Un monde à réinventer: une réponse globale et locale. Abdoulaye SENE. Dakar/Sénégal

Un monde à réinventer: une réponse globale et locale. Abdoulaye SENE. Dakar/Sénégal

Plutôt que de renforcer des logiques de confrontation, la Diplomatie doit reprendre ses droits. La communauté internationale doit investir dans des mécanismes de dialogue renforcés. Un multilatéralisme rénové est indispensable pour arbitrer les conflits, éviter la militarisation excessive et relancer des programmes d’appui au développement. Les institutions internationales, comme les Nations Unies, ont un rôle crucial à jouer pour faciliter le dialogue, coordonner les actions et mobiliser les ressources nécessaires. Dans un monde où notamment l’eau devient un enjeu stratégique sensible, des négociations entre États riverains, collectivités et acteurs économiques, sont essentielles pour éviter des crises majeures. => de l'importance des think tanks, éclaireurs d’un monde en mutation / Abdoulaye SENE, Dakar , Sénégal le 2 octobre 2025

Secrétaire exécutif du 9e Forum mondial de l’eau, Abdoulaye Sene - Ingénieur hydraulicien de formation - est aujourd’hui le coprésident du Global Water Partnership West Africa. Co-Président-fondateur du Think Tank I-Dialogos, il est ancien Président du Conseil régional de la Région de Fatick (Sénégal), ancien Député et Président de la Commission du développement et de l’aménagement du territoire de l’Assemblée nationale de la République du Sénégal. Comme Secrétaire général de l’Association des élus locaux du Sénégal, il fut co-fondateur de l’ORU-FOGAR (l’organisation mondiale des Régions Unies). Abdoulaye SENE est membre du conseil d’administration du Conseil des Collectivités Territoriales (CCT) de l’UEMOA comme personnalité qualifiée. Expert invité auprès du Centre de développement de l’OCDE, il est également administrateur de l’Arga (Alliance pour refonder la gouvernance en Afrique).

Abdoulaye Sene, Executive Secretary of the 9th World Water Forum, is a trained hydraulic engineer and is currently the Co-Chair of the Global Water Partnership West Africa. He is also the Co-Founder and Co-Chair of the Think Tank I-Dialogos, former President of the Regional Council of the Fatick Region (Senegal), former Member of Parliament and President of the Development and Land Use Commission of the National Assembly of the Republic of Senegal. As the Secretary-General of the Association of Local Elected Officials of Senegal, he co-founded ORU-FOGAR (the World Organization of United Regions). Abdoulaye Sene is a member of the Board of Directors of the Council of Local Authorities (CCT) of the West African Economic and Monetary Union (WAEMU) as a qualified expert. An invited expert with the OECD Development Centre, he is also a board member of ARGA (Alliance for Rebuilding Governance in Africa).

Diffusion internationale => pressenza press agency

=> In english 

=>  en español

=> in italiano

Face à la multitude des crises mondiales, l’urgence d’une réponse collective et durable.     

Un Monde en Crise

Notre planète traverse une confluence de crises sans précédent qui menacent non seulement la stabilité des communautés, mais aussi l’avenir même de l’humanité. Alors que les tensions géopolitiques s’exacerbent, les appels au réarmement massif se multiplient, relançant une course aux armements qui détourne des ressources vitales des défis climatiques et sociaux. Parallèlement, la guerre commerciale entre grandes puissances fragilise l’économie mondiale, entraînant une montée des inégalités. Dans ce contexte d’incertitudes, les budgets dédiés au développement sont en forte baisse, mettant en péril les efforts d’adaptation climatique et la lutte contre la pauvreté. 

Conflits géopolitiques, changement climatique, pénurie d’eau, insécurité alimentaire, effondrement de la biodiversité, inégalités socio-économiques s’entremêlent pour former un tableau complexe et alarmant. Ces défis, interconnectés, s’amplifient mutuellement, créant un cercle vicieux qui exige une réponse urgente, coordonnée et multidimensionnelle. 

Face à ces turbulences, il est urgent de refonder notre approche collective. La réponse aux crises actuelles doit en effet être systémique, en intégrant l’engagement citoyen et le dialogue à tous les niveaux pour proposer des solutions durables et équilibrées. 

Un monde sous tension : militarisation, guerre économique  

La guerre en Ukraine, les conflits au Moyen-Orient et en Afrique, les tensions en Asie ont déclenché une vague de réarmement sans précédent depuis la Guerre froide. Les grandes puissances, suivies par d’autres pays, investissent des centaines de milliards dans leurs capacités militaires, au détriment des budgets sociaux et environnementaux. Cette militarisation accrue risque de provoquer une escalade incontrôlable et de retarder les investissements nécessaires notamment dans la lutte contre le changement climatique et l’adaptation des infrastructures. 

En parallèle, la guerre commerciale entre les grandes puissances redessine l’économie mondiale, avec des restrictions sur les exportations, des taxations des technologies vertes, autant de tensions, qui ralentissent la transition écologique et augmentent les coûts des innovations indispensables. 

Dans ce contexte de priorisation des dépenses militaires et de protectionnisme économique, les engagements envers les pays les plus vulnérables se réduisent. Or, ce sont justement ces pays qui ont le moins contribué au réchauffement climatique, qui en subissent de plein fouet les effets, à travers notamment la désertification et des pénuries d’eau. L’abandon du développement ne fera qu’exacerber les crises multiples et les conflits. 

Le dialogue, seul rempart contre l’escalade

Face à ces dérives, la diplomatie doit reprendre ses droits. Plutôt que de renforcer des logiques de confrontation, la communauté internationale doit investir dans des mécanismes de dialogue renforcés. Un multilatéralisme rénové est indispensable pour arbitrer les conflits, éviter la militarisation excessive et relancer des programmes d’appui au développement ciblés sur les enjeux climatiques et hydriques. Les institutions internationales, comme les Nations Unies, ont un rôle crucial à jouer pour faciliter le dialogue, coordonner les actions et mobiliser les ressources nécessaires. 

Le dialogue doit également être promu à l’échelle régionale et locale. Dans un monde où notamment l’eau devient un enjeu stratégique sensible, des négociations entre États riverains, collectivités et acteurs économiques sont essentielles pour éviter des crises majeures. Les mesures appropriées devraient aussi être prises pour le respect du droit humain à l’eau, la protection des ressources et des infrastructures hydriques en tout temps, et partout, notamment dans les conflits. 

https://www.gwp.org/fr/GWP-Afrique-Ouest/

L’engagement citoyen comme levier de transformation 

Si les États peinent à s’entendre, les citoyens et la société civile peuvent jouer un rôle décisif. Leur engagement doit s’intensifier face à la montée des périls. Les consommateurs ont également un pouvoir considérable dans la transition écologique, en exigeant des politiques publiques cohérentes et plus durables. 

Dans ce contexte de mutations accélérées, les think tanks, éclaireurs d’un monde en mutation, ont aussi un rôle stratégique à jouer. Par leurs analyses indépendantes, en organisant des forums de discussion, en produisant des recommandations fondées sur des données, ils peuvent nourrir les débats publics, proposer des alternatives appropriées, identifier des stratégies de coopération plus équilibrées et influencer les décideurs. 

Lors du 17ᵉ sommet des BRICS, le Secrétaire général de l’ONU, en référence aux travaux du Think Tank Council (BRICS), a invité à réfléchir à l’élaboration d’une “architecture de confiance”. L’Afrique n’a-t-elle pas dès lors un rôle singulier à jouer dans la construction d’une nouvelle gouvernance mondiale ? 

I-dialogos International s’inscrit dans cette dynamique pour contribuer à l’élaboration de scénarios prospectifs plus conformes aux aspirations pour un monde de dialogue et de paix, juste et prospère.

Un Monde à Réinventer, une réponse globale et locale dans l’action solidaire 

Les crises mondiales auxquelles nous faisons face sont sans précédent, mais elles ne sont pas insurmontables. Elles exigent une transformation profonde de nos modes de production, de consommation et de gouvernance. Cette transformation doit être guidée par des valeurs de solidarité, de justice et de respect pour l’homme et la nature. 

La technologie et l’innovation sont des leviers puissants pour répondre aux crises actuelles. Les énergies renouvelables, l’agriculture durable, les systèmes de gestion intelligente et les solutions basées sur la nature doivent être déployés à grande échelle. 

Le choix est entre nos mains : subir la spirale des crises ou bâtir un avenir commun fondé sur la coopération, la résilience et la responsabilité. L’histoire nous a montré que l’humanité est capable de se réinventer. Il est temps, une fois encore, de prouver que nous sommes à la hauteur du défi. 

Il est temps de passer des paroles aux actes, en mobilisant tous les acteurs – États, entreprises, société civile et citoyens – autour d’un projet commun : construire un avenir durable et résilient pour tous. La collaboration, le dialogue, l’innovation durable, la solidarité internationale et l’engagement éthique sont les clés pour relever ces défis et préserver l’humanité et la biodiversité pour les générations futures. 

Le temps presse, et l’espoir réside dans notre capacité à agir ensemble, dès maintenant, car c’est ensemble, et seulement ensemble, que nous pourrons bâtir un avenir vivable sur cette Terre que nous partageons.   

Abdoulaye SENE 

Co-Président, cofondateur de I-Dialogos, membre du Comité international de pilotage, Dakar (SENEGAL) 

PS : Après la tenue des ateliers I-Dialogos thématiques régionaux préparatoires, sur les différents continents, les contributions seront rassemblées et débattues à l’occasion d’un événement international de premier plan, prévu à Dakar, au Sénégal, à la fin de l’année 2026 autour de la question centrale du Dialogue.

