Francophonie en Auvergne Bourbonnais. et le Think-Tank International I-Dialogos. Jean-Claude MAIRAL, Co-président de I-Dialogos, Délégué Général de Francophonie en Auvergne-Bourbonnais. Vichy le 14 août 2026

Compétitions Internationales Francophones du 14 au 22 novembre 2026 

Faire participer le public au « Prix du Meilleur Film Francophone » et au «Prix du Meilleur Film Etranger »  

Après une première édition réussie en 2025, le festival international Un Brin de Court de Vichy va agrandir son audience et prendre une autre dimension. Il est organisé, du 4 au 22 novembre 2026,  par le Club Audiovisuel de Vichy en partenariat avec le théâtre du Backstep de Vichy, l’association Francophonie en Auvergne Bourbonnais. et le Think-Tank International I-Dialogos. 

Il se veut désormais une célébration du très court-métrage (1 à 3 minutes) international francophone. Durant une semaine, du 14 au 22 novembre 2026 la ville de Vichy et le département de l’Allier en France deviendront le centre du cinéma international francophone avec des projections, des rencontres et des événements festifs. Avec un élargissement à d'autres territoires au plan international, en faisant participer le public au « Prix du Meilleur Film Francophone » et au «Prix du Meilleur Film Etranger » 

L'ouverture du festival se fera le 15 novembre à 10h, au pôle universitaire de Vichy, le jour de l'ouverture du Sommet de la Francophonie au Cambodge. Cette ouverture permettra d'une part d'organiser une visio et/ou une projection de quelques vidéos courtes de certains de ces partenaires et d'autre part, la projection des films sélectionnés pour  les prix du meilleur film francophone et du meilleur film étranger. Nous serons en lien avec Phnom Penh via le réseau international des maisons des francophonies.

Vous êtes cordialement invités à l'ouverture du festival

PROGRAMME PREVISIONNEL

Dimanche 15 novembre 2026 : Pôle Universitaire de Vichy
Cérémonie d'ouverture en liaison avec le XXe Sommet de la FrancophonieFilms en compétition pour le prix du meilleur film francophone et le prix du meilleur film étranger

Lundi 16 novembre : Clap Ciné, St Pourçain-sur-SiouleSéances scolaires matin 10h30 et après-midi 14h30Séance grand public – 20h - Films de la catégorie « Thème libre »

Mardi 17 novembre : Cinéma René Fallet, Dompierre-sur-Besbre Séances scolaires matin 10h30 et après-midi 14h30Séance grand public – 18h - Films de la catégorie « Thème imposé, résistance »

Mercredi 18 novembre : Centre social la Magic, Broût-Vernet Séance grand public – 18h30
Films de la catégorie « Thème libre »

Jeudi 19 novembre : Cinéma le Chardon, Gannat Séances scolaires matin 10h30 et après-midi 14h30Séance grand public – 20h - Films de la catégorie « Thème imposé, résistance »

Vendredi 20 novembre : Théâtre du Backstep, Vichy Séances scolaires matin 10h30 et après-midi 14h30

Samedi 21 novembre : Théâtre du Backstep, Vichy Séance jeunes publics, matin 10h30Soirée de Gala - 20h30 - Films de la catégorie « Thème libre ». Remise des prix. 

Dimanche 22 novembre : Théâtre du Backstep, Vichy Séance jeunes publics, matin 10h30Après-midi de Gala - 15h - Films de la catégorie « Thème imposé, résistance »


Remise des prix.
Toute la semaine


Projections des films en compétition pour les « Prix du Meilleur Film Francophone » et « Prix du Meilleur Film Etranger » dans les centres culturels partenaires à l'étranger et dans les territoires Ultra-Marins.

l s’agira ainsi de : 

• Promouvoir la francophonie comme vecteur de culture, de paix et de solidarité fondé sur les principes d’humanisme, de démocratie et de respect de la diversité des cultures et des langues. 

• Être en symbiose avec le XXème sommet de la Francophonie au Cambodge. 

• Proposer une programmation riche, variée et exigeante à travers des courts métrages choisis pour leur qualité esthétique, leur audace et leur originalité, adaptés à tous publics. 

Vous êtes une école, une institution, un centre culturel, un cinéma… à l’étranger ? Rejoignez l’aventure, accueillez chez vous notre sélection de films très courts et offrez à votre public une expérience originale en le faisant voter pour ses films préférés. 

Ensemble, faisons vivre la création francophone au-delà de Vichy et donnons une dimension véritablement internationale au « Prix du Meilleur Film Francophone » et au « Prix du Meilleur Film Etranger » 

Le principe 10 films de fiction francophones et 10 films étrangers, d’une durée maximale de 3 minutes chacun, ont été sélectionnée par nos soins. 

Les votes des publics partenaires permettront de désigner le « Meilleur Film Francophone » et le « Meilleur Film Etranger » 2026 

Nous sommes à votre disposition pour de plus amples informations. Jean Claude Mairal Délégué Général de Francophonie en Auvergne-Bourbonnais Co-Président du Think-Tank International I-Dialogos





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Jean-Claude MAIRAL est ancien professeur de philosophie, président de « Planète Jeunes reporters-Sur les pas d'Albert Londres », à Vichy, France. De nationalité française, ex président du Conseil Général de l’Allier, vice-président de la Région Auvergne, président du Conseil de développement du pays Vichy-Auvergne, secrétaire de la fondation Gabriel-Péri, président de la plateforme de coopération France-Balkans, Jean-Claude MAIRAL a publié « Peuple citoyen, la démocratie, le défi de notre temps » (éditions Arcane 17, 2014). Coprésident fondateur de I-Dialogos, Jean-Claude Mairal y pilote, notamment, les thématiques Francophonie et Coopération/Développement.


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Le Département français de l’ALLIER en pointe pour valoriser et promouvoir la Francophonie

FRANCOPHONIE EN BOURBONNAIS 

le 9 mars 2026

Le département de l’Allier, petit département français de 334000 habitants a développé depuis plusieurs années une véritable stratégie francophone. Il y existe en effet un terreau favorable au développement de la francophonie. L’Allier étant très en pointe au plan national comme en témoigne les nombreuses associations et organismes qui promeuvent la Francophonie. On peut même écrire que l'Allier est un pôle extrêmement dynamique et important au plan national.

"Cavilam-Alliance française" de Vichy avec chaque année 4000 étudiants de 125 pays et qui organise les rencontres littéraires francophones, avec l’appui du collectif « Cavilam Alliance française-maisons des francophonies », l’association nationale Culture du monde et son festival à Gannat qui accueille plus de 40000 festivaliers, France Canada-Vichy, Planète Jeunes reporters, qui organisait le concours francophone du reportage court et désormais en 2026, « le festival francophone des ruralités- les documentaires des nouvelles vie », le service coopération du département de l’Allier (Mongolie, Sénégal, Mali, Maroc) et son service culturel, Bourbonnais aux Amériques, Francophonie en Auvergne-Bourbonnais, réseau associatif qui fédère des acteurs individuels ou collectifs de la Francophonie, le centre d’émerveillement de la Francophonie à Hérisson, Cheminements littéraires en Bourbonnais et ses associations adhérentes, Le club audio-visuel de vichy qui organise le festival international francophone, « Un brin de Court », la Compagnie Procédé zèbre, des collèges et des lycées, de nombreuses associations de coopération (sans oublier la Louisiane ), des collectivités, etc 

La coopération et la mutualisation sont primordiales. C’est pourquoi les acteurs de la Francophonie en Allier ont de nombreux partenariats : la maison de la francophonie de Lyon, Le RIMF (réseau international des maisons des francophonies), l'Université. Liens également avec Ivan KABAKOFF  de TV5 Monde qui a animé une initiative, lors du Sommet de la francophonie, à Paris avec I-Dialogos et Planète Jeunes Reporters, Agora Francophone, Reporters solidaires de Lyon, la Conférence des organisations internationales non gouvernementales de l’OIF, etc 

Le 3 mars dernier à Lyon à la région Auvergne-Rhône Alpes, s’est tenu à l’initiative de Christian PHILIP de la Maison des francophonies de Lyon et de Jean Claude Mairal de Francophonie en Auvergne-Bourbonnais, avec tous les acteurs de la francophonie, une rencontre pour échanger et envisager de travailler ensemble. 

Claude MUSAVYI, Président de la conférence des organisations internationales non gouvernementales de l'OIF a participé à cette rencontre.

L'ouverture, le 15 novembre 2026, « du 2ème festival international "Un brin de Court"- compétitions Nationales et Internationales Francophone » qui aura lieu à Vichy et dans le département de l'Allier jusqu’au 21 novembre, se fera le même jour celle du XXème sommet de la Francophonie au Cambodge, avec une visioconférence en direct du Cambodge, avec des personnalités participantes au Sommet. 

Pourquoi une telle proposition ?

Compte tenu que nos concitoyens ne seront pas présents au Sommet, il nous a semblé intéressant de faire un focus sur le Sommet, lors de l'ouverture du festival et ainsi de le faire connaître à nos concitoyens. Nous serons certainement les seuls à le faire au plan national. La francophonie est donc au cœur du rayonnement de l’Allier. 

Il en sera ainsi le 11 mars 2026

* Agora francophone

JCM, le 8 mars 2026

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LES ENJEUX DE L’INTERCULTURALITE.

le 5 aout 2025

Ci-après l’intervention de Jean-Claude Mairal, à l’atelier « Interculturalité »  du festival de GANNAT dans le département français de l’Allier, "les Cultures du monde" le 26 juillet 2025, suivie d’une réflexion pour que vive l’interculturalité entre territoires urbains et ruraux français, ainsi que l’interculturalité dans chaque pays.

Le festival de Gannat

Désormais sur nombre de sujets, chacun est sommé de rejoindre un camp. La nuance ne fait quasiment plus partie du débat, c’est la pensée binaire qui domine. Edgar Morin invite avec le concept de la pensée complexe à sortir de cette posture qui gangrène la société et ainsi mieux concevoir ce qu’est l’être humain, dans son environnement, dans son rapport aux autres, au pays où il vit et au Monde, de percevoir la complexité des sociétés et leurs contradictions. C’est en s’inspirant de cette approche que l’on peut comprendre l’importance dans une société aux composantes humaines et territoriales très diverses, de l’interculturalité, à ne pas confondre avec le multiculturelle qui génère une juxtaposition des communautés, d’où résulte rapidement un repliement identitaire. Alors que la démarche interculturelle vise à favoriser le dialogue, permettant aux identités culturelles de se transformer sans se sentir menacées, de créer du commun et du vivre ensemble.    

La gestion de la diversité culturelle fait partie intégrante des enjeux sociaux et des politiques qui structurent les villes et les territoires de l’hexagone et des Outre-Mer. 

Car la France on l’oublie trop souvent, est présente aux quatre coins de la planète, sur tous les Océans, en Amérique du sud, dans les Caraïbes, en Amérique du Nord, en Océanie, dans l'Océan Indien, proche du continent africain, dans l'Antarctique. 

La France est un « pays-monde » C’est un "pays-monde. 

Même si comme le note Walles Kotra, Kanak, journaliste et ancien membre du Comité exécutif de France télévisions en charge des Outre-Mer, « la France refuse de se penser en archipel mondial pour continuer à n'être qu'un Hexagone rabougri, incapable d'assumer sa géographie éclatée et ses champs culturels multiples ». Et si on ajoute la présence sur ses territoires, de populations issues de l’immigration depuis le 19ème siècle, on se rend compte que l’interculturel est un enjeu majeur pour la cohésion de la France. 

L’école a un rôle fondamental à jouer. Dans un certain nombre d'écoles, il y a parfois dans des classes, des jeunes issus de 7 ou 8 cultures différentes, voire plus. Sans une formation spécifique sur l'approche interculturelle, permettant en valorisant l'apport des origines de chaque jeune (donc du pays d'origine des parents et les parents eux-mêmes) de donner confiance aux jeunes concernés, il n'y aura aucune possibilité qu'ils se reconnaissent dans une communauté de destin national. 

Il faut être conscient qu'un certain nombre de jeunes issus de l'immigration n'arrivent pas à se construire une identité. Ils ne sont plus de là-bas (pays d'origine des parents et des grands-parents) et pas pleinement d'ici, car on ne les reconnaît pas comme étant d'ici. Former les enseignants à cette démarche interculturelle permettrait à l’éducation nationale de se réaffirmer comme le lieu des passerelles et de ciment de la communauté nationale. En valorisant cette diversité culturelle et linguistique parmi la jeunesse, elle en fera un atout, une richesse et un levier de créativité pour le développement économique et le rayonnement culturel de la France. Elle sort les jeunes de l’enfermement, de la victimisation et leur donne une perspective d’avenir. 

Les populations d’origine immigrée : une formidable expérience  de dialogue et de coopération interculturelle à valoriser.   

Par ailleurs les collectivités qui ont sur leur territoire des populations d'origine immigrée peuvent développer des coopérations avec les pays d'origine de celles-ci. Il y a là une formidable expérience de dialogue et de coopération interculturelle à valoriser, à faire fructifier tout en favorisant l'investissement de jeunes, en les sortant de leur isolement, dans des projets d'envergure dans un certain nombre de pays, d'en faire ainsi les ambassadeurs de la France. 

Cependant l’interculturalité qui est le plus souvent pensée en France avec des pays et territoires étrangers peut concerner également des territoires français. Quand on constate la méconnaissance de nombre de personnes et de jeunes en particulier qui vivent dans les métropoles, vis-à-vis des territoires ruraux et du monde agricole ou la méconnaissance de personnes vivant dans les territoires ruraux et d’agriculteurs vis-à-vis de quartiers urbains et de leur réalité, l’interculturalité doit aussi être enseigné dans l’ensemble de la France. Car la France, y compris dans l’hexagone, c’est un pays à la grande diversité des territoires et de leur Histoire. 

En 1946, Lucien Febvre titrait un article, « Que la France se nomme diversité » et en 1986 Fernand Braudel dans « l’identité de la France », écrivait « La France se nomme diversité et, je l’avoue avec délectation, c’est son plus beau visage, celui que j’aime et qui par sa seule beauté me libère de tout raisonnement qui pourrait être triste ».    

Aujourd'hui la majeure partie de nos concitoyens ne connaissent les territoires français que par les médias, souvent par faits divers interposés ou par la vision touristique de cartes postales, mais rien sur la vie réelle des populations concernées. Souvent des jeunes lycéens et étudiants, grâce à leurs voyages ou par leur stage à l’étranger, connaissent mieux des pays à plusieurs milliers de kms, que des territoires de la France, à quelques centaines de Kms. Intégrer la réflexion interculturelle dans l’enseignement doit donc aussi se penser entre territoires ruraux et urbains français. Des coopérations pourraient aussi se développer entre ces différents territoires, via les collectivités et les associations. 

J’ai pris l’exemple de la France, mais chaque pays, sur chaque continent, possède des cultures, des langues, des spiritualités et des populations diverses, natives ou immigrées, souvent source de tensions et parfois de guerres meurtrières inter-ethniques. 

Faire vivre et enseigner l’interculturalité par la connaissance et la compréhension des uns et des autres, par l’échange et le dialogue, est le ferment du vivre ensemble et permet d’éviter bien des désagréments mortifères. C’est le combat que mène l’UNESCO, notamment en direction de la jeunesse pour la paix avec le programme de leadership interculturel de l’UNESCO. 

L’interculturalité est aussi au cœur des réflexions et actions de I-Dialogos. 

Jean-Claude MAIRAL

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Et si le Maroc devait repenser sa gouvernance avant de sauver ses urnes ? Taieb CHADI (Casablanca)

Et si le Maroc devait repenser sa gouvernance avant de sauver ses urnes ? Taieb CHADI (Casablanca)

Démocratie en panne. Confiance dissoute. Et si le Maroc devait repenser sa gouvernance avant de sauver ses urnes ? Ibn Khaldoun avait déjà compris que les cycles du pouvoir reposent sur la cohésion sociale avant les institutions. Mais attention aux mirages. La tentation autoritaire est une impasse. Une démocratie de façade aussi. La démocratie n’est pas un logiciel universel que l’on installe. C’est une culture. un rythme. Une maturation. elle exige du temps. Du pluralisme. L’acceptation de la frustration. Tout ce que les sociétés en crise refusent. Le Maroc n’a peut-être pas accouché de la démocratie attendue. Il s’emploie à en forger une autre. Moins normative. Plus située. Façonnée par ses contraintes. Ses fragilités. Mais aussi ses ressorts propres. Taieb CHADI, Casablanca act le 2.10.2026

Co-fondateur du quotidien Les échos, ancien rédacteur en chef du quotidien Le Soir et correspondant de l’agence AP Maroc, Taieb Chadi est aujourd'hui consultant en médias et journaliste indépendant. Il est aussi, et entre autres, chercheur à l’International Studies Association comme expert en terrorisme et mouvements islamiques. Après une formation aux Etats Unis à la JFK School of Government à Boston, il a pu effectuer des stages au département d’Etat Américain à Washington, puis au Secrétariat des Nations Unies à New York, et au Parlement européen sur la relation entre médias européens et du « Sud », ainsi qu’à la BBC et au Financial Times à Londres. Taieb Chadi, qui est de nationalité marocaine et basé à Casablanca, est chroniqueur  régulier de I-Dialogos.

Et si la démocratie n’était pas faite pour nous ?

Démocratie en panne. Confiance dissoute. Et si le Maroc devait repenser sa gouvernance avant de sauver ses urnes ?

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l y a des annonces qui ressemblent à des feuilles de route. Et d’autres à des cartes déjà dessinées. Le programme de 210 milliards de dirhams présenté au dernier Conseil des ministres appartient à cette seconde catégorie. Étalé sur huit ans, précis dans ses chiffres, mais flou sur une question essentielle. Qui tient réellement le volant ?

Au Maroc, le pouvoir n’est jamais une ligne droite. C’est un réseau, une toile. L’exécutif trace. L’administration territoriale met en œuvre. Parfois anticipe. Lorsque les décisions structurantes semblent calibrées ailleurs, la politique électorale devient une mise en scène. Une chorégraphie bien répétée. Les élections de septembre prochain ne seront plus un choix. Mais une validation. Une ratification silencieuse.


Alors le doute s’installe. Lentement. Profondément. Le vote arbitre-t-il encore quelque chose ? Ou assistons-nous à une démocratie d’accompagnement, où les urnes suivent plus qu’elles ne décident ? 


Les chiffres, eux, ne doutent pas. 94,8 % de défiance envers les partis. 91,2 % d’adhésion nulle. Ce n’est plus une crise. C’est une évaporation. Le citoyen ne croit plus au canal. Il contourne. Observe. Se retire. La politique devient un théâtre sans public. Les acteurs parlent encore. Mais la salle est vide. Ce divorce n’est pas idéologique. Il est moral. Le pacte de représentation est rompu. Remplacé par les conflits d’intérêts. Le clientélisme. Et une routine d’absences. Les partis ne produisent plus des idées. Mais des investitures. Le Parlement ne débat plus. Il résonne. 

Dans ce vide, d’autres forces avancent. La rue. Les réseaux sociaux. Parfois l’imprévisible. L’Histoire nous a appris que lorsqu’un système cesse d’absorber les tensions, il les amplifie. Faut-il alors oser poser la question que l’on esquive. 

A quoi sert encore la démocratie au Maroc aujourd’hui ? Elle dérange. Sans doute. Tant elle bouscule les certitudes. Pourtant, elle n’est ni provocation ni posture. Elle s’impose comme l’aboutissement lucide. Quoique provisoire. D’un diagnostic devenu incontournable. 

Soyons clairs. Il ne s’agit ni de plaider pour une monarchie absolue. Ni de regretter les modèles autoritaires. Le Maroc a déjà payé cher ses tâtonnements. Depuis 1955, il a investi des vies. Du temps. Des ressources dans cette quête. De Mbarek Bekkai à Abderrahmane Youssoufi, des générations ont porté cette promesse. Et pourtant, le sentiment persiste. Beaucoup d’énergie pour des résultats en deçà des attentes. Dans un pays où 74 % des élèves quittent l’école avant le baccalauréat. Où près de 80 % présentent des niveaux scolaires faibles. Une interrogation plus profonde émerge. Et si la démocratie n’était pas faite pour nous ? 

Non, la démocratie n’est pas inutile. 

Mais elle n’est peut-être pas encore prioritaire. Un système politique ne peut dépasser le socle civique qui le porte. Or ce socle est fissuré. Quand la règle disparaît dans la rue, elle disparaît aussi dans les institutions. La démocratie n’échoue pas par nature. Mais là où ses fondations n’ont pas été suffisamment construites. 

Évitons alors tout angélisme qui nourrit le populisme. Même avec des élections irréprochables. A la danoise s’il le faut. Le résultat resterait le miroir de nos fragilités. Des élus, produits d’une société en crise de valeurs. Plus révélateurs de ses limites que porteurs de ses vertus. Le citoyen, bac plus 12, nanti, qui brûle un feu rouge ne devient pas soudain vertueux dans l’isoloir. L’électeur qui monnaye son vote abdique son droit d’exiger l’intégrité. Nous avons une mémoire. Une pensée. 

La tentation autoritaire est une impasse. Une démocratie de façade aussi.

Ibn Khaldoun avait déjà compris que les cycles du pouvoir reposent sur la cohésion sociale avant les institutions. Mais attention aux mirages. La tentation autoritaire est une impasse. Une démocratie de façade aussi. La démocratie n’est pas un logiciel universel que l’on installe. C’est une culture. un rythme. Une maturation. elle exige du temps. Du pluralisme. L’acceptation de la frustration. Tout ce que les sociétés en crise refusent. Le Maroc n’a peut-être pas accouché de la démocratie attendue. Il s’emploie à en forger une autre. Moins normative. Plus située. Façonnée par ses contraintes. Ses fragilités. Mais aussi ses ressorts propres. 

 Quelle démocrayie ou quelle gouvernance ?

Et si, peut-être, il fallait changer de question. Ne plus demander « quelle démocratie ? ». Mais « quelle gouvernance pour aujourd’hui ? ». Une gouvernance qui réconcilie efficacité et légitimité. Qui privilégie les résultats aux slogans. Et qui restaure la confiance par les actes. Car au fond, le déplacement est déjà là. La question n’est plus de savoir si la démocratie nous convient. Mais s’il faut encore s’en remettre à un système dont la légitimité formelle ne fait trop souvent que révéler, et parfois amplifier, les fractures profondes des sociétés qu’il prétend structurer.

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Article précédent du 6 mars 2026

Le monde après la frappe. Derrière cette confrontation, se cache une interrogation plus vaste. 

Que cherche réellement l’axe américano-israélien ?

La guerre contre l’Iran n’est plus une hypothèse. Depuis que Donald Trump a ordonné les premières frappes, le débat s’est mué en laboratoire stratégique. Deux visions du monde s’affrontent à travers la fumée des explosions. Les avions partent. Les missiles percent la nuit. Les écrans s’illuminent à Washington et à Tel-Aviv. Les algorithmes calculent. Les satellites observent. Les états-majors coordonnent. Tout paraît net. Chirurgical. Maîtrisé. 

Mais frapper des installations est une chose. Ébranler un régime en est une autre. Un homme peut tomber en une nuit. Un symbole peut vaciller en quelques heures. Les images circulent. Les marchés frémissent. Pourtant un régime n’est pas un homme. C’est une architecture. Des réseaux. Des loyautés patientes. Des circuits financiers. Des forces de sécurité. Une idéologie injectée dans les institutions. On peut briser un sommet rapidement. On ne remplace pas une architecture en un week-end. 

La vraie question commence lorsque la fumée se dissipe. Pour les partisans de l’intervention, Trump a agi tard. Mais il a agi juste. L’Iran était devenu un problème stratégique trop lourd pour être ignoré. Téhéran n’est pas seulement un État. C’est un système. Un réseau de milices. De missiles et d’influence. Reliant Beyrouth, Damas, Bagdad et la mer Rouge. Un Iran au seuil nucléaire aurait verrouillé cet échiquier. 

Mieux vaut frapper avant que la porte ne se referme. Frapper vite. Frapper fort. Frapper loin. Israël n’est pas figurant. Il est central. Pour lui, l’Iran n’est pas un dossier diplomatique. C’est une menace existentielle. Les États-Unis jouent une autre partition. Celle du signal adressé aux alliés. Et aux rivaux. Vue ainsi, l’opération paraît calibrée. Puissante mais contenue. Une démonstration de force. Un message en haute définition. 

La guerre peut devenir incontrôlable 

Mais on peut disséquer le même événement avec une inquiétude glaciale. Oui, l’Iran est dangereux. Mais il est aussi rationnel. Une puissance régionale obsédée par sa sécurité. Son programme nucléaire ressemble moins à une arme d’agression qu’à une assurance stratégique. Et c’est précisément pour cela que la guerre peut devenir incontrôlable. 


Parce que l’Iran ne répond pas forcément là où il est frappé. Il répond ailleurs. Le Hezbollah au Liban. Les milices en Irak. Les Houthis dans la mer Rouge. Les cyberattaques invisibles. Les missiles sur les bases américaines. Une guerre contre l’Iran n’est pas un front unique. C’est un archipel de conflits. Et quand on observe la carte du Moyen-Orient, on voit un système fragile. Un réseau de crises connectées. Un choc contre l’Iran pourrait provoquer un séisme régional. Et peut-être davantage. 

Et puis il y a la mémoire des guerres américaines. Saigon. Mogadiscio. Bagdad. Kaboul. Tripoli. Chaque guerre commence par la même promesse. Intervention brève. Transition rapide. Puis viennent les années. Les guérillas. Les États brisés. Les équilibres effondrés. La superpuissance gagne presque toujours la première bataille. Mais elle perd souvent le contrôle de l’histoire qui suit. 

Parce que les guerres modernes ne se terminent plus par des capitulations nettes. Elles se dissolvent dans le chaos. L’Irak est devenu un échiquier régional. La Libye, un territoire fracturé. L’Afghanistan, une boucle stratégique revenue à son point de départ. L’histoire est sévère avec les empires qui confondent puissance militaire et contrôle politique. 

Une guerre de sytèmes 

Si la guerre contre l’Iran s’élargit, elle ne sera pas seulement une guerre de missiles. Ce sera une guerre de systèmes. Car derrière cette confrontation se cache une interrogation plus vaste. Que cherche réellement l’axe américano-israélien ? Une dissuasion renforcée ? Une recomposition régionale ? Un avertissement à Moscou et à Pékin ? Un rappel adressé aux capitales du Golfe ? 

Il faut élargir la focale. Ce conflit n’est pas seulement régional. C’est un test pour l’ordre international. Pendant que l’attention mondiale se fixe sur les frappes, d’autres dynamiques avancent. Les alliances énergétiques se redessinent. Les routes du gaz se déplacent. Certains États explorent la dé-dollarisation. Les BRICS élargissent leur cercle. Les chaînes d’approvisionnement se fragmentent puis se recomposent. La bataille des semi-conducteurs s’intensifie. L’intelligence artificielle devient stratégique. La cybersécurité se militarise. 

Les grandes puissances ne pensent plus seulement en territoires. Elles pensent en systèmes. En flux. En dépendances croisées. La guerre peut être contenue. Le monde qui en sortira ne le sera peut-être pas. L’histoire récente l’enseigne. Gagner la bataille ne signifie pas maîtriser le lendemain. Car la géopolitique obéit à une règle simple. Le vide stratégique n’existe pas durablement. Là où une puissance recule, une autre s’insère. Toujours.

Taieb CHADI

in Maroc Hebdo

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Pierrick Hamon et Taieb Chadi à Paris

Article précédent du 7 octobre 2024

Taieb vient de nous adresser cette analyse comme contribution au débat sur le rôle des médias, notamment occidentaux, à Gaza, au  Liban et ailleurs dans le monde. 

La tragédie de Gaza et le "double standard" des médias occidentaux ?

Rien ne sera plus comme avant.  Le massacre du 7 octobre 2023 a prouvé encore une fois aux plus pacifistes qu’une injustice commise menace toujours la justice. Ces attaques sanguinaires ont démontré aux plus légalistes qu’on fait encore et toujours fausse route en faisant porter la pleine responsabilité de cette dramatique situation uniquement aux palestiniens dont le seul tort est, en réalité, d’exercer, par les moyens à leur disposition, leur droit légitime à la résistance. Ce carnage a rappelé aux plus amnésiques que l’origine véritable de cette insoutenable violence n'est rien d’autre que l'occupation de la Palestine par un État raciste et colonialiste, un État d’apartheid, qui massacre au quotidien des populations civiles palestiniennes et qui commet de crimes constants contre l’humanité. Cette journée noire dans l’Histoire de l’Humanité a démontré aux plus optimistes que le monde fonctionne infiniment en « double standard ». 

Ce qui relève de l’anticolonialisme pour les uns est considéré comme du terrorisme pour les autres. Ce qui est violation pure et simple du droit international devient subitement un droit acquis et absolu de se défendre. Et puis, il y a ceux qu’on baptise victimes innocentes de la barbarie humaine et d’autres considérés comme victimes collatérales de la lutte contre le terrorisme. 

Une sématique à géométrie variable

La sémantique et la rhétorique utilisées sont à géométrie très variable. On parle d’une guerre alors qu’il s’agit de crimes contre l’humanité, on parle du droit de défense en lieu et place du colonialisme ! 

C’est le point de vue, il y a plus d’un siècle, de Ferdinand De Saussure, un linguiste suisse. Aujourd’hui, c’est le sujet qui fait le point de vue. Le sujet est presque le même. Dès qu’il s’agit d’Israël, le traitement médiatique en occident n’est point le même. Hormis quelques voix dissonantes, il y a un quasi consensus sur le droit d’Israël d’exister « quoi qu'il en coûte ».  Même si le prix est de marcher triomphalement sur les cadavres du peuple palestinien, considéré comme un bouclier humain aux mains de Hamas. 

