De la Francophonie à Dalat, au VIETNAM. Nicolas LEYMONERIE

De la Francophonie à Dalat, au VIETNAM. Nicolas LEYMONERIE

Entretien de Jean-Claude Mairal, coprésident de I-Dialogos, avec Nicolas Leymonerie, responsable du Centre Francophone Antenne de Dalat au Vietnam et membre du bureau du Réseau international des Maisons des francophonies (RIMF). Le prochain sommet de la Francophonie aura lieu au Cambodge en 2026, 29 ans après celui qui a eu lieu à Hanoï. Il serait donc opportun pour les organisations, françaises et de la Francophonie, qui souhaitent soutenir la francophonie vietnamienne et indochinoise puissent s’impliquer dans la préparation de ce grand rendez-vous./ Dalat le 27 février 2025

Entretien de Jean-Claude Mairal, coprésident de I-Dialogos, avec Nicolas Leymonerie, responsable du Centre Francophone Antenne de Dalat au Vietnam et membre du bureau du Réseau international des Maisons des francophonies (RIMF). 

I-Dialogos : Nicolas Leymonerie, vous avez près de 20 ans de vietnamophonie, 13 ans d'enseignement du français en vietnamien et une formation comme enseignant du vietnamien à l'Université des sciences humaines et sociales de Ho Chi Minh-ville. Qu’est-ce qui vous a amené à vous intéresser au Vietnam et à vous installer à Dalat pour fonder un centre Francophone ? Pourquoi Dalat ? 

Nicolas Leymonerie: D’abord, ce qui m’a amené au Vietnam c’est le 13ème arrondissement de Paris où j’avais trouvé un travail en alternance avec mes études. De fil en aiguille, j’ai fait connaissance avec la diaspora vietnamienne, puis avec mon épouse hanoïenne qui était alors étudiante. C’est donc par elle que j’ai découvert le Vietnam, moi qui n’avais jamais été très loin de l’Hexagone. 

Il s’est avéré que j’étais particulièrement « vietnamo-compatible » ce qui a largement facilité mon assimilation : j’ai très vite saisi les tonalités de la langue et j’avais une affinité naturelle pour les valeurs traditionnelles du Vietnam. 

L’installation à Dalat fut un choix important, un vrai coup de cœur. Ses paysages vallonnés, me rappelant ceux de mon enfance en Limousin, ses clochers, ses jardins fleuris, ses maisons à colombages,... ce métissage franco-vietnamien profond qui fait encore la spécificité de cette capitale des Hauts plateaux et de ses habitants qui, dit-on, ont pour réputation d’être doux, accueillants et distingués, couplé à une qualité et un confort de vie sans pareil, ont été des facteurs déterminants en faveur de notre installation ici. 

Enfin, c’est la francophilie locale qui nous a poussé à fonder un centre francophone, que nous avons toujours voulu comme un lieu de maintien et de renforcement des relations entre Dalat et la France, mais aussi la Francophonie en général. Ainsi, très vite après être arrivé à Dalat, l’Université Yersin m’a demandé de participer à son club de français et les Dalatois francophones me répétaient sans cesse qu’ils n’avaient plus d’endroit pour pratiquer la langue de Molière. Il nous a fallu attendre cinq ans l’opportunité de créer la structure. 

I-Dialogos : Quel est l’accueil des autorités locales et de la population vis-à-vis de votre centre ? Quel est son rayonnement parmi la jeunesse ? 

Nicolas Leymonerie: Notre centre francophone est le premier, et toujours le seul, de la province de Lâm Dong, ainsi les autorités ont toujours été bienveillantes vis-à-vis de nos activités sans pour autant y apporter un soutien direct. 

Aussi, il m’a été souvent dit que la culture française étant dans l’essence même de la ville (créée ex-nihilo suite à la découverte du haut plateau du Langbian par Alexandre Yersin), ne serait-ce que pour son image touristique, il est nécessaire de la valoriser. 

La population a réagi de manière assez impressionnante à la création de notre centre. Les classes de français de l’école primaire au lycée, reliquat du programme des classes bilingues de la fin des années 90, voyaient leurs effectifs décroître inexorablement et étaient menacées de fermeture. 

La création du centre francophone a eu pour effet de regonfler ces effectifs dans les trois établissements scolaires. On peut dire que nous avions répondu à une attente et redonné foi en la langue française.  Son rayonnement dans la jeunesse se fait principalement à travers ces établissements et leurs classes de français qui fournissent en grande partie les apprenants de notre centre, venus se perfectionner. 

La langue française rayonne toujours par son prestige culturel et le fait qu’elle soit présente dans de nombreuses familles depuis des générations. Le bémol est que nous ne sommes qu’une petite flamme précaire fonctionnant essentiellement sur notre propre bénévolat et le soutien d’associations, alors que le soleil de la Francophonie n’y brille jusqu’à présent que par intermittence en raison de l’absence d’une structure plus importante à Dalat. 

I-Dialogos : Vous voulez faire évoluer votre centre avec l’ambitieux projet de la Maison Alexandre Yersin. Pourquoi cette appellation ? Vous avez lancé ce projet, il y a seulement quelques mois. Où en êtes-vous ? Avez-vous reçu un accueil favorable des autorités vietnamiennes ? Et françaises ? 

Nicolas Leymonerie: La francophonie dalatoise était subventionnée annuellement par la France et la Francophonie jusqu’à la crise financière mondiale des années 2007-2008 qui amenèrent à rétracter le rayonnement culturel au Vietnam comme ailleurs dans le monde. 

Avant cela, les professeurs de français de Dalat recevait des primes (ce qui encouragea la formation de nouveaux enseignants) et il existait un cercle francophone disposant de matériel informatique, d’une bibliothèque et d’une documentaliste. Tout cela avait été abandonné quand nous sommes arrivés à Dalat car la ville, d’une manière qui m’a toujours paru injuste pour diverses raisons, a été exclue des villes vietnamiennes bénéficiant d’un intérêt prioritaire. 

Notre objectif, dès 2013, a toujours été de créer une structure digne de reprendre le flambeau et de répondre aux enjeux actuels, comme je l’évoquais précédemment. Le plan du centre francophone Antenne a toujours été d’évoluer en une structure publique ou semi-privée par l’appui des institutions francophones basées au Vietnam. 

Ville de Da Lat (wikipedia)

Tout un écosystème francophone est en attente d’épanouissement à Dalat dans les domaines de l’éducation, de la culture, de l’agroalimentaire, de la technologie, de la médecine… tous étant des domaines qui furent chers à celui qui est considéré comme le père fondateur de la ville, Alexandre Yersin. 

En 2018, nous avions inauguré la Maison de la francophonie de Dalat mais, malgré une certification comme centre d’examen, le soutien institutionnel manquait et la pandémie de  Covid-19 nous a coupés dans notre élan. Il y a quelques mois, nous avons donc lancé une ultime mise-à-jour de notre projet d’origine sur lequel nous mettons dix années de travail en jeu. Nous l’avons appelé Maison Alexandre Yersin du nom de ce Franco-Suisse, naturalisé vietnamien à titre posthume, polymathe et humaniste qui incarne comme une évidence la mission que nous avons toujours souhaité remplir à travers nos divers engagements. 

Ce projet a été présenté d’abord aux institutions francophones les plus concernées, à notre réseau d’associations et à des personnalités influentes. Nous avons lancé un appel à un soutien sous forme de pétition qui a reçu l’appui de signatures prestigieuses s’agissant de Francophonie et de Yersin. 

Par un heureux concours de circonstances, l’Ambassadeur de France, le directeur du bureau Asie-Pacifique de l’OIF et le Président du GADIF à Hanoï, en la personne du représentant de la délégation générale Wallonie-Bruxelles, feront un déplacement commun à Dalat du 7 au 9 mars à l’occasion de la commémoration de la mort du Docteur Yersin et de la fête de la Francophonie. 

Le sujet est sur la table. Par ailleurs, l’AFD et la CCIFV (Chambre de commerce et d’industrie franco-vietnamienne) ont prêté une oreille attentive aux opportunités qu’offrirait un tel bureau d’assistance à la coopération francophone basé dans la capitale des Hauts plateaux, notamment pour ce qui est du ferroviaire, du nucléaire et du tourisme, en relation avec le développement durable. 

En ce qui concerne les relations extérieures, les autorités locales ne sont pas accoutumées à la prise d’initiatives, mais elles sont ouvertes aux propositions qui favoriseraient le développement économique et des relations internationales amicales.  

I-Dialogos : le projet Maison Alexandre Yersin est très intéressant et mérite que l’on vous appuie. Que peut-on faire pour cela ? 

Nicolas Leymonerie: Les conditions au Vietnam font qu’il nous est apparu que seule une institution francophone ayant droit d’exercer des activités de coopération dans la province de Lâm Dông pourrait concrètement aider à la création de la Maison Alexandre Yersin à Dalat. 

Il n’est pas envisageable de créer une association, et un centre francophone est limité par son statut uniquement pédagogique. 

Nous avions accompagné pendant cinq ans la signature d’une coopération entre l’Occitanie et le Lâm Dông qui, bien que réalisée en 2021, a été parfaitement stérile jusqu’à la fin de l’accord l’année dernière. 

Une occasion manquée qui a englouti beaucoup d’énergie et d’espoir en vain alors qu’elle aurait pu être exemplaire et mener à la création d’un tel projet. Ainsi, à l’heure actuelle, il s’agirait de convaincre les instances francophones, habilitées à agir en la matière, de l’importance de l’intégration pleine et entière de Dalat au sein des actions de coopération culturelle et économique, et de convaincre les entreprises et les grands groupes qu’il y a là des opportunités à saisir. 

L’idée d’une coopération décentralisée ou d’un jumelage serait aussi à remettre à l’ordre du jour, avec la France, la Suisse ou tout autre pays de la Francophonie. 

I-Dialogos : Même si c’est lié à la colonisation et qu’il y a eu une guerre entre les deux pays, les liens de la France avec le Vietnam sont anciens. Où en sont actuellement ces liens ? Je ne parle pas des liens politiques, mais des liens culturels, des liens par la langue ? Comment se situe la langue française ? Son enseignement dans le pays ? 

Nicolas Leymonerie: Oui, les liens entre la France et le Vietnam sont même très anciens, en atteste la chaise à porteurs offerte par Louis XVI au fondateur de la dynastie impérial des Nguyen, ou, plus anciennement encore, à l’implication du jésuite Alexandre de Rhodes dans la première standardisation de l’écriture latine du vietnamien au XVIIème siècle. 

À présent, la France et le Vietnam ont fêté en 2023 les 50 ans de leurs relations diplomatiques et les 10 ans de leur partenariat stratégique. Ce partenariat est devenu global en octobre dernier, lorsque le secrétaire général du PCV, qui cumulait alors avec le poste de Président du pays, s’est rendu à Paris à l’occasion du Sommet de la Francophonie, une première ! 

Comme cela a été annoncé par l’Ambassadeur de France au Vietnam, M. Olivier Brochet, il faut s’attendre à des visites diplomatiques de très haut niveau cette année 2025. 

La venue d’une délégation de la SNCF pour étudier le projet de Ligne à grande vitesse Nord-Sud en janvier au Vietnam est aussi un facteur encourageant pour les relations futures et notamment vis-à-vis de l’enseignement du français. Car, pour répondre plus précisément à la question, l’économique et le culturel vont de pair. 

C’est d’ailleurs la principale raison de la prépondérance de l’anglais. Le français tient toutefois une place majeure au Vietnam. Selon un rapport du ministère de l’éducation de 2023, il y avait environ 60 000 apprenants de l’anglais, 30 000 de français, 20 000 de japonais et 15 000 de chinois. 

Le français est donc la deuxième langue étrangère la plus apprise au Vietnam qui est le pays d’Indochine ayant la population francophone la plus grande en valeur absolue, et c’est ici que se trouve la représentation institutionnelle de la Francophonie en Asie (OIF et AUF). 

Mais la francophonie au Vietnam, ce n’est pas seulement l’usage du français. La langue vietnamienne fait partie selon moi des « langues de la Francophonie » en ce que son vocabulaire, sa prononciation, sa syntaxe, ses expressions et sa littérature ont été imprégnées de langue française. Pour cette raison, la culture et la langue française constituent en partie la culture et la langue du Vietnam moderne, et cela participe de son particularisme régional et, j’en suis convaincu, du renforcement de sa souveraineté. Il est d’ailleurs étonnant de constater que le Vietnam a conservé des pans de culture française que la France perd elle-même par sa modernisation et l’influence américaine. 

I-Dialogos : Nous pensons que l’intérêt de la France, c’est de favoriser et de promouvoir des coopérations avec le Vietnam. Comment favoriser celles-ci dans nos territoires en France, avec les collectivités et les associations ? Mais également avec les communautés vietnamiennes implantées en France ? I-Dialogos qui réfléchit à cette question depuis plusieurs mois et preneur de toutes les suggestions. 

Nicolas Leymonerie: D’après notre expérience, notamment avec la coopération Occitanie-Lâm Dông, il a semblé que, jusqu’à très récemment du moins, la France promouvait principalement ses relations avec le continent africain s’agissant de coopération Nord-Sud. 

Il est possible suite à de récents développements géopolitiques, et de ce que j’ai pu aborder plus haut, que son regard se tourne maintenant davantage vers l’Asie du Sud-Est que ce n’était le cas ces vingt dernières années. À l’exception de grands projets de coopération dans les grands centres économiques et touristiques du Vietnam (avec Paris, Lyon, Toulouse, Côtes-d’Armor, Nouvelle-Aquitaine etc.), ce sont pour moi surtout les associations et la société civile qui maintiennent le feu sacré avec des moyens et dans des contextes de plus en plus difficiles. 

Le Vietnam jouit d’un capital sympathie auprès de la France qui ne se dément pas. Moi qui n’avait pas de relation avec ce pays avant de venir à Paris, j’ai été impressionné par l’intensité des liens humains qui unissent les deux nations. 

La coopération internationale au Vietnam étant très contrainte pour des raisons de souveraineté et d’indépendance, ce contexte politique favorable me semble important pour tracer le sillon de l’action des collectivités et des associations qui y trouvent là une légitimité et un couvert institutionnel. 