Le président (à droite) du Global Water Parneship West Africa ,en compagnie du Secrétaire Exécutif (à gauche) et le président sortant (au milieu)

au Sommet citoyen.de Lille (12 juin 2025) 


accéder à l'article  
Prix du meilleur film francophone court, au festival international 2025 de Vichy et le projet 2026. Jean-Claude MAIRAL (Vichy)

Prix du meilleur film francophone court, au festival international 2025 de Vichy et le projet 2026. Jean-Claude MAIRAL (Vichy)

A l'occasion de la 1ère édition du festival international "Un brin de court" qui a eu lieu à Vichy les 15 et 16 novembre, j'ai eu l'honneur de faire partie du jury et de remettre le prix du meilleur film francophone. L'occasion en tant que co-président de I-Dialogos et de délégué général de Francophonie en Auvergne-Bourbonnais, de souligner l'importance de la francophonie au plan linguistique et culturel sur les 5 continents et la sous-estimation de celle-ci au sein de l'hexagone, et d'indiquer que le département de l'Allier était très engagé pour promouvoir la francophonie avec de nombreuses associations et son "vaisseau amiral", le Cavilam-Alliance française de Vichy. Jean-Claude Mairal, Vichy , actualisé le 4 décembre 2025

A l'occasion de la 1ère édition du festival international "Un brin de court" qui a eu lieu à Vichy les 15 et 16 novembre, j'ai eu l'honneur de faire partie du jury et de remettre le prix du meilleur film francophone.

=> Le prochain festival 2026.

L'occasion en tant que co-président de I-Dialogos et de délégué général de Francophonie en Auvergne-Bourbonnais, de souligner devant le public l'importance de la francophonie au plan linguistique et culturel sur les 5 continents et la sous-estimation de celle-ci au sein de l'hexagone, 

d'indiquer que le département de l'Allier était très engagé pour promouvoir la francophonie avec de nombreuses associations et son "vaisseau amiral", le Cavilam-Alliance française de Vichy, recevant chaque année 4000 personnes venant de 125 pays pour se perfectionner dans la langue de Molière. 

Je me suis réjouis que ce festival ait pu rejoindre les rencontres littéraires francophones organisées par le Cavilam-Alliance française ainsi que le festival francophone du reportage court organisé par Planète Jeunes Reporters, faisant de Vichy, ville UNESCO, ville de la Francophonie. 

Avec Pascal Jousse, directeur du festival, nous avons bien l'intention de faire pour sa 2ème édition, de "Un brin de court", un rendez-vous de la Francophonie. 

D'autant que le festival est en lien avec le festival arménien "One Shot", ce qui nous a permis de découvrir 15 films d'une minute de jeunes arméniens. 

Le meilleur film francophone primé a été "Du printemps en hiver", film d'une grande sensibilité et chargé d'émotion, du réalisateur belge Rodrigue Belot. 

Jean-Claude Mairal

Rodrigue Belot, réalisateur de "La femme c'est moi (2020), InTemporAire (2022) et Temps Mort (2023).

Lire également => Les enjeux de l'interculturalité


accéder à l'article  
Afrique – Conflits : vers une doctrine africaine de résolution des conflits. Abdoulahi ATTAYOUB

Afrique – Conflits : vers une doctrine africaine de résolution des conflits. Abdoulahi ATTAYOUB

L’initiative marocaine relative à la résolution de la question sahraouie, récemment reconnue par les Nations unies comme « base sérieuse et crédible », apparaît comme un cadre conceptuel susceptible d’inspirer une approche continentale renouvelée de gestion des conflits. Cet article examine la portée de cette initiative au-delà de son contexte originel et explore son potentiel en tant que matrice doctrinale pour traiter d’autres crises en Afrique, notamment dans la région de l’Azawad au Mali. Abdoulahi ATTAYOUB, Président de l’Organisation de la Diaspora Touarègue en Europe, Lyon, le 17 novembre 2025

Abdoulahi ATTAYOUB est le président de l’Organisation de la Diaspora Touarègue en Europe (ODTE) / Tanat. Il est aussi Consultant en relations internationales (Sahel) et membre du think tank I-Dialogos. 

Vers une doctrine africaine de résolution des conflits : portée et enjeux de l’initiative marocaine 

L’initiative marocaine relative à la résolution de la question sahraouie, récemment reconnue par les Nations unies comme « base sérieuse et crédible », apparaît comme un cadre conceptuel susceptible d’inspirer une approche continentale renouvelée de gestion des conflits. Cet article examine la portée de cette initiative au-delà de son contexte originel et explore son potentiel en tant que matrice doctrinale pour traiter d’autres crises en Afrique, notamment dans la région de l’Azawad au Mali. 

Les conflits internes en Afrique demeurent, pour nombre d’États, un héritage persistant de décolonisations inachevées, de constructions nationales fragilisées et de dynamiques identitaires complexes. Dans ce paysage marqué par la fragmentation des légitimités politiques, la compétition mémorielle et la faiblesse institutionnelle, les initiatives de paix reposant sur des solutions strictement centralisées ou, à l’inverse, sur des tentatives sécessionnistes, peinent à produire des résultats durables. 

Dans ce contexte, l’initiative marocaine, proposée comme solution politique réaliste et acceptable à la question sahraouie et reconnue par le Conseil de sécurité comme sérieuse et crédible, offre une approche alternative articulant souveraineté nationale, reconnaissance des identités locales et autonomie institutionnelle. Cet article propose d’examiner la pertinence de cette initiative en tant que modèle doctrinal exportable à d’autres situations de conflit sur le continent, en particulier au Sahel. 

Une initiative fondée sur le pragmatisme politique et la reconnaissance des diversités locales. Une initiative qui s’éloigne  des logiques centralisatrices rigides

L’un des apports majeurs de cette initiative réside dans son caractère pragmatique. Elle cherche à concilier : 

•⁠  ⁠Le respect de l’unité et de la souveraineté de l’État, 

•⁠  ⁠La prise en compte des réalités sociohistoriques et culturelles, 

•⁠  ⁠L’intégration de mécanismes d’autonomie adaptés aux spécificités territoriales. 

Cette approche s’éloigne à la fois des logiques centralisatrices rigides héritées de certains États postcoloniaux et des revendications de rupture totale. Elle propose une voie médiane, modulable et inclusive, qui vise à stabiliser les territoires tout en permettant l’expression des pluralités identitaires. 

Vers une doctrine africaine : une grille de lecture transposable ? 

La question se pose de savoir si ce modèle, conçu dans le cadre d'un conflit précis, peut s’étendre à d’autres situations. Bien que chaque crise africaine soit unique, l’initiative marocaine pourrait constituer le socle d’une doctrine continentale fondée sur : 

•⁠  ⁠L’autonomie territoriale maîtrisée, 

•⁠  ⁠La gouvernance différenciée, 

•⁠  ⁠La participation active des populations, 

•⁠  ⁠La valorisation des héritages historiques locaux, 

•⁠  ⁠La flexibilité institutionnelle au service de la stabilité. 

Une telle doctrine permettrait d’aborder des conflits persistants nés de frontières établies souvent sans considération pour les réalités socioculturelles. 

Elle offrirait également une alternative à la violence et à l’impasse politique en redonnant aux communautés une place dans la gestion de leurs territoires sans remettre en cause l’intégrité des États. 

Naissance d’un cadre normatif continental 

Fort de cette expérience et de la reconnaissance internationale, cette initiative pourrait contribuer à l’élaboration d’un outil normatif destiné aux instances africaines et internationales. 

Cette contribution pourrait prendre la forme : 

•⁠  ⁠D’une doctrine structurée et adaptable, 

•⁠  ⁠D’un cadre méthodologique pour les médiations et négociations, 

•⁠  ⁠D’une expertise mise à disposition de l’Union africaine et des Nations unies. Un tel apport renforcerait l’architecture africaine de paix et de sécurité (APSA), tout en répondant aux défis croissants de gouvernance territoriale dans un continent où les tensions communautaires et l’effritement étatique sont exacerbés par les crises sécuritaires, notamment au Sahel. 

Le cas de l’Azawad : un terrain d’application possible 

La question de l’Azawad illustre l’importance d’un cadre doctrinal renouvelé. Depuis plusieurs décennies, ce territoire est le théâtre de tensions récurrentes entre l’État malien et divers mouvements locaux. Malgré plusieurs cycles de négociations et d’accords, la situation reste instable, révélant la difficulté à concilier un État unitaire avec une diversité identitaire et historique profondément ancrée. 

La nouvelle approche offrirait plusieurs avantages :

•⁠  ⁠Préservation de l’intégrité territoriale du Mali. 

•⁠  ⁠Reconnaissance des spécificités culturelles, sociales et historiques de l’Azawad. 

•⁠  ⁠Mise en place d’un cadre d’autonomie ou de gouvernance différenciée. 

•⁠  ⁠Valorisation des accords de paix existants comme base de travail. 

Les accords conclus ces dernières décennies contiennent en effet les éléments nécessaires à une adaptation réaliste de la doctrine de l’autonomie encadrée. Ils peuvent être retraduits dans un dispositif institutionnel stable et accepté par les populations. 

L’initiative marocaine, conçue à l’origine pour résoudre un conflit particulier, apparaît aujourd’hui comme un modèle doctrinal potentiellement transposable à d’autres situations africaines marquées par la complexité identitaire et institutionnelle. En articulant souveraineté étatique, autonomie territoriale et reconnaissance des réalités historiques, elle pourrait servir de fondement à une véritable doctrine africaine de résolution des conflits, apte à répondre aux défis du Sahel central et au-delà. 