Il ne s’agit pas là de faire une plaidoirie en faveur de cette organisation ou de toutes les organisations fichées comme « terroristes » par le Droit international, le même qui permet à Israël de lancer des milliers de tonnes de bombes sur des civils palestiniens isolés et affamés dont le seul crime est d’être là, chez eux, sur leur terre et la terre de leurs ancêtres.  

Cela rappelle le « pêché originel ».  Un autre massacre perpétré, Il y a 76 ans, par les milices sionistes Irgoun et Stern Gang qui ont dévasté des villages palestiniens, massacrant les villageois et expulsant ceux qui restaient en vie, pour ouvrir la voie à la création de l’État d’Israël. On estime que 15 000 Palestiniens ont été tués et que quelque 750 000 ont fui leur foyer pour se réfugier dans d’autres parties de la Palestine ou dans les pays voisins. Parmi les personnes massacrées, qu’il s’agisse de celles qui ont été attachées à des arbres et brûlées vives ou de celles qui ont été alignées contre un mur et abattues par des mitraillettes, beaucoup étaient des femmes, des enfants et des personnes âgées. Ce pogrom a été planifié et autorisé par David Ben Gourion, proclamé, quelques semaines après, premier ministre de l’État hébraïque.

Les faits sont têtus. Et l’Histoire, comme a écrit Karl Marx, se répète en deux temps, la première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce ! Une farce plus tragique ! Car ce qui se passe en Palestine en est une ! Depuis Un an, le gouvernement israélien Netanyahu a commis et commet des crimes contre l’humanité. Israël est en train d’exterminer de ce qui reste du peuple palestinien.  Et cela avec le soutien diplomatique, sécuritaire et militaire de l’Occident dont les États Unis d’Amérique et l’Europe notamment. Et cela, également, avec la couverture médiatique très complice d’une grande partie de la presse occidentale. 

Le rôle des Médias occidentaux ?

Oui, la quasi majorité des médias occidentaux ont fait fi des règles les plus élémentaires de notre métier. Ils ont choisi leur camp. Le camp d’Israël contre celui de la Palestine. Aussi bien à Gaza, à la Cisjordanie et depuis quelques semaines, au Liban.

Oui, la quasi majorité des médias occidentaux ont réservé un traitement déséquilibré dans cette opération de liquidation pure et simple du peuple palestinien qu’ils qualifient curieusement de « conflit » alors que nous assistons à des actes génocidaires en images et en direct et ce malgré tous les appels des Nations-Unies et de toutes les agences humanitaires.   

Oui, beaucoup de médias occidentaux dénoncent tout acte ou tentative du peuple Palestinien à repousser l’envahisseur et le colonisateur alors que les mêmes médias qualifient de droit le plus légitime et de bravoure toutes les opérations militaires des Ukrainiens à riposter aux agressions de la Russie de Vladimir Poutine. Une unanimité totale sur le droit de l’Ukraine à défendre son sol et même sa légitimité à attaquer la région de Koursk en Russie. 

Les médias mainstream assument une grand part de responsabilité dans ce « double standard ».  Au nom de l’information, ou plutôt de la désinformation, on considére que la vie d’une centaine d’otages israéliens vaut plus que celle de plus 40.000 milles palestiniens délibérément assassinés à Gaza par l’armée israélienne. Alors que toutes les vies se valent.  
Au nom de la propagande, on présente l’exode forcé de plus 100 milles palestiniens survivants à Gaza comme une nouvelle chance pour eux offert par Israël. Alors qu’il s’agit d’une nouvelle “Nakba”, un exode sans espoir de retour ! 

D’autres médias ont été même jusqu’à laisser entendre que le peuple Israélien a le droit absolu de vivre en paix. En clair, le peuple palestinien, lui, mérite d’aller en enfer. Son seul péché est d’avoir osé réclamer et défendre sa terre ! Le colonialisme et les colonialistes sont érigés en vertu et héros ! La lutte pour l’indépendance et ses résistants sont criminalisés. Le peuple israélien est présenté comme étant supérieur au peuple palestinien qu’on a détruit ses habitations, ses hôpitaux et ses écoles. Point d’égalité des droits. C’est la loi du plus fort. Et on oublie malheureusement que les hommes sont devenus des hommes au moment où ils ont refusé la loi du plus fort ! 

Photo DR.

L’accès à Gaza interdit aux médias étrangers 

Au nom de la liberté d’expression qu’ils proclament défendre, des médias occidentaux ont été malheureusement partials. L’armée israélienne a interdit l’accès à Gaza aux médias étrangers et choisi certains d’entre eux pour effectuer des reportages sous son total contrôle. Et ce sont surtout ceux-là totalement « embedded » qui nous ont gratifié d’images et d’informations carrément « fake ».

 Vues de Casablanca, Tunis, Tripoli, Le Caire, Khartoum, Riyad ou même de certains quartiers de Paris, Londres ou Berlin, les analyses tendancieuses sur ce qui se passe à Gaza diffusées par les grandes plateformes médiatiques internationales ont le même effet que chaque agression menée par la machine de guerre du gouvernement de Benjamin Netanyahu et de ses alliés religieux et de l’extrême droite contre le peuple palestinien. Un nouvel ordre mondial de la désinformation. La Désintox totale ou le contre-pouvoir a choisi de vendre son corps et âme aux Pouvoirs du plus fort !

Taieb Chadi, 7 octobre 2024

Lire également :

=> Les médias mettent-ils en danger la démocratie ? Habiba MEJRI CHEIKH

=> Raison et dialogue sont ils encore possible ? Yakov M.RABKIN

=> Guerre Israël-Hamas : le regard de l’écrivaine libanaise Dominique EDDE

=> Les révélations du journaliste congolais Déo NAMUDJIMBO

RAISON ET DIALOGUE SONT ILS ENCORE POSSIBLES ?

RAISON ET DIALOGUE SONT ILS ENCORE POSSIBLES ?


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Diplomatie culturelle pour la paix, Oumou SALL SECK ( Bamako, Mali)

Diplomatie culturelle pour la paix, Oumou SALL SECK ( Bamako, Mali)

Le Sahara-Sahel fait face à des défis complexes, tels les conflits armés, l'extrémisme violent, les tensions intercommunautaires et les crises humanitaires récurrentes. Les réponses militaires et économiques, bien que nécessaires, se sont révélées insuffisantes pour aborder les racines profondes de ces conflits. Dans ce contexte, la diplomatie culturelle émerge comme un composant essentiel pour la résolution pacifique des différends et la construction d'une paix durable. Oumou SALL SECK, Bamako, (in Konrad Adenauer Stiftung). act le 14/09/2026

Oumou SALL SECK, ancienne Ambassadrice extraordinaire et plénipotentiaire de la République du Mali en Allemagne, et dans les pays voisins, jusque fin 2023, est Ministre de l'Entrepreneuriat National, de l'Emploi et de la Formation Professionnelle du MALI. Maire de Goundam près de Tombouctoiu depuis 2004, elle devenait ainsi la première femme à occuper cette fonction. Oumou, qui est de père Peul et de mère Touareg Ifogha, parle, entre autres, le songhai. C'est elle qui, dans un retentissant article du New York Times, avait attiré l'attention du Président OBAMA sur les premières attaques djihadistes. Fondatrice et présidente du conseil d’administration de l’Observatoire du genre au Mali (OGM), elle milite pour l’inclusion des femmes et des jeunes dans les processus de paix et de développement politique. Sur le plan international, Oumou Sall Seck est membre de plusieurs organisations, dont le Groupe des femmes leaders africaines, projet conjoint de l’Université de Yale et de la fondation Mujeres for Africa, et a régulièrement contribué à des consultations internationales, notamment sur la paix au Mali et au Sahel. Oumou Sall Seck est co-présidente et cofondatrice du Think Tank international I-Dialogos.  .

Article communiqué par Oumou Sall SEck et publié par la Fondation Konrad Adenauer, Colloque 2024 à Rabat

DIPLOMATIES SECURITAIRE, RELIGIEUSE, ENVIRONNEMENTALE ET ECONOMIQUE AU COEUR DU  SAHARA-SAHEL

Le Sahara-Sahel fait face à des défis complexes, tels les conflits armés, l'extrémisme violent, les tensions intercommunautaires et les crises humanitaires récurrentes. Les réponses militaires et économiques, bien que nécessaires, se sont révélées insuffisantes pour aborder les racines profondes de ces conflits. Dans ce contexte, la diplomatie culturelle émerge comme un composant essentiel pour la résolution pacifique des différends et la construction d'une paix durable. 

 La diplomatie culturelle comme outil de paix 

La diplomatie culturelle repose sur le pouvoir du dialogue interculturel, la protection du patrimoine et la valorisation des traditions locales pour favoriser la cohésion sociale et la stabilité. Contrairement aux approches traditionnelles, elle ne traite pas seulement les symptômes des crises, mais elle se concentre également sur leurs causes sous-jacentes. 

Renforcement du dialogue interculturel et intercommunautaire 

Au Sahara-Sahel, la diversité communautaire, religieuse et linguistique peut être à la fois une source de richesse culturelle et de tensions… 

=> LIRE LA SUITE.

Publication de la Fondation Konrad Adenauer.

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PONDICHERY, comme base d'une Francophonie innovante. Augustin Brutus JAYKUMAR

PONDICHERY, comme base d'une Francophonie innovante. Augustin Brutus JAYKUMAR

L’approche portée par la francophonie ouvre à une vision plus large du monde, fondée sur le respect des réalités sociales, culturelles et humaines des territoires. Dans un contexte international marqué par de nouvelles fractures sociales, économiques et culturelles, le développement de projets adaptés aux réalités locales peut contribuer à prévenir les formes d’exclusion, de domination et de guerres auxquelles de nombreux pays sont aujourd’hui confrontés. La signature d’un protocole entre l’INDE et la FRANCE, pourrait permettre l’installation d’un groupe de travail réunissant des acteurs engagés afin d’initier des projets innovants, viables et porteurs de coopération. Pondichéry, act le 2 octobre 2026..

A PONDICHERY, Augustin Jaykumar BRUTUS est Administrateur de I-Dialogos International et Correspondant en Inde. Il est surtout le fondateur du binôme d’ONGs, “Adecom Network” et “Réseau Adecom” en France, fondateur de la société financière de micro crédit la BRWD en Inde. Il est aussi Fondateur de l'ONGs “INDP” en Inde” et de “INDPenFrance”. Augustin est par ailleurs membre du Groupe International de Coordination de l’AIEP-IAEP, ONG reconnue par l’Unesco et membre du FERAM. l'ONG INDP -Intercultural Network for Development and Peace- propose sa propre approche du “développement holistique” qui intègre la pluralité des besoins des humains. => l'INDP

Augustin présente içi le projet de coopération dans le cadre de l'année franco-indienne de l'innovation 2026 

"D’origine indienne, francophone et franco-pondichérien par mon parcours et mon statut, j’ai eu l’opportunité d’évoluer entre deux cultures, ce qui m’a permis de dépasser certains freins réciproques et de m’enrichir des innovations et des expériences de chacune. 

L’approche portée par la francophonie m’ouvre à une vision plus large du monde, fondée sur le respect des réalités sociales, culturelles et humaines des territoires. J’y vois une occasion précieuse de favoriser les échanges de bonnes pratiques et de promouvoir des coopérations équilibrées et durables. 

Dans un contexte international marqué par de nouvelles fractures sociales, économiques et culturelles, le développement de projets adaptés aux réalités locales peut contribuer à prévenir les formes d’exclusion, de domination et de guerres auxquelles de nombreux pays sont aujourd’hui confrontés. 

Au-delà des attentes, des demandes et des critiques, je souhaite proposer, à mon niveau, des pistes de réflexion ainsi que des axes de projets, fondés sur des potentialités d’avenir encore peu explorées. 

La signature d’un protocole entre les autorités des deux pays, l’Inde et la France, pourrait permettre l’installation d’un groupe de travail réunissant des acteurs engagés afin d’initier des projets innovants, viables et porteurs de coopération.

=> Lire le Projet joint

+=> les trois documents annexes ci dessus.

https://lfpondichery.net

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Contributions précédentes

Presentation des projets et adhésion 2026

La Lettre D'infos de l'INDP

GANDHI LE JURISTE 

Juriste de formation, Gandhi serait remonté aux sources du conflit et aurait fait l’historique des faits, en notant les failles, les incohérences et ses propres questionnements. Il aurait ainsi relevé que l’état d’Israél n’avait pas été créé en 1948 suite au génocide nazi. Dès 1917 les Britanniques avaient promis l’implantation d’un « foyer national juif » au proche orient. 

Comment une nation ( un empire colonial), le Royaume Uni, pouvait-il promettre à un regroupement de personnes ( population juive) sur le territoire d’une troisième entité ( celui des arabes)? 

Alors que les premières émeutes éclatent et sont réprimées, les Britanniques s’en remettent à l’ONU qui envoie une commission. Sur la base du rapport de celle-ci, le 29 Novembre 1947, l’Assemblée Générale de l’ONU vote le partage de la Palestine en deux Etats; un état juif (avec 55 % du territoire) et un état arabe. Les lieux saints, surtout Jérusalem, devaient rester administrés par l’ONU. 

Les gouvernements arabes comme les Palestiniens vivant sur place considèrent alors cette décision comme une violation du droit des peuples à l’autodétermination. Surgissent les questions: comment se fait-il que le souhait des populations concernées n’a pas été pris en compte? Qu’est ce qui justifie un partage inégal des terres?  Comment l’ONU a-t-elle pu violer ses propres lois et transgresser ses idéaux? 

Les migrants juifs, de leur côté, souhaitent assurer sur leur nouveau territoire une majorité démographique. L’état d’Israël est proclamé en 1948 sans un démarquage clair et définitif de ses frontières. Lors de la création de l’État d’Israël, quelques 700 000 Palestiniens sont devenus réfugiés entre 1948 et 1949. 

Les armées arabes entrent en guerre le lendemain de la proclamation de l’Etat d’Israël. Suite à sa victoire en 1949, l’Etat d’Israël va s’agrandir d’un tiers par rapport au territoire alloué par l’ONU. L’état palestinien ne voit pas le jour. Israël accepte le retour et l’indemnisation des réfugiés de la guerre, mais, dans la pratique, Israël empêchera les réfugiés de revenir.  Dès 1948 Israël vote une loi sur les « propriétés abandonnées » qui lui permettaient de confisquer les terres des expulsés. Pour les Palestiniens l’expulsion et la confiscation des terres sont insoutenables. Israël est rapidement admise à l’ONU sans remplir les conditions élémentaires et pratiques relatives à la définition de ses frontières ? 

GANDHI CONTRE LA PEUR ET LA HAINE 

Gandhi soucieux du respect et de la dignité de la personne, de la paix, seules garanties pour le développement de la personne, aurait sans doute vu les conséquences de ces faits et de ses propres questionnements. 

S’il y a un peuple qui aurait pu, qui pourrait toujours, comprendre l’aspiration du peuple palestinien c’est pourtant bien le peuple juif, qui a subi tant de souffrances et d’humiliations et du lui-même errer. Cette terre source de conflit est bien plus qu’un besoin, elle est l’aboutissement pour ces deux peuples d’une longue quête. Cette terre pour ces deux peuples est bien synonyme d’identité, d’ancrage et de tremplin pour construire l’avenir. 

Les peuples dans le désarroi et l’extrême souffrance sont plus faciles à se laisser manipuler et donc à servir les intérêts de ceux qui semblent voler à leur secours. Les intérêts de ces derniers déguisés en bonne cause, au lieu d’offrir des solutions durables dans le respect des personnes et des lois, créent de nouveaux conflits leur profitant. Faire faire la guerre en proclamant la paix et en vendant ses armes en attendant la fin de la guerre pour reconstruire sur les ruines… 

A la fin de la première guerre mondiale, le traité de Versailles sans discussion aucune avec le vaincu (l’Allemagne) accable et entrave l’Allemagne dans son développement, en la désignant comme seule responsable du conflit. C’est cette paix dictée par les vainqueurs  (outre la situation économique dégradée) qui va favoriser la montée du nazisme, en fournissant des arguments à la propagande nationaliste. On en a vu les résultats, mais la leçon n’est pas retenue! 

Ainsi ceux qui sont dans la peur et le doute, vivent sur la défensive, sans hésiter à frapper avant pour dissuader. Ils s’engagent dans la spirale de la violence et la violence appelle la violence. Celle-ci en augmentant d’intensité sans faire de différence, va frapper aveuglément plus fort, plus loin, franchissant toutes les limites. La haine née de cette violence, va prendre le relais, et développer son cycle aussi puissant et meurtrier que celle de la violence. La haine se transmettra, se propagera, lèvera les foules de victimes qui n’auront pas besoin de grands discours, se dotera de gros moyens pour passer à l’action. Seule la détermination suffira. 

Stanly Johnny dans son article reconstitue l’histoire de Yahya Sinwar et s’interroge :« Yahya Sinwar est le chef du groupe militant islamiste à Gaza et architecte clé de l'attaque du 7 octobre 2023 en Israël, au cours de laquelle environ 1 200 personnes ont été assassinées… Les Forces de défense israéliennes ont annoncé avoir tué Sinwar lors d'une opération à Rafah à Gaza le 17 octobre 2024… Israël et ses alliés occidentaux ont salué son assassinat. Mais pour le Hamas, il est un « héros devenu un martyr héroïque ». 

Comment Sinwar, né dans un camp de réfugiés à Khan Younis, dans le sud de Gaza en 1962, est-il devenu le leader le plus puissant du Hamas et l'ennemi le plus détesté d'Israël ? Son histoire est étroitement liée à celle de nombreux Palestiniens qui ont grandi sous l’occupation et se sont tournés vers le radicalisme pour résister et ont péri dans les guerres, après avoir versé le sang de nombreuses personnes. Les parents de Sinwar étaient originaires d'Al-Majdal, une ville au nord de Gaza, aujourd'hui connue sous le nom d'Ashkelon en Israël. Ses parents ont été forcés de quitter leur foyer en 1948, lors de la création de l’État d’Israël. Sinwar a commencé à s'engagager dans les Frères musulmans dans les années 1980 et a été arrêté une première fois par Israël en 1982, alors qu'il avait 19 ans. Lorsque le Hamas a été fondé en 1987, Sinwar a créé l'organisation de sécurité interne du groupe, al-Majd, qui a été accusée d'avoir ciblé plusieurs Palestiniens « pour collaboration » avec Israël. 

En 1988, il fut arrêté par les Israéliens, reconnu coupable du meurtre de 12 Palestiniens et condamné à quatre peines de prison à vie. Il passa 22 ans en prison. Parlant couramment l'hébreu, Sinwar était animé par une profonde antipathie envers l'occupation israélienne de la Palestine et un profond attachement à l'idéologie islamiste du Hamas. La prison israélienne était pour lui une « académie » d'apprentissage. Il a été libéré en 2011 dans le cadre d'un échange de prisonniers. À cette époque, le Hamas était déjà au pouvoir à Gaza et Ismail Haniyeh en était le chef. Ancien chef de la sécurité intérieure ayant passé deux décennies dans les prisons israéliennes, Sinwar jouissait déjà d'un statut culte parmi les hauts gradés du Hamas. Il a rapidement gravi les échelons au sein du groupe militant. En 2017, Haniyeh est devenu le chef du Bureau politique du Hamas. Sinwar a été choisi comme chef du groupe à Gaza. Dans les années qui ont suivi, Sinwar a vu la question palestinienne reléguée. Il n’y a pas eu de pourparlers de paix. La classe politique des colons en Israël a commencé à faire pression pour l’annexion des colonies de Cisjordanie… 

Mis à l'écart dans une région en pleine mutation, la réponse de Sinwar fut de lancer une attaque meurtrière en Israël…provoquant une violente et massive réponse de Benjamin Netanyahou qui a lancé une guerre de vengeance contre les Palestiniens de Gaza, détruisant une grande partie de l’enclave. Au cours de l’année écoulée, Israël a alors éliminé plusieurs de ses ennemis… Ce sont des victoires tactiques pour l’Etat d’Israël. Mais il reste à vérifier si ces meurtres assureront à Israël la sécurité à long terme, si les blessures causées par les guerres qu’il mène continueront à entrainer l’État juif dans des cycles de violence.(1)

Peut importe qui va gagner, la question est de savoir dans quel contexte, dans quelle ambiance vont pouvoir vivre et se développer les communautés (vainqueurs et vaincus) après le conflit. 

GANDHI,LA GOUVERNANCE ET LE DIALOGUE INTERCULTUREL 

Gandhi était à la recherche des solutions pratiques, émanant de la base, à la portée des citoyens. Elire des représentants sur la base d’un programme, d’un projet, pour les suivre dans leur représentation, afin de les encourager et les appuyer, mais à les sanctionner dès la moindre dérive. C’est la redevabilité des élus envers leurs électeurs qui favorisera et garantira une bonne gouvernance et une réelle démocratie au sein des pays et encore plus au sein des institutions internationales sensées œuvrer pour tous les peuples. 

Pendant la première guerre mondiale, le président américain W.Wilson, à l’origine de la Société Des Nations, souhaite que le nouvel ordre international évite dereproduir la domination européenne d’avant 1914. La SDN dénuée de forces coercitives, n’arrivera pas à faire appliquer ses idéaux et ne durera pas. 

C’est le même président américain W.Wilson, qui définit les principes de la paix et parmi eux le droit à l’autodétermination des peuples dans sa déclaration en 14 points du 8 janvier 1918, et qui va multiplier les interventions militaires à l’étranger. 

L’essentiel des vraies négociations comme celles des Accords d’Oslo entre la Palestine et Israël ont lieu hors de l’ONU. Et après la chute du mur de Berlin et la fin de la guerre froide, l’ONU, première organisation inter gouvernementale créée pour “promouvoir la coopération entre les nations et pour leur garantir la paix et la sécurité”, à défaut d’être un gouvernement du monde, devient un lieu de régulation et de résolution de conflits. 

Le mot multilatéralisme apparaît en 1945 en même temps que la création de l’ONU et présage une nouvelle forme de diplomatie où les relations d’un état avec un autre sont remplacées par un effort d’élaboration collective. Mais dès sa création les 5 membres permanents du conseil de sécurité de l’ONU obtiennent un droit de veto les mettant à l’abri de toute décision susceptible de gêner leurs propres intérêts ! 

Le renforcement de la pensée unique, du marché unique, des monothéismes conduit des nations, des peuples, à se croire remplis d’une mission (divine pour certains), à se considérer comme le peuple élu, à se persuader dépositaire d’une vérité révélée, porteuse d’idéaux pour “civiliser, développer et convertir” les autres peuples. 

L’imposition des idéaux sisus de sa propre culture, voire de sa propre religion, traduit la non reconnaissance, la non acceptation des idéaux de paix, de fraternité, de liberté qui existent dans d’autres cultures, d’autres religions, d’autres philosophies et spiritualités. Pourtant le respect et l’ouverture aux autres cultures et peuples favoriserait, par le biais d’un dialogue interculturel, la coexistence pacifique, l’ enrichissement et la résolution des conflits. 

GANDHI POUR LA NON VIOLENCE ET LA PAIX 

Gandhi en a connu des conflits, des souffrances, des destructions, des trahisons. Il a en a connu ou en a été le témoin. Pour passer de la situation du simple témoin impuissant au citoyen engagé, il s’est impliqué dans de multiples actions telles que les grèves de la faim, les marches, les actions d’éducation et de sensibilisation du grand public. Des actions qui revendiquaient la défense des droits au sens large du terme. Il a affiné la philosophie de la non violence pour un faire un outil d’action politique et social au service de la justice, de la paix et de la vérité. 

Dans le conflit qui s’éternise et qui tue des innocents, des civils particulièrement des femmes, des enfants et des vieillards, il aurait sans doute entamé une Marche. Comme celle de la marche du sel qui a débuté le 12 mars 1930. Elle contestait la taxe sur le sel du régime colonial. Gandhi était accompagné de 79 des compagnons de son ashram. Le long du chemin, environ 50 000 Indiens le rejoignent. Arrivés au bord de l'océan indien, Gandhi s'avance dans l'eau et recueille dans ses mains un peu de sel. Par ce geste dérisoire et hautement symbolique, il encourage ses compatriotes à mettre fin au monopole de l'État britannique sur la distribution du sel. Sur la plage, la foule, grossie de plusieurs milliers de sympathisants, qui l’imitent et qui recueillent de l'eau salée dans des récipients. Leur exemple est suivi partout dans tout le pays. Les Britanniques jettent alors plus de 60 000 contrevenants avec Gandhi en prison. Les prisonniers, fidèles aux recommandations de Gandhi, se gardent bien de résister. Neuf mois plus tard, le vice-roi britannique, libère les prisonniers et accorde aux Indiens le droit de collecter eux-mêmes le sel. 

Quand le doute l’habitait, Gandhi se réfugiait dans la méditation. Seul à l’écoute de sa petite voix intérieure, il décidait de l’action qu’il allait entreprendre. Gandhi a laissé un talisman à l’intention de ceux et celles qui sont des témoins impuissants, prisonniers du doute. 

"Quand vous serez dans le doute ou quand votre moi s'imposera trop, appliquez le test suivant: rappelez vous la face de l'homme le plus pauvre et le plus faible que vous ayez rencontré et demandez-vous si l'acte que vous envisagez lui sera utile. Va-t-il y gagner quelque chose? Cela va t-il lui rendre le contrôle sur sa propre vie et sa destinée? Autrement dit cela va-t-il conduire au Swaradj, les multitudes qui ont faim dans leurs corps et dans leur esprit? Alors vous verrez vos doutes et vôtre moi se dissiper”. 

Les mots comme Gandhi ont fait leurs temps et ont contribué à la construction des humanités. Laissons les, pour nous tourner vers les vivants de notre époque. Pour qu’ensemble avec eux, sans être obligés de faire comme Gandhi, nous puissions trouver des réponses et des actions sur la base d’analyses et de critiques. 

Que nous puissions chercher à prévenir les conflits, sans les provoquer par nos égoïsmes, surconsommation, égo et recherche de profits . Que nous apprenions sans déléguer nos droits, nos pouvoirs et nos responsabilités à poser au quotidien, à tous les niveaux et sur tous les sujets ,concernant nos vies, notre futur et celui de l’ensemble du monde, des actes. 

Augustin Brutus Jaykumar


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https://www.i-dialogos.com/analyses/en-inde-de-la-lutte-contre-le-changement-climatique-augustin-brutus-jaykumar

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Israel in Crisis: A Threat from Within.  Yakov M. RABKIN, Professor Emeritus, Université de Montreal

Israel in Crisis: A Threat from Within. Yakov M. RABKIN, Professor Emeritus, Université de Montreal

The current cycle of violence has pushed tens of thousands of Israelis, tired of regular bouts of reserve duty, to emigrate to Europe and the United States. These are usually younger and better educated, precisely those who ensure Israel’s technological dominance in the region. The Haredim also threaten to leave if the state drafts them into the military. But even if they remain, their low level of scientific and technological education cannot meet the needs of Israel’s high-tech industries. The Haredim’s principled alienation is one of the most serious internal problems undermining the Zionist state as it faces growing hostility from the outside. / Yakov M. RABKIN, Universite de Montreal, act oct.1, 2026.

A chemist by training, Professor Yakov M. Rabkin earned a doctorate from the Russian Academy of Sciences in Moscow in 1972. He left the Soviet Union in 1973 under difficult circumstances. After brief stays in Vienna and Israel, where he studied Judaism, he settled in Quebec, Canada, and became a professor at the University of Montreal’s Institute for the History and Sociopolitics of Science. Yakov M. Rabkin, a Montreal-based member of the I-Dialogos Network, has just shared with us this new and particularly timely contribution.

Chimiste de formation, Yakov M. Rabkin, titulaire d'un doctorat (1972) de l’Académie des sciences de Russie, à Moscou, quitte l'Union soviétique en 1973 dans des condition difficiles après avoir laissé derrière lui sa ville natale de Leningrad (aujourd’hui Saint-Pétersbourg), ses amis, son frère, les tombes de ses parents et de ses grands-parents. Il passe ensuite par Vienne et Israël, où il étudie le judaïsme, puis s'installe au Québec (Canada) où il obtient un poste de professeur à l'Institut d'histoire et de sociopolitique des sciences de l'Université de Montréal. Yakov M. Rabkin,membre du Réseau I-Dialogos, à Montréal, vient de nous communiquer cette nouvelle contribution d'une particulière actualité.

"Il faut désormais du courage pour parler librement de ce qui se passe dans les territoires palestiniens et à Gaza et ne pas craindre d’être accusé ipso facto d’antisémitisme. 

Au début des années 1970, Abba Eban, sud-africain d’origine devenu l’éloquent ministre israélien des affaires étrangères, a mis au point une stratégie à long terme. Elle visait à étouffer les critiques à l’égard de son pays en accusante les auteurs d'antisémitisme. 

Cette stratégie a triomphé depuis, puisque le boycott pacifique d’Israël et le fait de qualifier ses politiques d’apartheid, voire même de génocide, sont officiellement interdits et jugés antisémites dans beaucoup de pays occidentaux. 