Autrement, je remarque que la communauté franco-vietnamienne est très vivante en France. 

On y trouve beaucoup d’associations et des événements culturels sont organisés régulièrement, maintenant il faut transformer les passerelles en ponts. Le pont économique est peut-être encore trop sous-estimé par la France. L’Asie du Sud-Est est le nouveau moteur économique du monde et le Vietnam en est l’une des figures de proue avec sa croissance insolente, les deux pays sont faits pour s’entendre. 

Cela peut se faire par l’entreprise, mais aussi par l’emploi : la France a besoin de main-d’œuvre, le Vietnam en a (voir l’exemple de la société RP Sourcing qui s’est spécialisée dans ce domaine). 

Aussi, je pense que le renforcement des relations doit se faire par le partage de la langue, mais pas seulement de la langue française. C’est ainsi que j’ai commencé à enseigner le vietnamien cette année et j’espère notamment avoir davantage de jeunes apprenants francophones d’origine vietnamienne. 

Je voudrais conclure sur le sujet en informant que le prochain sommet de la Francophonie aura lieu au Cambodge en 2026, 29 ans après celui qui a eu lieu à Hanoï. Il serait opportun que les organisations françaises qui souhaitent soutenir la francophonie vietnamienne et indochinoise puissent s’impliquer dans la préparation de ce grand rendez-vous.  

I-Dialogos : Présent sur l’ensemble des continents, nous sommes très intéressés par le rayonnement de la francophonie. Nous pensons en effet qu’il faut penser la francophonie à l’échelle des 5 continents et pas seulement à l’échelle de l’Afrique de l’Ouest, trop souvent perçu en France comme un relent de la France Afrique.  Selon les espaces géographiques et les cultures, les spiritualités et l’Histoire propre à chacun d’eux, on doit en effet avoir  une vision et une conception de la francophonie et de la langue française, différentes, selon que l’on se trouve en Afrique de l’Ouest victime de la colonisation française, au Moyen Orient, en Asie, en Europe ou aux Amériques. 

Nicolas Leymonerie: Les Français parlent leur langue actuelle en raison de la colonisation romaine, puis de la colonisation franque. Les Vietnamiens parlent leur langue actuelle en raison de la colonisation chinoise, puis de la colonisation française. 

Eux-même ont colonisé les royaumes cham et khmer du Centre et Sud Vietnam actuels en y imposant leur langue. C’est l’histoire de chaque nation du monde. Le Vietnam, par son pragmatisme, peut figurer comme modèle sur la question. D’abord, comme il est dit ici, « rien n’est plus important que l’indépendance et la liberté » de la nation, ceci acquis, si la Francophonie est un avantage pour le pays alors il s’en saisira (comme il l’a fait pour entrer dans le concert des nations) sinon il l’abandonnera, mais pas pour de mauvaises raisons. 

Ainsi, le dialogue francophone n’est pas parasité par des considérations qui souvent relèvent plus de politiques intérieures que des intérêts objectifs des pays francophones. 

Enfin, il existe peu de langues véritablement internationales : l’anglais, le français, l’arabe, l’espagnol, l’espéranto…  

Chaque langue porte un modèle civilisationnel propre et permet un dialogue plus ou moins élargi avec une population plus ou moins grande. À chaque peuple de choisir librement le sous-espace international culturel auquel il préférerait adhérer en privilégiant une langue internationale ou plusieurs, voire aucune s’il préfère s’isoler. 

Pour ma part, je ne peux qu’encourager un déploiement accru vers l’Extrême-Orient de ce formidable outil de collaboration internationale qu’est la langue française. Les Coréens ont très bien compris comment en tirer parti, car ce n’est pas par hasard s’ils ont rejoint l’OIF. 

Avec la Chine, le Japon et d’autres, la Corée est un pays où la langue française est toujours perçue comme une langue perfectionnée, élégante… et qui fait vendre (à faire rougir ces entreprises françaises qui ne jurent que par des noms de marque anglais) !   

I-Dialogos : Que pensez-vous des propos d’Alain Mabanckou qui écrit : « La littérature francophone est un grand ensemble dont les tentacules enlacent plusieurs continents... La littérature française, elle, nous l’oublions trop, est une littérature nationale. C’est à elle d’entrer dans ce grand ensemble francophone. » Ces propos sont un véritable changement de paradigme, alors que pendant longtemps, la littérature française apparaissait un peu comme le phare de la Francophonie. On peut aussi citer Tahar Ben Jelloun pour qui « La francophonie est une maison pas comme les autres, il y a plus de locataires que de propriétaires », qui par ses propos, exprime une conception universaliste de la Francophonie et pas seulement inféodée à la France. 

Nicolas Leymonerie: En toute honnêteté, mon impression est assez mitigée à la lecture de ces déclarations. 

S’agissant de la première, le mot « tentacules » semble renvoyer à une imagerie qui suggère une certaine violence, or si nous sommes actuellement en proie à la lecture forcée d’une langue étrangère, ce n’est certainement pas celle du français. 

Pour cette dernière, au Vietnam comme ailleurs, on évoque communément l’amour et le romantisme, donc s’il y a enlacement plutôt mieux vaut-il y voir des bras. Quant à la seconde, la notion de « locataires » renvoie à une impermanence, à une dette..., au contraire, soyons tous des copropriétaires de notre immeuble francophone. 

Mais sur le fond, je suis assez d’accord, la francophonie appartient à ceux qui la font vivre et se battent pour elle, pour qu’elle reste riche et belle, et non qu’elle s’appauvrisse et soit mutilée. En cela, il n’est effectivement pas certain que la France d’aujourd’hui puisse se présenter comme le phare de la Francophonie.   I

I-Dialogos : La francophonie n’est-elle une autre voie pour accéder au Monde, dans une mondialisation qui est aux prises à de fortes tensions internationales ? Et comme l’indique Gilles Vigneault « La francophonie, c’est un vaste pays, sans frontières. C’est celui de la langue française. C’est le pays de l’intérieur. C’est le pays invisible, spirituel, mental, moral qui est en chacun de vous. » 

Nicolas Leymonerie: Je suis tout à fait d’accord avec cela. On peut avoir un pays charnel qui serait la France et un pays transcendant que serait la francophonie. 

J’y vois une relation dialectique qui séduit le penchant taoïste de mon acculturation vietnamienne. De plus, c’est conforme à mon ressenti lorsque je m’adresse à des Francophones d’autres continents. 

Comme je l’écrivais plus tôt, il y a un nombre restreint de langues internationales, chacune portant sa sensibilité propre et il serait dommageable que l’une d’elles s’impose sur toutes les autres. Toutes les langues, ou dialectes, sont riches d’un savoir, d’un savoir-faire, d’un savoir-vivre, leur disparition peut être aussi regrettable que la disparition d’une espèce vivante. 

Il me semble que le français, autrefois langue de la diplomatie, porte en elle un vent de liberté, que ce soit la liberté des Francs face à l’empire romain ou celle des Vietnamiens face à l’empire français (rappelons ici que la plupart des héros de la résistance vietnamienne étaient de parfaits Francophones). Albert Camus disait : « Ma patrie, c’est la langue française. », et je suis heureux et fier d’avoir des centaines de millions de compatriotes en Francophonie, une Francophonie diverse où chaque citoyen n’a pas à dissoudre son identité propre dans un ensemble homogène, mais qui partage une langue et des valeurs humanistes fondamentales avec tous les autres.

 I-Dialogos : Que pensez-vous des propos de Yves Bigot, président de la fondation des Alliances françaises qui écrit, dans un hors-série de L’Eléphant, « La France est le seul pays qui ne s’intéresse pas à la francophonie », ce qui fait que les Français « ne mesurent pas combien la Francophonie et la langue française sont notre force. » Pour lui, et nous y adhérons complètement, « La conscience de la force de la francophonie est notre avenir. » Et il ajoute : « Pour la nouvelle génération, la Francophonie représente un avenir culturel et géopolitique, et un futur économique crucial. » Comment faire que les citoyens, les collectivités, les associations et les entreprises françaises s’emparent et fassent leur Francophonie? 

Nicolas Leymonerie: J’adhère pleinement à ces propos également et les fais miens. 

Sait-on en France que le dernier sommet de la Francophonie s’est déroulé en octobre dernier à Villers-Cotterêts, 33 ans après le précédent sommet qui a eu lieu dans le pays ? 

Membres du RIMF, nous savons bien que la société civile y fut conviée d’une manière relativement dérisoire. Le phare n’a guère ébloui cette fois-là non plus. Cependant, je crois là qu’il faut bien distinguer la France en tant que peuple et la France en tant qu’État, et rendre hommage aux individus et associations qui donnent beaucoup à cette belle et noble cause. Je pense que l’Internet et la dématérialisation des échanges ont déjà largement permis aux individus et organisations françaises de participer à un nouvel élan francophone en parallèle de l’action politique. 

Je n’ai évidemment pas de solution miracle, mais s’il y avait un référendum en France quant à l’orientation des subventions publiques, je serais prêt à parier que l’action politique se mettrait au diapason francophone et soutiendrait davantage les associations et entreprises concernées.

 I-Dialogos : La francophonie n’a-t-elle pas trop souvent été confondue avec l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), organisation institutionnelle? 

Nicolas Leymonerie: C’est vrai et cette confusion peut poser problème dans le sens où elle biaise la perception que l’on peut avoir du monde francophone, bien plus vaste que les seuls pays adhérents à l’OIF. 

Ce que l’on appelle au fond « francophonie » c’est la société civile qui s’exprime en français de par le monde. 

Au RIMF, association qui souhaite justement soutenir celle-ci, nous proposons de parler également de « francophonies » pour y inclure les locuteurs de langues et parlers régionaux qui ont une affinité particulière avec la langue française. 

I-Dialogos : Pour conclure notre entretien, ne serait-il pas temps de changer de logiciel concernant la Francophonie, de donner un nouvel élan à celle-ci pour construire avec les peuples et les territoires, une francophonie du 21ème siècle ? 

Nicolas Leymonerie: Mieux vaut tard que jamais. La Francophonie, comme l’Union européenne, est une entité supranationale qui, plus qu’une union géographique et sociale, dispose d’une réalité linguistique qui en assure la cohésion et le développement. 

Imaginons ce que pourrait aujourd’hui être la situation de la France si les efforts qu’elle a fourni pour l’UE avait été tournés vers la Francophonie, cet espace qui couvre l’ensemble de la planète avec une grande diversité et de nombreuses richesses humaines et naturelles... 

Le RIMF soutient la création d’un Erasmus francophone, cela semble aller dans la bonne direction.  

Da Lat, 27 février 2025

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Au NIGER, des Assises nationales prometteuses. Abdoulahi ATTAYOUB

Au NIGER, des Assises nationales prometteuses. Abdoulahi ATTAYOUB

Les Assises nationales qui viennent de se tenir au Niger, du 15 au 19 février 2025, en présence du général Abdourahamane TIANI - qui a salué un "nouveau départ" pour le pays - marquent un tournant décisif dans l’orientation que le Conseil National pour la Sauvegarde de la Patrie (CNSP) entend donner à la transition en cours. La commission nationale chargée de piloter ce processus a formulé plusieurs recommandations visant à insuffler une nouvelle dynamique à la vie publique et à raviver l’espoir des Nigériens en quête de renouveau démocratique et institutionnel. Il s’agit d’une opportunité unique qui devrait permettre de redéfinir pacifiquement l’avenir du pays sur des bases solides, justes et durables. Il appartient désormais aux dirigeants de traduire ces aspirations en actes concrets, en tenant compte des leçons du passé et des attentes légitimes du peuple nigérien. Abdoulahi ATTAYOUB, le 22 février 2025

Abdoulahi ATTAYOUB est, à Lyon, le président de l’Organisation de la Diaspora Touarègue en Europe (ODTE) / Tanat. Il est aussi Consultant en relations internationales (Sahel). 

La Diaspora touarègue aux Etats Unis (2024)

Le CNSP face aux défis du Pouvoir et aux aspirations du peuple

Les assises nationales qui viennent de se tenir au Niger, du 15 au 19 février 2025, en présence du général Abdourahamane TIANI - qui a salué un "nouveau départ" pour le pays - marquent un tournant décisif dans l’orientation que le Conseil National pour la Sauvegarde de la Patrie (CNSP) entend donner à la transition en cours. 

La commission nationale chargée de piloter ce processus a formulé plusieurs recommandations visant à insuffler une nouvelle dynamique à la vie publique et à raviver l’espoir des Nigériens en quête de renouveau démocratique et institutionnel. 

https://airinfoagadez.com/2025/02/20/assises-nationales-du-niger-une-refondation-economique-et-politique-en-marche/.

Parmi les propositions les plus débattues figure la refonte du paysage politique, notamment par la dissolution des anciens partis politiques et l’élaboration d’une nouvelle charte censée tirer les leçons des échecs du passé. 

Il est indéniable que la classe politique a failli à sa mission, portant une lourde responsabilité dans l’érosion de l’idéal démocratique. La politique s’est progressivement transformée en un marché d’intérêts privés, dominé par des clans engagés dans des pratiques corruptives, sapant ainsi la confiance des citoyens envers les institutions. 

En dénonçant ces dérives certains participants ont pointé du doigt la responsabilité de la classe dirigeante, et mis en lumière une réalité incontestable : la faillite politique est la cause première de la généralisation des pratiques malsaines, y compris au sein des forces de défense et de sécurité. 

Il ne s’agit pas d’abolir le pluralisme politique, mais de rectifier un faux départ démocratique qui a empêché l’émergence d’une gouvernance réellement représentative des aspirations populaires. 

Vers une gouvernance équilibrée et juste

Une autre mesure envisagée concerne le renforcement des prérogatives du président de la République, afin d’assurer la stabilité des institutions et du pays. 

Cette réforme, bien que mieux adaptée aux réalités actuelles du Niger, ne saurait être efficace sans un équilibre entre autorité et justice. 