La question de l’Azawad, en particulier, pourrait bénéficier d’une telle approche, ouvrant la voie à un règlement durable et équilibré.  

Abdoulahi ATTAYOUB 

Président de l’Organisation de la Diaspora Touarègue en Europe (ODTE) / Tanat

Lyon le 17 novembre 2025                                                                                                                                                 

accéder à l'article  
Freedom of Speech in Digital Constitutionalism / Luiz Henrique Diniz ARAUJO (Recife, Brésil)

Freedom of Speech in Digital Constitutionalism / Luiz Henrique Diniz ARAUJO (Recife, Brésil)

En matière de réglementation du numérique, le Brésil avance même si des lacunes subsistente encore, notamment sur la responsabilité en matière de fausses nouvelles et de désinformation. Néanmoins la loi sur le cadre civil de l'internet adoptée en 2014, établit des principes tels que la liberté d'expression, la protection de la vie privée, la protection des données et la neutralité du net. Ainsi il est clair que la législation brésilienne progresse sérieusement vers la garantie de la liberté d'expression sur les plateformes numériques, avec pour objectif d’établir une charte des droits numériques connectant diverses initiatives et renforçant ces droits. Luiz Henrique Diniz AURAJO, Récife (Brésil), le 21 mars 2025

Freedom of Speech in Digital Constitutionalism. Comparing the European and Brazilian Legal Systems.

Liberdade de expressão no constitucionalismo digital. Comparando os sistemas jurídicos europeu e brasileiro.

La liberté d'expression dans le constitutionnalisme numérique. Comparaison des systèmes juridiques européen et brésilien.

Luiz Henrique Diniz Araujo holds a degree in Law from the Federal University of Pernambuco (2000), a Master's degree in Law from the Federal University of Pernambuco (2013), a PhD in Law from the Federal University of Pernambuco (2016), a Sandwich Doctorate from the University of California, Berkeley (CAPES scholarship holder), and post-doctorates from the University of Paris I Panthéon-Sorbonne and the University of British Columbia (Canada). He is currently a federal prosecutor - Federal Attorney General's Office, Professor of Constitutional Law at the Federal University of Pernambuco (UFPE), working mainly on the following topics: Constitutional Law and Procedural Law. Evaluator of the AGU Journal (Qualis B1), the Brazilian Journal of Law (Qualis A1) and the Brazilian Journal of Procedural Law - RBDPRO (Qualis B1). Leader of the Research Group Contemporary Themes in Constitutional Law. / Luiz Henrique Diniz Araujo é bacharel em Direito pela Universidade Federal de Pernambuco (2000), mestre em Direito pela Universidade Federal de Pernambuco (2013), doutor em Direito pela Universidade Federal de Pernambuco (2016), com doutorado sanduíche na Universidade da Califórnia em Berkeley (bolsista CAPES) e pós-doutorados na Universidade Paris I Panthéon-Sorbonne e na Universidade da Colúmbia Britânica (Canadá). Atualmente, é procurador federal - Procuradoria-Geral da República, professor de Direito Constitucional na Universidade Federal de Pernambuco (UFPE), atuando principalmente nos seguintes temas: Direito Constitucional e Direito Processual. Avaliador da Revista AGU (Qualis B1), da Revista Brasileira de Direito (Qualis A1) e da Revista Brasileira de Direito Processual - RBDPRO (Qualis B1). Responsável pelo grupo de pesquisa sobre temas contemporâneos do Direito Constitucional. / Luiz Henrique Diniz Araujo est titulaire d'une licence en droit de l'Université fédérale de Pernambuco (2000), d'une maîtrise en droit de l'Université fédérale de Pernambuco (2013), d'un doctorat en droit de l'Université fédérale de Pernambuco (2016), d'un doctorat sandwich de l'Université de Californie à Berkeley (boursier CAPES) et de post-doctorats à l'Université Paris I Panthéon-Sorbonne et à l'Université de Colombie-Britannique (Canada). Il est actuellement procureur fédéral - Bureau du Procureur général de la République, professeurde droit constitutionnel à l'Université fédérale de Pernambuco (UFPE) travaillant principalement sur les sujets suivants : droit constitutionnel et droit procédural. Évaluateur de la Revue AGU (Qualis B1), de la Revue brésilienne de droit (Qualis A1) et de la Revue brésilienne de droit procédural - RBDPRO (Qualis B1). Responsable du groupe de recherche sur les thèmes contemporains du droit constitutionnel. 

Texto abaixo em português 

Ci-dessous: texte en français

The internet has become a key platform for exercising freedom of speech, allowing billions to express ideas globally. However, digital platforms like Facebook, YouTube, Instagram, TikTok, and Twitter moderate content using opaque criteria, restricting and biasing access to information. 

In such a contexto, big techs hold significant power, blending public authority with private systems, and govern online information. In 2023, Facebook's guidelines affected nearly 3 billion users, and YouTube governs content for about 2.5 billion people. Algorithms used by these platforms influence content moderation and search results, which are not neutral. Platforms can also ban users or posts, impacting freedom of expression. 

Digital Constitutionalism aims to promote public values in the digital world, ensuring freedom of expression is subject to democratic values rather than private interests. Platforms must respect freedom of expression, and public authorities must protect public values and democracy. 

International proposals like the Manila Principles and the IGF Dynamic Coalition aim to create self-governance models for content moderation. The Santa Clara Principles recommend transparency and accountability in content moderation, endorsed by major companies. However, self-regulation is insufficient; public powers must develop rules to enforce democratic control and respect fundamental rights.

EU Regulation and Digital Constitutionalism

The EU has updated its framework for online services, originally established by the e-Commerce Directive (2000), to allow democratic control over content moderation. The Directive exempts platforms from liability if they play a neutral, technical, and passive role towards hosted content. 

Recent regulations include the Copyright Directive, AVMS Directive amendments, TERREG, GDPR, and the Digital Services Act (2022), all part of the Digital Single Market strategy. The EU Code of Conduct on Countering Illegal Hate Speech Online, launched in 2016, aims to prevent illegal hate speech through agreements with major platforms. By 2022, platforms like Instagram, Snapchat, TikTok, LinkedIn, Rakuten Viber, and Twitch joined the Code. 

The 2022 Code of Practice on Disinformation involves major online platforms and various stakeholders, aiming to demonetize disinformation, ensure transparency in political advertising, empower users, enhance cooperation with fact-checkers, and provide researchers with better data access. 

In 2019, the ECJ ruled in Eva Glawischnig-Piesczek v. Facebook Ireland Limited that service providers can be required to remove harmful content, respecting freedom of expression and national procedures. In Khadija Ismayilova v. Azerbaijan, the Strasbourg Court recognized states' responsibility to protect investigative journalists. 

EU law is moving towards a Digital Constitutional System to protect freedom of speech in the digital environment, involving various pieces of legislation and decisions from the European Court of Justice and the European Court of Human Rights. Fundamental rights should have horizontal effects, applying constitutional norms to private actors, requiring positive state actions to protect human rights. Classical National Constitutionalism is insufficient in the global digital context. Transnational regimes can be constitutional subjects, regulating societal processes. The horizontal application of constitutional rights has been adopted in various countries, including Ireland, Canada, Germany, South Africa, and the EU. The ECJ has endorsed horizontal application in cases like Van Gend En Loos, Walrave, Bosman, and Deliege. The Strasbourg Court in Dink v. Turkey emphasized states' positive duty to protect freedom of speech against private actors.

Freedom of Speech and Digital Constitutionalism in Brazil

Brazil has made progress in regulating the digital environment, but gaps remain, such as accountability for fake news and disinformation. The Internet General Civil Act (Marco Civil da Internet – Lei n. 12.965/14) was enacted in 2014, establishing principles like freedom of expression, privacy protection, data protection, and internet neutrality. 

The Liberty, Responsibility and Transparency in the Internet Act (Projeto de Lei 2.630/2020) is proposed to address third-party accountability for content, requiring social network providers to verify user authenticity and develop measures to detect fraud. Providers must ensure users' rights to access information and freedom of expression, with mechanisms for appeal and due process. Transparency reports detailing content moderation actions must be published quarterly. 

Social media providers face penalties for non-compliance, including warnings and fines up to 10% of their revenue. They must maintain headquarters and legal representatives in Brazil and provide remote access to databases for judicial orders. In the judicial field, the Supreme Court is addressing key themes: 

  • Theme 987: Constitutionality of article 19 of the Marco Civil da Internet, requiring judicial orders for content removal.
  • Theme 533: Constitutionality of the duty of internet providers to ban inappropriate content without judicial intervention.
  • ADI 7261: Resolution 23.714/2022 of the Superior Electoral Court, addressing measures against disinformation in elections.

The Superior Electoral Court has signed agreements with platforms like WhatsApp, Twitter, TikTok, Kwai, Google, and Facebook to tackle disinformation in elections. The court also enacted Resolution 23.714, imposing fines for non-compliance in removing false information. 

Justice Alexandre de Moraes, in Petition 12.404, addressed organized criminal activity threatening federal officers. Elon Musk's defiance of Brazilian court rulings led to the suspension of X Brasil Internet Ltda.'s operations in Brazil. 

The Superior Court of Justice ruled that platforms can remove content violating the law or terms of use without a court order, promoting regulated self-regulation with judicial oversight. 