La politique de l'actiuel Gouvernement d’Israël à l’égard des Palestiniens échappe ainsi à tout débat équilibré et rationnel".  Yakov M. Rabkin - 25/12/2024

Traduction française

These are not the words of a left-wing anti-Israeli activist from an Ivy League campus. They were spoken on July 19, 2026, by the 96-year-old Rabbi Dov Lando, a senior member of the Council of Torah Sages in Israel. The Council represents Haredi Jews, or Haredim, strictly observant Jews who number one and a half million in Israel alone and are often referred to in the media as “ultra-Orthodox.” Haredi men are visually distinguishable by a two-color dress code, black and white. Constituting about one-sixth of Israel’s Jewish population, Haredim exhibit the highest demographic growth (4 percent). They are young, and nearly one third of all Jewish school entrants in Israel are Haredim. They have their own independent school system and live largely apart from Israel’s mainstream. 

It is this determination to live apart, rather than ideological pacifism, that explains their resistance to conscription. The few Haredim who did join the army in specially created segregated units have acted no less brutally than the average IDF soldier. In his denunciation, Rabbi Lando used the word retsah for murder, the same root as that uttered in the prohibition “Thou shalt not kill” in the Ten Commandments. This choice of language made his accusation particularly grievous.  

Indeed, there is little new in his denunciation. Haredi rabbis have long disparaged the Zionist project, particularly its violent character. Unlike many Jewish and Christian Zionists, they do not view the Israeli state as a realization of a biblical prophecy, nor as implying the commandment to occupy the Holy Land. According to one Haredi parliamentarian: T

he Zionists are wrong. There is no need to foster love of the land of Israel by political and military rule in the entire land. One can love Hebron even from Tel Aviv … even if it is under Palestinian rule. The state of Israel is not a value. Only matters of spirituality belong to the family of “values.” 

Most Haredim reject Zionism, whether secular or religious, do not observe Independence Day or any other official holiday, and avoid contact with the secular majority. Their sons do not serve in the Israeli army, and their daughters do not perform the obligatory alternative service at all; many do not come to a standstill when, every year, sirens summon the population to observe a minute of silence in commemoration of the soldiers who died for the state of Israel. The chronic violence that the Zionist settlement has engendered for more than a century would, in their view, be ongoing punishment for the violation of the Talmudic oaths prohibiting forceful conquest of the Holy Land. 

The context of Rabbi Lando’s vehement denunciation speaks as strongly as his words. The Haredim have been fighting for years to maintain the privilege of being exempt from military service, which is obligatory for both men and women in Israel. This privilege was accorded in order to appease the Haredi opposition to the unilateral declaration of the Zionist state, which occurred in May 1948.  

That deal has long been invalidated by Israel’s Supreme Court. A long legislative battle over the issue is on, accompanied by vigorous, sometimes violent, street protests by thousands of Haredi Jews. They break into military facilities and, on at least one occasion, besieged the home of a Supreme Court judge.  As a result of coalition politics, the Knesset passed earlier this month a Basic Law declaring Torah study a “foundational value” of the Jewish people. This enshrines a traditional Jewish value as a law of the country. Israel does not have a constitution—another concession to the Haredi community—and Basic Laws have a quasi-constitutional status.  

Another law, passed earlier in the summer of 2026, grants tens of thousands of Haredi draft dodgers temporary immunity from arrest. It also suspends ongoing criminal proceedings against those already facing enforcement measures. The High Court froze implementation of that law a day later and scheduled a hearing on the matter for July 28. The battle continues.  

Another news item concerning the Haredim sheds light on their alienation. The state mobilized Haredi influencers and rabbis to warn Haredi Jews against collaboration with Iran’s intelligence. Israel and the United States have repeatedly attacked Iran since summer 2025, and there have been reports of Haredi Jews among the scores of Israelis arrested for espionage in favour of Iran.  

All this explains growing animosity towards the Haredim in the Israeli mainstream. Many secular Israelis feel squeezed between two growing threats—the Palestinians on the one hand and the Haredim on the other. Israel keeps fighting on seven fronts, and military leaders deplore a dire scarcity of soldiers. While obligatory military service has been prolonged to nearly three years, over 80,000 Haredim refuse even to register at the recruitment offices. Many mainstream Israelis have long experienced the loss of sons and daughters, and they naturally resent the exemption for the Haredim.  

The current cycle of violence has pushed tens of thousands of Israelis, tired of regular bouts of reserve duty, to emigrate to Europe and the United States. These are usually younger and better educated, precisely those who ensure Israel’s technological dominance in the region. The Haredim also threaten to leave if the state drafts them into the military. But even if they remain, their low level of scientific and technological education cannot meet the needs of Israel’s high-tech industries. The Haredim’s principled alienation is one of the most serious internal problems undermining the Zionist state as it faces growing hostility from the outside. Israelis would do well to ponder the words of the Roman historian Livy (Titus Livius): "We can neither endure our vices nor face the remedies needed to cure them." 


Yakov M. Rabkin is the author of hundreds of articles and several books on the subject, including What is Modern Israel?, Israel in Palestine, and Zionism Decoded in 101 Quotes


July 26, 2026, Montreal.

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Introduction de l'article en bas de page du  25/2/2024" =>

" Il y a cinquante ans, j’ai émigré d’Union soviétique. Ma seule raison était un désir de liberté. Je déplorais la pensée unique maintenue par l’absence de publications étrangères et le brouillage des stations de radio occidentales comme le BBC World Service ou Radio Canada International. Je trouvais étouffants les médias dociles régurgitant la ligne du parti. Il n’y avait pas de débat sur la politique étrangère et la peur latente des autorités (même si elles n’étaient plus aussi oppressives qu’à l’époque de Staline) limitait les discussions franches sur la politique à un cercle étroit d’amis de confiance. J’ai laissé derrière moi ma ville natale de Leningrad (aujourd’hui Saint-Pétersbourg), mes amis, mon frère, les tombes de mes parents et de mes grands-parents. Il était risqué de demander le permis d’émigrer, car on perdait alors presque toujours son emploi et on se retrouvait socialement ostracisé, sans même avoir l’assurance que les autorités soviétiques accorderaient le visa de sortie. En l’espace de quelques mois j’ai été déchu de la citoyenneté soviétique et autorisé à acheter un billet de train aller simple pour Vienne. Mon rêve de liberté s’est réalisé. La première chose que j’ai achetée à Vienne fut un exemplaire de l’International Herald Tribune. En novembre 1973, j’ai rejoint l’Université de Montréal, mon foyer professionnel depuis lors" 

"Il faut désormais du courage pour parler librement de ce qui se passe dans les territoires palestiniens et à Gaza et ne pas craindre d’être accusé ipso facto d’antisémitisme. Au début des années 1970, Abba Eban, sud-africain d’origine devenu l’éloquent ministre israélien des affaires étrangères, a mis au point une stratégie à long terme. Elle visait à étouffer les critiques à l’égard de son pays en accusant les auteurs d’antisémitisme. Cette stratégie a triomphé depuis, puisque le boycott pacifique d’Israël et le fait de qualifier ses politiques d’apartheid sont officiellement interdits et jugés antisémites dans beaucoup de pays occidentaux. La politique d’Israël à l’égard des Palestiniens échappe ainsi à tout débat équilibré et rationnel." 

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Articles précédents 

=> Texte en fancais.

Demodernization Facilitates Weaponization of Prejudice.

Yakov M. Rabkin, Professor Emeritus of History, 

Université de Montréal 

The man of understanding is he who has the ability to grasp and ponder the hidden causes of things. By hidden causes we mean those from which things originate, and these are to be investigated more by reason than by sensory experience.  Pierre Abélard, mid-1120s

Maintaining religious and ethnic diversity is an important aspect of modernity currently under siege. Ethnic nationalism, tribalism, militancy under the banner of religion, and economic, social, and other kinds of exclusion gain legitimacy in places where relatively stable multicultural and multiethnic societies once existed. These are signs of demodernization—in other words, regression on the scale of modernity. Demodernization need not be all-encompassing. Estonia and Israel, for example, exhibit technological modernity alongside political demodernization. 

Demodernization in Word and Deed

Knowledge is an essential ingredient of modernity. It can create or destroy ideologies and can establish or subvert class dominance. Today, the right to know is being eroded with respect to several foreign policy issues. Demodernization necessarily implies denial of knowledge and a challenge to rational thinking. Renaming streets, removing monuments, and banning languages are part and parcel of demodernization, of attempts to deny history. Language becomes ritualized and is used to cast spells rather than inform. 

The use in mainstream Western media of the expression “unprovoked full-scale” to denote Russia’s action in the Ukraine is a case in point. Established experts in geopolitics who suggest that the eastward expansion of NATO provoked the war are promptly marginalized. Their analysis of “the hidden causes”—as Abélard would put it nearly a millennium ago—of Western policies toward Russia is dismissed as “Kremlin propaganda.” Like all sociopolitical processes, the elimination of rational debate results from concerted efforts on the part of political actors. Discreditation, sanctions, and even police are mobilized to silence or sideline respected specialists and thereby undermine scholarly expertise on Russia. 

Specious accusations of antisemitism stifle public discussion of Israel’s treatment of the Palestinians. 

However, the U.S.-Israeli attack on Iran, which would certainly warrant the appellation “unprovoked”, has yet to be termed thus in legacy media, which have become a tool not only of propaganda but of obscurantism. Understanding the adversary has become a term of opprobrium in Germany: “Putinversteher.” Rational debate about alternative approaches to Russia has been supplanted by partisan, self-righteous, and self-serving rhetoric. Similarly, specious accusations of antisemitism stifle public discussion of Israel’s treatment of the Palestinians. 

Appeals to emotions crowd out rational arguments. Passionate language used by otherwise lackluster State Department and E.U. bureaucrats suggests that demodernization has reached deep into the corridors of power. Articulation of geopolitical interests morphs into claims of moral superiority. 

It was Ronald Reagan who introduced the expression “Evil Empire” in March 1983. This language might have been appropriate before the National Association of Evangelicals, which he addressed. Nearly two decades later, in January 2002, “Axis of Evil” appeared in an ostensibly more rational context—George W. Bush’s State of the Union address. It designated countries and movements resisting U.S. hegemony. The emotional charge was preparing the ground for the invasion of Iraq by a U.S.-led coalition in 2003. More recently, the joint U.S.-Israeli attack on Iran has also been justified as a moral imperative aimed at “liberation of the Iranian people.” 

A rational argument for both wars exists but is rarely voiced in polite company. They are part of the plan “A Clean Break: Securing the Realm,” prepared for incoming prime minister Benjamin Netanyahu in 1996. Western attacks on Iraq, Yemen, Libya, and Iran have made that plan come true. The Israeli connection in unleashing these wars has now become an open secret. 

Claims of moral superiority invoke democracy, individual liberty, and the rule of law to prove that liberal democracies are inherently superior to other cultures. These pretensions take the place of the hitherto widespread claims of religious and racial supremacy that provided steady support for colonial conquests. For half a millennium, this legitimized exploitation, violence, and genocide. “Mission civilisatrice,” “White Man’s Burden,” “Support for Democracy,” “Regime Change,” or “Responsibility to Protect” denote broadly similar interventions by “the White Man” in Asia, Africa, and Latin America. 

Paradoxically, the Nazis, albeit known for their frequent appeals to emotions, couched their invasion of the Soviet Union in rational terms: an eastward expansion (Drang nach Osten) in search of living space (Lebensraum). Moreover, they used scientific concepts of the time in establishing a genocidal racial hierarchy. 

Demodernization implies lasting degradation of material, health, and cultural conditions in a formerly modernized society—a return to “premodern” forms of life and collective identities. This provokes protests, uprisings, and insurrections. In Russia during the first post-Soviet decade, tanks and, later, electoral manipulation were used to quell them. The crisis in the Ukraine can also be seen from the perspective of demodernization. A vast region once at the forefront of Soviet industrial development underwent demodernization long before 2014, when outside forces transformed grassroots protest into a violent overthrow of the government. 

Election results can be simply annulled (Romania), manipulated (Moldova), or rigged (Armenia) under the pretext of “Kremlin meddling.

Alternatively, election results can be simply annulled (Romania), manipulated (Moldova), or rigged (Armenia) under the pretext of “Kremlin meddling.” In other countries, popular movements such as the Indignados in Spain or the gilets jaunes in France have petered out without consequences. This reflects the transformation of citizens as political actors into depoliticized consumers, which facilitates narrative control. 

Demodernization breeds essentialism—i.e., the attribution to one’s own or other groups of certain immutable properties and values. This enables Israelis to believe that God gave them exceptional rights to the land between the Jordan and the Mediterranean, and that their army is “the most moral in the world.” According to most Israelis’ essentialist logic, the Arabs understand only force, which justifies Israel’s incessant violence in the region. Current European rulers seem to assume the same about the Russians. 

Prejudice and Its Sequels

Normalization of prejudice is another manifestation of demodernization. It is contingent on deprivation of knowledge. Positive information about Russia and the Russians in Western media has disappeared for nearly two decades. This breeds Russophobia, which attempts to present Russia and the Russians as congenitally evil. 

While Russophobia has a long history, its contemporary rebirth was the focus of a recent conference held in the medieval Russian city of Pskov in June 2026. It was part of the Forum “On This We Stand.” The title paraphrases the finale of Eisenstein’s film classic Alexander Nevsky: “Go and tell foreign lands that Russia lives. They can visit her without fear. But whoever comes to us with a sword shall perish with the sword. Upon this stood and shall stand the land of Russia.” Produced in 1938, the film depicts the defeat of the knights of the Teutonic Order near Pskov in 1242 and was a thinly veiled warning to the Nazis and their European allies, who, sadly, ignored it and attacked the Soviet Union in June 1941. Pskov was occupied by German, Estonian, Latvian and Spanish troops for over three years. When the Soviet army liberated the city in July 1944, it found 168 original inhabitants out of the population of 68 000 before the war. 

Scholars gathered from several countries to explore Russophobia and reactions it provokes. This included a survey of Russophobic phenomena within the Russian intelligentsia. Another paper touched on the ethnonationalist demodernization of several former Soviet republics, which cast “the Russians”—a remnant of the Soviet multiethnic population rather than ethnic Russians proper—as foreigners. In neighboring Estonia, they are often called “occupiers.” Rather than building an inclusive civil nationalism, Baltic authorities cultivate issues of ethnic belonging, which tend to enhance Russophobia. It also results from the positioning of the Baltic republics as NATO’s frontline states on Russia’s borders. 

Russophobia is a Western phenomenon. 

A survey conducted around the world in 2024 posed the question "What is your overall perception of Russia?" The results showed the exceptional position of the political West. While most European and European-settlement countries show negative attitudes, the Global South—from Egypt and Nigeria to China and India—display a dominance of positive feelings toward Russia. 

The conference also discussed reactions to Russophobia. Several speakers showed that Russophobia can provoke anti-Western attitudes and, in turn, lead to isolationism and cultural demodernization. The conference demonstrated a broad range of views being debated in Russia as it faces Western sanctions imposed on it since 2014 and particularly since 2022. 

The idea of splitting Europe from Russia and China is eminently rational within the framework of Sir Halford Mackinder’s geopolitical theories. But to sell it, Western powers have used emotional arguments, control of information, and punishment of dissidence. This has led Europeans to believe in their own self-righteous narrative. Bans on cultural exchanges with Russia, boycotting opera singers, prohibiting conferences on Dostoyevsky, or concerts including pieces by Rachmaninov have been normalized. The E.U. broke train and plane connections with Russia, even though these functioned despite political tensions under Stalin and throughout the rest of the Cold War. Being obliged to transit via Istanbul to fly from Saint-Petersburg to Helsinki—a flight which lasted 40 minutes—is a true sign of demodernization. 

Thus, Russophobia, like all racism, can veer toward the absurd. A summit on peace in the Ukraine convened in Switzerland in 2024 excluded Russia, one of the belligerents. The organizers would deem an invitation to Russia unthinkable and a step toward “moral equivalence.” 

Russophobia as a manifestation of demodernization dovetails with the rehabilitation of colonialism, which relies on excluding and dehumanizing the Other. A few years ago, a French president called on his compatriots to be proud of the achievements that France brought to its former colonies. And at the 2026 security conference in Munich, the U.S. Secretary of State Rubio praised the European colonization of America as “a sacred inheritance.” He also called on Europeans to be “unapologetic in our heritage and proud of this common inheritance.” Comparing Europe to a garden in the jungle by Josep Borrell, then head of the European Commission, fits the same trend. 

The late Chief Rabbi of Britain, Jonathan Sacks, once observed that “righteousness and self-righteousness are mutually exclusive.” 

Russophobia wrapped in claims of moral superiority increases the chances of a nuclear war. So does the fledgling movement to reject all things Western in Russia. Both are manifestations of demodernization. Both pose an existential threat to humanity.

Yakov M. Rabkin has authored and edited several books, including Demodernization: A Future in the Past and Israel in Palestine: Jewish Rejection of Zionism. 

June 19, 2026

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Articles précédents

A propos de la guerre OTAN-Russie en Ukraine : une rhétorique qui renvoie au passé colonial de l'Europe ?

Propos recueillis par Pierrick Hamon (06.05.2026)

Interview with Professor Yakov M. Rabkin 

=>  in english

 I-Dialogos : Professeur Yakov M. Rabkin, dans l’article publié en 2023 sur le site de I-Dialogos, vous écriviez : « À l’instar des autorités soviétiques qui justifiaient le brouillage des émissions radiophoniques occidentales comme une mesure contre la “subversion impérialiste”, une panoplie d’agences nationales et de l’OTAN protègent désormais le public de la “désinformation russe”. » Depuis lors, dans de nombreux médias européens – et notamment français – le thème de la « désinformation russe » a pris une place centrale. Le « narratif » est univoque. Le discours est quasiment verrouillé : l’objectif prioritaire du Kremlin serait ainsi d’« affaiblir les démocraties occidentales ». Toute mise en question de cette lecture expose  ses auteurs qualifiés « idiots utiles » (sic) à « des accusations de complaisance, voire de relais d’influence à l‘égard de Moscou ». Vu de Montréal, quel regard portez-vous sur la qualité du débat public et de l’information dans les démocraties européennes ? Le pluralisme des points de vue vous semble-t-il aujourd’hui suffisamment garanti ? 

Yakov M. Rabkin : Le pluralisme des points de vue demeure absent des débats portant sur les défis les plus existentiels auxquels l’Europe fait face. Il y a quelques années, j’animais un séminaire de troisième cycle et cosignais par la suite un ouvrage consacré à la « démodernisation ». Ce phénomène fut particulièrement visible dans l’ex-URSS des années 1990. Médecins reconvertis en chauffeurs de taxi, architectes vendant de la bière aux coins des rues, carcasses rouillées d’usines, instituts de recherche louant leurs murs à des marchands de sous-vêtements, prêtres orthodoxes militant pour une scolarité obligatoire raccourcie. Ces images devinrent monnaie courante au tournant du XXIe siècle dans bien des pays jadis modernes et « civilisés ». En Russie eltsinienne, le premier choix de carrière pour les lycéennes était la prostitution monnayée en devises étrangères. 

La démodernisation ne se limite désormais plus ni à un pays ni à une région. Dans plusieurs États, des voisins de longue date en viennent à s’entretuer, apparemment motivés par des différences soudainement redécouvertes de religion, de langue ou d’origine. En Europe, le nationalisme civique cède le pas aux identités tribales, ethniques et confessionnelles, et pas seulement à l’Est, où le nationalisme revêt traditionnellement une couleur ethnique, mais aussi dans des pays comme les Pays-Bas ou la Suède, considérés jusqu’alors comme des parangons de tolérance cosmopolite. 

Dans les relations internationales, les revendications moralisatrices et l’amalgame des adversaires étrangers au sein d’un « axe du mal » se substituent aux arguments rationnels de nature géopolitique. Les « faits alternatifs » deviennent omniprésents, instantanément diffusés à travers le globe par les moyens de communication les plus modernes. 

Quiconque met en cause le narratif convenu se voit ostracisé des grands médias

Cette démodernisation se manifeste notamment, en Europe, par l’absence de débat rationnel concernant la Russie, ses intentions et ses capacités. Depuis le discours prononcé par Poutine à Munich en 2007, dans lequel il proposait une architecture de sécurité inclusive pour l’Europe, toute information positive ou même neutre sur la Russie – qu’il s’agisse du ballet Bolchoï ou des ours polaires – a quasiment disparu des médias mainstream. Bien avant février 2022, la Russie avait été réduite à l’image d’un extraterrestre dangereux, antithétique à l’Europe. Quiconque mettait en cause ce dogme se voyait ostracisé des grands médias, puis, plus tard, sanctionné par la Commission européenne. 

La prétention de l’UE à un haut messianisme moral concernant la guerre en Ukraine a depuis été dévoilée comme vide de sens. D’abord, parce qu’ont émergé les révélations selon lesquelles la France et l’Allemagne ont délibérément induit la Russie en erreur en signant les accords de Minsk II, censés apporter la paix à une Ukraine déchirée par le coup d’État de février 2014. La complicité de plusieurs pays européens dans le génocide en cours à Gaza a porté le coup de grâce à ces prétentions à des « valeurs européennes » moralement supérieures. Un bon vieux racisme a refait surface, empêchant dirigeants européens et une partie croissante de la population de voir Palestiniens, Russes ou Iraniens comme appartenant à une humanité commune. 

Même à l’époque de Staline, les trains circulaient de Moscou à Paris

À l’époque même où Staline dirigeait l’URSS, les trains circulaient de Moscou à Paris. Sous Khrouchtchev, les échanges culturels et scientifiques avec les pays occidentaux prospéraient. Sous Brejnev, cosmonautes soviétiques et astronautes américains avaient rendez-vous dans l’espace. Aujourd’hui, les Européens ont abrogé tous ces contacts, fermé les frontières, et il faut voyager via Istanbul pour relier Saint-Pétersbourg à Helsinki – un vol qui dure habituellement moins d’une heure. 

Ils ont dégradé les relations diplomatiques et fait exclure la Russie de la plupart des compétitions sportives internationales. Tout cela tandis qu’aucune de ces mesures n’a été appliquée à l’État sioniste génocidaire en Asie occidentale. 

I-Dialogos : Dans une interview publiée hier sur notre site, Vladimir Fédorovski estime que la Russie a pu se sentir trompée par les Occidentaux après la fin de la guerre froide, notamment à la suite du rejet du projet de « Maison commune européenne » porté par Mikhaïl Gorbatchev et Francois Mitterrand, et de l’échec de la Charte de Paris de 1990 sur la sécurité.  Dans ce contexte, la virulence actuelle de l’ex-président Medvedev – qui avait pourtant choisi, contre l’avis de Poutine, une stratégie de rapprochement avec l’Union européenne – n’est-elle pas, au moins en partie, compréhensible ?  Comment interprétez-vous, de manière plus générale, l’évolution des relations entre la Russie et l’Occident depuis cette période ? Peut-on parler d’occasions manquées, voire d’un certain aveuglement stratégique de la part des Européens ? Ou faut-il plutôt considérer que les autorités russes ont elles-mêmes entretenu une forme d’ambiguïté, notamment lors d’épisodes comme la guerre en Géorgie en 2008 ?

Yakov M. Rabkin : Vous avez soulevé de nombreuses questions importantes auxquelles un bref entretien ne saurait rendre pleinement justice. Permettez-moi de commencer par votre dernier point. 

Une commission d’enquête européenne a conclu à l'époque que le conflit en Géorgie en 2008 avait été initié par le gouvernement alors en place de Saakachvili. Ultérieurement, ce fait a été « oublié » car il ne correspond pas à l'image d'une Russie agressive. 

Une rhétorique qui renvoie au passé colonial de l'Europe ? 

La notion d'« Occident » est intrinsèquement antagoniste et suprémaciste. Elle repose sur l'unité contre l’Autrui – que ce soit la « Russie de Poutine », le « régime des mollahs » ou le «Parti communiste chinois », pour reprendre les termes des faucons washingtoniens. Tout ceci vise à attiser les émotions et à obscurcir tout débat rationnel. Une telle rhétorique renvoie également au passé colonial de l'Europe, lorsque des valeurs prétendument supérieures étaient imposées, à la pointe de la baïonnette, aux quatre coins du monde. 

Malgré une cordialité de surface, la politique américaine à l'égard de la Russie a perpétué l'hostilité héritée de la guerre froide. Que ce soit le refus américain d'aider la Russie à surmonter la crise financière des années 1990 ou le mépris systématique des ouvertures diplomatiques russes – y compris une proposition d'adhésion à l'OTAN – l'objectif constant a été d'affaiblir et d'encercler la Russie. 

Après Chirac et Kohl, les Européens ont peu à peu abandonné la notion même d'intérêt national pour épouser la ligne américaine. Cela les a conduits à réduire drastiquement leurs relations économiques avec la Russie et à acquiescer à la destruction des gazoducs Nord Stream, plongeant ainsi leurs pays, notamment l'Allemagne, dans le déclin.  

Aujourd'hui que l'administration américaine esquisse des gestes – jusqu'ici vides – vers une réconciliation avec la Russie, l'Europe poursuit sa route antirusse tel un poulet continuant à courir après qu'on lui a coupé la tête. On pourrait parler d'une forme de cécité, si l'on veut, mais il s'agit essentiellement d'une démodernisation politique. 

John Mearsheimer et nombre d'autres experts attribuent la responsabilité de la guerre actuelle en Ukraine à la politique américaine d'élargissement de l'OTAN. 

John Mearsheimer et bon nombre d'autres experts attribuent la responsabilité de la guerre actuelle en Ukraine à la politique américaine d'élargissement de l'OTAN. S'ils ont certes des arguments valables, il convient également de se demander si les politiques de la Russie, voire celles de la fin de l'ère soviétique, n'ont pas contribué à la crise actuelle. 

Avec le recul, Alexandre IAKOVLEV – le protagoniste du dernier livre de Vladimir FEDOROVSKI - cf interview I-Dialogos voisine – et ses successeurs au Kremlin, apparaissent naïfs, voire pire, dans leur rapport à l'Occident. Ils ont présupposé sa bienveillance et ignoré les constantes géostratégiques séculaires de la Russie. 

Cela a conduit au démantèlement de l'Union soviétique, à la présence de troupes de l'OTAN à quelques centaines de kilomètres de Saint-Pétersbourg et, finalement, à des attaques contre la station d'alerte précoce russe près de Krasnodar et contre des bombardiers stratégiques en Extrême-Orient. La dissuasion russe s'en trouve largement discréditée, ce qui accroît immensément les risques d'une guerre élargie sur le continent européen. 

Les politiques russes en Ukraine ont fait preuve d'une insouciance confondante.

Alors que des centaines d'agences américaines et européennes œuvraient ouvertement à miner l'affinité économique, culturelle et enfin politique de l'Ukraine avec la Russie, Moscou n'a guère agi pour contrer ces actions. Peut-être que nombre de cercles dirigeants russes tenaient l'Ukraine pour acquise, en raison de trois siècles et demi de partage du même espace politique et économique, et de millions de familles composées de Russes et d'Ukrainiens. 

Ce n'est qu'après que les services de renseignement et les responsables politiques occidentaux eurent profondément infiltré les couloirs du pouvoir à Kiev que le Kremlin a pris conscience que Washington et ses vassaux européens avaient trompé la Russie. Il a alors ordonné à ses troupes de franchir la frontière ukrainienne en février 2022.  

Même à ce moment-là, la Russie a engagé des négociations et a accepté, en avril 2022, de rétablir le Donbass au sein de l'État ukrainien en échange du rétablissement de la neutralité de l'Ukraine. Washington et Londres ont torpillé l'accord imminent, et la guerre se poursuit à ce jour. 

I-Dialogos : Et alors, aujourd’hui, qu’en est-il ? Certains observateurs redoutent que les recompositions politiques aux États-Unis, notamment autour de la figure de Donald Trump et des impasses dans lesquelles il nous entraine, puissent paradoxalement renforcer les positions les plus dures et les logiques d’escalade, tant en Occident qu’ailleurs. Partagez-vous cette analyse ?  Plus largement, comment percevez-vous les évolutions possibles des rapports de force internationaux dans les années à venir, ainsi que les marges de manœuvre susceptibles d’éviter une polarisation accrue ? 

Yakov M. Rabkin : Les comportements erratiques de l'administration Trump présentent des signes évidents de démodernisation politique. Les sermons chrétiens – « pep talks » – du secrétaire à la Guerre au Pentagone, les fanfaronnades du secrétaire au Trésor à propos de son « economic statecraft» et les publications absurdes sur True Social ne doivent pas occulter d'importants éléments de continuité dans la politique étrangère américaine. 

Selon certaines estimations, les restrictions financières et économiques unilatérales des États-Unis – autrement dit, les sanctions – imposées à d'autres pays auraient causé plus de 38 millions de décès à travers le monde. 

Washington tente de préserver son hégémonie face à de sérieux échecs militaires et à une perte constante de sa vitalité économique et technologique par rapport à la Chine.

Les Européens contribuent à cette instabilité. 

Nous sommes plus proches d'une guerre nucléaire que jamais depuis Nagasaki

Ces tentatives, ouvertement agressives, souvent illégales, trahissent une certaine forme de désespoir. Les Européens contribuent à cette instabilité en soutenant l'agression israélo-américaine en Iran et au Liban, et en refusant de s'engager dans une diplomatie avec la Russie. 

En conséquence, nous sommes plus proches d'une guerre nucléaire que jamais depuis Nagasaki.  

Montréal, le 06  mai 2026

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Articles précédents

https://www.i-dialogos.com/analyses2/antis%C3%A9mitisme-et-antisionisme-un-amalgame-qui-mine-la-paix-sociale-yakov-rabkin.

https://www.i-dialogos.com/analyses2/europe-irrelevance-breeds-defiance-yakov-m-rabkin.

Pensée unique, censure et propagandes : le grand retour ?  La Raison et le Dialogue sont ils encore possibles ?

le 25.12.2024

Il y a cinquante ans, j’ai émigré d’Union soviétique. Ma seule raison était un désir de liberté.