Un pouvoir fort ne peut être légitime que s’il est éclairé et soucieux du bien commun. Il appartient au président du CNSP, le général Abdourahmane Tiani, d’être à l’écoute, non seulement de ses conseillers, mais aussi des voix critiques soulevant des enjeux d’intérêt national. 

Après des décennies de démocratie clanique et anarchique, le Niger a besoin d’une pause réflexive pour redéfinir son projet national et adapter son système de gouvernance. Le vent souverainiste qui souffle actuellement doit permettre de rompre avec des schémas idéologiques inadaptés aux réalités locales. 

Il s’agit d’inventer un modèle de gouvernance ancré dans les spécificités culturelles et historiques du pays, tout en évitant les dérives qui ont éloigné les dirigeants des préoccupations citoyennes. 

Une refondation identitaire et inclusive

La réhabilitation des légitimités traditionnelles pourrait jouer un rôle clé dans ce processus de refondation, en leur conférant une fonction régulatrice au-dessus des clivages partisans. Leur autorité morale contribuerait à la stabilité des institutions et à la préservation des valeurs fondatrices du Niger. 

L’unité nationale passe également par le respect de la diversité et un traitement équitable de toutes les communautés. 

Une politique discriminatoire fondée sur des préférences culturelles ou ethniques fragiliserait la cohésion sociale et alimenterait des tensions nuisibles au développement national. 

Le CNSP doit veiller à ne pas donner l’impression de privilégier certains groupes au détriment de l’intérêt général. 

Dans cette optique, l’adoption du tifinagh comme alphabet national constituerait un signal fort en faveur d’une identité inclusive. 

Ce choix symbolique marquerait une reconnaissance officielle de la richesse culturelle du pays, à l’instar de ce qui a été fait en Éthiopie avec l’alphabet Amharique.

De même, la reconnaissance de toutes les langues nationales comme langues officielles favoriserait une réappropriation collective de l’identité nationale et mettrait fin aux polémiques sur l’hégémonie linguistique de certaines langues sur d’autres. Un autre enjeu majeur réside dans la reconnaissance pleine et entière de toutes les communautés présentes sur le territoire, indépendamment des classifications héritées de l’histoire coloniale et postcoloniale. 

Certains cercles influents, qualifiant certaines populations de « minoritaires », tentent de minimiser leur apport au développement national. Cette marginalisation doit être corrigée si l’on souhaite fonder une nation sur des bases réalistes et inclusives. 

Un partenariat stratégique et pragmatique

La refondation nationale passe également par une diversification intelligente des alliances internationales. 

La souveraineté du Niger ne saurait être assurée par un repli idéologique, mais plutôt par une stratégie ouverte, fondée sur des partenariats équilibrés et adaptés aux réalités du pays. 

Dans un monde en pleine mutation, le Niger doit adopter une vision stratégique lui permettant de tirer parti des nouvelles dynamiques géopolitiques et économiques. 

En définitive, les assises nationales ont ouvert une opportunité unique pour le Niger de redéfinir son avenir sur des bases solides, justes et durables. 

Il appartient désormais aux dirigeants de traduire ces aspirations en actes concrets, en tenant compte des leçons du passé et des attentes légitimes du peuple nigérien.   

Abdoulahi ATTAYOUB Consultant Lyon (France),                         22 février 2025


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La genèse de la question israélo-palestinienne. Désirée QUAGLIAROTTI

La genèse de la question israélo-palestinienne. Désirée QUAGLIAROTTI

Le conflit actuel entre le Hamas et Israël a ramené la question israélo-palestinienne au centre du débat international, renouvelant l’attention sur les blessures ouvertes et les défis fondamentaux qui rendent difficile la recherche d’une solution et qui satisfasse les rêves et les besoins des deux peuples. Les racines historiques de cette crise résident dans un mélange complexe d’événements, d’espoirs et de revendications, liés à cette Terre Promise qui faisait autrefois partie de la vaste mosaïque de l’Empire Ottoman. La Palestine ottomane était une société complexe et multiforme, caractérisée par une diversité ethnique et religieuse considérable/ Désirée QUAGLIAROTTI in LAB politiche e culture. Naples, le 24 janvier 2025.

Désirée Quagliarotti est diplômée en économie de l'Université La Parthénope de Naples (Italie). Après une maîtrise en économie et politiques agricoles, elle a obtenu le titre de docteure en économie des ressources alimentaires et de l'environnement. Elle est actuellement membre du comité de rédaction de Global Environment, revue d'histoire et de sciences naturelles et sociales, et assistante éditorial de la revue Meridiana  d'Histoire et de Sciences Sociales. Désirée Al Quagliarotti est également membre du Comité Scientifique du Forum pour l'Agriculture Méditerranéenne de Demain (FOR.MAT). Ses intérêts scientifiques portent sur les interactions entre économie et environnement dans les pays riverains du bassin méditerranéen. Ses recherches portent notamment sur les thèmes suivants : impact du changement climatique et des processus de désertification, économie et gestion des ressources naturelles, sécurité alimentaire, accaparement des terres et de l'eau, migrants environnementaux. Elle vient de lancer une nouvelle campagne d'études sur la question environnementale dans les économies planifiées, avec une référence particulière à l'étude de cas du bassin d'Aral.

Article communiqué par Giuseppe GILIBERTI dans le cadre du partenariat  avec LAB politiche e culture, à Bologne (Iatlie)

=> Numero 5

La genèse de la question israélo-palestinienne :  l'histoire que raconte l’histoire

Le conflit actuel entre le Hamas et Israël a ramené la question israélo-palestinienne au centre du débat international, renouvelant l’attention sur les blessures ouvertes et les défis fondamentaux qui rendent difficile la recherche d’une solution et qui satisfasse les rêves et les besoins des deux peuples. 

Les racines historiques de cette crise résident dans un mélange complexe d’événements, d’espoirs et de revendications, liés à cette Terre Promise qui faisait autrefois partie de la vaste mosaïque de l’Empire Ottoman. 

La Palestine ottomane était une société complexe et multiforme, caractérisée par une diversité ethnique et religieuse considérable. La population y était majoritairement composée de communautés arabes musulmanes, avec des minorités chrétiennes et juives, qui coexistaient au sein d'un équilibre social fragile. 

L'économie reposait principalement sur une agriculture traditionnelle de subsistance, et les villages ruraux dominaient le paysage, où la terre représentait le cœur de la vie économique et culturelle. Mais les systèmes agricoles étaient souvent obsolètes et vulnérables aux fluctuations climatiques et aux pressions fiscales de l’administration ottomane. 

Cette réalité, bien qu’apparemment statique, se transformait lentement, un changement qui s’accéléra avec l’arrivée des premières migrations juives. 

Les mouvements sionistes, connus sous le nom d' Aliya (« ascension » ou « ascension » vers la Terre Sainte), ont commencé à émerger vers la fin du XIXe siècle, amenant des Juifs principalement d'Europe de l'Est vers la Palestine, poussés par le besoin croissant d'échapper aux persécutions. 

Les premières colonies se sont ainsi développées pacifiquement grâce à l’achat de terres, souvent auprès de propriétaires absents vivant dans d’autres villes ou régions de l’Empire ottoman. Ces parcelles, parfois marginales et peu productives, devinrent le noyau des premières colonies juives, marquant le début d'un changement qui aura de profondes répercussions sur la région. 

Les historiens désignent généralement le 29 août 1897 comme l’origine de la question israélo-palestinienne, date à laquelle s’est tenu à Bâle le premier congrès sioniste, événement crucial dans l’histoire du peuple juif. 

Organisé par Theodor Herzl, journaliste et intellectuel autrichien considéré comme le père du mouvement sioniste moderne, le congrès a tracé les lignes fondamentales du rêve millénaire du retour à Sion. Environ 200 délégués de différents pays y ont participé, unis dans le but de définir une stratégie commune pour l'avenir des Juifs. Au cours des travaux, des objectifs clés ont été fixés, tels que la création d'un « foyer national » pour le peuple juif en Palestine (sans mentionner explicitement la création d'un État), la promotion de l'immigration juive en Palestine et le soutien à des projets favorisant les colonies, comme le Fonds national juif, destiné à financer l’achat de terrains. 

Les paroles de Herzl, consignées dans son journal le lendemain du congrès, « À Bâle, j'ai fondé l'État juif », représentent une déclaration d'une importance historique et symbolique extraordinaire. Il ne s’agit pas seulement de l’expression d’une intuition ou d’un désir, mais d’un moment décisif qui redéfinit le destin du peuple juif. Elle marque un véritable tournant : de la passivité à l'action, de l'attente messianique à la construction concrète d'un avenir autonome, et de la vision de la communauté juive comme sujet subordonné aux circonstances historiques à la conscience d'un peuple capable de façonner son propre destin, destin concrétisé à travers un projet politique ambitieux et conscient. 

Pendant des siècles, les communautés juives ont accepté leur condition de « peuple sans terre », destinés à vivre en diaspora en attendant une rédemption miraculeuse, espérant la venue du Messie qui apporterait le salut. 

Avec le sionisme, cette perspective a connu une transformation radicale. Le désir d’agir a remplacé l’attente, en utilisant des outils diplomatiques, politiques et institutionnels pour revendiquer le droit à l’autodétermination. Ainsi, les dirigeants sionistes recherchaient le soutien du gouvernement britannique, soulignant l’avantage stratégique d’avoir un nouvel allié pour la protection du canal de Suez… 

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Niger – Refondation : les défis d’une ambition nationale. Abdoulahi ATTAYOUB

Niger – Refondation : les défis d’une ambition nationale. Abdoulahi ATTAYOUB

L’affirmation souverainiste du Niger ne saurait s’inscrire dans une logique mimétique ou dans une solidarité automatique entre régimes similaires. Elle suppose une diplomatie intelligente, différenciée, et au service des intérêts nationaux. Diversifier les partenariats, rechercher des accords équilibrés, assumer ses choix stratégiques : telle est la voie d’une souveraineté assumée. La refondation du Niger ne sera réussie que si elle dépasse les postures et les déclarations d’intention pour s’enraciner dans une volonté politique ferme, une gouvernance équitable et une conscience aiguë des enjeux de l’époque. / le 7 avril 2025

Abdoulahi ATTAYOUB est, à Lyon, le président de l’Organisation de la Diaspora Touarègue en Europe (ODTE) / Tanat.   Il est aussi Consultant en relations internationales (Sahel). /  Abdoulahi ATTAYOUB is the president of the Organization of the Tuareg Diaspora in Europe (ODTE) / Tanat in Lyon. He is also a consultant in international relations (Sahel).

in english below

À la différence de ses voisins engagés dans des transitions politiques à durée indéterminée, le Niger a fait le choix audacieux d’une refondation structurelle et profonde de l’État. Une telle entreprise impose rigueur, vision et constance dans la conduite des réformes institutionnelles, de la gouvernance publique et du projet de société. Comme au Mali et au Burkina Faso, une certaine opacité demeure quant au calendrier, révélant une tension entre impératif d’efficacité et exigence de transparence. 

Refonder, c’est d’abord questionner nos représentations, revisiter les fondements de l’État et reconstruire le lien entre gouvernants et gouvernés. Il s’agit de remettre l’action publique au service exclusif du peuple nigérien, dans toute sa diversité. Cet engagement suppose de sortir des zones de confort, d’affronter les réalités sociales et de reconnaître que l’unité nationale ne saurait prospérer sans justice, équité et reconnaissance mutuelle. L’État doit redevenir l’espace commun de solidarité, de cohésion et d’espoir. 

Dans cette dynamique, le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) a une responsabilité historique : éviter un nouveau faux départ. L’histoire du Niger est jalonnée de tentatives avortées ou inabouties. Cette refondation doit donc se distinguer par son authenticité et sa capacité à inclure toutes les composantes de la nation. Pourtant, depuis les événements du 26 juillet 2023, une certaine fermeture du discours officiel et une instrumentalisation identitaire menacent de fracturer davantage le tissu social. La tentation d’imposer une lecture univoque de l’identité nationale, excluant des groupes essentiels à l’histoire du pays, fragilise les bases d’un avenir serein et partagé. 

Ce glissement identitaire, s’il n’est pas corrigé avec courage et lucidité, risque d’hypothéquer durablement le projet national. La cérémonie du 26 mars 2025, censée marquer le lancement officiel de la refondation, a laissé transparaître des signes inquiétants de cette dérive. Pour que la refondation soit effective, elle doit être inclusive, respectueuse de la pluralité culturelle et fondée sur un récit commun qui transcende les appartenances étroites. 

Le président Abdourahmane Tiani porte aujourd’hui l’immense responsabilité de restaurer la confiance des Nigériens dans l’action publique. S’il parvient à redonner sens à l’intérêt général, il aura accompli une part décisive de la mission confiée au CNSP. La dissolution des partis politiques traditionnels, si elle a pu susciter des interrogations, ne suscite guère de regrets pour une majorité de citoyens, tant ces formations s’étaient éloignées de leurs mandats pour devenir des instruments de clientélisme et de captation de ressources publiques. La future charte des partis devra impérativement tirer les leçons de ces dérives afin de permettre l’émergence d’un espace politique véritablement représentatif et responsable. 

Le processus démocratique, amorcé depuis la Conférence nationale, a montré ses limites, faute d’avoir été pensé en adéquation avec les réalités du Niger. Trop souvent calqué sur des modèles importés, il a échoué à incarner une gouvernance de proximité, pragmatique et tournée vers l’épanouissement des citoyens. La défiance actuelle à l’égard du modèle démocratique est aussi le fruit d’un détournement de ses principes au profit d’intérêts partisans et communautaires. 

La véritable réussite de la refondation se mesurera à la capacité de l’État à garantir à chaque citoyen l’égalité, la dignité et la reconnaissance dans l’espace public. Les populismes de circonstance et les logiques communautaristes ne sauraient constituer une base solide pour bâtir une nation. Le CNSP devra donc construire une légitimité fondée non sur les slogans, mais sur l’exercice éclairé et juste du pouvoir. Une gouvernance fondée sur l’équilibre, le respect des droits fondamentaux et le sens de la responsabilité peut s’avérer plus robuste qu’un mandat électif biaisé par les pratiques clientélistes. 