It can be noticed that Brazilian law is progressing towards guaranteeing freedom of speech on digital platforms, aiming for an internet bill of rights to connect various initiatives and strengthen these rights. 

Liberdade de Expressão no Constitucionalismo Digital. Comparando os Sistemas Jurídicos Europeu e Brasileiro.  

A internet se tornou uma plataforma chave para o exercício da liberdade de expressão, permitindo que bilhões de pessoas expressem ideias globalmente. No entanto, plataformas digitais como Facebook, YouTube, Instagram, TikTok e Twitter moderam o conteúdo usando critérios opacos, restringindo e enviesando o acesso à informação. Nesse contexto, as grandes empresas de tecnologia detêm um poder significativo, misturando autoridade pública com sistemas privados, e governam a informação online. 

Em 2023, as diretrizes do Facebook afetaram quase 3 bilhões de usuários, e o YouTube governa o conteúdo para cerca de 2,5 bilhões de pessoas. Os algoritmos usados por essas plataformas influenciam a moderação de conteúdo e os resultados de busca, que não são neutros. As plataformas também podem banir usuários ou postagens, impactando a liberdade de expressão. 

O Constitucionalismo Digital visa a promover valores públicos no mundo digital, garantindo que a liberdade de expressão esteja sujeita a valores democráticos em vez de interesses privados. Assim, as plataformas devem respeitar a liberdade de expressão, e as autoridades públicas devem proteger os valores públicos e a democracia. 

Propostas internacionais como os Princípios de Manila e a Coalizão Dinâmica do IGF visam criar modelos de autogovernança para a moderação de conteúdo. Os Princípios de Santa Clara recomendam transparência e responsabilidade na moderação de conteúdo, endossados por grandes empresas. No entanto, a autorregulação é insuficiente; os poderes públicos devem desenvolver regras para impor o controle democrático e respeitar os direitos fundamentais. 

Regulamentação da UE e Constitucionalismo Digital A União 

Europeia atualizou seu quadro para serviços online, originalmente estabelecido pela Diretiva de Comércio Eletrônico (2000), para permitir o controle democrático sobre a moderação de conteúdo. A Diretiva isenta as plataformas de responsabilidade se desempenharem um papel neutro, técnico e passivo em relação ao conteúdo hospedado. 

Regulamentações recentes incluem a Diretiva de Direitos Autorais, emendas à Diretiva AVMS, TERREG, GDPR e a Lei de Serviços Digitais (2022), todas parte da estratégia do Mercado Único Digital. O Código de Conduta da UE sobre o Combate ao Discurso de Ódio Ilegal Online, lançado em 2016, visa prevenir o discurso de ódio ilegal por meio de acordos com grandes plataformas. 

Em 2022, plataformas como Instagram, Snapchat, TikTok, LinkedIn, Rakuten Viber e Twitch aderiram ao Código. O Código de Prática sobre Desinformação de 2022 envolve grandes plataformas online e várias partes interessadas, visando desmonetizar a desinformação, garantir transparência na publicidade política, capacitar os usuários, melhorar a cooperação com verificadores de fatos e fornecer aos pesquisadores melhor acesso aos dados. 

Em 2019, o Tribunal de Justiça da União Europeia decidiu no caso Eva Glawischnig-Piesczek v. Facebook Ireland Limited que os provedores de serviços podem ser obrigados a remover conteúdo prejudicial, respeitando a liberdade de expressão e os procedimentos nacionais. No caso Khadija Ismayilova v. Azerbaijão, o Tribunal de Estrasburgo reconheceu a responsabilidade dos estados em proteger jornalistas investigativos. 

A legislação da UE está se movendo em direção a um Sistema Constitucional Digital para proteger a liberdade de expressão no ambiente digital, envolvendo várias peças legislativas e decisões do Tribunal de Justiça da União Europeia e do Tribunal Europeu dos Direitos Humanos. Os direitos fundamentais devem ter efeitos horizontais, aplicando normas constitucionais a atores privados, exigindo ações positivas do estado para proteger os direitos humanos.  O Constitucionalismo Nacional Clássico é insuficiente no contexto digital global. 

Regimes transnacionais podem ser sujeitos constitucionais, regulando processos sociais. A aplicação horizontal dos direitos constitucionais foi adotada em vários países, incluindo Irlanda, Canadá, Alemanha, África do Sul e a UE. O TJUE endossou a aplicação horizontal em casos como Van Gend En Loos, Walrave, Bosman e Deliege. O Tribunal de Estrasburgo, no caso Dink v. Turquia, enfatizou o dever positivo dos estados de proteger a liberdade de expressão contra atores privados. 

Liberdade de Expressão e Constitucionalismo Digital no Brasil  

O Brasil tem avançado na regulamentação do ambiente digital, mas ainda existem lacunas, como a responsabilidade por notícias falsas e desinformação. O Marco Civil da Internet (Lei n. 12.965/14) foi promulgado em 2014, estabelecendo princípios como liberdade de expressão, proteção da privacidade, proteção de dados e neutralidade da internet. 

O Projeto de Lei 2.630/2020, conhecido como Lei de Liberdade, Responsabilidade e Transparência na Internet, é proposto para abordar a responsabilidade de terceiros pelo conteúdo, exigindo que os provedores de redes sociais verifiquem a autenticidade dos usuários e desenvolvam medidas para detectar fraudes. 

Os provedores devem garantir os direitos dos usuários de acessar informações e liberdade de expressão, com mecanismos de apelação e devido processo. Relatórios de transparência detalhando as ações de moderação de conteúdo devem ser publicados trimestralmente. Os provedores de redes sociais enfrentam penalidades por não conformidade, incluindo advertências e multas de até 10% de sua receita. Eles devem manter sedes e representantes legais no Brasil e fornecer acesso remoto a bancos de dados para ordens judiciais. 

No campo judicial, o Supremo Tribunal Federal está abordando temas chave: • Tema 987: Constitucionalidade do artigo 19 do Marco Civil da Internet, que exige ordens judiciais para remoção de conteúdo. • Tema 533: Constitucionalidade do dever dos provedores de internet de banir conteúdo inadequado sem intervenção judicial. • ADI 7261: Resolução 23.714/2022 do Tribunal Superior Eleitoral, abordando medidas contra desinformação nas eleições. 

O Tribunal Superior Eleitoral assinou acordos com plataformas como WhatsApp, Twitter, TikTok, Kwai, Google e Facebook para combater a desinformação nas eleições. O Tribunal também promulgou a Resolução 23.714, impondo multas por não conformidade na remoção de informações falsas. 

O ministro Alexandre de Moraes, na Petição 12.404, abordou a atividade criminosa organizada que ameaça agentes federais. A desobediência de Elon Musk às decisões judiciais brasileiras levou à suspensão das operações da X Brasil Internet Ltda. no Brasil. 

O Superior Tribunal de Justiça decidiu que as plataformas podem remover conteúdo que viole a lei ou os termos de uso sem uma ordem judicial, promovendo a autorregulação regulada com supervisão judicial. 

Pode-se notar que a legislação brasileira está progredindo para garantir a liberdade de expressão nas plataformas digitais, visando um projeto de lei de direitos na internet para conectar várias iniciativas e fortalecer esses direitos.

................................

La liberté d'expression dans le constitutionnalisme numérique. 

Comparaison des systèmes juridiques européen et brésilien.

L'internet est devenu une plateforme clé pour exercer la liberté d'expression, permettant à des milliards de personnes d'exprimer leurs idées à l'échelle mondiale. Cependant, les plateformes numériques comme Facebook, YouTube, Instagram, TikTok et Twitter modèrent le contenu selon des critères opaques, restreignant et biaisant l'accès à l'information. 

Dans ce contexte, les grandes entreprises technologiques détiennent un pouvoir considérable, mélangeant autorité publique et systèmes privés, et gouvernant l'information en ligne. En 2023, les directives de Facebook ont affecté près de 3 milliards d'utilisateurs, et YouTube régule le contenu d'environ 2,5 milliards de personnes. Les algorithmes utilisés par ces plateformes influencent la modération du contenu et les résultats de recherche, et ne sont pas neutres. Ces plateformes peuvent également interdire des utilisateurs ou des publications, impactant ainsi la liberté d'expression. 

Le constitutionnalisme numérique vise à promouvoir des valeurs publiques dans le monde numérique, en veillant à ce que la liberté d'expression soit soumise à des principes démocratiques plutôt qu'à des intérêts privés. Les plateformes doivent respecter cette liberté, et les autorités publiques doivent protéger les valeurs publiques et la démocratie. 

Des propositions internationales, comme les Principes de Manille et la Coalition dynamique de l'IGF, cherchent à établir des modèles d'autogouvernance pour la modération du contenu. Les Principes de Santa Clara recommandent la transparence et la responsabilité dans la modération du contenu, et sont soutenus par de grandes entreprises. Cependant, l'autorégulation reste insuffisante ; les pouvoirs publics doivent développer des règles pour garantir un contrôle démocratique et le respect des droits fondamentaux.

Régulation de l'UE et constitutionnalisme  numérique

L'Union européenne a mis à jour son cadre réglementaire des services en ligne, initialement établi par la directive sur le commerce électronique (2000), afin de permettre un contrôle démocratique de la modération des contenus. Cette directive exonère les plateformes de responsabilité si elles jouent un rôle neutre, technique et passif vis-à-vis des contenus hébergés. 