Je déplorais la pensée unique maintenue par l’absence de publications étrangères et le brouillage des stations de radio occidentales comme le BBC World Service ou Radio Canada International. 

Je trouvais étouffants les médias dociles régurgitant la ligne du parti. Il n’y avait pas de débat sur la politique étrangère et la peur latente des autorités (même si elles n’étaient plus aussi oppressives qu’à l’époque de Staline) limitait les discussions franches sur la politique à un cercle étroit d’amis de confiance.

 J’ai laissé derrière moi ma ville natale de Leningrad (aujourd’hui Saint-Pétersbourg), mes amis, mon frère, les tombes de mes parents et de mes grands-parents. 

Il était risqué de demander le permis d’émigrer, car on perdait alors presque toujours son emploi et on se retrouvait socialement ostracisé, sans même avoir l’assurance que les autorités soviétiques accorderaient le visa de sortie. 

En l’espace de quelques mois j’ai été déchu de la citoyenneté soviétique et autorisé à acheter un billet de train aller simple pour Vienne. Mon rêve de liberté s’est réalisé. La première chose que j’ai achetée à Vienne fut un exemplaire de l’International Herald Tribune. 

En novembre 1973, j’ai rejoint l’Université de Montréal, mon foyer professionnel depuis lors. Au-delà de l’enseignement et de la recherche, j’ai suivi avec ardeur les débats politiques sur la guerre du Viêt Nam, le rôle de la CIA dans le renversement du gouvernement Allende au Chili, les retombées de la guerre d’octobre au Moyen-Orient. 

Les débats faisaient rage sur les ouvertures des États-Unis à la Chine et, bien sûr, sur les relations avec mon pays natal. Certains ont fait l’éloge de la détente Brejnev-Nixon, d’autres en redoutaient les écueils. 

Ce qui m’a le plus impressionné, c’est la variété des opinions dans les pages des journaux et sur les écrans de télévision.

Les lettres à la rédaction offraient un large éventail de points de vue, certains d’entre eux ne se contentaient pas de critiquer les politiques occidentales, mais proposaient même des alternatives. 

Je n’ai pas tardé à m’exprimer, d’abord dans des lettres à la rédaction, puis dans des articles d’opinion. C’était enivrant de participer à un débat politique libre en assumant ainsi ma responsabilité citoyenne. 

Aujourd’hui, cette liberté est érodée à l’égard de questions importantes de politique internationale.

Aujourd’hui, cette liberté est érodée à l’égard de questions importantes de politique internationale. 

L’une d’entre elles est celle d’Israël. 

Il faut désormais du courage pour en parler librement ne pas craindre d’être accusé ipso facto d’antisémitisme. Au début des années 1970, Abba Eban, sud-africain d’origine devenu l’éloquent ministre israélien des affaires étrangères, a mis au point une stratégie à long terme. Elle visait à étouffer les critiques à l’égard de son pays en accusant les auteurs d’antisémitisme. Cette stratégie a triomphé depuis, puisque le boycott pacifique d’Israël et le fait de qualifier ses politiques d’apartheid sont officiellement interdits et jugés antisémites dans beaucoup de pays occidentaux. La politique d’Israël à l’égard des Palestiniens échappe ainsi à tout débat équilibré et rationnel.


Exemple de la politique à l’égard de la Russie 

Bien avant février 2022, la plupart des pays de l’OTAN (ainsi que l’Ukraine) ont restreint l’accès aux médias russes, ce qui ne s’est jamais produit à l’Ouest même pendant la guerre froide. 

À l’instar des autorités soviétiques qui justifiaient le brouillage des émissions radiophoniques occidentales comme une mesure contre la « subversion impérialiste », une panoplie d’agences nationales et de l’OTAN protègent désormais le public de la « désinformation russe ». 

D’éminents universitaires occidentaux tels que Jeffrey Sachs, de l’Université Columbia, et John Mearsheimer, de l’Université de Chicago, ont été marginalisés et leurs analyses ont pratiquement disparu des médias grand public. Leur remise en question des politiques occidentales à l’égard de la Russie est rejetée comme étant de « la propagande du Kremlin ». 

La guerre en Ukraine a été soustraite à un débat rationnel et transformée en question morale. 

En outre, les quelques tentatives d’examen des politiques occidentales en Europe de l’Est se heurtent à des obstacles insurmontables. 

Par exemple, ce printemps, l’association Montréal pour la paix a tenté d’organiser un débat auquel participerait, entre autres, un expert universitaire réputé en relations internationales. L’affiche promettait de présenter « des faits que vous n’avez jamais lus ou entendus de nos médias et des bureaux de Justin Trudeau et Mélanie Joly ». L’institution qui avait initialement accepté de louer son espace a succombé, comme elle l’a admis, à la pression de ses « voisins ukrainiens », et a annulé la location. 

Une autre institution avait également accepté de louer son espace mais a rapidement changé d’avis « ne voulant pas offusquer ses clients réguliers ». 

La liberté de débat n’est pas seulement un droit démocratique. C’est aussi un moyen de formuler et d’évaluer des alternatives. 

Lorsque la guerre en Ukraine se transforme en une lutte entre le Bien et le Mal, la moralisation et l’indignation remplacent l’approche rationnelle et rend la diplomatie pratiquement impossible. Cela augmente les risques d’une guerre nucléaire et de son corollaire, le MAD, Mutually Assured Destruction, comme le désignent depuis 1962 les stratèges militaires américains. 

La pensée unique ne porte pas seulement atteinte à nos valeurs démocratiques, elle constitue une menace existentielle..
Yakov M. Rabkin


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Hommages à Charles JOSSELIN :

Hommages à Charles JOSSELIN :

Charles Josselin est décédé ce 1er septembre. L’entretien qu'il nous avait accordé en août dernier prend aujourd’hui une résonance particulière. De l’Ukraine au Moyen-Orient et à l’Iran, de Taïwan à Cuba, les crises révèlent l’affaiblissement du multilatéralisme et l’importance décisive de l’information. Aux affrontements militaires s’ajoute une guerre des récits, nourrie par la propagande, la désinformation, le conformisme médiatique et la puissance des réseaux sociaux. Diplomatie et information ne peuvent donc rester l’apanage des États, des groupes de presse publics ou privés, ni des grandes plateformes numériques soumises à des intérêts financiers ou idéologiques : elles doivent associer sociétés civiles, territoires, journalistes, chercheurs et acteurs culturels afin de préserver le pluralisme, la compréhension mutuelle et les voies du dialogue. Paris, act. le 10 septembre 2026

Charles Josselin qui nous a hélas quittés soudainement  ce 1er septembre, avait largement inspiré la création et la démarche de I‑Dialogos. Ses obsèques ont été célébrés ce 5 septembre en l'église bretonne de Trigavou. I-Dialogos participera à l'hommage qui lui sera rendu ultérieurement. Parmi ceux reçus, nombreux, qui résument la pensée de tous et toutes : 

=> L’homélie du Père Elie Geffray suivie du message d’Abdoulaye Sene, à Dakar

=>  Naceur Gharbi

=> L'hommage tunisien d'Ezzedine OUNIS. 

=>  Bruno JONCOUR in Le Telegramme 

Charles Josselin a laissé une empreinte durable à l'international, en particulier mais pas seulement, sur le continent africain,  tant par sa vision de la Diplomatie qui ne peut plus être limitée aux seules relations entre États que par les relations qu’il a su nouer avec ses interlocuteurs sur le terrain, comme lors des grandes Conférences internationales. Convaincu que les collectivités territoriales et la société civile ont un rôle essentiel à jouer dans les grands défis globaux et pour rapprocher les peuples, Charles Josselin fut un précurseur et promoteur de la « coopération décentralisée ». 

La diplomatie doit s’enraciner dans les villes et les régions, plus proches des citoyens. Il a ainsi développé des actions de coopération décentralisée en tant que président du Conseil général des Côtes-d’Armor, avec plusieurs collectivités étrangères : Gabès (Tunisie), Agadez (Niger), Olsztyn (Pologne), Ha Tinh et Nghe An (Vietnam), Liège (Belgique), … Il a également été maire de Pleslin-Trigavou, sa commune de naissance à laquelle il était restée profondément attachée, comme à sa Bretagne, au point d'y résider la moitié de son temps. Ministre de la Coopération et de la Francophonie, Député, Sénateur, il a aussi siégé au Parlement européen. Il a ensuite présidé Cités Unies France (FMCU), avant d’en devenir président d’honneur. En retrait de la vie publique, il suivait toujours de près l’actualité géopolitique. 

L’entretien, que Charles JOSSELIN nous avait accordé en août précédent, prend aujourd’hui une résonance particulière. PH et la Rédaction de I-Dialogos

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Face à l'empressement guerrier, je choisis Pacifisme et Diplomatie

De l’Ukraine au Moyen-Orient et à l’Iran, de Taïwan à Cuba, les crises révèlent l’affaiblissement du multilatéralisme et l’importance décisive de l’information. Aux affrontements militaires s’ajoute une guerre des récits, nourrie par la propagande, la désinformation, le conformisme médiatique et la puissance des réseaux sociaux. 

Diplomatie et information ne peuvent donc rester l’apanage des États, des groupes de presse publics ou privés soumis à des intérêts financiers ou à des lignes idéologiques ou de partis pris politiques, ni à des grandes plateformes numériques : elles doivent associer, notamment dans le cadre d'une Francophonie renouvelée, mais pas seulement : sociétés civiles, territoires, journalistes, chercheurs et acteurs culturels afin de préserver le pluralisme, la compréhension mutuelle et les voies du dialogue. PH

Charles Josselin et Pierrick Hamon, Paris août 2025

I-Dialogos : Charles Josselin, comme ancien ministre de la coopération et de la Francophonie, que pensez-vous du débat autour de l’avenir de la Francophonie, notamment en Afrique ? 

Charles Josselin : Même en Afrique, et peut-être plus qu’ailleurs, l’eau a coulé sous les ponts, ceux de l'histoire. N’est ce pas Aimé Césaire qui considérait la Francophonie comme une richesse trouvée dans les décombres de l'empire colonial ? 

Il y a incontestablement un déclin de la francophonie, ou plutôt un déclin d’une certaine conception de la Francophonie, celle de la Francafrique. C’est principalement la décolonisation qui est à l’origine de ce déclin avec l’autorisation obtenue de parler une autre langue que le français. Parmi les raisons de ce déclin, il y a la fin du service national qui permettait à 30 000 coopérants, véritables « hussards de la francophonie », de faire le choix de l'expatriation éducative et sanitaire, plutôt que celui du port des armes. 

Les écoles sahéliennes en ont été les premières victimes. Et puis, en Afrique comme ailleurs, et même en France, l'américanisation a submergé la francophonie. Cela avait commencé au moment de la guerre 14 18 avec l’entrée en guerre des Etats-Unis. 

En l'état actuel, la Francophonie est surtout l'objet d'une politique de communication. 56 pays sont déclarés membres de l’OIF auxquels ils convient d’ajouter 5 associés et 32 Etats observateurs dont bien peu sont réellement francophones. Je note ainsi que le Qatar et quelques autres pays avec lesquels nous sommes en affaires, les ont rejoints. Même parmi les pays officiellement membres, j'en connais plusieurs pour qui la Francophonie c’est de l’histoire ancienne. 

Le choix fait par le Président Macron de confier la direction de l’Organisation Internationale de la Francophonie à la représentante du Rwanda qui a fait le choix de l‘anglais contre le français, en perturbe pour le moins la compréhension. Le président Kagamé n’hésite pas, ces temps-ci, à maltraiter, c’est le moins que l’on puisse dire, son grand voisin francophone, en engageant son armée au Congo RDC, en appui au M23, dument mandaté. Nos protestations le laissent complétement indifférent. 

C'est pourtant le moment que la France avait choisi pour apporter son soutien à la programmation, à Kigali, en novembre dernier, de la 46ème Conférence ministérielle de la Francophonie. C'est une insulte faite au Congo qui est le plus grand réservoir, et pas seulement en Afrique, de locuteurs francophones. Plus qu’en France. Il est vrai que les capitales africaines susceptibles de pouvoir accueillir un tel évènement se sont raréfiées. On n’imagine pas qu’il puisse être organisé aux Comores ou à Djibouti ou même en Centrafrique. Même le Gabon et le Sénégal ont changé de sensibilité, sans parler de la Tunisie et de l’Algérie où ce n’est sans doute pas le bon moment. 

Le 36ème Sommet de l'Union Africaine

I-Dialogos : Déclin d’une certaine conception de la Francophonie ou déclin de l’infuence française ?

Charles Josselin : Force est de constater que l’Afrique se détourne progressivement de la France.  Après le Sahel, je crains que l'Organisation de la francophonie, de même que les autres institutions comme l'Université Senghor, fassent les frais de cette évolution, Burkina Faso, Niger et Mali ayant fait le choix de quitter l’OIF considérée comme l’agent d’influence de Paris. 

Deux autres institutions pourraient néanmoins conserver leur légitimité. C’est le cas de l‘AIMF, l’Association Internationale des Maires Francophones, et de l’Agence Universitaire de la Francophonie aujourd’hui dirigée par un brillant universitaire tunisien, le Professeur Slim Khalbous.  L’AUF a une existence propre. Elle peut même, avec l’AIMF,  continuer à alimenter cette grande idée qu’est la Coopération Décentralisée. Celle-ci, pourtant plébiscitée en Afrique, est négligée par notre Diplomatie. Elle est aussi particulièrement affectée par les ruptures politiques intervenues en Afrique.  Je pense, par association d'idées, au désastre que connaît actuellement Haïti où on parlait encore français la dernière fois que je suis allé, il y a quelques années déjà. 

16 juillet 1993 : Charles Josselin signe un Accord de Coopération Décentralisée Franco-tuniso-polonais 

à Olsztyn, en Pologne, avec le Gouverneur de Gabes et le Voïvode de Warmie-Mazurue

L’OIF, c’est budgétairement parlant, essentiellement la France pour près de 50%. Le problème, c’est donc bien la disproportion entre l'étendue supposée du monde francophone et la position réelle de la France à l'international, même avec une arme nucléaire dont j'ai toujours dénoncé le principe et l'inefficacité diplomatique. 

I-Dialogos : La dissuasion atomique française n’est elle pas pourtant ce qui permet à la France un positionnement diplomatique bien au-delà de son poids géopolitique réel ?

Charles Josselin : La charge, et pas seulement financière, est trop lourde pour notre pays. Ce point de vue n’est pas nouveau. Plus jeune, j’ai manifesté contre les essais nucléaires dans le Pacifique avec la « bataillon de la Paix ». C'était en 1973. Je reste aujourd’hui encore totalement opposé à cette fuite en avant, à cet empressement guerrier qui s’accentue et ne correspond plus aux réalités militaro-diplomatiques. 

J’observe d’ailleurs que la menace nucléaire est de moins en moins évoquée par les commentateurs, y compris les experts militaires de plus en plus présents à la télévision. Comment ainsi ne pas s’interroger sur ces vagues de consultants, ces anciens ambassadeurs recrutés par nos chaînes TV, publiques autant que privées, comme le furent les médecins « consultants » omni présents à l’époque du COVID ?   Ce sont ces mêmes experts qui n’avaient pas vu venir l’élection de Trump. Je ne parle pas de ceux qui participent à la vente de nos canons et autres matériels militaires. 

I-Dialogos : N'y a-t-il pas aussi un recul de la Diplomatie ? 

Je crois toujours au pacifisme, même romantique, et donc, surtout, à la Diplomatie, pour bâtir un monde vivable. Les mêmes experts consultants, ceux du monde des "neocons" – neo conservateurs - comme on les appelle aux Etats-Unis, désormais en vogue à Paris, assimileront probablement mon approche à de la naïveté...

J’ai cependant la faiblesse de croire encore en la vertu. 

Comment ne pas réagir face aux propos de cet ancien général affirmant sans la moindre objection, que l’état normal d’une société, c'est la guerre !  Terrible affirmation qui justifie sans doute son choix de carrière. 

I-Dialogos : Pour le grand journaliste Jacques Duquesne, le journalisme ce n’est pas dire ce qu’il faut penser, mais raconter et expliquer. On en est de plus en plus loin, probablement à cause de la pression des réseaux sociaux ?

Charles Josselin : N’est ce pas en effet cette super pollution de l'information qui conduit au désordre de la pensée. Dans cette inquiétante situation, une institution, voulue et dirigée par les Etats-Unis, porte en elle cette culture de la guerre, c’est l’OTAN. 

Certes l'agression de Poutine contre l’Ukraine, est inexcusable, mais l'Europe et l'OTAN ont ils joué convenablement leur rôle dans l'application des accords de Minsk ?  L’action militante de Bruxelles en faveur de l’élargissement de l’Union Européenne n’est pas pour rien non plus dans l’accroissement des tensions.

I-Dialogos : Quel est le principal souvenir que vous conservez de votre fonction de Ministre de la Coopération et du Développement ? 

Charles Josselin : La fusion du Ministère de la Coopération avec celui des Affaires Etrangères. C’est le mandat que m’avait confié Lionel Jospin, Premier Ministre, convaincu que c’était la condition de la fin de la « Francafrique », la fin d’une Diplomatie adaptée au « Pré Carré ». Ce fut difficile, Jacques Chirac y était hostile. il fallut l’expliquer aux dirigeants africains.

La politique française de coopération a conservé longtemps un parfum colonial. Ce n’est d’ailleurs pas vraiment étonnant. Les premiers à s’en occuper furent les anciens de la France d’Outre-Mer. 

Je note que les politiques publiques d’aide au développement s'organisent de manière très différente en Allemagne et en France par exemple. Est-ce du fait de l'organisation fédérale de l’Allemagne où le Ministère des Finances n'a pas l'hyper puissance de Bercy en France ? 

Ainsi du poids historique de l'Agence française de développement, ex Caisse de coopération, largement dépendante de la Direction du Trésor du puissant Ministère français des Finances alors que l'agence allemande dépend du Ministère du développement.  Le déséquilibre est flagrant. Un Etat dans l’Etat ? 

Je constate que l’Allemagne n’a pas les difficultés rencontrées en Afrique par la France. Il est vrai que sa défaite, à l’issue de la première guerre mondiale, l’a privé de ses territoires africains et dispensé d’entreprendre sa propre décolonisation. Depuis, c’est l’expansion vers l’Europe de l’Est qui a mobilisé les ambitions de Berlin. 

« Chooze Europe » selon Emmanuel Macron, mais Villers-Cotterêts est déjà, m’a-t-on dit, un très beau musée.  

Août 2025, repris le  28 juillet puis le 1er sepetembre 2026


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Che pace per l’Ucraina? Quelle paix pour l'Ukraine ? Mario BOFFO, Rome, Italia

Che pace per l’Ucraina? Quelle paix pour l'Ukraine ? Mario BOFFO, Rome, Italia

La guerra in Ucraina continua a rappresentare il più grave conflitto armato in Europa dalla fine della Seconda Guerra Mondiale, e, al di là di quelli che saranno i suoi immediati sviluppi, sta contribuendo a ridefinire gli equilibri globali. La crescente cooperazione tra Russia, Cina, Iran e Corea del Nord evidenzia la formazione di nuove convergenze strategiche alternative all’ordine occidentale. Parallelamente, l’Europa sta riscoprendo la centralità della sicurezza e della difesa, mentre gli Stati Uniti, pur con qualche ambiguità, continuano a considerare il conflitto ucraino come parte di una complessiva competizione tra democrazie e potenze autoritarie. Mario BOFFO, in LAB Politiche e Culture, ROME le 16 juillet 2026

Né à Naples, Mario BOFFO est un Diplomate italien auteur de plusieurs romans. Président du prix EPhESO pour les relations euro-méditerranéennes, il a été ambassadeur notamment au Yemen et en Arabie Saoudite. Il collabore à plusieurs revues dont LAB Politiche e Culture, partenaire associé à I-Dialogos.

La guerra in Ucraina continua a rappresentare il più grave conflitto armato in Europa dalla fine della Seconda Guerra Mondiale, e, al di là di quelli che saranno i suoi immediati sviluppi, sta contribuendo a ridefinire gli equilibri globali. La crescente cooperazione tra Russia, Cina, Iran e Corea del Nord evidenzia la formazione di nuove convergenze strategiche alternative all’ordine occidentale. Parallelamente, l’Europa sta riscoprendo la centralità della sicurezza e della difesa, mentre gli Stati Uniti, pur con qualche ambiguità, continuano a considerare il conflitto ucraino come parte di una complessiva competizione tra democrazie e potenze autoritarie.    

=> in italiano.

La guerre en Ukraine demeure le conflit armé le plus grave en Europe depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale et, quelles que soient ses conséquences immédiates, elle contribue à redéfinir l'équilibre mondial. La coopération croissante entre la Russie, la Chine, l'Iran et la Corée du Nord souligne l'émergence de nouvelles convergences stratégiques offrant des alternatives à l'ordre occidental. Parallèlement, l'Europe redécouvre la centralité de la sécurité et de la défense, tandis que les États-Unis, malgré une certaine ambiguïté, continuent de percevoir le conflit ukrainien comme un élément d'une compétition plus large entre démocraties et puissances autoritaires. La paix en Ukraine, et en particulier la manière dont elle sera finalement instaurée, déterminera donc non seulement le sort d'un pays attaqué, mais établira également un précédent fondamental pour le système international du XXIe siècle, influençant la crédibilité de la dissuasion, le respect des frontières et l'avenir des relations entre les grandes puissances. 

Plus de quatre ans après l'invasion russe de février 2022, le conflit demeure une guerre d'usure où les capacités industrielles, économiques, technologiques et démographiques des belligérants l'emportent sur les manœuvres opérationnelles et la stratégie militaire proprement dite. Tout au long de l'année 2025 et durant le premier semestre 2026, les forces russes ont conservé l'initiative stratégique sur plusieurs secteurs du front oriental. Malgré l'absence de percées décisives, Moscou a continué de gagner progressivement du terrain, grâce à sa supériorité numérique, à sa production de guerre croissante et à sa capacité à supporter de lourdes pertes humaines. L'Ukraine a réagi en s'appuyant sur son excellence technologique, le recours massif aux drones et l'intégration des renseignements occidentaux et de systèmes d'armement de pointe. Grâce à ces ressources et à l'aide reçue, Kiev a étendu la guerre profondément en territoire russe, frappant des bases aériennes militaires, des dépôts logistiques, des raffineries et des infrastructures énergétiques à des centaines de kilomètres de la ligne de front. Ces opérations revêtent une importance non seulement militaire, mais aussi psychologique, car elles réduisent la perception d'invulnérabilité du territoire russe et contraignent Moscou à consacrer des ressources considérables à sa défense intérieure. Avec des innovations technologiques et tactiques constantes, la guerre est devenue un laboratoire militaire sans précédent, où les systèmes autonomes, la guerre électronique, les missiles à longue portée, les drones et les capacités cybernétiques jouent un rôle de plus en plus important. Malgré cela, le conflit demeure dans une impasse. Les capacités offensives des deux camps sont insuffisantes pour remporter une victoire stratégique définitive, tandis que les coûts humains et économiques ne cessent de s'alourdir. Si, aux tout débuts du conflit, la perspective d'une victoire militaire décisive paraissait encore plausible, depuis au moins trois ans, la réalité du champ de bataille laisse entrevoir un scénario où aucun des deux camps ne semble capable de vaincre l'autre. Pire encore, malgré l'incapacité manifeste et partagée de l'emporter par les armes, aucun ne semble en mesure d'imposer unilatéralement les conditions d'une ouverture de négociations, ni même d'une trêve. L'impasse militaire correspond donc à une impasse diplomatique parallèle. 

Néanmoins, l'idée d'une paix possible commence à circuler. Paradoxalement, ce désir semble à la portée de la Russie, quoique selon ses propres conditions, peut-être parce que Moscou est lasse de la longue « opération spéciale » et des dégâts qu'elle engendre. La Russie, cependant, ne l'a pas formellement demandée ; l'Ukraine et l'Europe, en revanche, le souhaitent, même si aucune des deux ne semble réellement le désirer, en partie parce que leur perception est influencée par l'interprétation et la description des rôles respectifs des belligérants : l'Ukraine, « défenseur de l'Europe et des valeurs de la démocratie » ; la Russie, « ennemi désigné de l'Europe et menace concrète pour les pays de l'Union ». Bien sûr, aucune de ces affirmations n'est vraie : c'est l'Europe (et dans une certaine mesure l'Amérique) qui défend l'Ukraine, tandis que la Russie, qui a décidé de régler militairement une série de problèmes apparus au cours des trente-cinq dernières années, n'a aucune intention d'attaquer l'Europe à moins d'en être menacée. Cela ne sert pas ses propres intérêts, ne fait pas partie de son héritage historique, sauf dans des circonstances et des périodes limitées et bien définies, et elle ne souhaite pas s'opposer ouvertement à l'OTAN qui, malgré les signes manifestes de crise interne, existe toujours. Nous sommes probablement aux prémices des escarmouches ; les acteurs de cette tragédie font peut-être des déclarations grandiloquentes et maximalistes, mais ils se préparent, espérons-le, à un dialogue permettant d'aplanir les aspérités et d'élaborer des propositions concrètes. La question fondamentale, cependant, n'est pas tant le compromis qui mettra fin aux combats, mais plutôt le type de paix qui peut être réalistement instauré pour créer un cadre de stabilité et de sécurité durables pour l'Europe. La réponse à cette question concerne non seulement l'Ukraine et la Russie, mais bien l'ensemble du système de sécurité européen, le rôle de l'OTAN, la stabilité de la mer Noire et, plus généralement, le futur équilibre géopolitique du continent.  

Du point de vue russe, la guerre s'inscrit désormais dans une compétition stratégique plus large avec l'Occident, et les exigences sous-jacentes du Kremlin à une éventuelle paix reflètent cette approche. La première exigence concerne la reconnaissance de la souveraineté russe sur les territoires occupés puis annexés, notamment la Crimée ; pour Moscou, cette question est considérée comme non négociable et représente l'un des principaux objectifs de l'opération militaire. La seconde exigence concerne la neutralité de l'Ukraine ; les dirigeants russes continuent de considérer l'adhésion potentielle de Kiev à l'OTAN comme une menace directe pour leur sécurité nationale ; par conséquent, tout accord devrait exclure formellement l'entrée de l'Ukraine dans l'Alliance atlantique. De plus, la vision russe inclut également une dimension plus large concernant la sécurité européenne : le Kremlin vise à réviser le cadre stratégique consolidé après la fin de la Guerre froide et à réaffirmer son rôle d'acteur incontournable dans la définition de l'ordre continental. Les positions ukrainiennes se situent à l'opposé, et le principe fondamental demeure celui de l'intégrité territoriale intégrale de l'État. Pour Kiev, une paix juste implique le retrait des troupes russes des territoires occupés et le rétablissement des frontières internationalement reconnues. Dans le même temps, le gouvernement ukrainien juge essentiel d'obtenir des garanties de sécurité capables de prévenir toute nouvelle agression. L'expérience acquise depuis 2014 a démontré, aux yeux des Ukrainiens, l'insuffisance de simples assurances diplomatiques (il convient toutefois de rappeler que les pays européens garants des accords de Minsk ont été les premiers à trahir leur rôle, et que l'Ukraine elle-même n'a pas assuré le suivi de ces accords en toute bonne foi). D'où la recherche de mécanismes plus robustes, qui pourraient prendre la forme d'une adhésion à l'OTAN ou d'accords contraignants avec les États-Unis et les principaux pays européens, constituant de fait une forme de défense collective similaire à celle prévue à l'article 5 du Traité de l'Atlantique Nord. L'Ukraine estime également que tout processus de paix doit inclure, aux frais de la Russie, des programmes de reconstruction, des compensations financières et la reconnaissance des responsabilités pour les violations du droit international commises pendant le conflit. 

Invitées au banquet tragique de la guerre, l'OTAN et l'Union européenne y ont participé, à des degrés divers, et continuent de le faire. L'Alliance atlantique s'est renforcée grâce au conflit, notamment avec l'adhésion de la Finlande et de la Suède, dont l'entrée en fonction a profondément modifié la géographie stratégique de l'Europe du Nord, tandis que la présence militaire alliée sur le flanc est considérablement consolidée. Pour de nombreux pays européens, la guerre a marqué le retour de la dissuasion conventionnelle comme élément clé de la sécurité continentale ; par conséquent, le conflit ukrainien a accéléré le processus de réarmement européen et relancé le débat sur la nécessité d'une plus grande autonomie stratégique pour l'Union européenne. L'Europe est donc aujourd'hui confrontée à une double exigence : continuer à soutenir l'Ukraine et, simultanément, construire un système de sécurité capable de garantir une stabilité durable. La question cruciale est de savoir si les futurs arrangements reposeront sur une dissuasion mutuelle ferme entre l'Union européenne (ou la Communauté atlantique) et la Russie, ou s'ils peuvent s'appuyer sur un plan plus large, capable d'assurer une sécurité globale en Europe, y compris avec la Russie, de manière inclusive, collaborative et mutuellement fiable. D'un point de vue géopolitique, les options réalistes pour tenter d'initier un processus de paix semblent limitées. La première option consiste en un cessez-le-feu le long des lignes de contact actuelles, accompagné de négociations prolongées ; cette solution serait imparfaite et pas nécessairement la plus réalisable. Une seconde option serait la création d’une zone démilitarisée sous la surveillance d’observateurs internationaux, assortie de garanties de sécurité multilatérales. Ce scénario exigerait un niveau élevé de confiance mutuelle, actuellement inexistant, et peut-être le rôle des organisations internationales, dont le rôle est aujourd’hui très limité. Un accord global réglant immédiatement toutes les questions territoriales semble encore plus difficile à mettre en œuvre ; les positions des parties restent trop divergentes et aucun dirigeant politique ne bénéficie actuellement du consensus nécessaire pour accepter des concessions significatives. À moyen terme, une situation similaire à celle qu’a connue la péninsule coréenne après 1953 pourrait se dessiner : une trêve stable, en l’absence de paix formelle ; dans ce cas, le conflit resterait fondamentalement non résolu et reposerait sur la dissuasion mutuelle, avec toutes les incertitudes que cela implique.  