Il est également impératif de redynamiser le processus de décentralisation. Une refonte du découpage territorial, inspirée des perceptions traditionnelles des citoyens sur leurs espaces de vie, permettrait une meilleure appropriation de l’action publique et une réconciliation durable entre l’Etat central et les Régions. Une telle démarche, libératrice des héritages coloniaux, serait un acte de souveraineté authentique. 

Sur le plan du vivre-ensemble, le Chef de l’État a évoqué la notion de pardon. Si cette orientation est louable, elle doit être encadrée par un principe fondamental : la justice précède toujours le pardon. L’oubli institutionnalisé ne saurait être le socle d’un nouveau contrat social. Il revient donc aux autorités de donner à cette démarche un contenu concret, loin de toute équivoque. 

Dans le même esprit, le discours public gagnerait à s’éloigner des rhétoriques excluantes. Qualifier certains citoyens d’apatrides ou d’ennemis de la nation est non seulement juridiquement infondé, mais aussi politiquement dangereux. Le lien d’un individu à sa terre natale est sacré ; nul ne devrait en être privé pour des raisons idéologiques ou communautaires. L’État doit veiller à préserver la dignité de tous et à prévenir toute dérive incitative à la haine ou à la stigmatisation. Le CNSP est appelé à juguler cette montée de tensions identitaires qui, si elle se poursuit, pourrait plonger le Niger dans un cycle délétère semblable à ceux que connaissent actuellement le Mali et le Burkina Faso. La dégradation sécuritaire dans ces pays, conjuguée à des répressions arbitraires, met à mal la confiance populaire et obère toute perspective d’avenir stable. Le Niger ne saurait suivre cette voie. Sa stratégie sécuritaire devra rester contextuelle, adaptée à la diversité des réalités territoriales, et inscrite dans une logique d’écoute des populations. 

Enfin, sur le plan international, l’affirmation souverainiste du Niger ne saurait s’inscrire dans une logique mimétique ou dans une solidarité automatique entre régimes similaires. Elle suppose une diplomatie intelligente, différenciée, et au service des intérêts nationaux. Diversifier les partenariats, rechercher des accords équilibrés, assumer ses choix stratégiques : telle est la voie d’une souveraineté assumée. 

En définitive, la refondation du Niger ne sera réussie que si elle dépasse les postures et les déclarations d’intention pour s’enraciner dans une volonté politique ferme, une gouvernance équitable et une conscience aiguë des enjeux de l’époque. Le peuple nigérien, dans toute sa diversité, mérite un État qui l’écoute, le protège et le représente véritablement.  

Abdoulahi ATTAYOUB 

Consultant Lyon (France)                                                                                      

Niger – Refoundation: The Challenges of a National Ambition
Abdoulahi ATTAYOUB 

Unlike its neighbors engaged in open-ended political transitions, Niger has made the bold choice of a deep and structural refoundation of the state. Such an undertaking requires discipline, vision, and consistency in driving institutional reforms, public governance, and the societal project. As in Mali and Burkina Faso, a certain opacity remains regarding the timeline, revealing a tension between the imperative of efficiency and the demand for transparency. 

To rebuild is, first and foremost, to question our representations, revisit the foundations of the state, and reconstruct the bond between rulers and the ruled. It is about reorienting public action to serve exclusively the people of Niger, in all their diversity. This commitment requires stepping out of comfort zones, confronting social realities, and recognizing that national unity cannot thrive without justice, equity, and mutual recognition. The state must once again become a shared space of solidarity, cohesion, and hope. 

In this dynamic, the National Council for the Safeguard of the Homeland (CNSP) bears a historic responsibility: to avoid yet another false start. Niger’s history is marked by aborted or incomplete attempts. This refoundation must therefore stand out for its authenticity and its capacity to include all components of the nation. However, since the events of July 26, 2023, a certain narrowing of official discourse and the instrumentalization of identity pose a risk of further fracturing the social fabric. The temptation to impose a single narrative of national identity, excluding groups essential to the country’s history, undermines the foundations of a peaceful and shared future. 

If this identity drift is not corrected with courage and clarity, it could jeopardize the national project in the long term. The ceremony of March 26, 2025, which was meant to mark the official launch of the refoundation, revealed worrisome signs of this deviation. For the refoundation to be effective, it must be inclusive, respectful of cultural plurality, and based on a shared narrative that transcends narrow affiliations. 

President Abdourahmane Tiani now bears the immense responsibility of restoring Nigeriens’ trust in public action. If he manages to revive the notion of the common good, he will have accomplished a decisive part of the CNSP’s mission. The dissolution of traditional political parties, though it raised questions, elicited little regret among a majority of citizens, as these parties had strayed from their mandates and become instruments of clientelism and resource capture. The upcoming political charter must learn from these failings to enable the emergence of a truly representative and accountable political space. 

The democratic process, initiated during the National Conference, has shown its limits, as it was not conceived in harmony with Niger’s realities. Too often modeled on imported frameworks, it failed to embody governance that is local, pragmatic, and citizen-centered. The current mistrust of the democratic model also stems from the misuse of its principles for partisan and communal interests. 

The true success of the refoundation will be measured by the state’s ability to guarantee every citizen equality, dignity, and recognition in the public sphere. Opportunistic populisms and communitarian logics cannot form a solid foundation for nation-building. The CNSP must therefore construct legitimacy not through slogans, but through enlightened and just exercise of power. Governance based on balance, respect for fundamental rights, and a strong sense of responsibility can prove more robust than an electoral mandate tainted by clientelist practices. 


It is also essential to revitalize the decentralization process. A reorganization of territorial divisions, inspired by citizens’ traditional perceptions of their living spaces, would promote greater ownership of public action and foster a lasting reconciliation between the central state and the regions. Such an approach, breaking free from colonial legacies, would be an act of genuine sovereignty. 

On the topic of living together, the Head of State has spoken of forgiveness. While this orientation is commendable, it must be guided by a fundamental principle: justice always precedes forgiveness. Institutionalized forgetting cannot be the foundation of a new social contract. It is up to the authorities to give this initiative concrete meaning, free of ambiguity. 

In the same spirit, public discourse would benefit from moving away from exclusionary rhetoric. Labeling certain citizens as stateless or enemies of the nation is not only legally unfounded but also politically dangerous. An individual’s connection to their homeland is sacred; no one should be denied it for ideological or communal reasons. The state must ensure the dignity of all and prevent any incitement to hatred or stigmatization. 

The CNSP is called upon to curb the rise in identity-based tensions which, if left unchecked, could plunge Niger into a destructive cycle similar to those currently affecting Mali and Burkina Faso. The worsening security situation in these countries, combined with arbitrary repression, undermines public trust and blocks any prospect of stable future. Niger must not follow this path. Its security strategy must remain contextual, adapted to the diversity of territorial realities, and rooted in listening to its people. 

Finally, on the international level, Niger’s sovereignist stance must not be mimetic or based on automatic solidarity with similar regimes. It requires a smart, differentiated diplomacy that serves national interests. Diversifying partnerships, seeking balanced agreements, and owning strategic choices: this is the path to an asserted sovereignty. 

Ultimately, Niger’s refoundation will only succeed if it goes beyond postures and declarations of intent, rooting itself in firm political will, fair governance, and a clear awareness of contemporary challenges. The people of Niger, in all their diversity, deserve a state that truly listens to, protects, and represents them.

Abdoulahi ATTAYOUB
Consultant
Lyon (France)
                  

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Journée internationale des femmes: l'appel déchirant de Reine BENAO SAKANDE

Journée internationale des femmes: l'appel déchirant de Reine BENAO SAKANDE

Elue burkinabée, Reine Bénao Sakandé lance, de Ougadougou, un appel déchirant face au silence de l'opinion publique internationale. Il y a urgence à protéger les jeunes filles contre les mariages précoces et forcés, et les viols massifs consécutifs à la progression du terrorisme en Afrique, notamment au Sahel. Des lois existent mais leur application laisse à désirer. Dans ces sociétés qui sont devenues de vraies jungles, l’homme est parfois devenu "un loup pour la femme". Reine sonne le tocsin de la sensibilisation pour accompagner l’application rigoureuse des lois, afin de rendre à la femme, sa véritable place aux côtés de l’homme, et inversement. / Reine Benao Sakandé, coprésidente de I-Dialogos, est ancienne députée et Secrétaire permanente du Conseil national de lutte contre la pratique de l'excision du Burkina-Faso. Ouagadougou, actua. le 8 mars 2025

Que l’homme arrête d’être "un loup pour la femme".

De nationalité burkinabée, Reine BENAO SAKANDÉ est ancienne Députée à l'Assemblée Nationale du Burkina Faso et au Parlement de la CEDEAO, et élue de la commune de Ziro. Haut fonctionnaire, elle a été directrice de la coopération décentralisée auprès du ministre des Collectivités locales et auparavant chargée de mission au ministère en charge des Relations avec le Parlement et des Réformes politiques. Elle était première adjointe au maire de l’arrondissement de Sig-Noghin à Ouagadougou par ailleurs secrétaire permanente du Conseil national de lutte contre la pratique de l'excision du Burkina-Faso. Reine est Coprésidente de I-Dialogos.

Au Burkina Faso, il a été révélé que dans des camps de fortune des personnes déplacées internes, à cause des attaques terroristes, des femmes sont amenées à offrir leurs corps contre de la nourriture ou un peu d’argent ! 

Toujours au Burkina, elles, encore les femmes, sans protection, ont été prises dans les filets de présumés terroristes, même si leur cauchemar a pris fin, après seulement quelques jours de captivité. Les pays les plus touchés par le phénomène, des rapts, endeuillés constamment avec les Forces de défenses et de sécurité et les populations civiles, sont le Mali, le Niger et le Burkina Faso. C’est dans ce dernier pays qu’ont été kidnappées, les 12 et 13 janvier 2023, plus de 60 femmes et quatre bébés. Fort heureusement, elles ont été retrouvées, grâce à une opération de l’armée burkinabè et ramenées chez elles. 

Une jeune togolaise, n’aura pas la même chance que les femmes burkinabèes, dont le sort a failli être celui des 276 lycéennes de Chibok capturées par les combattants de la nébuleuse Boko Haram, en 2014 au Nigeria. Celle qui fait, ces derniers jours, l’actualité macabre dans son pays le Togo, n’a même pas eu le temps de vivre les petites joies de l’enfance qu’elle est devenue femme mariée, seulement à 13 ans!  Oui, elle n’avait que 13 ans, mais était devenue femme au foyer, par la force des choses, mais surtout à cause de la cupidité de son père qui devait rembourser une dette qu’il avait contractée avec l’époux forcé de sa fille. Devenue un objet sexuel et surtout un souffre-douleur entre les mains de son conjoint forcé, elle est parvenue à se libérer des cruautés qui étaient son quotidien, en…se suicidant. Le drame a eu pour théâtre le village d’Asrama, dans la préfecture de Haho, au Togo. 

Plus que des personnages de simples faits divers, ces femmes, qu’elles soient Burkinabè ou Togolaise, vivent des horreurs dans une vie où elles sont maltraitées et où subissent toutes sortes de violences, se pliant à toutes les caprices, même les plus inhumaines des hommes. Les violences sexuelles s’enfilent aux inégalités sociales pour confiner les femmes dans les statuts les plus dégradants, sans aucun souci de leur survie, à défaut de leur bien-être. 

C’est la preuve qu’il y’ a urgence à renforcer l’arsenal de lois qui protègent les jeunes filles contre les mariages précoces. Des lois qui existent bel et bien, mais dont l’application laisse à désirer. La plupart des sociétés demeurant des jungles où l’homme est un loup pour la femme ! 

Il urgent donc de sonner le tocsin de la sensibilisation pour accompagner l’application rigoureuse des lois, afin de rendre à la femme, sa véritable place aux côtés de l’homme, ou inversement. Il faut que la guerre, la maladie, la pauvreté, etc., arrêtent d’avoir un visage féminin.

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Solitude et silence de l’élite: d’une élite "formatée" à une élite à former. Ali SEDJARI

Solitude et silence de l’élite: d’une élite "formatée" à une élite à former. Ali SEDJARI

"L’absence de l’élite dans l’action publique n’est pas quelque chose de nouveau et son mutisme inquiétant face aux événements que connaît le Maroc, et pas seulement le Maroc, ne date pas d’aujourd’hui non plus. Mais la question devient obsédante parce que cette situation donne l’impression que le pays est orphelin de son élite politique, que les relais de médiation du pouvoir sont défaillants et que le fossé se creuse de plus en plus entre la société et son élite politique. Notre société est en désarroi. Celui-ci tient avant tout à l’impuissance de nos dirigeants et de nos élites à conduire jusqu’au bout le changement". Ali SEDJARI, est professeur à l'Université Mohammed V à Rabat au Maroc, président du CERIPP et co-président de I-Dialogos. / le 28 septembre 2024

A Rabat, au Maroc, Ali SEDJARI, co-Président fondateur de I-Dialogos, est professeur à l'Université Mohammed V et Président du CERIPP. 

=> Version N°2

Lire également => L'Etat doit réformer, mais surtour se réformer

 L’élite, une figure inutile    

Parmi les interrogations qui se posent les Marocains depuis un certain temps figure celle relative a l’atonie de l’élite politique et a son affaissement dans l’action publique.   Cette question lancinante revient comme un leitmotiv et continue d’alimenter le débat public comme si la société découvre la vacuité du pouvoir et le silence embarrassant de son   élite politique, comme si ces acteurs qui siègent et qui palabrent dans de nombreuses assemblées représentatives et consultatives ne sont que des figures inutiles ou des acteurs atones.

Difficile de l’admettre au moment ou le pays a besoin de son élite pour recréer le lien, refaire société et produire des projets de développement et de transformation.   

L’absence de l’élite dans l’action publique n’est pas quelque chose de nouveau et son mutisme inquiétant,  face aux événements que connaît le pays, ne date pas d’aujourd’hui non plus.  

Mais la question devient obsédante parce que cette situation donne l’impression que le pays est orphelin de son élite politique, que les relais de médiation du pouvoir sont défaillants et que le fossé se creuse de plus en plus entre la société et son élite politique. 

