Argument
Nous vivons actuellement une période singulière et inédite de notre histoire, avec des conséquences planétaires.  Provoquée par un virus, qui n’est ni le premier ni le dernier, cette crise touche tous les pays, indépendamment de leurs niveaux de développement. Les conséquences en sont imprévisibles. En cela elle nous rappelle que nous sommes tous dans « le même bateau », sur la même planète.

Est-ce la fin de l’histoire dont nous avait parlé Francis Fukuyama au moment de la chute du mur de Berlin ? certainement pas si l'on considère ce qui surgit à l'est de l'Europe.

Ce pourrait, en tous cas, être l’occasion d’envisager un changement profond des politiques et des paradigmes, avec une pensée nouvelle et mieux partagée, qui ne doit plus être réservée, voire parfois accaparée, par des élites installées.

La crise a montré la nécessité d'un vrai multilatéralisme, un multilatéralisme adapté au monde tel qu’il est aujourd’hui, en évolution accélérée, dans toute sa complexité et riche de sa diversité.


L'Europe arrivera-t-elle à dépasser sa fonction de caisse de résonance pour peser enfin de tout son poids et en toute réelle indépendance ?    L'actualité récente démontre, et brutalement,  que cela redevient possible.  

On peut aussi espérer que, notamment en Afrique – mais pas seulement - les grandes organisations sous régionales, qui s'en inspirent, puissent jouer un rôle crucial dans la lutte coordonnée contre la pandémie et contre l’insécurité, et dans une approche transfrontalière.

Au niveau des Etats, se pourrait-il que l'autorité publique tant décriée au cours de ces dernières années, retrouve, et à tous les niveaux - du local au global - un minimum de confiance de la part des citoyens, au moins dans les pays où elle a su allier l'esprit de compromis avec la rigueur de l'action, tout en évitant l’imposition de quelque modèle ou système que ce soit.

Si une conviction émerge de nos analyses, c'est bien le rôle que doivent jouer les territoires et les citoyens, avec leurs élus et responsables, et avec l’ensemble des acteurs économiques, culturels, associatifs et autres, dans la période de reconstruction, matérielle, mais aussi intellectuelle et morale qui s'avère indispensable, dans la prise en compte de l’hétérogénéité des démarches que le dialogue rend possible.

Les Médias, au regard de leur grande responsabilité et de leur importance, doivent pouvoir se ressourcer pour dépasser et relativiser la puissance des réseaux « sociaux » ouverts à toutes les manipulations comme à toutes les facilités. 


Eux-aussi, les journalistes – dont plusieurs parmi nous - sont trop souvent englués dans des discours univoques , parfois même presque militants, au nom d'une liberté de la presse opportunément interprétée.  Les exemples hélas foisonnent.

Souvent otages d'un spectacle politico-médiatique qu'ils dénoncent, ils doivent donc pouvoir se réinventer, non seulement pour jouer ce rôle indispensable à toute société démocratique mais aussi, de plus en plus souvent, pour survivre. Acteurs d'une réinvention du débat, partagée et en profondeur, ils peuvent demeurer, ou redevenir, des acteurs essentiels et respectés. 
Il s’agit d’un enjeu majeur, avec la place de la Justice dans tout Etat de droit.

L'actualité médiatique, au lendemain de l'intervention russe en Ukraine, et le silence assourdissant concernant d'autres conflits dans le monde,  notamment, mais pas seulement,  en Afrique, démontre donc une fois encore, l'urgence d'échanger et de réellement dialoguer, et donc d'écouter et réfléchir. 

Face à un certain vide de la pensée politique, et à une crise d’adaptation de la démocratie, nous estimons donc fondamental de contribuer, collectivement, à une réflexion novatrice autour de l’impératif d’entreprendre des refondations anthropologiques, philosophiques, médiatiques, politiques, éthiques, économiques, sociales et sociétales. Cette ambition politique ne peut être fondée que sur l’action et la raison.

Comme quoi une pandémie mondiale peut aussi être l’occasion, pour nos sociétés, de mesurer l’importance de se cimenter avec des initiatives créatrices de débats, des débats véritablement ouverts et respectueux, pour assurer au mieux des actions raisonnées.

Voici un chantier pour nous, initiateurs de I-Dialogos avec celles et ceux qui, de par le monde, choisiraient d’y participer, ainsi qu’à la publication qui permettra, à partir d’un croisement des regards, de partager, confronter et élargir plus encore analyses et propositions.

A nous alors d’en être ensemble les bâtisseurs. Deux thématiques sont ainsi proposées  pour cette année 2022-2023, avec des contours qui restent encore à définir précisément et collectivement : 

Il conviendra, dans un deuxième temps, et en fonction de l’intérêt suscité, d’inventer et préciser les modalités de ce dialogue.  Nous pourrons nous y retrouver dans une diversité qui fondera notre force comme notre originalité.

N’est-ce pas Franklin Roosevelt, qui lors des sombres années 1930, affirmait : « Les hommes ne sont pas prisonniers de leur destin, mais de leur propre esprit ».