La question « quelle paix pour l’Ukraine ? » doit donc être replacée dans un débat plus général englobant la future structure de sécurité de l’ensemble du continent européen. La solution la plus souhaitable ne semble pas être une victoire totale pour l’un des camps, qui déclencherait une longue période de revanchisme, mais plutôt un compromis dicté par les réalités stratégiques et les limites des capacités militaires respectives. Cependant, il reste à déterminer quel équilibre peut garantir simultanément la sécurité de l’Ukraine, la stabilité européenne et la prévention de nouveaux conflits. Le défi pour l’Europe sera de transformer une trêve militaire, si elle est conclue, en une paix durable ; y parvenir nécessitera une dissuasion crédible, des capacités diplomatiques et une nouvelle architecture de sécurité adaptée aux besoins d’un continent qui, après 2022, ne sera plus le même. Au-delà des sympathies idéologiques et de la rhétorique, qui entravent une pensée critique libre et productive et l’amorce d’une réflexion pragmatique, mettre fin aux guerres exige du raisonnement, une vision politique, de la flexibilité et la capacité de reconnaître et de respecter les besoins de l’adversaire, qu’ils soient ou non acceptables. De plus, la paix n’est pas toujours la même ; Il existe des paix qui garantissent de longues périodes de stabilité, et d'autres qui ne font qu'ouvrir la voie à de nouvelles guerres. Compte tenu de ces considérations, en tenant compte des tactiques de négociation, voire des manœuvres préparatoires, qui pourraient animer les parties en conflit, et sans exclure l'imprévisibilité inhérente à toute négociation une fois entamée, il est peut-être possible d'esquisser quelques pistes quant aux points essentiels qui pourraient être intégrés à un compromis souhaitable.  

La demande de la Russie concernant l'ensemble du Donbass (Donetsk et Louhansk), ainsi que les territoires de Zaporijia et de Kherson, et la reconnaissance officielle de toutes les annexations, se heurte au refus de Kiev de toute reconnaissance et à sa demande de gel de la ligne de front, ce qui maintiendrait une partie du Donbass sous contrôle ukrainien. Cependant, laisser les territoires actuellement contrôlés par Moscou sans reconnaissance et le Donbass divisé entre deux drapeaux ne ferait qu'attiser l'irrédentisme et les frictions futures ; une paix ainsi obtenue ne ferait qu'ouvrir la voie à de nouveaux conflits. Accorder à la Russie l'intégralité du Donbass, y compris la partie non conquise, et reconnaître les territoires conquis, éventuellement avec une certaine gradation (à l'instar de la Corée ou de Taïwan), constituerait certes une mesure extrême ; mais elle instaurerait dans l'immédiat une plus grande stabilité et permettrait ainsi d'obtenir de Moscou des concessions tout aussi importantes, comme la renonciation à Zaporijia et à Kherson, et peut-être une série de garanties sur d'autres points. La crainte qu'une telle solution puisse créer un dangereux précédent serait tempérée par le principe de protection des minorités russes, que Kiev a généralement opprimées ; ce principe ne devrait en aucun cas être remis en question, non seulement pour éviter des déclencheurs plus ou moins malveillants de nouveaux conflits, mais aussi parce que la protection des minorités fait partie intégrante des valeurs démocratiques que l'Europe proclame avec force. 

La demande de la Russie pour une Ukraine neutre se heurte à celle d'une Ukraine lourdement armée, impliquant le déploiement de troupes étrangères (y compris européennes, comme l'affirment Kiev et certains pays « volontaires »). L'Europe craint qu'une Ukraine neutre, non armée au-delà des niveaux convenus, ne devienne la proie d'une nouvelle agression russe, car, selon certains, la Russie n'est pas digne de confiance. Par ailleurs, une Ukraine militairement forte, soutenue par les pays européens, reproduirait la menace même perçue par la Russie qui a conduit à son entrée en guerre ; Kiev serait également animée par un esprit de vengeance et le désir de continuer à recevoir l'aide financière européenne, et adopterait très probablement des politiques provocatrices visant à reconquérir du territoire ou à maintenir les tensions (à cet égard, il convient de se demander si l'on peut faire confiance à l'Ukraine). Il est à noter que la neutralité des pays européens n'a rien de nouveau : des pays comme l'Autriche, la Suède et la Finlande vivent paisiblement depuis des décennies au sein de la sphère d'influence occidentale, sans être inquiétés par qui que ce soit, et surtout pas par Moscou. La neutralité ukrainienne pourrait donc être protégée non pas par un pseudo-article 5 menaçant, à l'instar de l'OTAN, mais par des garanties mutuellement convenues, actuellement à l'étude. Ceci compenserait l'exclusion de l'Ukraine de l'OTAN et l'interdiction de conserver un statut non nucléaire. Cela inclurait également une éventuelle adhésion de Kiev à l'Union européenne ; indépendamment de l'opportunité que l'Union accorde à une telle adhésion, ce prix pourrait être acceptable ; mais ce prix serait plus supportable avec une Ukraine neutre, qui représenterait un risque bien moindre pour l'Europe qu'une Ukraine forte, armée et vindicative, capable d'entraîner toute l'Union dans une guerre en vertu de l'article 42.7 du Traité (défense collective). 

 La demande de la Russie de lever les sanctions progressivement imposées et autres mesures restrictives à Moscou, conjuguée à son refus de prendre en charge les coûts de reconstruction, s'oppose à la proposition euro-ukrainienne d'indemniser les dommages de guerre et d'utiliser les avoirs russes gelés comme moyen de pression pour les réparations. Cependant, l'engagement de lever progressivement les sanctions en fonction de l'avancement des négociations et de ne pas imposer à Moscou l'exclusivité des coûts de reconstruction, associé à la possibilité de reprendre des relations économiques normales, constituerait un levier important pour obtenir des concessions favorables d'une Russie certes en difficulté.  Ces développements ne sont que des réflexions préliminaires, tributaires du désir mutuel de paix ou, à l'inverse, de la volonté d'affaiblir ou de renverser l'adversaire, de la résilience de toutes les parties, et des incertitudes et opportunités que pourraient offrir de véritables négociations, si elles venaient à s'engager. Certes, certaines recommandations semblent en contradiction avec les « valeurs irremplaçables » généralement proclamées : la reconnaissance d'annexions, l'octroi de territoires, la limitation (avec compensation, qui plus est) de la pleine souveraineté et de l'intégrité territoriale d'un État, ne correspondent pas aux critères d'une « paix juste ». Il ne faut cependant pas les prendre au pied de la lettre ; l'intention est de suggérer la possibilité d'un changement de cap et d'une reformulation des paradigmes, ainsi que de permettre aux deux parties de sauver la face et d'atténuer ainsi leur intransigeance. De plus, il ne s'agit pas de minimiser l'importance des valeurs démocratiques, qui sont certes cruciales, mais si elles sont conçues de manière rigide, rhétorique et parfois ambiguë face à un besoin de paix, elles annoncent non pas la cessation, mais la poursuite des conflits, ou l'établissement de trêves instables et dangereuses. Ici, l'objectif est plutôt de réfléchir à la manière de parvenir à une paix qui, même au prix de compromis nécessaires, soit porteuse de stabilité. Et il semble que nous puissions aller au cœur du problème. Depuis la dissolution de l'URSS, la Russie exige la mise en place d'une architecture de sécurité en Europe qui prenne en compte et reconnaisse les besoins de chacun ; c'est là le nœud du problème, et c'est par là que nous devons partir. Cet objectif serait, après tout, dans l'intérêt commun des pays européens. Ce serait un long chemin, difficile et extrêmement complexe ; mais c'est précisément d'une compréhension générale, sincère et partagée, assortie de contrôles et de garanties mutuelles entre les parties, que peuvent naître des assurances réciproques de paix, de stabilité et de coopération économique. Et c'est précisément dans ce cadre que chacun, y compris l'Ukraine, pourra entrevoir un horizon de paix et de croissance, au sein duquel les conflits s'apaiseraient et les hostilités s'estomperaient grâce à des considérations économiques et commerciales.  

Bien sûr, si l'objectif de Kiev et de l'Europe n'était pas la paix, mais « l'affirmation de la justice » (le rétablissement de l'intégrité territoriale de l'Ukraine, des réparations de guerre pour la Russie, une victoire totale et complète…), et éventuellement l'effondrement de la Russie, alors il suffirait de poursuivre la guerre. En d'autres temps, Ménélik, roi d'Éthiopie, proclama : « Si le roi d'Italie envoie une armée contre moi, je la vaincrai ; s'il en envoie deux, je les vaincrai aussi ; s'il en envoie une troisième, Dieu décidera de notre sort . » Cette fois-là, Dieu trancha en faveur des attaqués ; mais cela ne signifie pas que les choses se passent toujours ainsi. L’Europe, qui a choisi de se ranger si ouvertement du côté de l’un des prétendants, dont aucun ne fait partie de l’Union européenne, et qui, ce faisant, a trahi la vocation de paix et d’équilibre cultivée au cours des dernières décennies, qui a culminé dans le processus d’Helsinki, devrait réfléchir à ceci : une paix qui est le fruit de compromis, même amers, mais capable de durer longtemps ( si vis pacem para pacem ), serait toujours préférable à la continuation du conflit ou à une paix pleine d’incertitudes, qui préparerait de nouvelles guerres ( si vis bellum para pacem ).

Mario Bofo, Rome, le 16 juillet 2026

Dans le cadre du dialogue toujours nécessaire, les opinions sont ici toujours librement exprimées. Elles n'engagent pas la rédaction

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Article précédent du 7 mars 2026

Mediterraneo allargato o ristretto. Geopolitica di un mare complesso

=> in italiano

La Méditerranée, élargie ou rétrécie. La géopolitique d'une mer complexe.

Aujourd'hui plus que jamais, la Méditerranée est un espace géopolitique en constante évolution : un système dynamique, intimement lié à une multitude de facteurs internes et externes à sa zone géographique. Cette complexité a conduit à l'élaboration d'une vision stratégique de la Méditerranée élargie, qui prend en compte les réalités politiques, sociales, économiques, énergétiques et logistiques des zones situées au-delà du bassin strictement délimité, notamment du golfe de Guinée au golfe d'Aden, et même dans l'océan Indien. Malgré les forces qui continuent d'en faire un véritable carrefour mondial sur les plans politique, économique, militaire et culturel, les mouvements géopolitiques en cours et d'autres développements soulèvent la question de savoir si la Méditerranée risque de se retrouver à nouveau « restreinte », voire relativement isolée ou marginalisée, compte tenu du rôle central qu'elle a toujours occupé dans le commerce et la politique.

La Méditerranée n'est pas, et n'a peut-être jamais été, un concept géographique figé, un simple espace maritime entre l'Europe, l'Afrique et l'Asie ; aujourd'hui comme hier, elle constitue un système complexe traversé par l'histoire, la mémoire, la compétition et les identités. Ces dernières décennies, elle a toutefois suscité un intérêt croissant pour plusieurs raisons. Premièrement, le retour de la compétition entre puissances mondiales : les États-Unis, la Russie, la Chine, la Turquie et l'Union européenne rivalisent d'influence, de ressources et d'accès aux routes maritimes, aux gisements minéraux et aux fonds marins. Deuxièmement, son importance économique et énergétique accrue : le gaz, le pétrole, les câbles sous-marins, les ports stratégiques, les infrastructures numériques et logistiques constituent de nouveaux enjeux sensibles d'une valeur stratégique qui dépasse la simple navigation. Enfin, la dimension migratoire et sécuritaire : de la mobilité humaine à la gestion des crises, des flux irréguliers aux routes humanitaires, la Méditerranée se présente comme une zone hautement sensible pour l'avenir des pays côtiers et de l'Europe. Par ailleurs, le changement climatique et les crises environnementales introduisent de nouveaux éléments de complexité : le réchauffement des océans, la perte de biodiversité et la concurrence pour l'eau douce posent des défis considérables pour la durabilité sociale et économique, ainsi que pour les conditions de vie des populations. Tout cela transforme la Méditerranée, d'un important carrefour de transit maritime et d'un réservoir de ressources halieutiques, en un épicentre de la transformation mondiale, ainsi qu'en un test général pour les autres régions maritimes du monde. Ce n'est donc pas un hasard si l'ancienne Mare Nostrum romaine se voit aujourd'hui attribuer une nouvelle définition stratégique : celle de « Méditerranée élargie », une expression qui fait partie intégrante du vocabulaire militaire et diplomatique italien depuis longtemps. 

La vision traditionnelle de la Méditerranée comme un espace délimité par ses côtes ne suffit plus à appréhender les processus globaux qui la composent et qui influencent la région. Parler d'une Méditerranée élargie implique d'adopter une perspective stratégique qui étend la zone d'intérêt de l'Atlantique Ouest, incluant Gibraltar et le Sahel, à la mer Rouge, au golfe Persique et, selon certaines analyses, même à l'océan Indien. Cet élargissement conceptuel répond à plusieurs facteurs : 

  • Interdépendance énergétique : les gazoducs et les infrastructures qui relient l'Europe au Moyen-Orient et à l'Afrique traversent la Méditerranée, mais leur origine se situe ailleurs.
  • Nouvelles routes mondiales : les routes reliant l’Asie, l’Afrique et l’Europe font des ports méditerranéens des terminaux clés.
  • Le nouveau déploiement militaire et diplomatique : les opérations de l'OTAN, de l'UE et les opérations nationales ne se limitent plus au littoral, ni au bassin méditerranéen au sens strict du terme.
  • La régionalisation des crises : Les conflits et les crises tels que ceux qui sévissent en Libye, en Syrie ou au Sahel, ainsi que le conflit palestinien et les vicissitudes du Yémen, ne peuvent être appréhendés comme étant isolés à un seul pays.

La Méditerranée élargie devient alors un système géopolitique polycentrique, un espace où interagissent le Nord et le Sud, l'Est et l'Ouest, les puissances maritimes et terrestres, les acteurs étatiques et non étatiques, et des facteurs d'origines, de catégories ou de provenances différentes. 

Si la Méditerranée au sens large est le reflet de la compétition et de l'interdépendance, les problèmes qui émergent en mer Rouge, dans le détroit de Bab el-Mandeb et au Yémen risquent de rendre la Méditerranée à nouveau « restreinte » et contournée par les lignes maritimes reliant l'océan Indien à l'Atlantique. On peut y voir une provocation, car les enjeux économiques et stratégiques évoqués demeurent d'envergure mondiale et méritent, de ce fait, d'être pris en compte. Or, le risque d'une nouvelle marginalisation relative de la Méditerranée pourrait surgir précisément du fait de sa dimension mondiale, car les crises, conflits et incidents survenant à proximité pourraient limiter son potentiel pour le transit maritime, portuaire et commercial entre les deux océans. Ceci affecterait principalement le transport maritime, mais aurait certainement aussi des répercussions sur d'autres aspects économiques et stratégiques. Des signes avant-coureurs sont déjà visibles : les conflits en cours dans le golfe d'Aden, en mer Rouge et au Moyen-Orient perturbent le passage par le détroit d'Ormuz et surtout par le détroit de Bab el-Mandeb, pénalisant également le détroit de Suez et causant de graves dommages, notamment à l'économie égyptienne. 

Pour l'Italie en particulier, cela représente un défi pour les lignes commerciales et les ports, car, du fait de la complexité du passage par la mer Rouge, de nombreuses compagnies maritimes sont ou seront contraintes, comme c'est déjà le cas, de contourner l'Afrique et de privilégier les ports atlantiques. L'enjeu pour l'Italie n'est donc pas tant une position centrale statique en Méditerranée, mais plutôt une compréhension dynamique de la manière dont son influence dans la Méditerranée élargie est structurée. Ces dernières années ont montré que la poursuite d'une Méditerranée élargie exige une diplomatie à plusieurs niveaux, une projection militaire et navale, des investissements économiques structurels et des partenariats durables et fiables. Il convient de veiller à éviter la dispersion des ressources et de mettre en œuvre les politiques nécessaires. Dans une perspective plus large, mais pas trop lointaine, la concurrence potentielle de la région arctique doit également être prise en compte. L'évolution climatique actuelle dans le monde rendra l'Arctique beaucoup plus accessible, tant en termes de navigation qu'en termes d'exploration et d'exploitation des ressources. Si l'on considère également les enjeux stratégiques qui se concentreront sur la région, il faut considérer les risques d'une concurrence générale avec la Méditerranée en termes de centralité stratégique et géopolitique, ainsi que sur des plans strictement liés à la navigation. Il sera donc nécessaire d'empêcher que la Méditerranée, une fois de plus et de manière provocatrice « restreinte », ne soit à nouveau considérée uniquement dans ses limites physiques et culturelles traditionnelles, avec une réduction des politiques opérationnelles et une forte subordination aux événements environnants. L'élargissement de la Méditerranée doit être un projet permanent et durable, se traduisant par des actions et des politiques régulières, cohérentes avec une vision stratégique éclairée. 

Cela peut être réalisé en continuant d'améliorer et de coordonner la capacité effective des acteurs européens et régionaux à influer sur la stabilité du golfe d'Aden et de la mer Rouge. 

La Méditerranée est complexe et vulnérable, non seulement pour des raisons géographiques et économiques, mais aussi en raison de la superposition de différents niveaux de compétition et de conflits. Son histoire est marquée par les échanges, mais aussi par les conflits : empires, religions, migrations et économies se sont affrontés au fil des siècles, tout en générant des échanges commerciaux, culturels et sociaux. La Méditerranée n’a jamais été qu’un simple pont : elle a aussi été un mur, une frontière, une menace. Cette complexité prend aujourd’hui de nouvelles formes : une compétition renouvelée entre les puissances mondiales (les États-Unis et l’OTAN face à la Russie et à la présence croissante de la Chine, le rôle ambigu et flexible de la Turquie, le retour de l’influence arabe dans le Golfe) ; des États fragiles et des conflits non résolus (Libye, Syrie, Palestine, Israël, Liban, Sahel, Yémen) ; des acteurs non étatiques (milices, groupes terroristes, réseaux criminels, trafiquants, sociétés militaires privées, lobbyistes des secteurs de l’énergie et des infrastructures) ; des affrontements entre modèles politiques (démocratie libérale, autoritarisme moderne, théocraties, régimes militaires, démocraties illibérales). La Méditerranée, surtout dans son acception la plus large, apparaît ainsi comme un archipel d'instabilités interconnectées, où la sécurité n'est pas individuelle mais partagée : aucun pays, ni européen ni africain, ne peut la garantir à lui seul. 

Dans la Méditerranée du XXIe siècle, la concurrence n'est pas seulement militaire ; elle est économique, numérique et infrastructurelle, et se joue principalement selon les axes stratégiques suivants : 

  • Énergie : découvertes offshore en Égypte, en Israël, à Chypre, en Grèce, en Turquie, transition énergétique et hydrogène, contrôle des routes et des installations ;
  • ports et logistique mondiale : les ports à conteneurs méditerranéens comme plaques tournantes de la chaîne logistique mondiale, la présence chinoise à travers des investissements stratégiques, la concurrence entre les ports, notamment Trieste, le Pirée, Tanger, Marseille, Gioia Tauro, Valence ;
  • Technologies et câbles sous-marins : 95 % des communications mondiales transitent sous la mer, faisant de la Méditerranée un réseau invisible de fibres optiques et de flux de données ;
  • eau et changement climatique : désertification, stress hydrique et sécurité alimentaire peuvent devenir des détonateurs géopolitiques ;
  • contrôle des routes migratoires et humanitaires : les mouvements ne sont pas des urgences temporaires, mais des tendances structurelles ;
  • Zones économiques exclusives : De nombreux pays côtiers ont unilatéralement et largement établi les limites de leurs zones économiques exclusives, qui empiètent souvent sur les eaux territoriales d'autres pays, rendant nécessaire et urgente une coordination par le biais d'accords afin d'éviter ou de prévenir les chevauchements et les frictions.

Les circonstances décrites posent des défis particuliers à notre pays. L’Italie est souvent perçue comme un pont naturel à travers la Méditerranée, mais cette définition n’implique pas automatiquement un avantage géopolitique. La position géographique est une puissance potentielle, non une puissance en soi. La véritable question est de savoir si l’Italie souhaite devenir un acteur stratégique ou se limiter à une simple plateforme géographique. Pour jouer un rôle actif, il sera nécessaire de développer ou de renforcer une vision diplomatique cohérente et continue, d’investir dans les secteurs naval, cybernétique et des infrastructures, de mener des politiques énergétiques et industrielles non contradictoires, de renforcer la coopération euro-méditerranéenne, de favoriser une meilleure compréhension culturelle de la région et de développer la capacité de projeter une influence non seulement militaire, mais aussi politique, bien au-delà de la Méditerranée. Le concept d’une Méditerranée élargie apparaît ainsi non comme une simple extension des frontières, mais comme une véritable vision politique . 

Face au thème qui donne son titre à cet article, nous pouvons conclure que la dichotomie entre la Méditerranée au sens large et la Méditerranée au sens étroit n'est pas une alternative exclusive, mais plutôt une invitation à concevoir la Méditerranée comme un espace à plusieurs niveaux. La mer ne connaît pas de frontières mentales, et notre sécurité sociale, politique et économique dépend de régions situées bien au-delà de l'horizon géographique classique. La Méditerranée n'est donc pas qu'une simple géographie : c'est une trajectoire politique. Ce n'est pas une simple carte marine : c'est un réseau de relations. Ce n'est pas un espace figé : c'est le reflet du monde. Si nous voulons que la Méditerranée continue à jouer dans le futur le rôle majeur qu'elle a historiquement joué, nous devons la concevoir comme un laboratoire de coopération novatrice, et non comme un simple champ de conflit. 

Même en tenant compte de cette réflexion de Fernand Braudel : « La Méditerranée n’est pas une mer : elle est mille choses à la fois. Non pas un paysage, mais une multitude de paysages. Non pas une civilisation, mais une série de civilisations qui se chevauchent. »

Il est nécessaire d'accepter cette multiplicité sans la simplifier, en la transformant en une ressource politique et culturelle pour notre pays, pour l'Europe et pour le monde à venir, notamment au regard des derniers développements de la politique mondiale. 

En effet, compte tenu de l'abandon quasi total de l'Europe par ce qui fut jadis son plus grand allié, et dans l'attente des transformations espérées qui en découleront pour la construction d'une Europe véritablement cohérente et intégrée, il serait judicieux que les pays méditerranéens européens s'attaquent dès maintenant plus concrètement à un domaine dont dépendent, peut-être plus qu'ailleurs, notre existence et notre bien-être. L'Espagne, la France, l'Italie et la Grèce, auxquelles s'ajouteraient le Portugal et, pourquoi pas, la Turquie, pourraient aborder l'ensemble des questions susmentionnées dans un cadre de coopération et de sécurité, en les partageant avec les pays du sud de la Méditerranée, afin de prévenir les conflits, d'apaiser les tensions, de réguler conjointement les processus et de mettre fin aux situations d'instabilité.

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GUERRA E PACE - GUERRE ET PAIX.

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 Guerra e pace

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Les guerres ne se sont jamais terminées par des « paix justes », notamment parce qu’il ne s’agit pas d’un concept absolu, mais plutôt susceptible d’être perçu de manières relativement différentes par les parties adverses. En fin de compte, il s’agit d’un concept qui relève davantage de la propagande que du concret. A la fin d'une guerre, il y a toujours quelqu'un qui a gagné et quelqu'un qui a perdu, dans les diverses déclinaisons où l'on peut lire une victoire ou une défaite. Il n’y a qu’une seule paix juste : celle qui naît du traitement diplomatique des problèmes, de l’équilibre des pouvoirs, du partage de la sécurité, de la reconnaissance mutuelle, des garanties mutuelles, de la maîtrise de l’instrument militaire nécessaire, du développement du dialogue. Ces facteurs peuvent prévenir et éviter les guerres. Ou bien ils peuvent reconstruire la paix après une guerre. Tant que la défaite est reconnue, les massacres et les dévastations ne se perpétuent pas sans issue, des visions profondes sont élaborées sur les relations entre les pays et entre les puissances, et les problèmes et les questions qui ont déclenché la guerre sont ramenés sur la table des négociations. Tout cela implique de la douleur, des compromis, des négociations longues et parfois épuisantes ; il faut aussi accepter les impositions, car il n’est pas toujours possible de négocier sur un pied d’égalité. Dans ces termes, les nombreux échecs de l’Union européenne au cours des dernières décennies sont mis en évidence, depuis qu’elle a abandonné l’approche fondée sur le dialogue qui avait été ouverte à l’époque de Gorbatchev pour s’aligner sans esprit critique sur la logique de l’élargissement autoréférentiel de l’OTAN dirigée par les États-Unis vers les frontières de la Russie. Non pas la maison commune « de Vancouver à Vladivostok », espérée par le leader historique russe, en substance, mais la chute progressive et ruineuse d’Helsinki au Donbass.

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L’Europe a manqué de nombreuses occasions de croissance, de cohésion et de développement d’un rôle international non marginal ; elle aurait pu tenter de résister (même si ce n’était pas facile) à la poussée vers l’élargissement de l’OTAN, en valorisant la logique et les outils de l’OSCE, qui découlent directement du processus d’Helsinki ; elle aurait pu promouvoir avec plus de force qu’on ne l’a tenté une identité spécifiquement européenne au sein de l’Alliance atlantique ; il aurait pu lancer des paroles et des programmes de paix et de cessation des combats à la veille ou au début de la guerre en Ukraine ; aurait pu, à tout moment au cours de ces trente longues années, remettre l’accent sur la nécessité de concevoir la sécurité européenne en termes collectifs. Certes, l’Europe n’avait pas et n’a pas la force militaire ni la cohésion politique pour imposer tout cela ; mais elle aurait au moins acquis une autorité capable de lui permettre un rôle d'interlocuteur, au fil des années et maintenant, à l'heure où se poursuivent les hypothèses de cessation de la guerre en Ukraine. Il aurait pu encore aujourd'hui, malgré tout, récupérer une partie du temps et des messages politiques qui ont pu être dispersés au cours des trente dernières années, afin de regagner un minimum de crédibilité. Au lieu de cela, il a produit les cinq points tardifs qui ont émergé du dernier sommet et l’accord pour une militarisation coûteuse, risquée et non planifiée. 

La déclaration du Conseil européen extraordinaire de Bruxelles du 6 mars, approuvée par vingt-six sans le consentement du Hongrois Viktor Orban, confirme les principes que les Européens reconnaissent pour parvenir à une « paix juste » en Ukraine : a) il ne peut y avoir de négociations sur l'Ukraine sans l'Ukraine ; (b) il ne peut y avoir de négociations affectant la sécurité européenne sans la participation de l’Europe ; (c) toute trêve ou tout cessez-le-feu ne peut avoir lieu que dans le cadre d’un processus conduisant à un accord de paix global ; d) tout accord de ce type doit être accompagné de garanties de sécurité solides et crédibles pour l’Ukraine, qui contribueront à dissuader toute future agression russe ; e) la paix doit respecter l’indépendance, la souveraineté et l’intégrité territoriale de l’Ukraine. 

Ces principes, qui auraient été dignes d'être pris en considération et susceptibles d'influencer le cours des choses au début immédiat du conflit, sont aujourd'hui complètement dépassés par les événements, étant donné l'intention américaine de terminer la guerre de toute façon, même en opérant avec une certaine brutalité, et risquent d'apparaître hors du temps et complètement en contraste avec ce qui, qu'on le veuille ou non, se passe. En fait, l’Europe n’a aujourd’hui ni la force ni l’autorité de les mettre sur la table des négociations avec un quelconque espoir. Kiev, et peut-être l’Europe, apparaîtront probablement dans le tableau final, mais seulement après que les décisions auront déjà été prises par les acteurs de soutien américains et russes. Les principes énoncés dans les cinq points, soutenus et plus largement modulés vers le milieu des années 90, ou fermement proclamés au début de la guerre, auraient peut-être pu avoir un certain succès. Aujourd’hui, malheureusement, ils sont confrontés à une réalité désagréable, à laquelle l’Europe a contribué par son indolence de plusieurs décennies et par les positions aveugles adoptées au début du conflit armé. 

Le réarmement proposé par von der Leyen souffre de la même indolence qui dure depuis des décennies. La défense européenne commune est une question importante, à laquelle il aurait fallu réfléchir dès la fin de la Guerre froide, car il était clair dès lors que les orientations sécuritaires américaines allaient progressivement s'éloigner de l'Europe (les attitudes inciviles et vulgaires de Trump ne sont que l'accélération d'un processus commencé il y a quelque temps). La défense commune n’est cependant pas une simple question de savoir combien investir dans l’armement, mais plutôt de savoir comment collaborer entre les pays, les états-majors, les industries militaires ; quelles structures intergouvernementales ou communautaires mettre en place pour la gestion de la défense ; quel concept stratégique adopter ; de la manière de nous libérer des approvisionnements américains en développant une recherche solide et collective et une production européenne commune. 