Les réglementations récentes incluent la directive sur le droit d’auteur, les amendements à la directive AVMS, le règlement TERREG, la RGPD et le Digital Services Act (2022), tous intégrés dans la stratégie du marché unique numérique. Le Code de conduite de l'UE sur la lutte contre les discours de haine en ligne, lancé en 2016, vise à prévenir ces discours illégaux grâce à des accords avec les grandes plateformes. En 2022, des plateformes comme Instagram, Snapchat, TikTok, LinkedIn, Rakuten Viber et Twitch ont rejoint ce code. 

Le Code de bonnes pratiques sur la désinformation de 2022 implique les principales plateformes en ligne et divers acteurs pour lutter contre la désinformation. Il vise à démonétiser les fausses informations, assurer la transparence de la publicité politique, responsabiliser les utilisateurs, renforcer la coopération avec les vérificateurs de faits et fournir aux chercheurs un meilleur accès aux données. 

En 2019, la Cour de justice de l'UE (CJUE) a statué dans l'affaire Eva Glawischnig-Piesczek c. Facebook Ireland Limited que les prestataires de services peuvent être tenus de supprimer du contenu nuisible, tout en respectant la liberté d'expression et les procédures nationales. Dans l'affaire Khadija Ismayilova c. Azerbaïdjan, la Cour de Strasbourg a reconnu la responsabilité des États dans la protection des journalistes d'investigation. 

Le droit européen évolue vers un système constitutionnel numérique pour protéger la liberté d'expression en ligne, à travers divers textes législatifs et décisions de la CJUE et de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH). Les droits fondamentaux doivent avoir des effets horizontaux, appliquant les normes constitutionnelles aux acteurs privés et exigeant des actions positives de l’État pour protéger les droits humains. 

Le constitutionnalisme national classique est insuffisant dans un contexte numérique globalisé. Des régimes transnationaux peuvent être des sujets constitutionnels, régulant les processus sociétaux. L'application horizontale des droits constitutionnels a été adoptée dans plusieurs pays, notamment en Irlande, au Canada, en Allemagne, en Afrique du Sud et dans l'UE. La CJUE a approuvé cette approche dans des affaires comme Van Gend En Loos, Walrave, Bosman et Deliege. La Cour de Strasbourg, dans Dink c. Turquie, a souligné le devoir positif des États de protéger la liberté d'expression contre les acteurs privés. 

Liberté d'expression et constitutionnalisme numérique au Brésil

Le Brésil a progressé dans la réglementation du numérique, mais des lacunes subsistent, notamment sur la responsabilité en matière de fausses nouvelles et de désinformation. La loi sur le cadre civil de l'internet (Marco Civil da Internet – Loi n° 12.965/14), adoptée en 2014, établit des principes tels que la liberté d'expression, la protection de la vie privée, la protection des données et la neutralité du net. 

Le projet de loi sur la liberté, la responsabilité et la transparence sur Internet (Projeto de Lei 2.630/2020) propose de renforcer la responsabilité des tiers en matière de contenu, en obligeant les fournisseurs de réseaux sociaux à vérifier l'authenticité des utilisateurs et à mettre en place des mesures de détection des fraudes. Les fournisseurs doivent garantir aux utilisateurs l'accès à l'information et à la liberté d'expression, avec des mécanismes d'appel et de respect du droit à une procédure équitable. Des rapports de transparence sur la modération des contenus doivent être publiés chaque trimestre. 

Les fournisseurs de médias sociaux encourent des sanctions en cas de non-conformité, notamment des avertissements et des amendes pouvant aller jusqu'à 10 % de leur chiffre d'affaires. Ils doivent maintenir un siège social et des représentants légaux au Brésil et fournir un accès à distance aux bases de données pour les décisions judiciaires. 

Sur le plan judiciaire, la Cour suprême brésilienne traite plusieurs questions clés : 

  • Thème 987 : Constitutionnalité de l'article 19 du Marco Civil da Internet, qui exige une ordonnance judiciaire pour le retrait de contenu.
  • Thème 533 : Constitutionnalité de l'obligation des fournisseurs d'interdire les contenus inappropriés sans intervention judiciaire.
  • ADI 7261 : Résolution 23.714/2022 du Tribunal supérieur électoral, abordant les mesures contre la désinformation électorale.

 Le Tribunal supérieur électoral a signé des accords avec des plateformes comme WhatsApp, Twitter, TikTok, Kwai, Google et Facebook pour lutter contre la désinformation en période électorale. Il a également adopté la résolution 23.714, imposant des amendes en cas de non-suppression des fausses informations. 

Le juge Alexandre de Moraes, dans la Pétition 12.404, a abordé l'activité criminelle organisée menaçant les fonctionnaires fédéraux. Le défi d'Elon Musk aux décisions judiciaires brésiliennes a conduit à la suspension des opérations de X Brasil Internet Ltda. dans le pays. Le Tribunal supérieur de justice a statué que les plateformes peuvent supprimer du contenu violant la loi ou leurs conditions d'utilisation sans ordonnance judiciaire, favorisant une autorégulation encadrée par une surveillance judiciaire. 

On observe ainsi que la législation brésilienne progresse vers la garantie de la liberté d'expression sur les plateformes numériques, avec pour objectif d’établir une charte des droits numériques connectant diverses initiatives et renforçant ces droits.


accéder à l'article  
Russie-Ukraine : Les conditions d’un retour à la paix. Ariel FRANCAIS. Vienne/Autriche

Russie-Ukraine : Les conditions d’un retour à la paix. Ariel FRANCAIS. Vienne/Autriche

Une paix durable entre l'Ukraine et la Russie exigerait des compromis de part et d’autre qui scellent la souveraineté de l’Ukraine et garantissent sa sécurité, tout en répondant aux exigences de la Russie en matière de sécurité et de reconnaissance des réalités géopolitiques et territoriales qui découlent de son histoire. En fin de compte, un engagement renouvelé et unifié de l'UE avec la Russie serait essentiel pour garantir une stabilité et une coopération durables sur l'ensemble du continent. Ariel FRANÇAIS. Merida (Mexique), le 10 septembre 2025

Patrice-Ariel (Ariel) Français est un haut fonctionnaire de l'ONU et essayiste à la retraite. Il vit entre Vienne (en Autriche), et Merida (au Méxique). Après une décennie au service du gouvernement  français, il a rejoint  son premier poste au Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) en 1980, entamant une carrière de 25 ans au service des Nations Unies. Il a servi dans différents pays en tant que Coordonnateur résident des Nations Unies. Ariel est membre du Think Tank I-Dialogos.

Le conflit en Ukraine  découle de problèmes  existentiels pour les deux principaux protagonistes.   

Des questions existentielles qui se chevauchent au départ 

La guerre en Ukraine est d'abord une réponse à ce que la Russie considère comme une menace existentielle à son encontre , face à l'expansion continue de l'OTAN à ses frontières. La soi-disant « dénazification » de l'Ukraine reste un écran de fumée sans véritable substance destinée à justifier l'opération militaire spéciale contre son voisin et  à contrer les menaces engendrées par l'« occidentalisation » culturelle et politique de l’Ukraine  et l’ interventionisme croissant  de l'OTAN et l'UE. 

Pour l'Ukraine, en revanche, l'invasion russe a été vécue comme une double agression : agression contre la volonté de la grande majorité de sa population de se rapprocher du monde occidental (et de s'intégrer dans l'Union européenne à cet effet) et agression contre sa volonté de défendre un territoire issu de la partition de l'ex-URSS et universellement reconnu comme souverain par la communauté internationale (quitte à ignorer la aspirations autonomistes d'une partie de sa population russophone). 

La résistance ukrainienne à l'agression russe s'est avérée exceptionnelle, aidée il est vrai par les pays dits « occidentaux ». 

Ces derniers ont à ce jour mobilisé 267 milliards d'euros pour l'aide militaire, financière et humanitaire à l'Ukraine (dont 135 milliards par l'Union européenne et ses États membres et 114 milliards par les États-Unis) , sans épargner de façon croissante toutes sortes de sanctions à l'encontre de la Russie – sanctions économiques, commerciales, financières et technologiques en particulier.   

Où en sommes-nous aujourd'hui ? 

Trois ans après le début de cette guerre au cœur de l'Europe, aucune offensive décisive n'a pu s'imposer de part et d'autre, au prix désastreux d'un million et demi de morts et de blessés sur les champs de bataille, selon les estimations les plus récentes. 

Dans le même temps, le soutien occidental à l'Ukraine s'est transformé en un test existentiel – et, espérons-le, une nette avancée  pour la sécurité et la défense de l'Europe , malmenée par le déclin de l'engagement des États-Unis envers leurs alliés et par  leur désintéret pour tout ce qui se trouve au-delà de leurs  frontières.   

Les conditions d'un retour à la paix 

A ce stade, la question se pose de savoir s'il est concevable et possible de rétablir  la paix en Europe et de mettre sur pied une coopération prometteuse entre toutes les parties présentes sur le continent européen, ce qui suppose à mon sens trois conditions : 

1. Qu'un processus de paix viable et durable puisse  être initié et conclu entre la Russie et l'Ukraine ; 

2. Que les Européens ne dépendent plus des États-Unis pour assurer leur propre défense ; 

3. Que la coopération entre la Russie et l'Union européenne soit relancée sur des bases saines et durables. 

La première condition, et la plus urgente, est fondamentale pour apporter la paix et la sécurité en Europe, à un moment où l'évolution géopolitique mondiale l'a rendue  plus que jamais nécessaire. Cependant, aucun accord viable ne serait  concevable si les parties s'en tiennent à leurs exigences et refusent de faire des compromis. 