Notre société est en désarroi. 

Celui-ci tient avant tout à l’impuissance de nos dirigeants et de nos élites à conduire jusqu’au bout le changement. Nos élites semblent être préoccupées par le maintien des équilibres traditionnels ou la recherche infructueuse des compromis et du consensus et, de ce fait, elles continuent à valoriser et à privilégier des formes d’intelligence non seulement inutiles mais régressives. 

Comment expliquer alors ce paradoxe : 

avoir une élite politique qui gère le pays et être coupée de lui ? Peut-on imaginer une telle situation ? 

Et pour combien de temps encore ? 

Tout semble avoir  commencé à partir du début des années quatre vingt. Le contexte des élections de 1977 inaugure cette ère de régression de l’élite politique par l’expérimentation des combines, des tractations, des quotas, de falsification des résultats des élections, des arrangements et des accommodements.  Et depuis, d’une élection à une autre, le processus de dégradation politique s’accélère favorisant l’émergence de pratiques rétrogrades ayant conduit irrémédiablement à l’effritement du lien social, à la déliquescence politique, à la perte en vitesse des valeurs et à la compromission des militants de gauche.   

Le plus inquiétant, c’est que face à cette situation de régression, aucune proposition politique de « la gauche » ou de « la droite » n’a été avancée ou discutée pour mettre un terme à cette fracture qui coute très cher au pays. 

A qui la faute ? Au pouvoir ou à l’élite elle-même ? Ou les deux en même temps ? 

La lecture des contextes et des événements laisse d’abord apparaître une responsabilité immense de l’Etat face à sa volonté de monopoliser le pouvoir tenant à tout prix à affaiblir les partis politiques. Il s’est ingénié à casser les appareils de médiation, à les marginaliser, à les diviser et à placer certains d’entre eux sous la coupole de dirigeants incrédules, atones, sans aura, ni compétences particulières, à atomiser le champ politique et à dépolitiser le pays.  

De son côté, l’élite politique s’est laissée faire sans manifester la moindre résistance. Au contraire, elle s’est très vite accommodée aux privilèges du pouvoir et à ses multiples récompenses.  Au fil du temps, cette élite politique, ayant pris gout à l’argent et aux symboles de violence du pouvoir, n’a jamais tenté de reconquérir sa légitimité ni se réapproprier le statut qu’elle avait par le passé ou de   redorer son blason vis-à-vis de la société.  

Le résultat est inquiétant : au lieu de moderniser l’élite et de laisser s’épanouir des réseaux d’intermédiation puissants, l’Etat a créé le vide et se trouve aujourd’hui face à une société qui fabrique ses meneurs, ses leaders, ses héros, ses réseaux de communication et de mobilisation. 

La nature, dit-on, a horreur du vide. 

La cristallisation des angoisses des Marocains à propos de leur avenir dénote l’existence de cet écart important entre la société et son élite politique. Le malaise de celle-ci est celui du corps social : désengagement des affaires publiques communes, dépolitisation, méfiance et désenchantement. Loin d’agir sur le réel, l’élite politique s’en éloigne, se crispe et attend ; loin de contrarier les tendances néfastes et fâcheuses – irresponsabilité, égoïsme, futilité, gabegie, inertie, médiocrité, mensonge et langue de bois-, elle les renforce. 

Situation inacceptable et inquiétante parce que le risque est grand de voir la déliquescence dominer tous les secteurs de la vie publique et la crise de défiance s’installer. 

Par ailleurs, l’élite est restée prisonnière des schémas classiques ou dominent des relations de loyauté et d’allégeance qui sont inextricablement liées aux stimulants et récompenses matérielles. Peu impliquée dans les processus de gestion et de conception, paresseuse et contemplative, elle ne fournit pas assez   d’effort pour améliorer son savoir et ses connaissances. 

C’est une élite qui fuit le débat et la confrontation, évite de voir la vérité en face ; sa contribution dans le domaine des idées et des problématiques nationales  est presque inexitente ; on n’en connait  rien de  ses  idées sur le libéralisme marocain, l’aménagement du territoire, la démocratie, le modèle de développement en cours, la culture, la décentralisation, l’éducation, la laïcité, l’environnement, l’histoire, la structuration sociale, la modernité ou la géopolitique par exemple.   

Nomade et instable, ses convictions politiques sont floues et ses prises de positions sur les problèmes sociétaux et économiques sont fluctuantes et parfois ambigües ; indifférente et apatride, une partie de cette élite vit comme étrangère dans son environnement et reste très éloignée des préoccupations des populations. Et, de manière générale, sa connaissance ou sa maitrise des indicateurs socio-économiques du pays est générale ou approximative. 

L’élite politique, une présence sans intelligence  

L’élite politique, une fois « coptée », s’adonne à cet étrange jeu de transhumance d’un parti à un autre ou de déplacement d’un poste de responsabilité à un autre dans un cercle quasi fermé sans laisser de traces tangibles au niveau de l’action publique. 

Le problème dans notre pays n’est pas de s’initier à l’exercice du pouvoir mais comment l’acquérir par n’importe quel moyen et comment le garder le plus longtemps possible. Le rapport au pouvoir est inscrit dans une logique d’intérêt, de profit et de jouissance matérielle ou symbolique. Les partis politiques sont d’abord des clubs d’intérêts et non des structures d’encadrement et les citoyens le savent. 

Quid de l'intérêt général ?

Il est aujourd’hui acquis que l’individualisation et le narcissisme ont pris une forme absolue, accomplie. Dans ce contexte, l’intérêt général devient un concept inconsistant, vide de sens ; l’appartenance sociale devient un repère purement formel et l’engagement public un simple slogan. Les partis politiques ne jouent pas de façon claire les différents rôles et fonctions qui relèvent généralement de leur ressort : l’encadrement et la mobilisation des citoyens, d’une part, et la formation des cadres dépourvus de qualités scientifiques indéniables, d’autre part, pour assurer la relève ou les proposer aux postes de responsabilité le moment venu. 

Certains partis, parmi les 38 reconnus (!), sont des coquilles vides, ne disposent pas de structures périphériques qui leur permettent d’être prêts à occuper les postes offerts ; d’autres ne font parler d’eux qu’au moment des rendez- vous électoraux. 

Quand aux partis se trouvant dans l’opposition, ils ne développent pas une culture des dossiers, ne s’organisent pas pour entretenir leur système de veille ni une compétence créative. L’absence de démocratie interne et l’ambigüité des règles du jeu encouragent à leur tour le développement d’une culture de servilité au sein de ces organisations. 

A ce niveau, la compétition à l’intérieur de ces partis se fait autour d’obsessions individuelles et subjectives qui conduisent souvent à des déchirements internes profonds et à des confrontations de clans et de groupes, particulièrement  au moment des tractations pour la formation de gouvernement. Il est un autre élément qui témoigne de l’insuffisance des partis quant à l’organisation politique des citoyens : l’ancrage d’une culture politique « paroissiale » dans le fonctionnement partisan. 

En effet, les dirigeants politiques des partis sont tiraillés entre les pratiques traditionnelles à caractère tribal, familial, féodal et les contraintes légalo-rationnelles du droit et des institutions. A ce propos, on ne manquera pas de relever dans les comportements politiques des dirigeants partisans la domination d’un mode de relations fondé sur la fidélité et le loyalisme entre le chef –ou le zaim, quand il existe- et « le militant », semblable à celui qui régit la relation entre le cheikh soufi de la « zaouia » et son disciple (A. Hammoudi). Benkirane a tout fait pour imprimer au pouvoir un caractère « maraboutique »! En vain. Dans l’ensemble, la crise de l’élite marocaine peut être systématisée autour des éléments suivants : c’est une élite acculturée, asociale et dépolitisée. 

Acculturée, parce que l’élite, qui occupe l’espace politique, n’a pas les ressources intellectuelles nécessaires pour proposer, décider, agir et innover, communiquer et dialoguer, savoir-faire et savoir-agir. C’est une élite généraliste, spécialiste du discours et du quantitatif ; elle ne contribue pas à la promotion politique et culturelle par des investigations dans les domaines de la culture, de l’art, de la poésie, de la connaissance et du savoir. Elle occupe beaucoup plus l’espace des faits divers que ceux du débat et de réflexion ; elle est beaucoup plus dans le discours, la technique que dans la pensée.     

Asociale, l’élite est coupée de son milieu, pivotant autour d’un chef –parfois parachuté ou imposé- en attente de privilèges ou de promotion ; elle n’est pas créatrice du lien social ; au contraire, elle s’accommode remarquablement des exigences du pouvoir. 

Dépolitisée enfin, l’élite politique perd tout intérêt pour un engagement entier dans la vie de la nation et des populations. 

Elite inutile ! Vaine élite ! Tous les discours sur la réforme demeurent lettre morte. 

C’est le cas de la réforme de l’administration, de l’enseignement, de la santé, du code de travail, du code pénal, du statut personnel, du droit de grève, de la mise à niveau de l’entreprise, de la réforme fiscale, de la moralisation de la vie publique, de la lutte contre la corruption, la pauvreté, le chômage, les inégalités… 

L’élitisme marocain, au stade ou il est parvenu aujourd’hui, provoque l’asthénie, l’immobilisme et le désenchantement. La conviction est faite selon laquelle l’élite politique est coupée du pays, frappée par l’impuissance à se réformer et à s’adapter et qu’elle ne manifeste aucune forme d’intelligence pour réactiver un environnement politico-économique qui commence à désespérer sérieusement. 

Alors que faire pour mettre l’élite au service du peuple ? Que faire pour mettre un terme au modèle paranoïaque qui empêche la société d’avancer ? 

Le moment n’est- il pas venu de favoriser l’émergence d’un élitisme fondé sur la mobilité, la compétence, le mérite et, surtout, la vocation du service. La relève des élites est d’actualité dans tous les pays du monde, mais les moyens d’y parvenir sont variables. Dans tous les domaines, notre pays est confronté à cette relève de générations. Ce mouvement est urgent et très attendu eu égard aux changements profonds qu’à connus notre société et aux difficultés immenses qui nécessitent des réponses appropriées. 

Une nouvelle élite ?

Notre pays a grandement besoin d’une nouvelle élite pour qu’il puisse avancer. 

Pour ce faire, il faut désormais avoir le courage d’opérer une rupture radicale par rapport aux pratiques d’hier dans la manière de choisir les hommes et les femmes, notamment politiques. Cette rupture pourrait s’avérer très salvatrice, car une telle action est un passage obligé et est également une condition sine qua non pour la mise en place des fondements solides et durables d’une société moderne et démocratique. 

Il faut reconstruire le politique

Il faut reconstruire le politique ou s’attendre au chaos. Les voies du renouveau existent et relèvent du domaine du possible. Aristote disait « Le politique détermine l’être de l’Homme. Il faut restituer le politique ». 

C’est la seule façon d’avancer.

Ali SEDJARI

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Europe : Irrelevance breeds defiance. Yakov M. RABKIN

Europe : Irrelevance breeds defiance. Yakov M. RABKIN

Il y a quelques semaines, j’ai paraphrasé les mots de Marx datant de près de deux siècles : « Un spectre hante l’Europe – le spectre de l’insignifiance ». Les événements récents suggèrent que ce spectre devient rapidement une réalité. Alors que l’Union européenne et la Grande-Bretagne sont en pleine effervescence, exprimant un soutien inconditionnel au gouvernement ukrainien et le poussant à poursuivre le combat, la crise ukrainienne n’est plus au cœur du dialogue entre la Russie et les États-Unis. Elle n’est plus qu’une question parmi d’autres – et peut-être pas la plus importante – dans la discussion stratégique croissante entre Moscou et Washington, une discussion qui exclut l’Europe. / Montreal, le 25 mars 2025

Holding a doctorate from the Russian Academy of Sciences, Yakov M. Rabkin in Moscow had to leave the Soviet Union in 1973. He briefly passed through Vienna and Israel, where he studied Judaism, before settling in Quebec (Canada), where he obtained a position as a professor at the Institute of History and Sociopolitical Science and later at the Department of History at the University of Montreal. 

Titulaire d’un doctorat de l’Académie des sciences de Russie, Yakov M. Rabkin a dû quitter l’Union soviétique en 1973. Il est brièvement passé par Vienne et Israël, où il a étudié le judaïsme, avant de s’installer au Québec (Canada), où il a obtenu un poste de professeur à l’Institut d’histoire et de science sociopolitique, puis au Département d’histoire de l’Université de Montréal.

EUROPE: IRRELEVANCE BREEDS DEFIANCE

publié en français sur =>  Pressenza

A few weeks ago, I paraphrased Marx’s words from nearly two centuries ago: “A spectre is haunting Europe – the spectre of irrelevance”. Recent events suggest that the spectre is rapidly becoming a reality. While the European Union and Britain are in overdrive, expressing unconditional support for the Ukrainian government and pushing it to continue fighting, the Ukraine crisis is no longer central for the dialogue between Russia and the United States. It has become just one many issues – and possibly not the most important one – in the growing strategic discussion between Moscow and Washington, a discussion that excludes Europe. 

Europeans naturally resent their exclusion from negotiations. Many attribute this exclusion to the drastic policy shift undertaken by President Trump and his team. J.D. Vance’s critical speech at the Munich Security Conference with its emphasis on values and democracy highlighted the conflict between the globalist ruling circles of the EU and the newly nationalist American administration. He overtly supported Europe’s nationalists and deplored their ostracization, specifically mentioning Germany and Romania. 

=> Raison et dialogue ?