Mais surtout, il nous faut savoir et décider à quoi servira la défense européenne : une Europe unie et cohésive, ou un ensemble de pays diversement unis et souvent querelleurs ? Paradoxalement, les investissements prônés par Von der Leyen, qui seront exclusivement nationaux, n’auront d’autre résultat que d’accroître les achats d’armement américains et d’anéantir complètement l’espoir de maintenir un semblant d’État-providence sur notre continent. De plus, l'Europe, armée selon les décisions adoptées à Bruxelles, compte tenu des divisions existant entre ses membres et de l'absence, si ce n'est rhétoriquement proclamée, d'une vision commune, risque d'être encore plus faible, car il n'est pas certain - jusqu'à ce qu'un véritable projet unificateur et unitaire soit enfin élaboré - que les différents membres mettent réellement en commun leurs armes pour affronter ensemble les crises du futur. Alors autant dire les choses par leur nom : nous allons augmenter les budgets militaires et acheter davantage d’armes aux Américains dans l’espoir (pas encore garanti) qu’ils ne nous abandonneront pas complètement. Pas une belle vision. Pas un gros projet. 

Lorsque tout va mal, il serait bon d’admettre les erreurs et de repenser les processus à mettre en place pour sortir de la confusion. Les tentatives maladroites de réparer trente années d’erreurs en quelques jours accroissent la confusion et sapent encore davantage l’autorité potentielle que l’Europe, malgré tout, mérite et qu’elle doit absolument reconstruire. Certainement pas avec les déclarations du président Macron : les deux cent quatre-vingt-dix bombes atomiques dont il semble disposer comparées aux six mille russes, ne semblent pas suffisantes pour une véritable politique de dissuasion, qui est finalement confiée non pas à un organe collectif mais à la décision discrétionnaire du président de la France lui-même. Et même pas sous la direction du Royaume-Uni, dont la trajectoire historique a toujours été d’empêcher toute croissance en Europe. L’inquiétude selon laquelle la Russie se prépare à attaquer l’Europe, et que nous devrions donc prendre des décisions d’urgence, ne semble pas non plus plausible.

Certes, des inquiétudes inquiétantes pèsent sur la situation, comme la crainte d’une interruption de la couverture américaine de l’Alliance atlantique. L’Europe doit certainement s’y préparer ; elle aurait même dû commencer à s’y préparer depuis un certain temps. Mais la précipitation de ces jours n’aide pas. Voici donc cinq points alternatifs à ceux du sommet extraordinaire qui, dans la situation actuelle, seraient certainement plus productifs que ceux actuels : 

  • L’Europe suit de manière réaliste la cessation souhaitée des combats en Ukraine et s’engage, à partir de cette cessation, à entamer un large dialogue avec les États-Unis, la Russie et l’Ukraine elle-même afin de développer un projet de sécurité collective en Europe, collectivement garanti et visant l’équilibre et la paix ;
  • consciente du rôle qu'elle aura à jouer à l'avenir pour sa propre sécurité et pour l'équilibre pacifique des puissances et des alliances, l'Europe entamera immédiatement un processus sérieux d'unification, en matière de politique générale et de défense, même sur une base partielle des membres qui entendent l'adopter ;
  • le renforcement de la défense européenne, qui se développera sur la base du plus large partage industriel et stratégique, ne sera pas conçu contre un adversaire qui ne manifeste pas d'intentions hostiles, mais sera compris comme un instrument d'équilibre politique et militaire entre des pays et des groupes de pays qui souhaitent un développement pacifique des relations internationales ;
  • malgré les mérites de la défense, l’Europe mettra l’instrument militaire au service de la diplomatie et de l’approche négociatrice des relations internationales ;
  • L’Europe, en respectant et en réaffirmant ses principes fondateurs, poursuit la paix et la collaboration, ainsi que l’unité de but nécessaire pour résoudre les problèmes mondiaux.

Dans un tel cadre, qui combinerait l'indispensable réalisme avec la noblesse des principes, les besoins politiques et militaires avec le lancement d'un véritable projet unitaire, le pragmatisme imposé par les faits avec la vision idéale, un dialogue avec les Américains et les Russes devrait être engagé immédiatement. Sans l’arrogance de la puce, conscient des termes politiques minimaux et de la marginalité dans laquelle l’Union européenne est tombée après des décennies de bêtises, mais récupérant le bagage d’idées, de principes, d’attitude de dialogue que l’Europe possède aussi et dont elle a parfois fait preuve. 

Aussi parce que, tandis que nous préparons l’avenir, et étant donné que les adversaires de l’Europe sont désormais des deux côtés, nous ne pouvons pas nous empêcher de parler avec les deux, pour éviter de finir écrasés ; Si on le place au niveau de la confrontation armée, ou de la dissuasion, et en supposant qu'on commence à y travailler immédiatement, cela prendra au moins dix ans.

Mario Boffo, 12 mars 2025

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War and peace ?

Born in Naples, Mario BOFFO is an Italian diplomat and the author of several novels. He has served as ambassador in Yemen and Saudi Arabia, among other postings. He contributes to several journals, including LAB Politiche e Culture, a partner of I-Dialogos.

Wars have never ended with "just peace" agreements—mainly because “just peace” is not an absolute concept, but one that is perceived quite differently by opposing parties. Ultimately, it is a concept rooted more in propaganda than in reality. At the end of any war, there is always someone who wins and someone who loses, in the various ways that victory or defeat can be interpreted. There is only one just peace: the one born out of diplomatic handling of problems, a balance of power, shared security, mutual recognition and guarantees, control over the necessary military instrument, and the development of dialogue. 

These factors can prevent and avoid wars. Or, they can rebuild peace after a war.As long as defeat is acknowledged, massacres and devastation do not persist without resolution; profound visions are developed regarding the relationships between countries and powers; and the problems and issues that triggered the war are brought back to the negotiating table. All this entails pain, compromise, and often long and exhausting negotiations; one must also accept impositions, since it is not always possible to negotiate on equal footing.In these terms, the many failures of the European Union over recent decades are glaring—since it abandoned the dialogue-based approach opened during the Gorbachev era, to instead align uncritically with NATO’s self-referential expansionist logic, led by the United States, toward Russia’s borders. Not the common house "from Vancouver to Vladivostok" hoped for by the historic Russian leader, but rather the gradual and ruinous collapse from Helsinki to Donbas.

Europe has missed many opportunities for growth, cohesion, and the development of a non-marginal international role. It could have attempted (albeit with difficulty) to resist NATO's expansionist push, by enhancing the logic and instruments of the OSCE, which directly stem from the Helsinki process. It could have more forcefully promoted a distinctly European identity within the Atlantic Alliance. It could have launched messages and initiatives for peace and cessation of hostilities at the eve or onset of the war in Ukraine. At any moment during these long thirty years, it could have reasserted the need to conceive of European security in collective terms.Admittedly, Europe neither had nor has the military strength nor political cohesion to impose all of this; but it could at least have acquired the authority needed to play a role as an interlocutor—over the years, and now again, at a time when discussions continue regarding the end of the war in Ukraine. 

Even today, it could recover some of the lost time and scattered political messages from the past three decades, to regain a minimum of credibility. Instead, it produced the belated five points that emerged from the last summit, along with an agreement for costly, risky, and unplanned militarization.

The declaration of the extraordinary European Council in Brussels on March 6, approved by twenty-six members without the consent of Hungary’s Viktor Orban, reaffirms the principles that Europeans recognize as necessary to achieve a “just peace” in Ukraine:a

) there can be no negotiations about Ukraine without Ukraine;

b) there can be no negotiations affecting European security without the participation of Europe;

c) any truce or ceasefire must be part of a process leading to a comprehensive peace agreement;

d) any such agreement must be accompanied by strong and credible security guarantees for Ukraine, to help deter any future Russian aggression;e) peace must respect Ukraine's independence, sovereignty, and territorial integrity.These principles, which would have been worthy of consideration and capable of influencing events in the immediate aftermath of the conflict’s outbreak, are now completely overtaken by events—given the American intention to end the war by any means necessary, even with a certain degree of brutality. 

They now risk seeming out of touch, and completely at odds with what, like it or not, is happening.In truth, Europe today has neither the strength nor the authority to place these points on the negotiating table with any hope of success. Kyiv—and perhaps Europe—will likely appear in the final picture, but only after decisions have already been made by the American and Russian backers. The principles outlined in the five points, if asserted and more broadly developed around the mid-1990s or firmly proclaimed at the start of the war, might have had some success. Today, unfortunately, they are faced with an unpleasant reality—one that Europe itself helped create through decades of passivity and the blind stances taken at the onset of the armed conflict.

The rearmament proposed by von der Leyen suffers from the same decades-old inertia. A common European defense is an important issue—one that should have been considered at the end of the Cold War, when it became clear that U.S. security priorities would gradually diverge from Europe’s. (Trump’s uncivil and crude behavior is merely an acceleration of a process that had already begun.) However, common defense is not simply about how much to invest in arms, but about how countries collaborate—their military commands, defense industries; what intergovernmental or community structures to establish for defense management; what strategic concept to adopt; and how to break free from American suppliers by developing strong, collective research and European joint production.

Most importantly, we must know and decide what European defense is for: a united and cohesive Europe, or a grouping of loosely aligned and frequently quarrelsome countries? 

Paradoxically, the investments advocated by von der Leyen, which will be made on a national basis only, will merely increase purchases of American weapons and entirely crush the hope of preserving any semblance of a welfare state on our continent. Moreover, Europe, armed as per Brussels' decisions, considering the divisions among its members and the absence—beyond rhetorical declarations—of a common vision, risks becoming even weaker. Without a genuine unifying project, it is not at all certain that the various members will truly pool their weapons to face future crises together.

So let’s call things by their name: we are increasing military budgets and buying more American weapons, in the (still uncertain) hope that the U.S. will not completely abandon us. Not a noble vision. Not a grand plan.When everything is going wrong, it would be wise to admit mistakes and rethink the processes needed to emerge from the confusion. Clumsy attempts to make up for thirty years of errors in just a few days only deepen the confusion and further erode the potential authority that Europe—despite everything—deserves and must rebuild.

Certainly not with President Macron's statements: the two hundred and ninety nuclear bombs he seems to have at his disposal, compared to Russia's six thousand, hardly seem sufficient for a genuine deterrence policy—especially when such a policy ultimately rests not with a collective body but with the discretionary decision of France’s president alone. Nor under the leadership of the United Kingdom, whose historical trajectory has always aimed to prevent any European consolidation.

The concern that Russia is preparing to attack Europe—and that we must therefore take emergency measures—also does not seem credible. Of course, serious concerns hang over the situation, such as the fear of losing American coverage under NATO. 

Europe must prepare for that. In fact, it should have started preparing some time ago. But the rush of recent days is not helping.Here, then, are five alternative points to those from the extraordinary summit, which, in the current situation, would certainly be more productive:

  • Europe realistically supports the desired cessation of hostilities in Ukraine and commits, starting from this cessation, to initiating a broad dialogue with the United States, Russia, and Ukraine itself to develop a collectively guaranteed European security project aimed at balance and peace;
  • Aware of the role it must play in the future for its own security and for peaceful balance among powers and alliances, Europe will immediately begin a serious unification process—regarding general policy and defense—even among only the willing member states;
  • The strengthening of European defense, developed through the broadest possible industrial and strategic sharing, will not be conceived as being against an adversary that does not display hostile intentions, but rather understood as an instrument of political and military balance among countries and groups seeking peaceful international relations;
  • Despite the merits of defense, Europe will place the military instrument at the service of diplomacy and a negotiation-based approach to international relations;
  • Europe, while respecting and reaffirming its founding principles, pursues peace and cooperation, along with the unity of purpose needed to address global challenges.

In such a framework—one that combines necessary realism with noble principles, political and military needs with the launch of a genuine unifying project, pragmatism with visionary ideals—a dialogue with the Americans and the Russians should be initiated immediately. 

Without arrogance, conscious of the political limits and marginalization into which the European Union has fallen after decades of blunders, but recovering the wealth of ideas, principles, and dialogue-oriented attitudes that Europe still possesses—and has, at times, demonstrated.

All the more so because, as we prepare for the future—and given that Europe’s adversaries now lie on both sides—we cannot avoid speaking with both, lest we end up crushed. If placed on the level of military confrontation or deterrence, and assuming we start working on it immediately, it will take at least ten years.

Mario Boffo, March 12, 2025

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La FRANCOPHONIE, pourquoi une telle indiférence française ?  / Christian PHILIP, Lyon

La FRANCOPHONIE, pourquoi une telle indiférence française ? / Christian PHILIP, Lyon

Cet automne se tiendra à Phnom Penh un nouveau Sommet de la Francophonie. Qui le sait ? Qui sait que la Francophonie réunit 90 États ? Qui sait que ce Sommet élira un Secretaire Général et quel est son rôle ? La Francophonie existe au niveau institutionnel avec l'OIF et ses opérateurs ( par exemple TV5 Monde ou l'Agence universitaire de la francophonie laquelle regroupe près d'un millier d'établissements d'enseignement supérieur et de recherche). Mais cela ne doit pas faire illusion. L’OIF est illisible. / Christian PHLIP, Lyon, le 26/06/2026

Christian PHILIP est le président de la Maison de la Francophonie de Lyon, et co-président du réseau international des maisons des Francophonies 

Cet automne se tiendra à Phnom Penh un nouveau Sommet de la Francophonie. 

Qui le sait ? 

Qui sait que la Francophonie réunit 90 États ? 

Qui sait que ce Sommet élira un Secretaire Général Etat et quel est son rôle ?

La Francophonie existe au niveau institutionnel avec l'OIF et ses opérateurs ( par exemple TV5 Monde ou l'Agence universitaire de la francophonie laquelle regroupe près d'un millier d'établissements d'enseignement supérieur et de recherche). Mais cela ne doit pas faire illusion. 

L'Organisation Internationale de la Francophonie est illisible

L’OIF est illisible et les budgets de ces organisations sont très faibles, aggravés par la diminution des contributions des États depuis les contraintes budgétaires de ces dernières années. Surtout combien de signes, et d'abord en France, du recul de la francophonie ( de l'utilisation d'expressions en anglais pour des publicités ou des logos, de la multiplication de formations universitaires tout en anglais dans nos grandes écoles et universités, à l'utilisation de l'anglais dans nos entreprises comme langue de travail même entre francophones, ou par nos diplomates et hommes politiques lesquels parlent anglais même quand existe une traduction simultanée...). 

On nous dit que la démographie forte en Afrique va accroître le nombre de francophones, mais encore faudrait-il que ces jeunes africains parlent français demain ( qu’il existe à cette fin des professeurs de français en nombre suffisant), qu’ils veuillent parler français, et qu'ils s'approprient un sentiment d'appartenance à une communauté propre. Or telle n'est pas l'évolution constatée.   

Ce XXI siècle est marqué par la mondialisation et une langue de communication unique, l'anglais. 

Nous devons aussi parler anglais.

Il ne s'agit pas de s'élever contre ce constat ou de mener une guerre contre l'anglais. Nous devons parler anglais. Mais défendre la francophonie c'est à travers le français promouvoir une conception de la mondialisation (une mondialisation qui respecte la diversité linguistique et culturelle ), des valeurs ( la démocratie et les droits de l'Homme ). 

C'est expliquer que le respect des langues et cultures nationales est le seul moyen de concilier mondialisation et respect des identités de chacun. L'uniformité de la mondialisation conduit au repli sur soi et au populisme que nous voyons se développer dans bien des pays. C'est encore expliquer que connaître plusieurs langues est un atout à bien des points de vue. 

Il est temps de réagir. Il ne s'agit pas d'un combat d'arrière garde mais de chercher à convaincre que la francophonie est nécessaire. Nécessaire pour que la mondialisation ne se traduise pas par un alignement à travers l'anglais sur un droit (des normes et une jurisprudence ), une culture... uniformes. Nécessaire pour que la mondialisation respecte les spécificités des identités propres à chaque aire linguistique et ne pas susciter inévitablement des réactions de repli et plus encore des conflits. Nécessaire pour défendre les intérêts propres aux pays qui ont le français en partage.   

La francophonie ce n'est pas seulement la France 

La francophonie ce n'est pas seulement la France mais évidemment il ne peut y avoir de francophonie sans la France. Pourquoi d'autres pays développeraient l'enseignement du français si notre pays ne croit plus à cet espace. Certes, pour la première fois, le Président de la République avait en 2018 établi une vraie feuille de route pour la promouvoir. Il a aussi permis l’ouverture de la Cité de la langue française à Villers-Cotteret. Mais il faut bien dire que la feuille de route est restée une simple déclaration et ne s'est pas traduite en actes, au contraire même ( citons l'augmentation des droits d'inscription pour les étudiants étrangers sans faire une exception pour les francophones ou les restrictions sans cesse croissantes à l'obtention de visas - à quand un espace Schengen de la francophonie ? - ).

Contrairement aux "Autres", les élites francaises considèrent la francophonie comme une réalité dépassée. 

Nous voulons, en espérant qu'il est encore temps, dire que nous devons nous ressaisir. Pour ce faire il faudrait une volonté politique au plus haut niveau des États et d'abord en France. À ce propos reléguer la francophonie dans les attributions d'un simple Secrétaire d'Etat auprès du ministre des affaires étrangères en charge d'autres dossiers ne peut lui permettre de la promouvoir et ne lui donne aucune compétence sur le territoire français. La moindre des choses serait un ministre de la francophonie de plein exercice, ministre placé auprès du Premier Ministre pour traiter la problématique dans son ensemble. 

Première priorité: developper des réseaux sociaux en français. Rendre ainsi le français accessible. Jouer le jeu de Mistral et des licornes françaises ou canadiennes présentes dans l’IA pour proposer des contenus en français. Alimenter les GAFA de données en français. Comme le disent les Québécois favoriser la « découvrabilité « en français. 

Les Maisons de la francophonie

Nous devons aussi présenter, expliquer la francophonie à nos concitoyens, mobiliser la société civile. Telle est l'ambition aujourd'hui des Maisons de la francophonie que nous développons en France et au plan international. Le Réseau international des Maisons des francophonies se donne cette mission. 

Christian Philip

Président de la Maison de la francophonie de Lyon 

Co-President du Réseau des Maisons des francophonies

Lyon, le 26.06.2026

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Au cœur des enjeux et défis de la Francophonie

Entretien précédent du 22/06/2023

par Jean Claude Mairal

Jean Claude Mairal : Christian Philip vous avez eu un parcours professionnel et de vie d'une grande richesse et d'une grande diversité, comme peu d'individus peuvent s'en prévaloir: Universitaire, Recteur d'Académie, directeur de cabinet du Ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche, député, élu local dans toutes les strates institutionnelles, engagement associatif, représentant du Président Sarkozy pour la Francophonie. De cette diversité, ressort cependant un élément important, certainement lié à vos liens avec l'université et l'enseignement, à savoir la langue française et la francophonie, que l'on retrouve actuellement dans votre engagement dans le réseau international des maisons des francophonies. Pourquoi un tel engagement qui vous a valu d'être représentant du Président de la République pour la Francophonie? 

Christian Philip : J’ai toujours été convaincu que le français portait une culture et des valeurs qui en faisait, même s’il n’a pas vocation à être parlé par tous et partout, même s’il n’est plus une langue dominante, un vecteur important pour défendre la diversité culturelle et linguistique qui seule peut permettre une mondialisation équilibrée et respectueuse des nations composant le monde d’aujourd’hui, d’où mon combat pour la francophonie. Mon engagement est venu tôt quand, jeune président de l’Université du Mans j’ai eu la chance de rencontrer Michel Guillou, alors président de l’Université de Créteil. Avec lui nous mènerons le combat conduisant à la création de l’Agence universitaire de la Francophonie ( AUF ). Plus tard je l’aiderai à mettre en place à Lyon une chaire « francophonie » devenue l’Institut international de la francophonie (2IF). 

Jean Claude Mairal : Que retenez-vous de cette fonction de représentant du Président de la République pour la Francophonie? Vous avez été ainsi au coeur de l'appareil d'Etat français; vous avez côtoyé, Ministres, parlementaires et élus locaux de notre pays; vous avez côtoyé le monde artistique, culturel et intellectuel, Partagez-vous l'appréciation d'Yves Bigot Président de la fondation des Alliances françaises dans le Hors-série de l'Eléphant, pour qui "La France est le seul pays qui ne s'intéresse pas à la francophonie"  et qui fait que les français "ne mesurent pas combien la Francophonie et la langue française sont notre force"? 

Christian Philip : J’ai été fortement déçu par l’exercice des fonctions de Représentant personnel et c’est pourquoi au bout de 18 mois j’ai demandé à reprendre un poste de Recteur. Le Président Sarkozy était je pense convaincu de ce que la francophonie pouvait apporter, mais il n’avait pas le temps de s’investir (crise financière de 2008). La cellule diplomatique de l’Elysée comme le Quai d’Orsay ne manifestaient aucun intérêt pour la Francophonie, exception faite du Bureau des affaires francophones ( on voit bien avec un simple Bureau que la francophonie n’est pas une priorité ! ). Oui la France, et depuis longtemps, ne défend pas notre langue et ne s’intéresse pas à la francophonie, considérées comme des combats du passé. Être moderne c’est pour eux s’intégrer à la langue et à la culture anglo-saxonne. Or oui le français et la francophonie sont une chance pour notre pays, un facteur d’influence à condition de l’inscrire dans le défi de la diversité culturelle et linguistique. 

Jean Claude Mairal : Etre représentant du Président de la République pour la Francophonie, c'est aussi être en contact avec l'OIF et ses Etats membres, que retenez-vous de ces contacts? Un intérêt et un engagement certain pour développer l'espace francophone face à l'environnement anglophone? ou simplement une participation institutionnelle? 

Christian Philip : Les contacts pendant le temps où j’ai exercé ces fonctions de Représentant personnel m’ont montré combien il y avait une appétence pour le français et la francophonie et pas seulement dans les pays où le français est langue maternelle ou officielle. Une attente…et une frustration devant l’inaction de la France, la disparition des soutiens financiers aux Alliances françaises, Instituts culturels ou lycées français à l’étranger, aux associations engagées pour promouvoir français et francophonie.   L’OIF m’est apparue, même si à cette époque la personnalité d’Abdou Diouf lui donnait lisibilité et crédibilité, un cadre creux. Son faible budget ne lui permettait pas de conduire des actions ambitieuses. La simple participation institutionnelle l’emportait en effet…et rien n’a changé depuis ! Au contraire !   

Jean Claude Mairal : Certains responsables politiques en France et chez nos partenaires africains, doutent de l'intérêt de la Francophonie qui est parfois assimilée à la France Afrique. A contrario ne peut-on pas affirmer que la Francophonie est une chance pour la France et ses partenaires? 

Christian Philip : Si la francophonie est souvent décriée comme un outil post colonial et suscite le rejet de la jeunesse africaine (il faut bien le constater ) cela tient à ce que notre pays n’a jamais voulu et su défendre une francophonie plurielle et ouverte. Nous soutenons des gouvernements malheureusement souvent corrompus, nous n’avons cessé de diminuer bourses aux étudiants et visas, nous n’avons pas su aider à un vrai développement… Comment dans ces conditions convaincre que la Francophonie serait une chance ? Et si nous Français nous ne croyons pas que la francophonie est une chance, pourquoi d’autres se mobiliseraient pour la promouvoir ?   

Jean Claude Mairal : Le prochain sommet de la Francophonie va se tenir en France. N'est-ce pas là une véritable opportunité pour faire prendre à nos concitoyens et aux élites de notre pays que la Francophonie est un atout considérable pour le rayonnement et le dynamisme de la France? 

Christian Philipp : Le Sommet de 2024 est la dernière opportunité pour enfin ouvrir un débat sur le français et la francophonie. Je souhaite que toutes les ONG, et elles sont heureusement nombreuses, se mobilisent en ce sens. La société civile en France, les sociétés civiles dans bien des pays, sont les derniers défenseurs du français et de la francophonie. Manifestons nous ! Pourquoi ne pas proposer au Président de la République une convention citoyenne sur le français en France et sur la francophonie ? Exigeons la création d’un ministère délégué auprès du Premier Ministre pour mener une politique interministérielle. Engageons une relecture et une actualisation de la loi Toubon de 1994 avec un vrai mécanisme de sanction en cas de non-respect et en nous inspirant de la loi 96 votée l’an dernier au Québec pour défendre l’usage du français dans « la belle province « .   

Jean Claude Mairal : On entend aussi certaines personnes, devant la multiplication des anglicismes et de la pénétration de l'anglais, y compris dans l'administration, indiquer que la langue française serait en danger? Qu'en pensez-vous?

Christian Philipp : Le français existera toujours. Il restera notre langue maternelle mais si nous ne réagissons pas il ne sera plus la langue de la vie en société. Voyez déjà tous les logos, publicités, émissions utilisant l’anglais pour faire moderne. Constatons le nombre de filières universitaires qui se développent tout en anglais, l’utilisation de l’anglais par nos grandes entreprises et ce même en France et entre Français.   Dans les pays francophones, et partout dans le monde, ce sera la même chose, aggravée par le fait que le manque de professeurs d’écoles parlant français, et pas seulement de professeurs de français, particulièrement en Afrique subsaharienne, est préoccupant . 

Jean Claude Mairal : On ne peut pas terminer cet entretien, sans parler de votre engagement au sein du réseau international des maisons des francophonies dont vous êtes un des responsables. Parlez-nous de ce réseau et dites-nous ce qu'il apporte à la valorisation de la Francophonie? Et pourquoi parler des francophonies? 

Christian Philipp : Pourquoi le Réseau international des Maisons des francophonies ? Pour mobiliser la société civile qui est le seul ressort dont nous disposons désormais pour défendre le français et la francophonie puisque la France, hormis dans les discours, ne s’investît plus. Parce qu’il y’a une attente de nombreux acteurs societaux et culturels en France et dans le monde qui attendent un sursaut.   Maisons des francophonies avec un « s » pour montrer que nous nous inscrivons dans le combat pour la diversité, que selon le nombre de locuteurs de français dans un pays donné la francophonie sera vécue différemment, chacun à sa manière. Un « s » pour signifier que la francophonie ce n’est pas seulement celle vue de France mais celle que savent préserver et promouvoir ceux qui ailleurs dans le monde, malgré notre indifférence, croient encore au français, à la culture et aux valeurs qu’il porte.


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Richard WERLY Correspondant à Paris de Blick, Prix de l'Initiative européenne 2026

Richard WERLY Correspondant à Paris de Blick, Prix de l'Initiative européenne 2026

Avec le Prix qui vient de lui être décerné à l’occasion de la cérémonie qui s’est tenue ce 29 juin dans les salons de l’Hôtel de Ville sous la présidence du Maire de Paris, Emmanuel Gregoire, notre ami le journaliste franco-suisse Richard Werly, correspondant en France du quotidien suisse Blick, a été distingué pour la qualité de son travail d'information sur les questions européennes. Une distinction qui salue plus particulièrement son regard suisse, exigeant et accessible, sur la France, Bruxelles et les grandes secousses du monde. Toute l’équipe de I-Dialogos lui renouvelle ses plus vives félicitations. Paris, le 1er juillet 2026

Richard WERLY est le correspondant pour la France et l'Europe du magazine suisse Blick, après une longue carrière au Temps, basé à Genève. Journaliste chevronné spécialisé dans les thématiques politiques et sociales depuis 1987, il est titulaire d'un Master de Sciences Po Paris. Ses reportages lui ont déjà valu des récompenses telles que le Prix Jean Dumur en 2020 et le Prix Nicolas Bouvier en 2006. Son expérience internationale est vaste, ayant servi comme correspondant à Bangkok, Bruxelles et Tokyo. Ses analyses sont illustrées dans des articles comme Voyage dans l'autre France et Qatar: les clés de Gaza ou Attal et Macron sont-ils hors-sol?' Il contribue également au podcast de Blick «Café Helvetix» et participe  régulièrement aux émissions d’actualité sur les chaînes TV France 24, LCI et TV5 Monde. 

Richard, qui publie une newsletter, en accès libre, avait présenté une communication particulièrement appréciée au colloque du 18 octobre 2024 à Montréal (Canada) Education aux Médias à l’initiative de l’UQAM et en partenariat avec I-Dialogos. 

Il a publié avec François d’Alançon, ancien responsable du service étranger du journal La Croix, une analyse passionnante et très fouillée du risque de déclin qui pèse sur la France : « Le bal des illusions / ce que la France croit, ce que le monde voit », puis en 2026 aux Editions Nevicata  "Cette Amérique qui nous déteste" à la veille du 250ème anniversaire de l'Indépendance des Etats-Unis.  

Ce 29 juin 2026 à l'Hôtel de Ville de Paris

Avec le Prix qui vient de lui être décerné à l’occasion de la cérémonie qui s’est tenue ce 29 juin dans les salons de l’Hôtel de Ville sous la présidence du Maire de Paris, Emmanuel Gregoire, notre ami le journaliste franco-suisse Richard Werly, correspondant en France du quotidien suisse Blick, a été distingué pour la qualité de son travail d'information sur les questions européennes. Une distinction qui salue plus particulièrement son regard suisse, exigeant et accessible, sur la France, Bruxelles et les grandes secousses du monde.

Le Prix de l'Initiative européenne, créé en 2004 par la Maison de l'Europe et le Club de la Presse Européenne, récompense chaque année des journalistes, des médias ou des personnalités qui contribuent à une meilleure compréhension des enjeux européens dans le débat public. 

Michel Derdevet, Président de la Maison de l'Europe , Audrey Pulvar, Adjointe au Maire ,

et Emmanuel Grégoire, Maire de Paris

Richard Werly est particulièrement reconnu pour ses analyses et son approche pédagogique des questions européennes auprès du grand public. 

Richard a accepté de nous accompagner dans les travaux menés sur le sujet des Médias, dans une approche comparée transnationale, sous la conduite de la journaliste Habiba Mejri Cheikh co-présidente de I-Dialogos International. 