Pour la Russie, de mon point de vue, il s'agirait de reconnaître le droit souverain de l'Ukraine à entrer dans l'Union européenne, sans restriction d'aucune sorte, y compris en matière de défense (accès, notamment, à la clause de défense mutuelle de l'article 42, paragraphe 7, du traité sur l'Union européenne). 

Cela consisterait également en un engagement formel de la Russie à ne pas intervenir en Ukraine sous quelque forme que ce soit – militaire, politique ou autre. 

Enfin, il s'agirait de reconnaître le droit des populations du Donbass à décider souverainement de leur propre sort : appartenir à l'Ukraine pour les unes ou rejoindre la Russie pour les autres, selon des vœux exprimés dans le cadre de référendums, encadrés par l'ONU avec l'appui de l'OSCE, dans les quatre oblasts du Donbass. 

En outre, des réparations seraient exigées de la Russie pour reconstruire les infrastructures détruites et indemniser les victimes de la guerre. Ces réparations seraient garanties par la saisie des avoirs russes gelés à la suite de l'invasion de l'Ukraine. 

En ce qui concerne l'Ukraine, les compromis consisteraient d'abord en une renonciation définitive d’adhérer à l'OTAN, le pays  s'engageant plutôt à adopter un statut de neutralité, comme l'Autriche par exemple, sans préjudice de la clause de défense commune du traité de l'Union européenne. Ils consisteraient également en la reconnaissance d'un rattachement  définitif de la Crimée à la Russie, reconnaissance  selon toute probabilité non négociable pour la Russie. 

Il en serait probablement de même pour la reconnaissance des deux Républiques populaires de Donetsk et de Louhansk, rattachées à la Russie, sous réserve d'un référendum de ratification par les populations concernées dans les deux républiques autonomes. 

Enfin, ils pourraient consister – plus pour la galerie que sur le fond – en un engagement pour l'Ukraine d'interdire toute organisation d'extrême droite à l'avenir, un engagement de nature constitutionnelle, comme dans le cas de l'Allemagne. 

Cependant, pour qu'un tel accord puisse voir le jour, le rôle central de l'Union européenne  et des capitales de l’Europe de l’Ouest – en tant que parties prenantes au conflit, tant sur le plan matériel que politique – ne saurait être sous-estimé. 

Renouer le dialogue avec Moscou

C'est précisément pour cette raison qu'il serait  impératif que les capitales européennes  renouent le dialogue avec Moscou, arretant une position commune face à Poutine, même si ce dernier persiste à faire la sourde oreille à leurs appels. Après tout, tôt ou tard, la Russie devra bien se rendre compte que rien ne saurait être réglé sans le concours  de l'Europe occidentale.   

Deux exigences 

Sur le fond, une paix durable entre l'Ukraine et la Russie exigerait des compromis de part et d’autre qui scellent la souveraineté de l’Ukraine et garantissent sa sécurité, tout en répondant aux exigences de la Russie en matière de  sécurité et de reconnaissance des réalités géopolitiques et territoriales qui découlent de son histoire. 

En fin de compte, un engagement renouvelé et unifié de l'UE avec la Russie serait essentiel pour garantir une stabilité et une coopération durables sur l'ensemble du continent. 

A.F. 08 2025

Cet article s'appuie sur l'article récemment publié par le même auteur intitulé « La sécurité européenne à l'ère de Trump et de Poutine », un document de réflexion sur la paix, FOGGS Papers, et I-Dialogos. juin 2025. 

https://www.i-dialogos.com/analyses/la-s%C3%A9curit%C3%A9-europ%C3%A9enne-%C3%A0-l-heure-de-trump-et-de-poutine-ariel-francais

https://katoikos.world/analysis/russia-ukraine-conditions-for-a-return-to-peace.html

accéder à l'article  
L’extrémisme essentialiste qui menace « le renouveau panafricain ». Abdoulahi ATTAYOUB

L’extrémisme essentialiste qui menace « le renouveau panafricain ». Abdoulahi ATTAYOUB

Le neuvième Congrès panafricain, qui s’ouvre cette semaine à Lomé, s’annonce comme un test décisif pour un panafricanisme en quête de pertinence. Dans un contexte mondial en recomposition, il devra montrer s’il peut encore canaliser l’énergie d’une jeunesse africaine exigeant une place plus claire, plus forte et plus stratégique pour le continent sur la scène internationale. Les aspirations souverainistes portées aujourd’hui par de nombreux Africains sont légitimes. La volonté de rompre avec un ordre international inéquitable, qui a longtemps entravé le potentiel de la jeunesse du continent, mérite d’être entendue. Abdoulahi ATTAYOUB, Lyon, le 8 décembre 2025

Abdoulahi ATTAYOUB est le président de l’Organisation de la Diaspora Touarègue en Europe (ODTE) / Tanat. Il est aussi Consultant en relations internationales (Sahel) et membre du think tank I-Dialogos.  

Le neuvième Congrès panafricain, qui s’ouvre cette semaine à Lomé, s’annonce comme un test décisif pour un panafricanisme en quête de pertinence. Dans un contexte mondial en recomposition, il devra montrer s’il peut encore canaliser l’énergie d’une jeunesse africaine exigeant une place plus claire, plus forte et plus stratégique pour le continent sur la scène internationale. 

Depuis quelques années, un nouveau courant se réclamant du panafricanisme gagne en visibilité. Porté par des voix radicales, il s’illustre par une rhétorique simplificatrice où les défis complexes du continent sont ramenés à une opposition binaire entre le « Noir » et le « Blanc ». Cette vision essentialiste, qui prétend défendre l’Afrique, finit paradoxalement par l’enfermer dans une lecture réductrice et parfois ouvertement raciale du monde. 

En érigeant l’expression « continent noir » en vérité absolue, ces militants révèlent les limites de leur projet politique. Ils gomment une partie essentielle de l’histoire africaine et ignorent des figures emblématiques, de Massinissa à Jugurtha, jusqu’à Saint Augustin, dont l’africanité dérange la construction idéologique qu’ils cherchent à imposer. 

Leur discours homogénéisant travestit la complexité d’un continent qui fut, et demeure, un carrefour civilisationnel fondamental pour l’humanité. 

Plus inquiétant encore : certains régimes africains semblent séduits par ces discours radicaux. Pensant y trouver une légitimation politique ou un ressort mobilisateur, ils accordent une influence démesurée à des idéologues dont les postures frôlent l’imposture. 

Un vide idéologique ?

En réalité, cette complaisance trahit un vide idéologique et l’absence de perspectives structurantes à offrir aux populations. Elle risque surtout d’entraver l’ambition affichée d’ouverture au monde et de participation constructive au concert des nations. 

Ces entrepreneurs identitaires exploitent habilement les frustrations d’une partie de la jeunesse africaine, partagée entre un sentiment d’injustice historique et les difficultés à trouver leur place dans un environnement mondialisé. Mais leur offre politique, fondée sur la rancœur et la racialisation systématique des rapports humains, n’apporte aucune réponse aux défis concrets : gouvernance, éducation, sécurité, inclusion économique, justice sociale. 

Au Burkina Faso, le recours opportuniste à la figure de Thomas Sankara illustre cette instrumentalisation mémorielle. 

Au Mali, la mise en avant des tensions autour de l’Azawad ou du Macina révèle une volonté d’exacerber les fractures plutôt que de chercher des solutions durables. 

Au Niger, enfin, ces marchands d’illusions se heurtent au rejet d’une partie de la jeunesse qui refuse d’être enfermée dans un discours racialisant, éloigné de ses aspirations quotidiennes. 

Des aspirations souverainistes qui sont légitimes

Pourtant, les aspirations souverainistes portées aujourd’hui par de nombreux Africains sont légitimes. La volonté de rompre avec un ordre international inéquitable, qui a longtemps entravé le potentiel de la jeunesse du continent, mérite d’être entendue. 

Mais cette quête ne peut porter ses fruits sans une introspection lucide : l’Afrique doit aussi affronter ses propres contradictions, ses blocages internes, ses fragilités institutionnelles. Ce sont précisément ces failles que certains acteurs extérieurs continuent d’exploiter pour maintenir des relations asymétriques auxquelles ils sont pourtant censés mettre un terme. 

Aux peuples africains de construire un nouveau regard

Il appartient désormais aux peuples africains de construire un nouveau regard sur eux-mêmes et sur le monde, un regard endogène, pragmatique et décomplexé. 

L’héritage colonial doit être analysé sans complaisance, mais il ne saurait servir d’alibi à une pensée qui refuse la nuance et fige l’Afrique dans un rôle de victime éternelle. 

Comprendre les ressorts historiques de la domination est indispensable ; s’y enfermer, dangereux. 

Le panafricanisme, s’il veut retrouver sa force émancipatrice, doit renouer avec ses fondements : l’unité, la justice, l’ouverture, la créativité politique. 

Certainement pas avec l’essentialisme racial qui en trahit l’esprit.   

Abdoulahi ATTAYOUB 

08 décembre 2025

Lire l'article 

accéder à l'article  
Concentration du pouvoir, surveillance généralisée et érosion des libertés ? Patrice CARDOT

Concentration du pouvoir, surveillance généralisée et érosion des libertés ? Patrice CARDOT

Cette étude, réalisée avec l’appui technique de l’assistance virtuelle intelligente et éthique Mistral AI / Le Chat, s’inscrit dans une série d’analyses approfondies du même auteur visant à éclairer les mécanismes par lesquels les libertés fondamentales, l’État de droit et les principes démocratiques sont progressivement érodés en France et dans l’Union européenne . Elle en constitue une synthèse globale. Les motifs en sont multiples : La concentration du pouvoir technologique / Les atteintes aux libertés fondamentales / L’affaiblissement de l’État de droit / La remise en cause de la souveraineté populaire. / De l’urgence d’une réponse collective. Patrice CARDOT, Bayonne, le 14 septembre 2025

Ancien élève de l’Ecole française de l’Air (Promotion 1974) et de l’Ecole nationale supérieure de Techniques Avancées (ENSTA – Promotion 1983 – Option ‘analyse des systèmes), titulaire d’un DEA en intelligence artificielle (INP Toulouse -1986), Patrice Cardot est retraité depuis le 1er août 2016. 