However, the American attitude toward the European Union is not new, in fact, it shows a degree of continuity. It was a senior official of the Obama administration, Victoria Nuland, who laconically expressed this stance in 2014. In a telephone conversation with the U.S. Ambassador in Kiev she tersely dismissed European concerns raised by the ambassador: “Fuck the EU”. If anything, Trump officials have been more gracious and diplomatic. 

https://globalaffairs.ru/articles/evropa-zadirista-rabkin/

This continuity reflects Europe’s chronic dependence on the United States. The crisis in Ukraine was triggered by the Maidan events, fomented with the active  participation of the same Ms. Nuland, who testified that the U.S. had spent $5 billion on reorienting the Ukrainian ruling class away from Russia and political neutrality toward NATO and a Euro-Atlantic future. Europe went along with American policies, and European media followed suit by demonising Russia and its president. Russians have been excluded from most international sports events, film festivals and scientific conferences. Hardly anything positive has been published about Russia in mainstream media in recent years. “Rusophrenia” – a belief that Russia is about to collapse and to take over the world - has been stoked on both sides of the Atlantic. This irrational view of Russia is now entrenched in Western public opinion, even in countries like France, which traditionally maintained close cultural, economic and political ties with that country. 

European foreign policy has largely degenerated into sabre-rattling. A prime example is Estonian Kaja Kallas, who, despite her position as the EU’s chief diplomat, rejects diplomatic approach with respect to Russia. President Macron, in an eloquent address to the nation, offered to extend nuclear deterrence to other European countries, with Poland and the Baltic republics gratefully accepting it. More recently, he presented a “survival manual” to his compatriots, instructing them on the supplies they must keep at home to survive a war. Ursula von der Leyen promised to rearm Europe, to raise 800 billion euros for this purpose and to revive Europe’s stagnating economy through military Keynesianism. 

Since the newly elected Bundestag members, would have refused to adopt it, the outgoing parliament voted on an amendment to the constitution, lifting the government’s limitation to borrow money for the military. This disregards the democratic will of the citizens but benefits Rheinmetall, Germany’s main arms manufacturer. Alarm bells are ringing over austerity measures and further cuts to social services across Europe, not just in Germany. U.K. Prime Minister Starmer, arguably the most enthusiastic cheerleader of Europe’s war party, announced an overhaul of the welfare system, cutting benefits to the disabled and pushing many into poverty. All of this does not bode well for liberal ruling circles, as Europeans grow increasingly frustrated with political manipulations that render their democratic choice meaningless and relegate their concerns to the back burner. 

Europe’s apparent preparations for war are based on the belief that Russia is bent on conquest - first all of Ukraine, then the rest of Europe. Any mention of the fact that Russian government has never expressed such intentions is simply dismissed as “Kremlin’s disinformation”. This belief feeds into a long-standing European phobia, portraying Russia as a menacing Other. This ideology took a most aggressive and genocidal form as anti-Russian racism, which fueled the extermination war that soldiers from a dozen European nations, under German auspices, waged against the Soviet Union from 1941 to 1945. The rehabilitation and celebration of Nazi collaborators in that war have become mainstream in Eastern Europe, including Ukraine, and this view is spreading elsewhere with the growing influence of East Europeans in Brussels. 

=>  présentation

Instead of a realistic assessment of the evolving international context, fiery rhetoric and self-righteous posturing drive European policy, with no exit ramp in sight. The oft-repeated idea of dispatching European soldiers to Ukraine is a non-starter - not only for Russia but also for Europe itself, which lacks both the will and the power to confront Russian forces. All talk of a “coalition of the willing” – an ominous term given the West’s debacle in Iraq – is contingent on an American “backstop”, which the U.S. has refused to provide. 

Europe seems determined to undermine the current Ukraine peace process by encouraging Kiev’s intransigence and formulating unrealistic demands that ignore military and political realities. Veteran political analyst, Anatol Lieven has called this European attitude “malignantly stupid” and characterised Europe’s military preparations as “a costume play,” in which Macron plays Napoleon and Starmer plays Winston Churchill. Curiously, in the Oval Office last February, Zelensky, answering in English a question about his wardrobe, misused the word “costume,” which means “suit” in his native Russian. 

Trump has significantly shifted the country’s foreign policy despite the dominant anti-Russian sentiment in the U.S., which the previous governments and loyal to them media actively fomented. So far, European politicians continue to double down on their denunciations of Russia, albeit wisely refraining from antagonising Washington - a risky move at best. They continue to nurture Zelensky’s hope of joining NATO, even though Trump and his team have repeatedly rejected the idea. Europe has become a prisoner of its own rhetoric, which appears increasingly delusional. Growing progressively estranged from where the real action is, it is becoming merely the western periphery of Eurasia. 

Ironically, there is hope for Europe - not only in the growing ire of European electorates, who may vote current liberal politicians out of office, but also in European leaders’ habit of following Washington. Gradually, they may abandon their ideological narratives and come around to the American position, even as they resent it. It may act like a defiant teenager, which Prince William recently demonstrated posing in a British tank a hundred miles from the Russian border.  

However, its nickname “the Old World” suggests that Europe may return to its senses, especially in view of its economic and demographic decline. Otherwise, Europe may start another world war – this time the last one.

Yakov M. Rabkin 

Montreal, March 25, 2025



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Pour une sécurité collective de l’Europe, de l’Ukraine et de la Russie. Jeffrey David SACHS

Pour une sécurité collective de l’Europe, de l’Ukraine et de la Russie. Jeffrey David SACHS

Afin qu’une paix durable puisse être enfin possible en UKRAINE, la meilleure solution, selon Jeffrey SACHS, Professeur à la Colombia et Conseiller spécial du SG de l’ONU Antonio Gutteres, serait de placer les garanties de sécurité sous l’autorité du Conseil de sécurité de l’ONU. Cela signifie que les États-Unis, la Chine, la Russie, le Royaume-Uni et la France seraient tous co-garants, aux côtés du reste du Conseil de sécurité de l’ONU. Cela soumettrait les garanties de sécurité à un examen international. Certes, la Russie pourrait opposer son veto à une résolution ultérieure du Conseil de sécurité de l’ONU concernant l’Ukraine, mais elle s’exposerait alors à l’opprobre de la Chine et du monde entier si elle agissait de manière arbitraire au mépris de la volonté du reste de l’ONU. Contribution communiquée par Sonia Sachs, New York, le 7 mars 2025

"Le temps est venu d’une diplomatie qui apporte une sécurité collective à l’Europe, à l’Ukraine et à la Russie". 

"The time has arrived for diplomacy that brings collective security to Europe, Ukraine, and Russia".

Jeffrey David Sachs est Conseiller spécial du secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres après l’avoir été auprès de Kofi Annan. Il avait auparavant servi comme conseiller auprès du Fonds monétaire international (FMI), à la Banque Mondiale, à l’OCDE, à Organisation mondiale de la santé (OMS), et au Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD). Ancien professeur à Harvard, il avait rejoint ensuite l'université Columbia pour y diriger l'Institut de la Terre. Il est aujourd’hui directeur du projet Millénaire des Nations unies, président et cofondateur de la Promesse du Millénaire, et chercheur associé à l'Institut national de la recherche économique. Il est a l’origine du Deep Decarbonization Pathways Project (DDPP).

Article communiqué par Sonia Sachs, New York, ce 7 mars 2025

Il ne fait aucun doute que l’Ukraine peut parvenir à une paix durable. En avril 2022, la Russie et l’Ukraine étaient sur le point de signer un accord de paix à Istanbul, avec le gouvernement turc comme médiateur. 

Les États-Unis et le Royaume-Uni ont dissuadé l’Ukraine de signer l’accord, et des centaines de milliers d’Ukrainiens sont morts ou ont été grièvement blessés depuis. 

Pourtant, le cadre du processus d’Istanbul constitue toujours la base de la paix aujourd’hui. Le projet d’accord de paix (daté du 15 avril 2022) et le communiqué d’Istanbul (daté du 29 mars 2022) sur lequel il se fonde proposent une solution raisonnable et simple pour mettre fin au conflit. 

Il est vrai que trois ans après la rupture des négociations par l’Ukraine, période pendant laquelle elle a subi des pertes importantes, l’Ukraine finira par céder plus de territoire qu’elle ne l’aurait fait en avril 2022 – mais elle gagnera l’essentiel : la souveraineté, les accords internationaux de sécurité et la paix. Lors des négociations de 2022, les points convenus étaient la neutralité permanente de l'Ukraine et des garanties de sécurité internationale pour l'Ukraine. 

Le sort final des territoires contestés devait être décidé au fil du temps, sur la base de négociations entre les parties, au cours desquelles les deux parties se sont engagées à s'abstenir de recourir à la force pour modifier les frontières. Compte tenu des réalités actuelles, l'Ukraine cédera la Crimée et des parties du sud et de l'est de l'Ukraine, reflétant les résultats du champ de bataille des trois dernières années. 

Un tel accord peut être signé immédiatement

Un tel accord peut être signé presque immédiatement et il est même probable qu’il le soit dans les prochains mois. Les États-Unis ne soutenant plus la guerre, qui ferait encore plus de victimes, de destructions et de pertes territoriales en Ukraine, Zelensky reconnaît qu’il est temps de négocier. 

Dans son discours au Congrès, le président Donald Trump a cité Zelensky qui a déclaré : « L’Ukraine est prête à venir à la table des négociations dès que possible pour rapprocher l’Ukraine d’une paix durable. » 

Les questions en suspens en avril 2022 concernaient les détails des garanties de sécurité pour l'Ukraine et les frontières révisées de l'Ukraine et de la Russie. 

La principale question concernant les garanties concernait le rôle de la Russie en tant que co-garant de l'accord. L'Ukraine a insisté sur le fait que les co-garants occidentaux devraient pouvoir agir avec ou sans l'assentiment de la Russie, afin de ne pas donner à cette dernière un droit de veto sur la sécurité de l'Ukraine. 

La Russie a cherché à éviter une situation dans laquelle l'Ukraine et ses co-garants occidentaux manipuleraient l'accord pour justifier un recours à la force contre la Russie. 

Les deux parties ont raison. La meilleure solution, à mon avis, serait de placer les garanties de sécurité sous l’autorité du Conseil de sécurité de l’ONU. Cela signifie que les États-Unis, la Chine, la Russie, le Royaume-Uni et la France seraient tous co-garants, aux côtés du reste du Conseil de sécurité de l’ONU. Cela soumettrait les garanties de sécurité à un examen international. 

Certes, la Russie pourrait opposer son veto à une résolution ultérieure du Conseil de sécurité de l’ONU concernant l’Ukraine, mais elle s’exposerait alors à l’opprobre de la Chine et du monde entier si elle agissait de manière arbitraire au mépris de la volonté du reste de l’ONU. 

La question des frontières

En ce qui concerne la disposition finale des frontières, un certain contexte est très important. Avant le renversement violent du président ukrainien Viktor Ianoukovitch en février 2022, la Russie n’avait formulé aucune revendication territoriale vis-à-vis de l’Ukraine. Ianoukovitch était favorable à la neutralité de l’Ukraine, opposé à l’adhésion à l’OTAN et négocié pacifiquement avec la Russie un bail de 20 ans pour la base navale russe de Sébastopol, en Crimée, siège de la flotte russe de la mer Noire depuis 1783. 

Après le renversement de Ianoukovitch et son remplacement par un gouvernement pro-OTAN soutenu par les États-Unis, la Russie s’est empressée de reprendre la Crimée, pour empêcher la base navale de tomber aux mains de l’OTAN. 

Entre 2014 et 2021, la Russie n’a pas fait pression pour annexer d’autres territoires ukrainiens. La Russie a appelé à l’autonomie politique des régions ethniques russes de l’est de l’Ukraine (Donetsk et Louhansk) qui se sont séparées de Kiev immédiatement après le renversement de Ianoukovitch. 

L’accord de Minsk II

L’accord de Minsk II devait mettre en œuvre l’autonomie. Le cadre de Minsk s’inspirait en partie de l’autonomie de la région ethniquement allemande du Tyrol du Sud en Italie. La chancelière allemande Angela Merkel connaissait l’expérience du Tyrol du Sud et la considérait comme un précédent pour une autonomie similaire dans le Donbass. 

Malheureusement, l’Ukraine s’est fortement opposée à l’autonomie du Donbass, et les États-Unis ont soutenu l’Ukraine dans son rejet de l’autonomie. 

L’Allemagne et la France, qui étaient ostensiblement garantes de Minsk II, sont restées silencieuses pendant que l’accord était rejeté par l’Ukraine et les États-Unis. 

Après six ans sans mise en œuvre des accords de Minsk II, pendant lesquels l’armée ukrainienne armée par les États-Unis a continué de bombarder le Donbass pour tenter de soumettre et de récupérer les provinces séparatistes, la Russie a reconnu Donetsk et Louhansk comme États indépendants le 21 février 2022. 

Le statut de Donetsk et Louhansk ?

Le statut de Donetsk et Louhansk dans le processus d’Istanbul n’était pas encore finalisé. Peut-être aurait-on pu finalement convenir d’un retour à Minsk II et de sa mise en œuvre effective par l’Ukraine (reconnaissant l’autonomie des deux régions dans la constitution ukrainienne). 

Lorsque l’Ukraine s’est retirée de la table des négociations, hélas, la question était sans objet. Quelques mois plus tard, le 30 septembre 2022, la Russie a annexé les deux oblasts ainsi que deux autres, Kherson et Zaporizhzhia . 

La triste leçon est la suivante : la perte de territoire de l’Ukraine aurait pu être entièrement évitée sans le coup d’État violent qui a renversé Ianoukovitch et amené au pouvoir un régime soutenu par les États-Unis déterminé à adhérer à l’OTAN. 

La perte de territoire dans l’est de l’Ukraine aurait pu être évitée si les États-Unis avaient poussé l’Ukraine à mettre en œuvre l’accord de Minsk II soutenu par le Conseil de sécurité de l’ONU. 

Une guerre qui aurait pu être évitée ?

La perte de territoire dans l’est de l’Ukraine aurait probablement pu être évitée dès avril 2022 dans le cadre du processus d’Istanbul, mais les États-Unis ont bloqué l’accord de paix. Aujourd’hui, après 11 ans de guerre depuis le renversement de Ianoukovitch, et en raison des pertes de l’Ukraine sur le champ de bataille, l’Ukraine cédera la Crimée et d’autres territoires de l’est et du sud de l’Ukraine lors des prochaines négociations. 