I-Dialogos était représenté par Tran Thu Dung, Marc Pinelli et Pierrick Hamon, membres de Comité de Pilotage, ici sur la photo entourant Richard Werly et Jean-Clément Texier /

 Jean-Claude Mairal, absent sur la photo.

=> Lire article du Magazine BLICK

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Précédente Interview du 21 septembre 2024

Propos recueillis par Pierrick Hamon et Jean-Claude Mairal

     L'intervention de Richard au colloque UQUAM/I-Dialogos 2023 de Montréal 

=> LES JEUNES ET LES MEDIAS

Ce que la France croit, ce que le monde voit. Vu de la Suisse voisine.

I-Dialogos: A propos des Jeux Olympiques qui viennent de se dérouler avec succès en France, selon vous, cet événement change t-il la donne ? Le pays a-t-il retrouvé le narratif positif, dont il avait tant besoin ? 

Richard WERLY : Je ne crois pas au changement structurel engendré par le succès indéniable de ces Jeux Olympiques de Paris 2024. Les problèmes rencontrés aujourd’hui par la France dans le monde, la mise à l’épreuve de sa puissance, et les insuffisances qu’elle peine de plus en plus à combler, restent des obstacles qu’il lui faut surmonter. 

Vous avez raison en revanche sur le narratif. Les Français disposent avec ces Jeux d’un succès patriotique de taille XXL, qui parle au monde entier. Ils peuvent désormais dire «Nous l’avons fait», et citer la couverture médiatique internationale très positive engendrée par ces Jeux. C’est une réussite concrète, tangible, saluée de façon presque unanime. Reste à la valoriser comme il se doit. Sans excès. Sans illusions. 

I-Dialogos : Vous portez un regard croisé, perçu de l’intérieur et vu de l’extérieur, sur cette sorte de « déclinisme français ». Est-ce parce que les Français, qu’ils soient simples citoyens ou responsables politiques, journalistes ou experts plus ou moins autoproclamés, pensent que le monde et l’Union européenne, fonctionnent comme une « France en grand » ? 

Est-ce parce qu’ils ne voient pas que « Les autres ne pensent pas comme nous », pour reprendre le titre du récent livre de l'ambassadeur Maurice Gourdault-Montagne, avec qui vous semblez partager ce constat ? 

Richard WERLY : Nous parlons du déclin français dans notre livre pour mieux dénoncer la passion qu’il suscite chez de nombreux auteurs et intellectuels. 

Au fond, l’une des spécificités de la France, qui surprend toujours à l’étranger, est sa capacité à s’auto flageller, à s’installer dans le négatif, la morosité, l’anxiété. 

Le paradoxe est que nous exposons, dans notre livre, de nombreuses raisons d’être inquiet sur la France et sur sa capacité à affronter l’avenir. Mais il y a une différence entre les réalités et l’état d’esprit. Regardez les vitrines de librairie: elles sont plein de livres qui conjuguent, d’une façon ou d’une autre, le déclin français ! 

En clair, la France est la championne de la double peine. D’une part, elle est confrontée à une perte réelle de sa puissance et de son influence. De l’autre, le discours dominant est celui du déclin programmé, inévitable. Les Jeux de Paris 2024 sont peut être le premier événement, depuis de longues années, à renverser cette tendance.  

https://www.blick.ch/fr/newsletters/inscrivez-vous-a-la-newsletter-sur-lactu-francaise-de-blick-id17938996.html

I-Dialogos : Est-ce parce que la France reste un pays au fonctionnement très vertical, avec une centralisation excessive qui pousse les citoyens à attendre tout de l’Etat ?  Vous relevez que les étrangers - et pas seulement en Suisse voisine - ont du mal à comprendre le fonctionnement de notre système à la fois marqué par cette centralisation et cette sorte de « mille feuilles »  institutionnel qui permet tous les contournements. 

Richard WERLY : Nous avons passé plus de deux ans à interroger des observateurs étrangers de la France à travers le monde. Et pas n’importe quels observateurs. 

Nous avons parlé à de bons connaisseurs de la France, qui en parlent souvent la langue, en maitrisent les codes et sont familiers de son système politique. A les entendre, le pays est pris dans un étau: sa structure administrative, bref, son État est de plus en plus rigide et obèse, donc moins performant, alors que la société lui demande toujours plus. 

D’où la question qui fait le plus mal: à savoir celle des moyens. Le pays a de moins en moins les moyens de faire face à ses exigences et d’être à la hauteur de ses ambitions proclamées. Sauf, avec ces jeux de Paris, dans le domaine du sport… 

I-Dialogos : Ce double sentiment contradictoire d’être à la fois en déclin et de prétendre être la référence démocratique et le « pays des Droits de l’Homme » ne s'apparente t'il pas à une sorte de schizophrénie ? 

Richard WERLY : L’Union européenne est travaillée de l’intérieur par des mouvements contradictoires. Mais les élections européennes du 9 juin dernier ont toutefois démontré que la partie de sa population favorable à l’Europe unie continue de devancer trés largement ceux qui la rejettent.  

Dans le cas de la France, la donne est différente. Le pays, si je devais résumer, souffre de l’envie qu’il suscite. Nous avons constaté partout une envie de France. Même les pays africains les plus fâchés contre la France aujourd’hui regardent avec grand intérêt ce qui se passe dans leur ancienne puissance coloniale. 

Le problème, c’est que la France est obligée partout de saupoudrer, faute de moyens. Elle décrit parce qu’elle ne fait pas ce que ses interlocuteurs attendaient d’elle. Elle est mise en échec en Nouvelle Calédonie, là où Emmanuel Macron a solennellement déclaré que le destin de la France est en jeu. C’est ce grand écart qui fait mal. 

I-Dialogos : La France s’accroche à son 3ème réseau diplomatique mondial tout en se plaignant de la diminution de ses financements. Parmi les observateurs et autres experts abondamment cités, vous ne présentez que le point de vue de ceux de la mouvance « neocons » - néoconservateurs - aux manettes du Quai d’Orsay. Ainsi, reprenant le propos de l’un de ces anciens ambassadeurs, sur cet « antiaméricanisme typiquement français » vous semblez reprendre les thèses de la même mouvance, sans développer l’autre versant qu’est l’« atlantisme » ? 

Richard WERLY : Nous n’avons sans doute pas donné assez la parole aux diplomates français, mais ce livre avait pour vocation d’écouter les autres, c’est à dire les étrangers ! Mon avis est que la France a raison de conserver son instrument diplomatique, mais qu’elle n’a pas réussi à réformer son État. C’est le grand dossier qui fâche. 

Sur de nombreux sujets, au delà des déclarations des dirigeants politiques, l’État n’est pas la solution - comme il le devrait et comme beaucoup de français le souhaitent. Il est le problème. 

Vous nous reprochez de donner un point de vue trop atlantisme. Vous nous avez mal lu: nous disons juste qu’il faut être cohérent. Si elle persiste à incarner une troisième voie entre les Etats Unis et la Chine (par exemple), la France va s’épuiser. A moins qu’elle ne parvienne à convaincre ses partenaires européens. Ce qui, avouez le, est loin d’être gagné. 

https://www.blick.ch/fr/news/monde/.

I-Dialogos : Vous soulignez l’inadaptation de la Francophonie institutionnelle actuelle. Ce sont d’ailleurs et paradoxalement les diplomates français qui sont les plus hostiles à la Francophonie, à l’inverse des Etats africains qui jugent celle-ci encore trop française mais la revendiquent. Vous mettez d’ailleurs en évidence l’échec de la Francophonie politique qui serait une nouvelle illusion. 

Richard WERLY : La Francophonie de 2024 n’a plus besoin du carcan institutionnel qu’est l’OIF. Elle peut avoir besoin, tous les deux ans, d’un sommet des chefs d’État ou de gouvernement. 

Mais pourquoi conserver une organisation institutionnelle qui ne produit presque plus rien et coûte très cher ? C’est typique de ce qui cloche en France. On tarde à tirer les conséquences de réalités incontournables. L’action culturelle de la France est un atout majeur. Sa diplomatie linguistique est un échec total.  

Lausanne, le 16 août 2024


article du Magazine BLICK

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Un appel d'offres pour lutter contre la désinformation en provenance de l’étranger ?  Pierrick HAMON (Montreuil, France)

Un appel d'offres pour lutter contre la désinformation en provenance de l’étranger ? Pierrick HAMON (Montreuil, France)

La lutte contre les manipulations, parfois un peu vite et opportunément qualifiées d’étrangères, est certes nécessaire, mais elle ne doit pas conduire, dans une dérive à la Kafka, à contrôler et sanctionner les citoyens qui, et pas seulement en France, pourraient contester le « narratif officiel ». Elle ne doit donc pas ainsi fragiliser le pluralisme qui constitue le cœur même de la démocratie. Car une démocratie véritable se défend d’abord par le dialogue, par la confrontation des idées et par la transparence. C’est pourquoi un contrôle parlementaire transparent et pluraliste de l’appel d’offres lancé par le gouvernement français auprès d’agences de communications, est indispensable. Pierrick HAMON, Paris, le 11 avril 2026

Read the preceding article : 

=> After the "failure" of the Summit of the Future: the emergence of a new multilateralism or the return of the Ball of Empires?

L’appel d’offres, à plusieurs dizaines de millions d'euros par an, lancé par le gouvernement français auprès d’agences de com' et d'influence pour « lutter contre la désinformation en provenance de l’étranger » soulève une question essentielle : ce dispositif sera-t-il placé sous contrôle parlementaire ? 

L’objectif peut sembler légitime. Les campagnes d’influence existent, et les Etats doivent s’en protéger. 

Ces pratiques ne sont pas l’apanage des démocraties occidentales : toutes les puissances y recourent, ce qui conduit donc , y compris  « les autres », à s’en prémunir. 

Les ingérences européennes dans les élections récentes dans plusieurs pays européens en témoignent, au moins autant que celles, plus connues, de certains des Etats du grand « voisinage »… 

Dangereuse confusion entre désinformation et désaccord

Toutefois, cette lutte touche directement et au plus profond des libertés fondamentales, de la liberté d’expression, et du pluralisme de l’information. 

Dès lors, un encadrement démocratique rigoureux n'est-il pas indispensable ? 

À défaut, le risque est de voir s’installer une confusion dangereuse entre désinformation et désaccord. 

L’épisode récent de la critique - une première depuis la guerre d’Algérie - formulée par le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot à propos de l’interview de son homologie russe Sergueï Lavrov au "20 heures" de France 2 TV, illustre cette dérive potentielle. 

Dans une démocratie, diffuser une parole ne signifie ni l’approuver ni la cautionner. 

Dans le même esprit, certaines initiatives comme celle, en France, de la proposition de loi parlementaire visant à assimiler toute opposition au gouvernement israélien à de l’antisémitisme, interrogent tout autant et plus gravement encore. 

En cherchant à « cadrer la vérité », elles risquent surtout de réduire l’espace du débat démocratique et de fragiliser le pluralisme des opinions. 

On observe déjà, dans certains médias français, une difficulté croissante à exprimer des analyses divergentes, notamment sur la guerre entre l’OTAN et la Russie en Ukraine. La désinformation risque alors de devenir l’opinion des autres. 

Risque de dérive kafkaienne ?

La lutte contre les manipulations, parfois un peu vite qualifiée d’ "étrangères", est certes nécessaire, mais elle ne doit pas conduire, dans une dérive kafkaienne, à contrôler et sanctionner les citoyens qui, et pas seulement en France, pourraient contester le " narratif " officiel.  

Et surtout, elle ne doit pas ainsi fragiliser le pluralisme qui constitue le cœur même de la démocratie. Car une démocratie véritable se défend d’abord par le dialogue, par la confrontation des idées et par la transparence. 

C’est pourquoi un contrôle parlementaire, transparent et pluraliste de ce dispositif, est indispensable, notamment dans une période où les omniprésents discours bellicistes ont ouvert la voie à de telles et graves dérives. 

Celles-ci ne sont donc pas toujours, contrairement à ce qui est régulièrement affirmé, le fait que des partis extrémistes ou populistes. 

Pierrick Hamon est Délégué Général de I-Dialogos

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Articles précédents

Nouveau multilatéralisme ou retour du "Bal des empires"?

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 pour LAB Politiche e culture

En 2025, l’Organisation des Nations Unies, a célèbré son 80e anniversaire. Mais l'ONU fait face à des critiques croissantes. Le  Conseil de sécurité est régulièrement accusé de paralysie face aux crises internationales, et certaines opérations de maintien de la paix sont jugées inefficaces. La partialité des cinq membres permanents dans la gestion des menaces à la sécurité, alimente un débat récurrent. La représentation insuffisante, notamment des « Autres », dans les principaux organes de l’ONU, suscite des interrogations, remettant en cause l’universalité et l’inclusivité de l’organisation. Bien que l'ambassadrice américaine à l'ONU ait exprimé, fin 2024, son soutien à l'attribution de deux sièges permanents pour l'Afrique au Conseil de sécurité, la pérennité de cette proposition reste incertaine sous présidence Trump. Mais c’est la question du droit de veto qui demeure le sujet le plus sensible : sa réforme, pourtant régulièrement évoquée, n'a pas été inscrite à l'agenda de l'institution.

Conscient de l'impasse dans laquelle se trouvent les Nations Unies créées en 1945 dans un contexte géopolitique radicalement différent, le Secrétaire général de l'ONU, António Guterres, avait proposé, avec le soutien de l'Assemblée générale, l'organisation d'un « Sommet de l'avenir ». Ce sommet, tenu à New York les 22 et 23 septembre 2024, visait à envisager un système plus résilient et moins dépendant des seules grandes puissances. Faut-il néanmoins considérer cet événement comme un échec, au regard de son incapacité à faire émerger un mode de fonctionnement mieux adapté aux réalités du monde contemporain ? Pas si sur s’il peut provoquer une prise de conscience des nécessités d’un vrai dialogue  diplomatique…

 Dans une lettre de mission préparatoire, António Guterres avait plaidé, avec une ambition mesurée et un sens aigu du réalisme, en faveur d’institutions multilatérales plus efficaces, orientées davantage vers l’humain que vers des procédures bureaucratiques, afin de mieux répondre aux défis mondiaux qui pèsent sur les peuples et la planète. Il s’agirait alors de réformer les institutions de l’ONU pour qu’elles reflètent enfin les dynamiques géopolitiques actuelles. 

Créée dans le sillage de la Seconde Guerre mondiale, les Nations Unies sont, à l’origine- faut-il le rappeler ? - une initiative des puissances victorieuses. L’organisation avait été bâtie sur le modèle des États-nations, un concept qui, bien que pertinent au XXe siècle – encore que ! – semble aujourd’hui obsolète et même responsable de certains des nationalismes les plus dangereux. Depuis sa fondation, la scène mondiale a radicalement changé, et de nouveaux espaces de dialogue émergent, loin des structures traditionnelles dominées par les grandes puissances, comme en témoigne l’essor des BRICS, et celui des organisations régionales et thématiques. 

Les grandes puissances dites « occidentales », souvent enfermées dans une vision réductrice du monde qui les arrange bien – opposant démocraties et régimes autoritaires, le « bien » contre le « mal », ou encore le monde occidental contre le « Grand Sud » – se trouvent désormais confrontées, et à leur insu, à la réalité d’un monde multipolaire. Ces dynamiques en constante évolution ne peuvent plus être ignorées. Et ce n'est pas la gouvernance Trump qui en freinera le mouvement.

Une remise en question de l'ordre mondial 

Les pays dits du "Grand Sud" représentent désormais une part significative, voire dominante, de la population mondiale et de l’économie globale. Ces nations ne se contentent plus d’observer l’ordre mondial ; elles le remettent en question. Et loin de s'opposer aux puissances occidentales par opposition idéologique, contrairement à ce qui est souvent affirmé par ces dernières, leur ambition est avant tout de participer pleinement au dialogue mondial, et sans exclusivité. Exclure ceux – la Russie - avec lesquels on est en désaccord ne fait qu’accentuer les menaces. Cette logique de dialogue inclusif était pourtant au cœur de la coopération internationale durant la Guerre froide, malgré des tensions alors particulièrement vives. Les Diplomates occidentaux semblent avoir dangereusement oublié, notamment en Ukraine, les fondements mêmes de la Diplomatie, ce que « Les autres » n’ont pas manqué de relever. 

Voilà pourquoi le Sommet du Futur a voulu souligner la nécessité d’une évolution — voire d'une révolution — du système international, afin de le rendre réellement multilatéral et moins dépendant des seules grandes puissances historiques. 

Un exemple criant de cette dérive se trouve dans le fonctionnement du Tribunal Pénal International (TPI). Bien qu’une évolution ait pu sembler se dessiner, le TPI est souvent perçu comme partial, en particulier pour ce qui concerne l'Afrique. De nombreuses interventions militaires occidentales, qu'il s'agisse de l’Irak, de la Libye, de la Palestine, du Liban, ou encore du Congo RDC, ont rarement été condamnées, ce qui nourrit un sentiment de "deux poids, deux mesures". Cette perception, qui fragilise la légitimité du TPI, soulève la question urgente d'une réforme de son fonctionnement pour garantir une véritable justice impartiale. 

L’irrésistible montée en puissance de la Chine, constitue un autre tournant majeur. Autrefois marginalisée, la Chine est aujourd'hui une superpuissance économique et militaire. Son ascension magistrale a bouleversé l’équilibre des pouvoirs au sein de l'ONU, notamment avec son accession au Conseil de sécurité. 

Un autre acteur de cette dynamique est l'Inde, qui, en 1945 encore colonie britannique, est aujourd'hui le pays le plus peuplé du monde, la troisième économie mondiale et une puissance nucléaire. Dans ce contexte, son exclusion des membres permanents du Conseil de sécurité apparaît clairement comme une anomalie géopolitique. D’autres puissances émergentes comme le Brésil, l’Iran, la Turquie, l’Afrique du Sud et même Israël et bien d’autres en Afrique, modifient profondément les rapports de force mondiaux. 

Quant à la Russie, après l’effondrement de l'URSS et les réformes chaotiques et irresponsables de l’ère Eltsine, elle a réussi à reprendre toute sa place au Conseil de sécurité. Ce retour s’inscrit dans une évolution géopolitique post-Guerre froide, marquée par une surprenante reprise de l’économie russe et un rôle accru dans les affaires mondiales, même en pleine guerre avec l’OTAN et en dépit des sanctions unilatérales des occidentaux. Ce regain d'influence russe – dont la réalité est régulièrement contestée par les analystes occidentaux - bouleverse encore davantage la donne géopolitique internationale. Face à ces transformations, l'ONU ne pouvait pas, sous risque de progressivement disparaitre, ne pas s’interroger sur son adaptation. 

Dans ce nouveau jeu géopolitique, les membres de l’OTAN – une organisation créée pour faire face à une URSS qui n’existe plus, une organisation qui est pourtant et toujours, et plus que jamais, pilotée par les Etats Unis d’Amérique même s'il affirment vouloir pendre leur distances - avancent de nouvelles cartes. Ils proposent d'ajouter, ce qui en effet, ne serait pas illégitime, le Japon et l'Allemagne comme membres permanents du Conseil de sécurité, une proposition qui pourrait ainsi renforcer l'influence occidentale. Cette seule proposition ne résoudrait évidement pas le problème de la représentation des pays émergents et en développement.

Territoires et participation citoyenne. 

Conscient que le dialogue ne pouvait être limité aux seuls Etats, António Guterres, qui avait installé un Comité composé de personnalités représentant les gouvernements locaux et régionaux, avait souligné que « près de 65% des objectifs de développement durable ne peuvent être atteints sans la participation des gouvernements locaux et régionaux, mettant ainsi en lumière l'importance des territoires et de leurs populations dans le processus multilatéral ». 

Les collectivités locales, réunies sous l’égide de réseaux tels qu’ULCG, jouent un rôle croissant sur la scène internationale. Leur proximité avec les citoyens et leur ancrage dans des réalités locales permettent une meilleure identification des besoins et des solutions adaptées. Cette proximité reste encore trop peu valorisée dans le cadre multilatéral, où les États dominent largement les processus décisionnels. 

Au cœur d’une sorte de gouvernance à multi-niveaux – multilevel governance – l’une des idées émergentes consisterait à introduire une sorte d’Assemblée parlementaire des Nations Unies, qui coexisterait avec l’Assemblée générale actuelle. Cet organe pourrait représenter directement les parlementaires et les citoyens à l’échelle mondiale, renforçant ainsi la légitimité démocratique de l’organisation. 

Toutefois, cela pose des questions sur le risque de confusion institutionnelle, notamment dans un paysage déjà marqué par une prolifération d’organes satellites qui prétendent souvent et indument parler au nom de l'ONU. 

Cette multiplication rend d’autant plus urgente une simplification et une clarification des rôles des différentes entités.   

A l’issue du sommet de New York, les participants avaient adopté le “Pacte pour l’avenir”, une déclaration sur les générations futures et un pacte numérique mondial annonçant avoir ainsi a posé les bases d’un renouveau du multilatéralisme avec l’adoption d’une déclaration sur les générations futures et un pacte numérique mondial.  Mais comme toujours, le succès du sommet dépendra de la mise en œuvre effective des engagements pris et de la participation inclusive de tous les acteurs concernés. 

Le fait que l’Assemblée Générale des Nations Unies n’ait pas alors vraiment réussi à définir des modalités claires pour réviser la composition et le fonctionnement des structures multilatérales, comme le Conseil de sécurité, reflète une tension profonde dans le système multilatéral. Cela peut en effet être perçu comme un échec face à l’émergence d’autres acteurs qui demandent une reconnaissance accrue dans les instances internationales.

Le groupe des BRICS 

Ce constat souligne, ainsi et plus encore, les limites du système multilatéral actuel et pourrait bien constituer un tournant dans l’affirmation des BRICS comme acteur clé en devenir du nouvel ordre mondial. Ce groupe, fort de son expansion et de ses ressources économiques, pourrait-il déboucher sur un multilatéralisme alternatif, plus aligné sur les aspirations du Sud global et plus en phase avec les dynamiques multipolaires émergentes ? 

Le refus ou l’incapacité de réformer les institutions multilatérales renforce en tous cas l’idée que celles-ci seraient obsolètes. C’est ce qui a incité le Groupe des BRICS, présidé par Lula de Silva, à développer ses propres systèmes parallèles (nouvelle banque de développement -NDB- avec adoption d’une système Swift alternatif, etc…) . S‘il, constitue d’abord un forum de coopération économique, le Groupe des BRICS pourrait bien capitaliser sur cette frustration en se positionnant comme une alternative crédible à l’ordre multilatéral actuel. Son expansion avec l’ajout de nouveaux membres marque une volonté claire de peser davantage sur la scène internationale. 

Le sommet s'est tenu du 22 au 24 octobre 2024 à Kazan, en Russie avec la participation de nombreux chefs d’Etats et celle, remarquée du Secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, particulièrement soucieux d’éviter une fragmentation des Nations Unies. 

Le fait que cette réunion ait été organisée, à l’initiative de Vladimir Poutine, dans la ville capitale du Tatarstan, une région de Russie majoritairement peuplée par la minorité tatare, musulmane, est évidement porteuse de sens et pas seulement au Moyen Orient. Antonio Guterres ne pouvait manquer d’y lancer un appel à la paix à Gaza, au Liban, en Ukraine et au Soudan symbolisant ainsi le renforcement de la présence des BRICS sur la scène diplomatique conjointement avec les Nations Unies ?  

Le statut d'état membre est actuellement accordé à 9 pays qui ont parfois des intérêts certes parfios divergents, tels que la Chine et l'Inde, mais pas plus qu’au sein de l’ONU et peut-être même du G20. Le modèle des BRICS a été rejoint en 2024 par 4 nouveaux pays et devient de plus en plus attractif puisqu'il y a cette année une trentaine de demandes d'adhésion, telle que l'Arabie Saoudite (non encore confirmée) et la Turquie qui est pourtant aussi membre de l’OTAN. Même le président français Emmanuel Macron avait alors souhaité, sans succès, être invité à Kazan comme observateur, démontrant le constat imparable de la montée en puissance du Groupe…

Le Bal des empires ? 

Pour autant peut-on parler de l’émergence d’un nouveau mutilatéralisme ?  

Certains analystes, comme le géopoliticien français Jacques SOPPELSA, membre du réseau I-Dialogos, vont jmême usqu’à estimer qu’il s’agirait, en réalité, de l’émergence d’un monde multipolaire dominé, et même copiloté, par les grandes Puissances:  Etats-Unis, Chine, Russie, Inde et même Turquie. L’Union européenne, de plus en plus alignée - voire dépendante ? - sur les positions de l'OTAN et des Etats Unis, ne pèserait plus autant, sauf réveil surprise et …espéré. 

Dans ce contexte de déclin de l'ordre unipolaire post-guerre froide, chacune de ces grandes Puissances ne rechercherait donc, plus ou moins cyniquement, qu’à renforcer son influence, au sein des Nations Unies comme dans le cadre des BRICS.  

Ce pourrait être alors, toujours selon l'expression de l’ancien président de l’Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, le retour du …  « Bal des empires » ?

Pierrick Hamon, pour LAB Politiche e culture , 7 janvier, actualisé le 15 octobre 2025 + 

=> Face à l'intensité des discours bellicistes, où sont les intellectuels ?


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Il est temps de reconnaître l'apport des Outre-Mer au rayonnement de la France / Jean-Claude MAIRAL

Il est temps de reconnaître l'apport des Outre-Mer au rayonnement de la France / Jean-Claude MAIRAL

La France a la chance formidable d'avoir en son sein des territoires aux 4 coins de la planète, Guadeloupe, Martinique, St Barthélémy, St Martin, Guyane, La Réunion, Mayotte, les îles Eparses, St Pierre et Miquelon, Wallis et Futuna, Polynésie Française, Nouvelle Calédonie, Terres australes et antarctiques, Clipperton, île de la Passion. Et pourtant il y a une profonde méconnaissance chez les citoyens, les élus et les acteurs économiques de l'hexagone, de la réalité des territoires ultra-marins et de leurs populations. / Jean-Mairal est co-président de I-Dialogos / Vichy, actualisé le 15 avril 2026

Ancien professeur de philosophie, aujourd'hui président de « Planète Jeunes reporters-Sur les pas d'Albert Londres » à Vichy,  et co-président de I-Dialogos, Jean-Claude MAIRAL fut auparavant président du Département de l’Allier, vice-président de la Région Auvergne, président du Conseil de développement du pays Vichy-Auvergne, secrétaire de la fondation Gabriel-Péri, président de la plateforme de coopération France-Balkans. Jean-Claude Mairal a publié « Peuple citoyen, la démocratie, le défi de notre temps » (éditions Arcane 17, 2014). Il préside  la thématique Francophonie et co-anime, avec la présidente Habiba Mejri-Cheik, le  Groupe Médias de I-Dialogos.

+ 2-122 mai 2026 à l'Université de Saint-Denis

https://drive.google.com/file/d/1WSIvO04amZyvGoSi-IlfSLi5rh-RxWUk/vie

La France a la chance formidable d'avoir en son sein des territoires aux 4 coins de la planète, Guadeloupe, Martinique, St Barthélémy, St Martin, Guyane, La Réunion, Mayotte, les îles Eparses, St Pierre et Miquelon, Wallis et Futuna, Polynésie Française, Nouvelle Calédonie, Terres australes et antarctiques, Clipperton, île de la Passion. 

Et pourtant il y a une profonde méconnaissance chez les citoyens, les élus et les acteurs économiques de l'hexagone, de la réalité des territoires ultra-marins et de leurs populations. 

Rappelons nous, qu'aux JO de 2024, les athlètes français originaires des territoires ultra-marins ont permis à la France de rayonner dans nombre de disciplines. Sans eux la France ne serait pas parmi les premières nations olympiques. 

N'est-il pas temps de reconnaître, dans ce dmaine comme beaucoup d'autres, l'apport des Outre-Mer au prestige de la France et de sortir enfin d'un certain mépris et méconnaissance de l'hexagone vis à vis de ces territoires? 

Chaque jour, je reçois les lettres d'informations des différentes chaînes d'Outre-Mer 1ère, de France Télévisions sur chaque territoire. Ceux-ci possèdent une richesse humaine, une diversité culturelle, une créativité, de formidables talents dans nombre de disciplines et des potentialités économiques et environnementales considérables. 

On sous-estime grandement l’intérêt pour le rayonnement de la France, de pouvoir disposer de ces territoires qui sont présents aux quatre coins du Monde et sur trois Océans, faisant de notre pays, le 2ème empire maritime mondial, après les USA. Originaire de l’île de Tiga en Nouvelle-Calédonie, Walles KOTRA qui a été directeur exécutif chargé de l’Outre-mer au sein du groupe France Télévisions, parle de la France comme d’un « Pays-Monde » qui pourtant se « refuse de se penser en archipel mondial pour continuer à n'être qu'un Hexagone rabougri, incapable d'assumer sa géographie éclatée et ses champs culturels multiples". 

Le Sénateur Philippe FOLLIOT dans son ouvrage « France-sur-Mer, un incroyable gâchis » fait le même constat en écrivant, "Le "métropolicentrisme", c'est cette négation inconsciente de l'Outre-Mer français, une vision de notre horizon commun aux seules limites hexagonales". 

Constat implacable qu'il est temps de dépasser ! N'est-il pas temps avec la démonstration des JO, de valoriser et de remercier l'ensemble des athlètes des Outre-Mer et à travers eux toutes les populations de ces territoires, mais au-delà de mettre également en valeur leurs peuples et leurs cultures. 