 Après avoir servi comme officier de l’Armée de l’Air en qualité de membre du Personnel navigant, enseignant-chercheur et cadre de direction, Patrice Cardot a servi la France dans de nombreuses fonctions : cadre de direction (direction des études, délégation aux relations industrielles) et enseignant-chercheur dans diverses grandes écoles d’ingénieur et universités en France et au Maroc, cadre d’administration centrale au sein de la Délégation générale de l’armement et du Ministère de l’Education Nationale, de la Recherche et de la Technologie, chargé de mission ‘Europe’ auprès du ministre de la Défense, et enfin, chargé de mission ‘questions européennes et internationales’ au sein du Conseil général de l’armement, organe de réflexion placé auprès du ministre de la Défense.  

Ancien auditeur de l’Institut diplomatique (2005), de nombreuses missions d’études lui ont été confiées par les pouvoirs publics nationaux et européens dans le cadre de mandats officiels.  

Connu pour sa conception résolument gaullienne du rôle de la France et de l’Union européenne dans le monde, reconnu et apprécié au niveau international pour ses compétences dans de nombreux domaines, Patrice Cardot a publié de très nombreux articles et ouvrages et présidé plusieurs colloques et séminaires importants autour des grands défis posés par la construction européenne, par le développement des hautes technologies, par la souveraineté numérique, par le double caractère global et systémique de la sécurité, par l’émergence de la politique de sécurité et de défense de l’Union européenne, par la sécurité et le développement – notamment sur le pourtour méditerranéen – ou encore par la globalisation stratégique.

Concentration du pouvoir, surveillance généralisée et érosion des libertés : comment le technocapitalisme, les systèmes financiers, les FAI et l'OSINT  redéfinissent le contrôle social en Europe.

Exposé des motifs et justifications de l'étude

Cette étude, réalisée avec l’appui technique de l’assistance virtuelle intelligente et éthique Mistral AI / Le Chat, s’inscrit dans une série d’analyses approfondies du même auteur visant à éclairer les mécanismes par lesquels les libertés fondamentales, l’État de droit et les principes démocratiques sont progressivement érodés en France et dans l’Union européenne1 . Elle en constitue une synthèse globale.

Les motifs en sont multiples et urgents

La concentration du pouvoir technologique : Les acteurs dominants du numérique, tels que Google, Meta, Amazon, Apple et Microsoft, ont accumulé un pouvoir économique, politique et technologique sans précédent. Leur influence s’étend bien au-delà du simple cadre commercial : elle façonne les débats publics, oriente les choix politiques et redéfinit les normes sociales. Cette concentration pose une menace directe à l’équilibre démocratique, en substituant des logiques marchandes et algorithmiques aux mécanismes traditionnels de représentation et de contrôle citoyen.

Les atteintes aux libertés fondamentales : La surveillance de masse, la collecte indiscriminée de données personnelles, l’utilisation de l’intelligence artificielle à des fins de contrôle social et la manipulation des comportements via des algorithmes opaques constituent des violations flagrantes des droits à la vie privée, à la liberté d’expression et à l’autodétermination. Ces pratiques, souvent justifiées par des impératifs de sécurité ou d’efficacité, sapent les fondements mêmes des sociétés libérales et démocratiques.

L’affaiblissement de l’État de droit : Les stratégies des géants technologiques pour contourner les réglementations (via des montages juridiques complexes, des filiales offshore ou des pressions lobbyistes) révèlent une crise profonde de l’État de droit. Les institutions européennes et nationales, souvent dépassées par la rapidité des innovations technologiques et la puissance économique de ces acteurs, peinent à faire respecter les cadres légaux existants, tels que le RGPD ou les directives sur la protection des données.

La remise en cause de la souveraineté populaire : La dépendance croissante des États et des citoyens aux infrastructures numériques contrôlées par des entités privées étrangères pose une question fondamentale : qui gouverne réellement ? Lorsque des algorithmes décident de l’accès à l’information, de l’allocation des ressources ou même de l’orientation des débats politiques, la souveraineté des peuples est directement menacée. Les mécanismes démocratiques traditionnels, fondés sur la transparence, le débat public et le contrôle citoyen, sont court- circuités par des processus décisionnels opaques et non responsables.

 L’urgence d’une réponse collective : Face à ces défis, il est essentiel de documenter, d’analyser et de proposer des pistes d’action pour les citoyens, les professionnels, les institutions et les décideurs politiques. Cette étude ne se contente pas de dresser un constat alarmant ; elle vise aussi à identifier des leviers juridiques, technologiques et politiques pour résister à cette capture des institutions et des libertés par le technocapitalisme. Cette analyse s’inscrit dans une démarche plus large de défense des valeurs démocratiques et des droits fondamentaux. Elle cherche à armer les acteurs de la société civile, les juristes, les militants et les citoyens engagés avec les outils nécessaires pour comprendre les enjeux, saisir les recours disponibles et promouvoir des alternatives souveraines et éthiques. Dans un contexte où les équilibres démocratiques sont de plus en plus fragilisés, cette étude entend contribuer à la construction d’une réponse collective, informée et déterminée.

=> Lire la suite


accéder à l'article  
BÉNIN 2026: I have a dream. Le rêve éveillé de Nadia NATA. Porto Novo/Bénin

BÉNIN 2026: I have a dream. Le rêve éveillé de Nadia NATA. Porto Novo/Bénin

Sur le tempo du célèbre "I have a dream" du défunt pasteur noir américain Martin Luther King, la Béninoise Nadia Nata, consultante indépendante en paix et sécurité africaines et en analyse politique, présente sa fiche de souhaits à la veille de l'important rendez-vous électoral de son pays en 2026. Les souhaits qu'elle décline ainsi sont autant de balises et d'alerte pour interpeller et appeler au bon sens de tous. Sans parti pris, sans acrimonie, sans ingérence, Nadia Nata appelle chacun à s'engager dès maintenant pour l'honneur et la responsabilité. Et à œuvrer de concert, afin que le rêve soit une réalité effective et commune en 2026... : par Nadia NATA, Porto Novo, BENIN, le 05 juillet 2025

Sur le tempo du célèbre "I have a dream" du défunt pasteur noir américain Martin Luther King, la Béninoise Nadia NATA, consultante indépendante en paix et sécurité africaines et en analyse politique, présente sa fiche de souhaits à la veille de l'important rendez-vous électoral de son pays en 2026. Les souhaits qu'elle décline ainsi sont autant de balises et d'alerte pour interpeller et appeler au bon sens de tous. Sans parti pris, sans acrimonie, sans ingérence, Nadia Nata appelle chacun à s'engager dès maintenant pour l'honneur et la responsabilité. Et à œuvrer de concert, afin que le rêve soit une réalité effective et commune en 2026... 

Nadia NATA est une consultante béninoise en paix et sécurité africaines et en analyse politique depuis 2019. Au cours des deux dernières années, elle a travaillé pour diverses institutions telles que les Nations unies (ONU), l'Union africaine (UA), la Commission de l'Union européenne (UE), l'Institut norvégien des affaires internationales (NUPI), le Réseau ouest-africain pour la consolidation de la paix (WANEP), etc.

"I have a dream"

Je rêve, pour 2026, d'une présidente, ou d’un président, à la hauteur de la suite des aspirations de notre pays, pleinement et authentiquement au service de l’intérêt supérieur de la Nation.

Je rêve d’un homme ou d’une femme d’État capable de relever les défis du moment et de répondre avec lucidité et courage aux attentes profondes de notre peuple. La tâche est ardue, mais elle est essentielle.

Je rêve d’un chef d’État rassembleur, apte à fédérer au-delà des divergences politiques, culturelles ou idéologiques.


Je rêve d’une artisane - ou d'un artisan - du développement harmonieux, soucieux de l’unité nationale et du rayonnement du pays, tant sur le plan régional qu’international.


Je rêve d’un Bénin attractif, admiré, prospère, grâce à son leadership et à l’effort collectif. Mais plus encore, 


Je rêve d’un pays qui place l’humain au centre de toute stratégie, afin que le progrès ne se construise jamais au prix de la cohésion sociale.


Je rêve d’un pays qui célèbre la diversité et fait de l’unité nationale une priorité, qui fera de nos différences des forces et atouts et non des faiblesses ou failles. En effet, nos identités régionales, communautaires ne doivent pas être des entraves à l’unité, mais des richesses à valoriser. Reconnaître nos divergences, c’est affirmer notre volonté de construire ensemble, grâce à elles, un avenir commun.


Je rêve d’un développement équitable, d’un véritable «plan Marshall» pour les régions toujours vulnérables, afin de restaurer un sentiment d’appartenance partagé. L’unité nationale ne se décrète pas: elle se construit patiemment, à travers la justice sociale, territoriale, la solidarité, et l’inclusion.


Je rêve d’un État qui allie l’idéal de solidarité à celui de la performance économique. Le Bénin ne peut se satisfaire d’un libéralisme rigide, tant que le socle minimum de dignité n’est pas garanti pour tous.