L’Europe a d’autres intérêts qu’elle devrait négocier avec la Russie, notamment la sécurité des États baltes et, plus généralement, les accords de sécurité entre l’Europe et la Russie. Les États baltes se sentent très vulnérables à la Russie, ce qui est compréhensible compte tenu de leur histoire, mais ils ajoutent aussi gravement et inutilement à leur vulnérabilité en prenant une série de mesures répressives contre leurs citoyens d’origine russe, notamment des mesures visant à réprimer l’usage de la langue russe et des mesures visant à couper les liens de leurs citoyens avec l’Église orthodoxe russe. 

Les dirigeants des États baltes se livrent également à une rhétorique russophobe provocatrice. Les Russes d’origine ethnique représentent environ 25 % de la population de l’Estonie et de la Lettonie, et environ 5 % de la Lituanie. 

La sécurité des États baltes

La sécurité des États baltes devrait être assurée par des mesures de renforcement de la sécurité prises de part et d’autre, notamment le respect des droits des minorités des populations d’origine russe, et en s’abstenant de toute rhétorique vitriolique. 

Le temps est venu d’une diplomatie qui apporte une sécurité collective à l’Europe, à l’Ukraine et à la Russie. 

L’Europe doit ouvrir des négociations directes avec la Russie et exhorter ces deux pays à signer un accord de paix basé sur le communiqué d’Istanbul du 29 mars et le projet d’accord de paix du 15 avril 2022. 

La paix en Ukraine doit être suivie de la création d’un nouveau système de sécurité collective pour toute l’Europe, s’étendant de la Grande-Bretagne à l’Oural, et même au-delà.

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Le Droit international existe t-il encore ? Giuseppe GILIBERTI

Le Droit international existe t-il encore ? Giuseppe GILIBERTI

Dans une récente interview de la revue italienne « LAB Politiche e culture », partenaire de I-Dialogos, le professeur Giuseppe GILIBERTI , historien de Droit est interrogé par Stella ACERNO, afin de savoir dans quelle phase, selon lui, nous nous trouvons aujourd'hui, et cela par rapport à la définition de « l'ère des droits » dans le livre de Norberto BOBBIO L'idée des droits de l'homme selon Bobbio repose sur le fait que les droits de l'homme ne sont pas seulement une revendication ou une demande de nature éthique ou politique mais se transforment à l'époque moderne en une demande de nature juridique. Les droits de l'homme sont un domaine du droit international. Mais le droit international existe-t-il ? / Bologne (Italie) le 15 janvier 2025..

GIUSEPPE GILIBERTI, historien du droit, est né a Naples en 1950 et vit à Bologne. Il a été professeur ordinaire de Fondations du droit européen à l'Université d'Urbino et est à present chercheur à l'Istituto di Studi Mediterranei (ISMED-CNR) de Naples. Il a coordonné des réseaux universitaires européens ('Immaginare l'Europa', 'A Philosophy for Europe') et a été président du Management Board de l'Euro-Mediterranean University de Piran, en Slovenie. Il est, avec l'appui d'une équipe de rédacteurs, dont Luigi GRAVAGNUOLO, rédacteur en chef de la publication lancée en janvier 2024,  culture politique progressiste LAB promue par la Fondation 2000 de Bologne en partenariat avec I-Dialogos. Parmi ses oeuvres: Diritti umani. Un percorso storico (Giappichelli, Turin 1990) ; Identité européenne et droits de l’homme (Fondation D. Mitterrand, Paris 1997); Cosmopolis. Politics and Law in the Cynical-Stoic Tradition (ESA, Pesaro 2006) ; Introduzione storica ai diritti umani (Giappichelli, Turin 2012) 

GIUSEPPE GILIBERTI, a legal historian, was born in Naples in 1950 and lives in Bologna. He was full professor of Foundations of European Law at the University of Urbino and is currently a researcher at the Istituto di Studi Mediterranei (ISMED-CNR) in Naples. He has coordinated European university networks ('Immaginare l'Europa', 'A Philosophy for Europe') and was Chairman of the Management Board of the Euro-Mediterranean University in Piran, Slovenia. With Luigi GRAVAGNUOLO, he is conduttore for the LAB progressive political culture project promoted by the Bologna 2000 Foundation with I-Dialogos. Among his works: Diritti umani. Un percorso storico (Giappichelli, Turin 1990); Identité européenne et droits de l'homme (Fondation D. Mitterrand, Paris 1997); Cosmopolis. Politics and Law in the Cynical-Stoic Tradition (ESA, Pesaro 2006); Introduzione storica ai diritti umani (Giappichelli, Turin 2012)In Bologna. 


=> Numéro 4 (in italiano)

Les droits de l'homme sont un domaine du droit international. Mais le droit international existe-t-il ?

Dans une récente interview de la revue italienne « LAB Politiche e culture », partenaire de I-Dialogos, le professeur Giuseppe GILIBERTI est interrogé par Stella ACERNO afin de savoir dans quelle phase, selon lui, nous nous trouvons aujourd'hui, par rapport à la définition de « l'ère des droits » dans le livre de Norberto BOBBIO décédé il y a quelques années déjà [2] . 

« Il faut avant tout comprendre – précise le professeur – si nous sommes encore à l’ère des droits ou si nous y reviendrons ? » 

Norberto Bobbio adopte une vision optimiste de l'époque, en référence au texte du politologue Francis Fukuyama sur la fin de l'histoire. Mais la phase dans laquelle nous nous trouvons est une phase de chaos. L'idée des droits de l'homme selon Bobbio repose sur le fait que les droits de l'homme ne sont pas seulement une revendication ou une demande de nature éthique ou politique mais se transforment à l'époque moderne en une demande de nature juridique. 

Les droits de l'homme sont un domaine du droit international. Mais le droit international existe-t-il ? C'est un problème radical. Naturellement, le droit italien existe, comme le droit russe ou chinois, il existe des États qui soutiennent ce système de règles. Mais par définition, il n’existe pas d’État international. 

Le droit international est donc un droit plus faible que le droit interne des États. Il existe parce que les États ou la communauté internationale – qui est une communauté plutôt anarchique – acceptent de la laisser exister. 

Mais nous sommes dans un moment de crise pour la communauté internationale et donc aussi pour le droit international. À tel point que nous nous dirigeons de plus en plus vers le recours direct à la force plutôt que vers l’application de règles.» 

Quelle période historique peut être considérée comme favorable à l’affirmation des droits de l’homme ? 

« Norberto Bobbio a écrit ce livre en 1989, l'année de la chute du mur de Berlin. En 1994, le Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme a été créé et en 1998, le Statut de la Cour pénale internationale a été approuvé. C’est « l’âge d’or » de l’âge des droits. 

Cependant, déjà en 1999, il y avait une guerre au Kosovo, à laquelle Bobbio ne s'est pas opposé (en dépit de ses grands doutes sur le concept d'ingérence humanitaire). Une guerre qui n’a pas été couverte par l’aval des Nations Unies. 

Surtout, en 2003, il y aura une deuxième guerre en Irak, également sans l'approbation du Conseil de sécurité de l'ONU. 

Eh bien, je dirais qu'en 2003, « l'âge d'or » de l'ère des droits a pris fin. 

Face à la crise actuelle, peut-on envisager une plus grande protection du point de vue des droits ? 

« Il se pourrait que l'humanité progresse vers une meilleure protection de la personne humaine. Je l'espère. Mais il faut d’abord rétablir l’équilibre entre les grandes puissances. 

D'un autre côté, Bobbio lui-même a déclaré que les droits de l'homme sont une création de l'histoire, une création humaine, qu'ils ne sont pas dans la nature, qu'ils n'ont pas été préparés par une divinité bienveillante, que nous avons créé la protection des droits de l'homme. Et nous pouvons les annuler, si nous sommes assez stupides pour le faire. 

Nous sommes aujourd’hui au milieu de la crise la plus grave depuis la Seconde Guerre mondiale. Nous ne pouvons pas prédire comment l’histoire se terminera. 

Peut-être que ça se termine bien. Ou non." 

Le rapport annuel de la Commission européenne sur l'État de droit de 2020 fait le point sur la situation dans les 27 pays de l'UE. 

Elle repose sur 4 piliers : systèmes judiciaires, réglementation anti-corruption, liberté et pluralisme des médias, équilibre des pouvoirs au niveau institutionnel. D

ans le dernier rapport 2023, il est souligné : « Bien que des préoccupations subsistent en matière d'état de droit dans certains États membres de l'UE, le rapport s'est imposé comme un stimulant essentiel pour un changement et une réforme positifs. 

En fait, 65 % des recommandations de l'année dernière ont été entièrement ou partiellement mises en œuvre, ce qui démontre que les États membres déploient des efforts importants pour donner suite aux recommandations de l'année précédente . 

L'évolution enregistrée au cours d'une année est donc significative, même si « Certains États membres continuent cependant de présenter des problèmes de nature systémique ». [3] 

Le 21 mars 2024, Freedom House a publié son rapport annuel sur l'état de la démocratie dans le monde, constatant une « détérioration des droits politiques et des libertés civiles dans le monde pour la 18e année consécutive, avec 52 pays voyant leur niveau de démocratie diminuer, et seulement 21 qui se sont améliorés. [4] 

Luigi Ferrajoli, professeur émérite de philosophie du droit à l'Université de Roma Tre, écrit également sur la crise du droit et de la démocratie dans le monde globalisé le 20 novembre 2023 dans Questione Justice, publication en ligne [5] . 

« Or, nous vivons aujourd’hui une phase de régression politique, intellectuelle et morale en termes de démocratie et de garantie des droits de l’homme. C’est un moment de crise tant pour le droit que pour les droits. 

La démocratie, non seulement en Italie mais dans le monde, traverse peut-être la crise la plus grave depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale... Les inégalités et les violations des droits se sont également accrues partout dans le monde. 

Les riches deviennent de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres. Il a été calculé que les 8 personnes les plus riches du monde possèdent la même richesse que la moitié la plus pauvre de la population mondiale, soit 4 milliards de personnes ; et que 8 millions de personnes meurent chaque année de faim, et le même nombre de maladies traitables et non traitées. 

Il s’agit d’une inégalité, dans un monde de plus en plus interconnecté et interdépendant, bien plus visible et donc plus scandaleuse qu’à aucun moment du passé. 

Cette inégalité mondiale est déterminée par l’absence totale de garanties au niveau mondial. Il existe de nombreuses déclarations des droits qui promettent la paix, l’égalité et les droits à tous les êtres humains de la planète. Mais rien n’a été fait pour tenir ces promesses.» 

Le Centre Universitaire des Droits de l'Homme « Antonio Papisca » de l'Université de Padoue rapporte que « L'Annuaire italien des Droits de l'Homme 2022 [6] se déroule dans une phase historique particulièrement délicate pour notre pays et pour la communauté internationale dans son ensemble… 

Avec consternation , nous devons reconnaître que la prise de conscience de la fragilité et de la vulnérabilité des individus, des sociétés, des États et de la planète Terre elle-même a principalement stimulé les sentiments et les pratiques isolationnistes, nationalistes et impérialistes. 

Non seulement ces mesures n’ont pas mis fin aux guerres en cours, mais elles en ont déclenché de nouvelles. L'agression de l'Ukraine par la Fédération de Russie, au mépris de toute considération de légalité internationale et de respect des droits de l'homme et des peuples, en est l'exemple le plus brutal. 

Avec la guerre entre la Russie et l'Ukraine, une fois de plus, l'insuffisance des institutions mondiales s'est matérialisée, cette fois sur le front de la sécurité collective et de la défense de la paix... nous assistons à l'impuissance de la communauté des États à opérer au sein de son « noyau dur » business", ou les garanties de sécurité collective autour desquelles l'ONU est née." 

Dans le documentaire " RiconoscerSi. La société durable et nous » [7] , l'ancien président d'Amnesty International Emanuele Russo déclare : « 2001 a marqué le début de cette période... qui montre à quel point le système des pays démocratiques tout court est en chute libre et nous élimine essentiellement de l'âge des droits. En réalité, nous sommes confrontés à des chefs de gouvernement qui affirment implicitement que la démocratie et les droits de l’homme ont échoué. 

Les organisations de défense des droits de l’homme demandent aujourd’hui à chacun de prendre position ; La société civile doit s’unir et coopérer pour que nos pays améliorent leur réactivité. 

C'est sur la base de ces dernières indications qu'il faut considérer l'importance significative du travail réalisé au cours des vingt dernières années à travers les écoles, les universités, le tiers secteur, par exemple, pour le développement de la conscience individuelle et globale. 

Les sociologues et les chercheurs [8] ont souligné l’augmentation du nombre de personnes de plus en plus sensibles aux valeurs de paix, de droits de l’homme, d’environnement et de société durable. [9] 

On sait que, grâce à un principe d’interconnexion, que la prise de conscience des uns influence celle des autres. Le progrès de l'humanité vers un avenir durable est possible, mais l'évolution implique avant tout la croissance individuelle. Elle peut devenir un phénomène collectif si elle est mise en œuvre à partir de nous-mêmes. [1] 


L'interview complète du professeur Giliberti est disponible sur le lien : https://www.youtube.com/watch?v=eZUXSBuBOPA et est republiée dans ce même numéro de LAB. [3] https://italy.representation.ec.europa.eu/notizie-ed-eventi/notizie/relazione-sullo-stato-di-diritto-2023-progressi-sul-65-delle-raccomandazioni-ma-occurrone -plus loin-2023-07-0 5_fr [4] https://www.eastjournal.net/archives/135938 [5] https://www.questionegiustizia.it/article/crisi-del-diritto-e-dei-diritti-nell-eta-della-globalizzazione [6] Annuaire italien des droits de l'homme 2022 – Publication du Centre universitaire des droits de l'homme « Antonio Papisca » Université de Padoue https://unipd-centrodirittiumani.it/public/docs/Annuario_2022_volumecompleto.pdf pag, 17 [7] Le documentaire est accessible en visionnage privé sur le lien https://youtu.be/5rbr4hRAvr8 [8] Cheli E,.Montecucco F., avec la participation de E. Laszlo et P.Ray, je suis créatif culturel. De nouvelles personnes et de nouvelles idées pour un monde meilleur , Pavie, éditions Xenia, 2009 [9] https://gup.unige.it/sites/gup.unige.it/files/pagine/L_in-sicurezza_della_societa_sostenibile_ebook.pdf (voir : Préface ; Introduction ; chapitre VI Un trésor dans l'éducation ; )


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Des relations internationales de la Grande-Bretagne? Nasser MICHAËLENE-GABRYEL

Des relations internationales de la Grande-Bretagne? Nasser MICHAËLENE-GABRYEL

Avec l’accession de Keir STARMER au pouvoir, cinq ans après le Brexit, le Royaume-Uni se trouve à la croisée des chemins dans sa relation avec l’Union européenne. Le gouvernement travailliste souhaite améliorer l’accord négocié sous Johnson, mais sans en remettre en cause ses fondements. L’absence de propositions concrètes, l’attentisme face à Bruxelles et l’incapacité à articuler une stratégie claire laissent planer le doute sur la direction politique réelle du Labour / Analyse du professeur Nasser MICHAËLENE-GABRYEL/ Paris-Casablanca, le 30 janvier 2025.