-"Un grand Echiquier", le grand rendez-vous culturel de France2, présenté par Claire Chazal, consacré à la créativité culturelle des Outre-Mer? 

-La littérature des Outre-Mer à la Grande librairie de Augustin Trapenard? 

-Faire connaître dans l'hexagone, le Festival international du film documentaire Océanien (FIFO)-( Tahiti en Polynésie française), le Festival international du film documentaire Amazonie-Caraïbes(FIFAC) (Saint-Laurent du Maroni en Guyane) et le festival international du film de l'Océan Indien (FIFOI) (Saint-Paul à la Réunion). 

Ce sont trois festivals à l'initiative de France Télévisions qui permettent de découvrir des films documentaires de trois espaces: le Pacifique, L'Amazonie-Caraïbes et l'Océan Indien. 

Plus d'émissions consacrées aux Outre-Mer sur les grandes chaînes nationales de télévision. Et avoir un Ministère des Outre-Mer de plein exercice ? 

Bref par de multiples initiatives montrer la reconnaissance de la France à tous ces territoires. Tel est l'appel que l'on peut lancer en direction du Président de la République, des parlementaires, des élus et des responsables politiques. 

Les JO avaient montré la voie.  Aux politiques de poursuivre! 

Jean-Claude Mairal / actualisé le 15 avril 2026 (11 aôût 2024)

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Towards 2027: Nigeria’s Coalitions and the Comfortably “Selective” Democracy We Keep Practising. David UTAH NDUKA (Abuja, Nigéria)

Towards 2027: Nigeria’s Coalitions and the Comfortably “Selective” Democracy We Keep Practising. David UTAH NDUKA (Abuja, Nigéria)

As Nigeria drifts toward the 2027 general elections, the familiar ritual has begun again: coalitions are being announced, alliances are being tested, and political actors are rediscovering their love for “unity,” “inclusion,” and “national interest”. Yet beneath the polished language of democratic commitment lies an uncomfortable reality: Nigeria’s democracy continues to function in decline. The core defining tenets of democratic consolidation keep eroding in practice, increasingly threatening the fragile social contract between the state and its citizens.(+ traduction francaise) David UTAH NDUKA.. Abuja, NIGERIA, le 28 mai 2026

David Nduka Utah, est chercheur au Centre of Excellence in Migration and Global Studies, de la National Open University of Nigeria, à Abuja. Titulaire d'un doctorat en langue et linguistique françaises en 2018, il est spécialisé en pédagogie des langues, en multilinguisme et en études migratoires. Ses recherches portent sur les pratiques linguistiques transfrontalières, la migration et les tentatives migratoires des jeunes nigérians après la manifestation de #EndSARS et l'engagement politique des jeunes sur X (anciennement Twitter). Auteur de plus de 40 articles publiés, il est membre de la FIPF, de l'UFTAN, de l'ASA et du LAN. Il est aussi membre des comités de rédaction de plusieurs revues académiques. David est Membre du Comité de Pilotage I-Dialogos et Correspondant au Nigéria. 

David Nduka Utah is a researcher at the Centre of Excellence in Migration and Global Studies of the National Open University of Nigeria, in Abuja. He obtained a PhD in French Language and Linguistics in 2018 and specializes in language pedagogy, multilingualism, and migration studies. His research focuses on cross-border linguistic practices, migration and migration attempts among Nigerian youth following the #EndSARS protests, as well as youth political engagement on X (formerly Twitter).Author of more than 40 published articles, he is a member of the FIPF, UFTAN, ASA, and LAN. He also serves on the editorial boards of several academic journals. David is a Member of the I-Dialogos Steering Committee and Correspondent in Nigeria.

Traduction francaise plus bas

Towards 2027: Nigeria’s Coalitions and the Comfortably “Selective” Democracy We Keep Practising.

As Nigeria drifts toward the 2027 general elections, the familiar ritual has begun again: coalitions are being announced, alliances are being tested, and political actors are rediscovering their love for “unity,” “inclusion,” and “national interest”. Yet beneath the polished language of democratic commitment lies an uncomfortable reality: Nigeria’s democracy continues to function in decline. The core defining tenets of democratic consolidation keep eroding in practice, increasingly threatening the fragile social contract between the state and its citizens. 

The idea of consensus, coalition, and even party primaries that give a hint of the commitment of the political society to democratic values keeps diffusing mixed signals – one of uncertainty and another of seeming hopelessness. Selectivism is being tested and entrenched even before the general elections, while internal democracy within party structures across the board is enjoying a free fall. 

The Illusion of Internal Democracy and the Numbers Game 

Take the ruling All Progressives Congress (APC) as a prime example of this selectivism. The ongoing debate surrounding its fluctuating membership register exposes a structural reliance on performative dominance rather than empirical grassroots mobilization. In 2022, the APC boldly claimed to have 41 million registered members, yet President Bola Tinubu emerged victorious in the 2023 presidential election with fewer than 9 million votes. Now, ahead of 2027, the party has revised its claims downward to 12 million registered voters. This statistical dissonance reveals a party that utilizes data as an instrument of political leverage rather than a true reflection of democratic participation. 

Furthermore, there is a stark contradiction between official rhetoric and institutional reality. While President Tinubu recently praised the 2026 APC primaries as a "strong demonstration of internal democracy" and "grassroots politics", the reality on the ground was far more fractious. The recent primaries were marred by widespread controversies, including allegations of vote-buying, parallel contests, and sudden disqualifications in states like Rivers and Ondo. Research into the party's internal workings continues to show that godfatherism fundamentally undermines merit-based leadership, obstructing the full realization of internal party democracy and posing severe risks to long-term stability. 

Opposition Fractures and the Mirage of Inclusion 

The opposition is entirely complicit in this culture of selective democracy. While parties like the Peoples Democratic Party (PDP) may boast of "zero complaints" during their internal processes, such quietness often masks exclusive elite consensus rather than robust, contested citizen participation. 

Recent events within opposition coalition politics illustrate this with striking clarity. Peter Obi and Rabiu Kwankwaso recently exited a coalition arrangement involving the African Democratic Congress (ADC), following internal disagreements and structural tensions within the alliance. What was sold to the public as a unifying platform for electoral competitiveness has, once again, collapsed under the weight of mistrust, leadership contestation, and competing ambitions. This is not new; it is becoming the defining feature of Nigeria’s opposition politics: coalitions are easy to announce, but extremely difficult to sustain. 

The Character of the Actors: What is the Real Offer? 

This raises a harder question: are these coalitions ever truly about democracy, or are they simply sophisticated arrangements for elite bargaining ahead of elections? Since democracy is the rule of citizenship, actors enter the electoral market from a background that enables critical citizens to decipher their values from the records in their domain. 

The actors driving these coalitions are mostly legacy politicians who have been in the political limelight for decades; we can easily recall their performances in office. Given the character of these actors, many of whom are veterans of the very administrations and political architectures that originally fractured the state's legitimacy, what logical policy shift or renewed social contract do they actually offer Nigerians? Earlier attempts to frame a broad opposition platform ahead of 2027 presented the coalition as a necessary response to Nigeria’s dominant-party dynamics. But as the ADC experience now shows, the problem is not announcing a united front to wrestle power from the ruling APC; it is institutionalising a strong, united and fierce opposition within internal structural coherency to withstand intrusion. Without shared ideology, enforceable internal rules, and credible dispute resolution mechanisms, coalitions become political temporary shelters, useful only until they are caught up in the wildfire of the ruling APC's audacious rage. 

Performative Politics and the Erosion of Discourse 

Meanwhile, the public is being led to a stalemate, forced to gauge these shifting alliances through carefully curated messages on X (formerly Twitter), where political communication has become both instant and intensely performative. Peter Obi has repeatedly framed coalition politics as a moral and national necessity, while Atiku Abubakar has presented it as an inclusive national project meant to accommodate Nigerians across different backgrounds. The language is familiar and carefully calibrated, but it sits uneasily alongside the structural instability repeatedly exposed by coalition breakdowns. 

The rhetoric of unity is not matched by the reality of organisation. Furthermore, political communication has become increasingly personalised, descending into direct, personal criticism between rival camps rather than substantive debates on governance and statecraft. When political disagreement becomes personalised, policy disappears from the conversation, and democracy becomes a contest of personalities rather than ideas. Worse still, Nigeria’s digital political space is now saturated with unverified claims about mergers and "secret agreements", creating a public sphere where speculation competes with fact, and misinformation becomes politically useful. 

Conclusion: The Gap Between Principle and Practice 

The most troubling pattern is what all of this reveal about Nigeria’s democratic culture: a consistent gap between principle and practice. Political actors speak fluently about fairness, inclusion, and transparency. Yet internal party processes remain opaque, coalition negotiations remain elite-driven, and candidate selection often reflects bargaining power rather than democratic participation. 

Nigeria is not suffering from a lack of democratic language; it is suffering from a lack of democratic consistency. Selective democracy, in this sense, is not an abstract theory. It is a lived political practice: democracy for convenience, democracy for opposition, democracy for negotiation, but rarely democracy as a binding institutional commitment. 

As 2027 approaches, the real test will not be how many coalitions are formed or how loudly unity is proclaimed on social media. It will be whether Nigeria’s political actors can finally move beyond transactional alliances and begin to build parties that function as institutions rather than election-season platforms. Until that happens, coalition politics will remain what it has largely become: a revolving door of ambition, mistrust, and temporary convenience, wrapped, as always, in the language of national salvation.

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en français (par l'auteur)

À L’APPROCHE DE 2027 : COALITIONS NIGÉRIANES ET DÉMOCRATIE « SÉLECTIVE » EN PRATIQUE   

Alors que le Nigeria se dirige vers les élections générales de 2027, le même rituel se répète : les coalitions se forment, les alliances sont mises à l’épreuve et les acteurs politiques redécouvrent leur attachement à « l’unité », « l’inclusion » et « l’intérêt national ». Pourtant, derrière ce discours policé sur l’engagement démocratique se cache une réalité troublante : la démocratie nigériane continue de décliner. Les principes fondamentaux de la consolidation démocratique s’érodent dans les faits, menaçant de plus en plus le fragile contrat social entre l’État et ses citoyens. 

L’idée de consensus, de coalition, voire de primaires de parti, censée donner un aperçu de l’engagement de la classe politique envers les valeurs démocratiques, continue de véhiculer des signaux contradictoires : l’un empreint d’incertitude, l’autre d’un sentiment de désespoir. Le sélectivisme est mis à l’épreuve et s’enracine avant même les élections générales, tandis que la démocratie interne au sein des structures partisanes, tous partis confondus, est en chute libre.  

L'illusion de la démocratie interne et le jeu des chiffres 

Prenons l'exemple du All Progressive Congress (APC), parti au pouvoir, pour illustrer ce sélectivisme. Le débat actuel autour de ses effectifs fluctuants révèle une dépendance structurelle à l'égard d'une domination ostentatoire plutôt que d'une véritable mobilisation populaire. En 2022, l'APC affirmait sans ambages compter 41 millions de membres inscrits, pourtant le président Bola Tinubu a remporté l'élection présidentielle de 2023 avec moins de 9 millions de voix. Aujourd'hui, à l'approche de 2027, le parti a revu ses chiffres à la baisse, à 12 millions d'électeurs inscrits. Cette dissonance statistique révèle un parti qui instrumentalise les données à des fins politiques plutôt que de les considérer comme un reflet fidèle de la participation démocratique. 

De plus, il existe une contradiction flagrante entre le discours officiel et la réalité institutionnelle. Alors que le président Tinubu a récemment salué les primaires de l'APC de 2026 comme une « forte démonstration de démocratie interne » et de « politique de terrain », la réalité sur le terrain était bien plus conflictuelle. Les récentes primaires ont été entachées de vives controverses, notamment des allégations d'achat de votes, des scrutins parallèles et des disqualifications soudaines dans des États comme Rivers et Ondo. Les recherches sur le fonctionnement interne du parti continuent de démontrer que le clientélisme politique compromet fondamentalement un leadership fondé sur le mérite, entravant la pleine réalisation de la démocratie interne et faisant peser de graves risques sur sa stabilité à long terme. 

Fractures de l'opposition et mirage de l'inclusion 

L'opposition est pleinement complice de cette culture de démocratie sélective. Si des partis comme le Peoples Democratic Party (PDP) peuvent se targuer de « zéro plainte » lors de leurs processus internes, ce silence masque souvent un consensus élitiste exclusif plutôt qu'une participation citoyenne forte et contestée. 

Les récents événements au sein des coalitions d'opposition l'illustrent de façon frappante. Peter Obi et Rabiu Kwankwaso ont récemment quitté une coalition avec l’ African Democratic Congress (ADC), suite à des désaccords internes et des tensions structurelles au sein de l'alliance. Ce qui était présenté au public comme une plateforme unificatrice pour la compétitivité électorale s'est, une fois de plus, effondré sous le poids de la méfiance, des luttes de pouvoir et des ambitions concurrentes. Ce phénomène n'est pas nouveau ; il devient la caractéristique déterminante de la politique d'opposition nigériane : les coalitions sont faciles à annoncer, mais extrêmement difficiles à maintenir. 

Le profil des acteurs : quelle est la véritable proposition ? 

Cela soulève une question plus complexe : ces coalitions sont-elles véritablement démocratiques, ou ne sont-elles que des arrangements sophistiqués permettant aux élites de négocier en amont des élections ? Puisque la démocratie repose sur le pouvoir des citoyens, les acteurs arrivent sur la scène électorale forts d'une expérience qui permet aux citoyens critiques de discerner leurs valeurs à partir de leurs actions. 

Les acteurs à l'origine de ces coalitions sont pour la plupart des figures politiques historiques, présentes sur la scène politique depuis des décennies ; leurs bilans sont aisément mémorisables. Compte tenu du profil de ces acteurs, dont beaucoup sont des vétérans des administrations et des structures politiques mêmes qui ont initialement ébranlé la légitimité de l'État, quel changement de politique logique ou quel nouveau contrat social proposent-ils réellement aux Nigérians ? Les tentatives précédentes de constituer une large plateforme d'opposition en vue de 2027 présentaient la coalition comme une réponse nécessaire à la dynamique des partis dominants au Nigeria. Mais comme le montre désormais l'expérience de l'ADC, le problème n'est pas d'annoncer un front uni pour arracher le pouvoir à l'APC au pouvoir ; il s'agit d'institutionnaliser une opposition forte, unie et farouche, dotée d'une cohérence structurelle interne, capable de résister aux intrusions. Sans idéologie partagée, sans règles internes applicables et sans mécanismes crédibles de résolution des conflits, les coalitions ne sont que des abris politiques temporaires, utiles seulement jusqu'à ce qu'elles soient englouties par la fureur débridée de l'APC au pouvoir. 

Politique performative et érosion du discours 

Dans le même temps, le public est mené à une impasse, contraint d'évaluer ces alliances mouvantes à travers des messages soigneusement orchestrés sur X (anciennement Twitter), où la communication politique est devenue à la fois instantanée et intensément performative. Peter Obi a maintes fois présenté la politique de coalition comme une nécessité morale et nationale, tandis qu'Atiku Abubakar l'a présentée comme un projet national inclusif destiné à rassembler les Nigérians de tous horizons. Le langage est familier et soigneusement calibré, mais il contraste fortement avec l'instabilité structurelle régulièrement mise en lumière par les ruptures de coalition. 

La rhétorique de l'unité ne correspond pas à la réalité de l'organisation. De plus, la communication politique s'est de plus en plus personnalisée, se muant en critiques directes et personnelles entre camps rivaux plutôt qu'en débats de fond sur la gouvernance et l'art de gouverner. Lorsque le désaccord politique se personnalise, les politiques publiques disparaissent du débat et la démocratie devient une lutte de personnalités plutôt que d'idées. Pire encore, l’espace politique numérique nigérian est désormais saturé d’allégations non vérifiées concernant des fusions et des « accords secrets », créant une sphère publique où la spéculation se confond avec les faits et où la désinformation devient un outil politique. 

Conclusion : Le fossé entre les principes et la pratique 

Le constat le plus inquiétant est ce que tout cela révèle de la culture démocratique nigériane : un fossé persistant entre les principes et la pratique. Les acteurs politiques parlent avec aisance d’équité, d’inclusion et de transparence. Pourtant, les processus internes des partis restent opaques, les négociations de coalition demeurent dominées par les élites et la sélection des candidats reflète souvent le pouvoir de négociation plutôt que la participation démocratique. 

Le Nigeria ne souffre pas d’un manque de discours démocratique ; il souffre d’un manque de cohérence démocratique. La démocratie sélective, en ce sens, n’est pas une théorie abstraite. C’est une pratique politique vécue : la démocratie par commodité, la démocratie pour l’opposition, la démocratie pour la négociation, mais rarement la démocratie comme engagement institutionnel contraignant. 

À l’approche de 2027, le véritable test ne sera pas le nombre de coalitions formées ni l’ampleur de l’unité proclamée sur les réseaux sociaux. La question est de savoir si les acteurs politiques nigérians parviendront enfin à dépasser les alliances purement transactionnelles et à bâtir des partis fonctionnant comme de véritables institutions plutôt que comme de simples plateformes électorales. Tant que cela ne se produira pas, la politique de coalition restera ce qu'elle est devenue en grande partie : un jeu de chaises musicales où se mêlent ambitions, méfiance et opportunisme passager, le tout enrobé, comme toujours, du discours du salut national.

Abuja, le 28 mai 2026

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Article précédent du 22 juillet 2025

Comment la jeunesse nigériane sur X redéfinit la Politique.

In English below 

En 2020, un simple tweet dénonçant les violences policières s’est transformé en l’un des mouvements les plus marquants dirigés par la jeunesse dans l’histoire contemporaine du Nigéria. Le mot-dièse #EndSARS, partagé par des millions de personnes sur X (anciennement Twitter), est devenu le cri de ralliement d’une génération qui refusait désormais de souffrir en silence. Des rues de Lekki aux communautés nigérianes de Londres et de New York, les jeunes ont organisé des manifestations, coordonné des actions et documenté chaque instant en temps réel. X est devenu bien plus qu’un réseau social : c’était un outil d’organisation, un mégaphone, un tribunal et un champ de bataille numérique. 

“SARS almost killed me in 2018. They said my laptop made me a fraudster. It’s time to #EndSARS for real.”— @ChineduUnchained, October 2020  

Notre traduction : « Les agents de SARS ont failli me tuer en 2018. Pour eux, un ordinateur portable, c’est un signe de cybercriminalité. Il est temps d’en finir avec ça. #EndSARS »
— @ChineduUnchained, octobre 2020 

Pour de nombreux jeunes Nigérians, ce fut un éveil politique. Leur indignation face aux abus policiers s’est rapidement étendue à des préoccupations plus larges : le chômage, la mauvaise gouvernance, le système corrompu. Ils ont trouvé leur force dans le nombre, leur clarté dans une cause commune, et leur voix dans la timeline. Ce qui était autrefois un espace de divertissement et de culture populaire est devenu une agora numérique, un lieu de débat civique et d’activisme citoyen. 

Mais le mouvement ne s’est pas arrêté avec les manifestations. Il a évolué. À l’approche des élections générales de 2023, beaucoup de ceux qui avaient occupé les rues se sont tournés vers les urnes. Parmi les figures émergentes, Peter Obi, ancien gouverneur de l'État d'Anambra, a attiré l’attention. D’abord considéré comme un outsider soutenu par “deux personnes tweetant depuis une chambre”, selon ses détracteurs, sa candidature s’est rapidement imposée grâce à l’énergie numérique. “

Obi doesn’t have structure? We are the structure. Digital town halls, fundraising links, polling unit strategy threads—we move.”
— @AdaObidient, June 2022 

Notre traduction : « Il n’a pas de structure ? C’est nous, la structure. Town halls numériques, levées de fonds, stratégie électorale : on est prêts. »
— @AdaObidient, juin 2022 

“My PVC is not just plastic. It’s protest. It’s a bullet I get to shoot at the ballot box.”
— @EzeSpeaks, January 2023 

 traduction : « Ma carte d’électeur n’est pas qu’un bout de plastique. C’est ma balle dans l’urne. »
— @EzeSpeaks, janvier 2023 

Les jeunes, surnommés les Obidients, ont mobilisé leur influence sur X pour faire campagne, sensibiliser, et coordonner des actions électorales. À travers des infographies, des Twitter Spaces massifs, et une stratégie centrée sur la jeunesse, ils ont transformé une candidature marginale en un phénomène politique. Selon les résultats annoncés par Independent National Electoral Commission du Nigeria, Peter Obi est arrivé troisième à l’élection présidentielle, remportant plusieurs États traditionnellement acquis aux partis dominants. Son parti politique, Labour Party qui a été ignoré depuis longtemps, est devenu une force électorale crédible, portée par une génération qui a choisi de s’impliquer. 

Mais au-delà de l’élection et des figures charismatiques, cette jeunesse a désormais des revendications claires : réformes électorales, transparence, gouvernance inclusive. Sur X, les mots-dièse comme #RéformeINEC, #StopFraudeÉlectorale, ou #Youthsforchange reflètent une soif de justice électorale. 

“INEC must publish real-time results online. We are tired of collation center drama. We deserve #TransparentElections.”
— @MissDemocracy, February 2023 

Notre traduction : « Les résultats doivent être publiés en temps réel. Fini les manipulations nocturnes. #ÉlectionsTransparentes »
— @MissDemocracy, février 2023 

“If you don’t want young Nigerians in politics, then stop complaining when the old ones ruin it.”
— @NigerianYouth2030, March 2023 

Notre traduction : « Si on ne veut pas des jeunes en politique, qu’on ne se plaigne pas du désastre actuel. »
— @JeunesseNig2030, mars 2023 

Le décès récent de l’ancien président Muhammadu Buhari a également provoqué une vague de réactions sur la plateforme. Certains ont salué son parcours militaire et démocratique, d'autres ont critiqué son silence face aux crises. Pour une génération qui a grandi sous sa présidence, sa disparition symbolise la fin d’une ère, et le début d’un appel renouvelé à un leadership éthique. 

“Buhari is gone. May our democracy rise where his silence once stood.”
— @AyamVictor, July 2025 

Notre traduction : « Buhari est mort. Que la démocratie se lève là où régnait le silence. »
— @AyamVictor, juillet 2025 

“We were beaten, unemployed, harassed and blamed under Buhari’s watch. His chapter is closed. The next one is ours to write.”
— @YasminCivic, July 2025 

Notre traduction : « Nous étions harcelés, appauvris, ignorés pendant le mandat de Buhari. Ce chapitre est clos. Le prochain, c’est à nous de l’écrire. »
— @YasminCivic, juillet 2025 

Malgré leurs avancées, les jeunes activistes sont confrontés à de nombreux obstacles : surveillance numérique, arrestations arbitraires, menaces de censure. Le gouvernement tente régulièrement de limiter la portée de leur voix. Mais ce qu’il ne comprend peut-être pas, c’est que l’on peut suspendre une plateforme, mais pas un mouvement. 

“They arrested someone for a tweet? We’ll tweet about it. Retweet it. Fundraise his bail. Demand his release. The fight continues.”
— @TechieActivist, August 2024 

Notre traduction : « Quelqu’un a été arrêté a cause d’un tweet ? Alors on tweetera pour vous. On fera circuler. On financera votre libération. La lutte continue. »
— @TechieActivist, août 2024 

La jeunesse nigériane a montré que la politique ne se joue plus uniquement dans les salons d’Abuja ou les bureaux des “godfathers”. Elle se joue dans les DM, les Spaces, les commentaires, et les bureaux de vote. Elle est vibrante, impatiente, informée et bien réelle. 

À l’approche des élections de 2027, une chose est sûre : cette génération n’a pas l’intention de disparaître. Elle façonne le récit national, influence les candidats, et redéfinit ce que signifie participer à la vie politique. Des hashtags aux bulletins de vote, des tweets à la rue : la jeunesse nigériane n’est pas seulement l’avenir. Elle est le présent. Et elle exige d’être entendue.

David Nduka Utah

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From Hashtags to the Ballot Box: How Nigerian Youth on X Are Redefining Politics 

By Utah Nduka David

In 2020, a simple tweet denouncing police brutality morphed into one of the most significant youth-led movements in contemporary Nigerian history. The hashtag #EndSARS, shared by millions on X (formerly Twitter), became the rallying cry for a generation that refused to suffer in silence. From the streets of Lekki to the Nigerian communities of London and New York, young people organized protests, coordinated actions, and documented every moment in real time. X became much more than a social network: it was an organizing tool, a megaphone, a tribunal, and a digital battlefield. 

“SARS almost killed me in 2018. They said my laptop made me a fraudster. It’s time to #EndSARS for real.” — @ChineduUnchained, October 2020 

For many young Nigerians, it was a political awakening. Their outrage at police abuses quickly expanded to include broader concerns: unemployment, poor governance, the corrupt system. They found strength in numbers, clarity in a common cause, and their voice in the timeline. What was once a space for entertainment and popular culture became a digital agora, a place for civic debate and citizen activism. 

But the movement didn't stop with the protests. It evolved. As the 2023 general elections approached, many of those who had occupied the streets turned to the polls. Among the emerging figures, Peter Obi, former governor of Anambra State, has attracted attention. Initially considered an outsider supported by “two people tweeting from a bedroom,” according to his detractors, his candidacy quickly gained traction thanks to digital energy. 

“Obi doesn’t have structure? We are the structure. Digital town halls, fundraising links, polling unit strategy threads—we move.” — @AdaObidient, June 2022    “

My PVC is not just plastic. It’s protest. It’s a bullet I get to shoot at the ballot box.” — @EzeSpeaks, January 2023   

Young people, nicknamed the Obidients, mobilized their influence on X to campaign, raise awareness, and coordinate electoral actions. Through infographics, massive Twitter Spaces, and a youth-centric strategy, they transformed a marginal candidacy into a political phenomenon. According to the results announced by Nigeria's Independent National Electoral Commission, Peter Obi came third in the presidential election, winning several states traditionally held by the dominant parties. His political party, the Labour Party, which had long been ignored, has become a credible electoral force, driven by a generation that has chosen to get involved. 

But beyond the election and the charismatic figures, these young people now have clear demands: electoral reforms, transparency, and inclusive governance. On X, hashtags like #INECReform, #StopElectoralFraud, and #Youthsforchange reflect a thirst for electoral justice.  

“INEC must publish real-time results online. We are tired of collation center drama. We deserve #TransparentElections.” — @MissDemocracy, February 2023 “

The results must be published in real time. No more nighttime manipulation. #TransparentElections.” — @NigerianYouth2030, March 2023 

“If we don’t want young people in politics, then we shouldn’t complain about the current disaster.” — @JeunesseNig2030, March 2023 

The recent death of former President Muhammadu Buhari also sparked a wave of reactions on the platform. Some praised his military and democratic legacy, while others criticized his silence in the face of crises. For a generation that grew up under his presidency, his passing symbolizes the end of an era and the beginning of a renewed call for ethical leadership. 

“Buhari is gone. May our democracy rise where his silence once stood.” — @AyamVictor, July 2025 

“We were beaten, unemployed, harassed, and blamed under Buhari’s watch. His chapter is closed. The next one is ours to write.” — @YasminCivic, July 2025 “

We were harassed, impoverished, and ignored during Buhari’s tenure. This chapter is closed.” The next one is up to us to write it.” — @YasminCivic, July 2025 

Despite their progress, young activists face numerous obstacles: digital surveillance, arbitrary arrests, threats of censorship. The government regularly attempts to limit the reach of their voice. But what it may not understand is that you can suspend a platform, but not a movement. 

“They arrested someone for a tweet? We’ll tweet about it. Retweet it. Fundraise his bail. Demand his release. The fight continues.” — @TechieActivist, August 2024 

Nigerian youth have shown that politics is no longer played out solely in the living rooms of Abuja or the offices of the “godfathers.” It's playing out in DMs, Spaces, comments, and polling stations. It's vibrant, impatient, informed, and very real. 

As the 2027 elections approach, one thing is certain: this generation has no intention of disappearing. It's shaping the national narrative, influencing candidates, and redefining what it means to participate in politics. From hashtags to ballots, from tweets to the streets: Nigerian youth aren't just the future. They're the present. And they demand to be heard.


- Utah Nduka David (2017), Analyse stylistique des éléments déictiques dans le discours inaugural du président français, Emmanuel Macron. Covenant Journal of Language Studies, Covenant University, Ota. Ogun State. June. Vol. 5. No 1. Pp. 48-64. Online : https://journals.covenantuniversity.edu.ng/index.php/cjls/article/view/736 


- Utah Nduka David & Dafong Mercy (2022), Ecosemiotic Study of Interspecies Umwelt Relationship in Alain Mabanckou’s Mémoires de Porc-epic. VERITAS JOURNAL OF HUMANITIES (VEJOH), Faculty of Humanities, Veritas University, Abuja. Vol. 4, no 1& 2.Pp. 291-302. https://acjol.org/index.php/veritas/article/view/3478 


- Utah Nduka David (2017), Analyse stylistique des éléments déictiques dans le discours inaugural du président français, Emmanuel Macron. Covenant Journal of Language Studies, Covenant University, Ota. Ogun State. June. Vol. 5. No 1. Pp. 48-64. Online : https://journals.covenantuniversity.edu.ng/index.php/cjls/article/view/736 


- Utah Nduka David & Dafong Mercy (2022), Ecosemiotic Study of Interspecies Umwelt Relationship in Alain Mabanckou’s Mémoires de Porc-epic. VERITAS JOURNAL OF HUMANITIES (VEJOH), Faculty of Humanities, Veritas University, Abuja. Vol. 4, no 1& 2.Pp. 291-302. https://acjol.org/index.php/veritas/article/view/3478

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