Nasser Michaëlene-Gabryel est docteur en science politique, écrivain et historien. Spécialiste de l’histoire comparée des relations internationales et de l’approche pluridisciplinaire des sciences sociales, il est directeur de recherche scientifique et professeur de science politique et de relations internationales à l'Institut Universitaire Montpensier ainsi qu'à la Bourbon Sovereign University (B. Unireign) – Université Méditerranéenne des Nations. Il dirige également la Fondation Bourbon Montpensier, institution dédiée à la recherche scientifique et à l'enseignement supérieur. Son parcours académique et scientifique l’a conduit à obtenir l’Habilitation à Diriger des Recherches (HDR) en sociologie historique, relevant de la section 19 du CNU. Ses travaux s’inscrivent dans une démarche rigoureuse articulant histoire, science politique et sociologie, avec une attention particulière portée aux interactions entre les structures étatiques, les dynamiques historiques et les mutations des systèmes de pouvoir à travers le temps.

Une histoire comparée des relations internationales. 

La politique étrangère du gouvernement travailliste; un atlantisme par le vide?

Après l’accession de Keir Starmer au pouvoir, le Royaume-Uni se trouve à la croisée des chemins dans sa relation avec l’Union européenne. Cinq ans après le Brexit, voté lors du référendum du 23 juin 2016 et mis en œuvre sous le gouvernement de Boris Johnson entre 2019 et 2022, le pays subit les effets économiques d’une sortie qui a rendu son système politique plus instable et complexe. Le gouvernement travailliste actuel exprime le souhait d’améliorer l’accord négocié sous Johnson, mais sans en remettre en cause les fondements. Pourtant, malgré cette ambition affichée, l’absence de propositions concrètes, l’attentisme face à Bruxelles et l’incapacité à articuler une stratégie claire laissent planer le doute sur la direction politique réelle du Labour. 

Cette situation tranche avec d’autres moments de l’histoire du Parti travailliste où des décisions marquantes ont été prises en matière de souveraineté et d’intégration internationale. On peut notamment comparer l’approche de Starmer à celles de Clément Attlee entre 1945 et 1951, de Harold Wilson entre 1964 et 1970 puis entre 1974 et 1976, et de Tony Blair entre 1997 et 2007, trois Premiers ministres travaillistes qui ont joué un rôle déterminant dans la redéfinition du positionnement du Royaume-Uni sur la scène mondiale.


https://institut-montpensier.fr 

Ces trois gouvernements partagent un ancrage atlantiste fort, bien que leurs motivations diffèrent. 

Chez Attlee, cet atlantisme est pragmatique et réaliste, dicté par la nécessité de reconstruire la Grande-Bretagne après la Seconde Guerre mondiale et d’assurer sa sécurité dans un monde bipolaire. 

Chez Wilson, il s’inscrit dans une logique d’adaptation économique et politique face à l’évolution du marché commun européen, dans une période où l’intégration régionale apparaît de plus en plus comme un levier de croissance. Cependant, le Parti travailliste est alors traversé par une tension interne vis-à-vis de la question européenne. Wilson lui-même ne souhaite pas que les directives de la Communauté économique européenne remettent en cause le programme socialiste qu’il entend mettre en œuvre en matière économique. 

Néanmoins, après l’adhésion du Royaume-Uni à la CEE en 1973 sous le gouvernement conservateur d’Edward Heath, Wilson adapte sa position et, pour trancher la question, soumet l’appartenance du pays à un référendum en juin 1975. Le scrutin aboutit à une victoire du maintien dans la CEE avec 67 % des voix. Son approche illustre une vision plus souple de la souveraineté britannique, fondée sur l’adaptation aux réalités économiques et sur la nécessité d’intégrer un marché européen en pleine expansion. 

Contrairement à Starmer, qui semble naviguer sans cap clair dans le cadre du Brexit, Wilson avait su poser les bases d’un compromis entre souveraineté nationale et engagement européen, ouvrant ainsi la voie à plusieurs décennies de présence majeure du Royaume Uni . 

Lorsque Tony Blair arrive au pouvoir en 1997, il hérite d’un pays économiquement stable mais politiquement fracturé. Son programme repose sur la modernisation des institutions britanniques, notamment par la dévolution des pouvoirs à l’Écosse et au Pays de Galles. 

www.bourbonsovereign.university

Les référendums organisés en 1997 conduisent ainsi à la création du Parlement écossais et de l’Assemblée nationale du Pays de Galles en 1999, marquant une transformation institutionnelle majeure. L’accord du Vendredi saint en 1998 permet quant à lui de stabiliser la situation en Irlande du Nord en instaurant un processus de paix et une gouvernance partagée. 

Alignement de BLAIR sur la politique étrangère américaine

Cependant, c’est sur la scène internationale que le mandat de Blair laissera une empreinte durable. Son alignement sur la politique étrangère américaine se manifeste d’abord par son soutien à la guerre du Kosovo en 1999 et son engagement en Afghanistan après les attentats du 11 septembre 2001. Mais c’est surtout son soutien à l’invasion américaine de l’Irak en 2003 qui marquera son héritage, malgré l’opposition d’une partie de l’opinion publique britannique. 

Contrairement à Attlee, qui voyait l’atlantisme comme une nécessité stratégique, Blair en fait une doctrine idéologique, assumant une intervention militaire conjointe avec Washington, même au prix d’une contestation politique et diplomatique majeure. 

Keir Starmer hérite d’un Royaume-Uni en difficulté

La maxime de Sénèque, « nul ne peut longtemps porter un masque : les artifices retombent vite dans leur nature véritable », exprime une loi immuable du rapport entre l’apparence et l’essence. Appliquée à la politique, elle invite à interroger ce moment où la posture cesse d’être tenable, où la façade se lézarde sous le poids des contradictions internes et de la réalité extérieure. 

Le Cardinal de Retz et Sénèque ?

Cette logique s’inscrit dans une mécanique plus vaste, celle que décrivait le cardinal de Retz lorsqu’il affirmait : « Il y a très loin de la velléité à la volonté, de la volonté à la résolution, de la résolution au choix des moyens, du choix des moyens à l’application. » Cette séquence, implacable dans son enchaînement, met en évidence les strates du processus décisionnel et les seuils qu’il impose à celui qui prétend gouverner. Ce que Retz souligne ici, c’est la distance abyssale qui sépare l’intention de l’acte, l’idée du fait. Ce n’est pas tant l’absence d’ambition qui produit l’inconsistance, mais l’incapacité à franchir ces étapes décisives, chacune exigeant une rigueur et une cohérence que l’élan initial ne garantit en rien. 

Lorsqu’un pouvoir peine à articuler une vision claire, lorsqu’il oscille entre des considérations contradictoires sans jamais opérer cette transmutation de la velléité en décision, il finit par s’exposer à ce dévoilement brutal qu’évoquait Sénèque. 

La politique n’est pas un théâtre où l’on pourrait indéfiniment maintenir le même rôle, mais un espace où les postures, si elles ne s’arriment pas à une dynamique d’action, finissent par être réduites à leur vacuité. Ce phénomène ne relève pas d’un quelconque principe moral, mais d’une nécessité clinique : tôt ou tard, ce qui n’est que façade se heurte au réel et s’effondre sous son propre poids. 

Loin d’être une leçon, cette observation relève d’une logique inexorable. Ce n’est pas seulement une question de sincérité ou de duplicité, mais une affaire de structure. Toute construction politique qui ne repose que sur l’habileté rhétorique ou l’évitement stratégique se heurte, à terme, à la nécessité de choisir, de trancher, d’assumer un positionnement qui excède la simple gestion du temps. 

Ce que Retz et Sénèque rappellent, chacun à sa manière, c’est que la politique, comme la nature, a horreur du vide.

Nasser Michaëlene-Gabryel 

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La prédation minière dans la région des Grands Lacs.  Pierre JACQUEMOT

La prédation minière dans la région des Grands Lacs. Pierre JACQUEMOT

La violence que connaît depuis trente ans l’est de la République démocratique du Congo « fait système », celui d’une « économie politique de la prédation ». Elle repose sur la valorisation frauduleuse de la rente tirée de l’exploitation et de l’exportation de l’or, de l’étain, du tantale et du tungstène, sous le contrôle d’abord de forces armées, étatiques ou non étatiques, puis sous celui de trafiquants qui les conduisent vers les circuits d’exportation d’abord au Rwanda et en Ouganda, puis en Asie et en Europe où ils trouvent un débouché dans des industries stratégiques. / Pierre Jacquemot est ancien ambassadeur de France en RDC / Paris le 06-12-2024

Membre de l’Académie des sciences d’outre-mer, ancien Ambassadeur de France en République Démocratique du Congo, au Kenya et au Ghana, ancien directeur du développement au Ministère français des affaires étrangères, ancien chef de mission de coopération (Burkina Fao, Cameroun), ancien membre du Cabinet du Ministre Charles Josselin, Pierre Jacquemot est maître de conférences à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et chercheur associé à l’IRIS. 

Il s’agit d’une communication présentée à la rencontre-débat organisée par l’association Fraternité Afrique « La RDC, une opportunité trop délaissée par la France »  le 28 novembre 2024 à l’Académie des sciences d’outre-mer.

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La violence que connaît depuis trente ans l’est de la République démocratique du Congo « fait système », celui d’une « économie politique de la prédation ». 

Elle repose sur la valorisation frauduleuse de la rente tirée de l’exploitation et de l’exportation de l’or, de l’étain, du tantale et du tungstène, sous le contrôle d’abord de forces armées, étatiques ou non étatiques, puis sous celui de trafiquants qui les conduisent vers les circuits d’exportation d’abord au Rwanda et en Ouganda, puis en Asie et en Europe où ils trouvent un débouché dans des industries stratégiques (défense, aéronautique, numérique). 

Les tentatives pour « moraliser » ce système avec la mise en œuvre de normes de régulation, se heurtent à diverses stratégies de contournement/détournement des acteurs des filières concernées. Ils leur enlèvent une partie de leur efficacité. Les drames récurrents sur le plan humain, économique et environnemental qui se poursuivent réclament une approche systémique capable d’appréhender les facteurs des conflits dans leur pluralité et leurs interconnexions.


Le système de prédation minière, source des conflits dans la région des Grands Lacs africains

Depuis le début des années 1990, les conflits armés prolongés et multidimensionnels dans les deux provinces du Kivu et l’Ituri à l’est de la République démocratique du Congo (RDC), se cristallisent dans des formes d’une rare violence. Parmi les thèses les plus fréquemment avancées pour expliquer la persistance et l’ampleur de ces drames humains se trouve celle qui affirme qu’elle est étroitement associée à la richesse minérale de la région. 
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Peut-on encore éviter une guerre mondiale ? Interview de Pascal BONIFACE

Peut-on encore éviter une guerre mondiale ? Interview de Pascal BONIFACE

Cette interview par Louise Aubery sur la web TV INPOWER est particulièrement éclairante. Le monde a changé, les clés de sa compréhension également : nouvelles références, nouveaux défis, nouveaux acteurs. Désormais, les questions internationales ne peuvent plus être uniquement l'affaire des diplomates ni de quelques experts éclairés. La géopolitique, en tant qu'étude des relations internationales, rend compte du phénomène de la mondialisation tout en analysant ses mécanismes. / Pascal Boniface est un géopolitologue français fondateur et directeur de l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) - Paris, le 13 février 2025

Comment comprendre simplement les enjeux complexes de la géopolitique ? Cette interview de Pascal Boniface par Louise Aubery sur la web TV INPOWER est particulièrement éclairante sur les sujets de géopolitique. 

"Le monde a changé, les clés de sa compréhension également : nouvelles références, nouveaux défis, nouveaux acteurs. Il n'oppose plus deux blocs rivaux. Ce monde est aussi le nôtre notre horizon de vie un peu comme l'était le village pour nos grands-parents. Désormais, les questions internationales ne peuvent plus être uniquement l'affaire des diplomates ni de quelques experts éclairés. 

À l'heure où la frontière entre le national et l'international est brouillée, pour ne pas dire largement effacée, il est un impératif citoyen d'aider à mieux comprendre les affaires mondiales. 

Dans quel monde vivons-nous ? 

Quelles sont les conséquences du monde extérieur sur notre vie quotidienne ? 

Quels sont les rapports de force internationaux qui se modèlent sous nos yeux ? 

Quels sont les grands défis globaux à relever et les menaces auxquelles faire face ? 

Et quels sont les débats d'idée à l'échelle internationale ? 

La géopolitique, en tant qu'étude des relations internationales, rend compte du phénomène de la mondialisation tout en analysant ses mécanismes.

Pascal Boniface, montre qu'il est possible de parler simplement de relations internationales, sans jargon ni raccourcis simplistes. 

Géopolitologue français fondateur et directeur de l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), il a étudié au lycée Saint-Exupéry de Mantes La Jolie puis à l’Université de Paris-XIII et à l’Université de Paris-XIII et à l’IEP de Paris. 

Merci à Louise Aubery de nous avoir autorisés à mettre en ligne cette interview. 

=> L'INTERVIEW





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