Je rêve d’un pays où les forces vives et les générations futures sont préparées à prendre le relais, porteuses d’espoirs et d’ambitions collectives.


Je rêve d’un Bénin qui fait du développement du capital humain (Éducation/Formation) une priorité parmi les priorités. Il constitue en effet la clé d’un développement pérenne, aligné sur les besoins réels de notre société pour les décennies à venir.


Je rêve que celles et ceux qui briguent la Magistrature Suprême gardent à l’esprit que gouverner, ce n’est pas seulement gérer; c’est aussi incarner une vision, porter une espérance.


Je rêve de futurs et futures leaders qui ne cherchent pas à comparer ou opposer les anciens présidents, chacun ayant apporté sa contribution selon sa sensibilité. Ce qui importe aujourd’hui, c’est de bâtir un avenir sur des fondations solides, en s’appuyant sur nos acquis pour mieux se projeter. C’est au bout de l’ancienne corde qu’on tissera durablement et solidement la nouvelle.


Je rêve pour le Bénin d’un cap vers un socle de valeurs communes partagées. Après plus de soixante ans d’indépendance, il est temps de forger, au-delà de l’État, une véritable Nation.


Je rêve d’un leadership qui perçoit enfin le besoin de redéfinir, ensemble, notre identité nationale. Exalter notre fierté d’être béninois, non en niant nos différences, mais en les unissant dans un projet commun.


Je rêve d’un Bénin en paix avec lui-même et avec ses voisins. Dans un contexte sous-régional et mondial instable, nous ne pouvons prospérer seuls. Il nous faut bâtir des ponts de confiance, de fraternité et de coopération avec les autres.


Je rêve que les futures candidates et futurs candidats partagent leur rêve et ambition pour le Bénin. Quelle vision portent-elles/ils pour notre avenir commun? Comment entendent-elles/ils relever les défis de demain sans renier les efforts du passé? Quelle trajectoire souhaitent-elles/ils imprimer à notre pays? Quel Bénin comptent-elles/ils laisser aux générations futures?


Je rêve enfin, d’un processus électoral qui soit un moment d’ouverture, de dialogue, de débats, d’adhésion, et de confrontation sereine des projets de société. L’élection pour avoir tout son sens ne peut se résumer à une compétition fermée: elle doit être une respiration collective.


Et vous, quel est 
votre rêve pour le Bénin en 2026 ?


© Nadia Nata(I HAVE A DREAM)

Martin Luther King s'adressant aux manifestants devant le Lincoln Memorial, lors de la Marche sur Washington pour l'emploi et la liberté, le  : "I have a dream"



accéder à l'article  
Après l’invalidation du référendum italien sur la citoyenneté ? Entretien avec Siid NEGASH, Bologne, Italie

Après l’invalidation du référendum italien sur la citoyenneté ? Entretien avec Siid NEGASH, Bologne, Italie

Un référendum vient d’être organisé en Italie afin réduire à cinq ans, comme dans la majorité des pays européens, la durée de résidence nécessaire pour pouvoir demander la citoyenneté italienne. Il faut actuellement résider au moins treize années dans le pays pour y prétendre. Malheureusement, bien que plus des deux tiers des votants se soient prononcés en faveur de cette réforme, la participation n’a pas atteint le quorum requis, ce qui en invalide le résultat. La législation italienne sur la citoyenneté restera donc inchangée. Quelles seront les conséquences de cet échec ? Pour autant les Italiens sont-ils xénophobes ? La question a été posée par Sabia Braccia, de la revue « Lab Politiche e Culture », à l’un des représentants de la coalition d’associations et des forces politiques et syndicales qui ont mené campagne pour faire évoluer la loi. Bologne/ le 03 aout 2025

Sefaf Siid NEGASH IDRIS, né en Érythrée en 1979, vit à Bologne où il préside le groupe  "Matteo Lepore Sindaco", qui fait partie de la Majorité  au sein du conseil municipal de la ville italienne de Bologne. Siid Negash a, par ailleurs, fondé l'association Next Generation Italy – dont il a également été président jusqu'en 2021 – ainsi que le Réseau national Conngi (Coordination nationale des nouvelles générations italiennes). Il est conseiller et membre du Bureau de la présidence du Conseil des citoyens étrangers et apatrides de la Province de Bologne. Interview publiée par la revue italienne « Lab Politiche e Culture », partenaire de I-Dialogos.

Entretien avec Sabia Braccia

=> in « Lab Politiche e Culture », N°7

https://www.labpolitiche.it.

Partons du début. Vous êtes né en Érythrée, mais vous vivez depuis plus de vingt ans en Italie, à Bologne, commune pour laquelle vous occupez aujourd’hui la fonction de conseiller municipal et de chef de groupe du groupe “Matteo Lepore Sindaco”. Selon vous, comment a évolué l’attitude des Italiens envers les citoyens étrangers au fil des années ? Y a-t-il eu une évolution positive ? 


Puisque la question concerne les Italiens en tant que peuple, je dois dire que l’approche vis-à-vis des migrants a clairement changé au fil du temps, surtout parce qu’au départ, il y avait peu de personnes étrangères vivant en Italie. Cela dit, il existait déjà de la discrimination, mais elle était probablement liée à l’ignorance, et les migrants n’étaient pas perçus comme des concurrents.


Aujourd’hui, la population migrante a augmenté, sa visibilité aussi, et certaines personnes ont le sentiment d’être “dépassées”. Elles perçoivent – même si les données réelles ne le confirment pas – une sorte de progression continue qui ferait tout baisser. Elles voient les migrants comme des concurrents dans l’achat d’une maison, dans la recherche d’un emploi… Ce sont surtout les classes moyennes et populaires qui ressentent une certaine pression.


Les personnes d’origine étrangère comme les Italiens issus des classes populaires – en particulier dans les périphéries – partagent les mêmes espaces : places, parcs, transports en commun… Ce qui rend les tensions plus palpables, avec une forme d’impatience réciproque, souvent liée à la surpopulation.
Autrefois, la majorité accueillait avec le cœur ouvert, même s’il y avait des discriminations – par exemple, sur le logement, une discrimination que j’ai vécue personnellement et qui m’a obligé à quitter Bologne à mes débuts, faute de trouver un logement, alors que des citoyens américains que je connaissais n’avaient pas ce problème.


Il était alors plus facile de se lancer, car il y avait plus de personnes prêtes à aider. Aujourd’hui, ce n’est pas l’accueil en soi qui est en cause, mais ce qui suit : il y a une tendance croissante à exploiter les personnes qui arrivent en Italie. 

Vous avez fondé et présidé jusqu’en 2021 l’association Next Generation Italy, qui défend notamment le droit des enfants issus des nouvelles générations à l’accès aux savoirs numériques. Cela reflète une réalité inéquitable et discriminatoire. En tant qu’éducateur, activiste, élu et professionnel, quels sont selon vous les thèmes qu’il faut éclairer davantage ? Quels sont les enjeux les plus urgents ? 


La fracture numérique touche tout le monde. Les personnes âgées, même natives, sont discriminées dans l’accès à de nombreux services. Cela s’est vu pendant la pandémie : dans le domaine scolaire, ce n’était pas seulement un problème d’accès aux logiciels, mais simplement de pouvoir disposer d’un ordinateur.


En Émilie-Romagne, les prêts de matériel par les écoles ont été essentiels pour combler ces lacunes. L’accès aux savoirs numériques est un enjeu central – encore plus aujourd’hui, où de nombreuses démarches se font avec l’identité numérique, le SPID, etc.


Nous avons abordé ce sujet dès le début, car les nouvelles générations savent souvent utiliser un téléphone, mais pas forcément un logiciel sur ordinateur. Les personnes âgées et d’autres groupes sont aussi exclues. À Bologne, par exemple, les inscriptions à la crèche, à l’école maternelle ou à l’école se font toutes en ligne. Il faut aussi savoir utiliser le numérique pour prendre rendez-vous avec les enseignants, consulter les notes, ou encore accéder à son dossier de santé.


Il faut être formé, sinon on reste exclu. Pour les citoyens étrangers, même la demande de citoyenneté ou le renouvellement du permis de séjour se font en ligne.
C’est un sujet très urgent. Les personnes d’origine étrangère sans citoyenneté n’ont pas accès à de nombreux services censés être universels. Certes, on peut aller en mairie ou à l’agence sanitaire, mais les démarches sont freinées par les retards dans les permis de séjour, ce qui crée de gros désagréments.


Les préfectures (questure) sont en retard, et cela précarise les migrants, leurs familles, même les enfants nés en Italie. On ne mesure pas combien cela pèse sur leur vie. Un retard de deux ans, par exemple, bouleverse tout : pas de contrats de travail à long terme, pas de voyages, pas de création d’entreprise, pas de changement de résidence…


Ces retards ne devraient pas exister. Dans d’autres pays européens, les permis de séjour sont valables beaucoup plus longtemps et gérés par la commune, pas par la préfecture. Pourquoi ici, une fois résident, ne peut-on pas être reconnu comme membre de la commune ? Pourquoi faut-il encore aller donner ses empreintes comme si l’on venait d’arriver ?
C’est un vrai problème, que nous avons soulevé à plusieurs reprises. Mais les gouvernements successifs n’ont pas apporté de changements. Ce qui me révolte, c’est que les autres services n’ont pas conscience de ces blocages et de leurs répercussions.


Le problème ne vient pas des préfectures en tant que telles : elles s’occupent de sécurité, et ne devraient pas gérer l’administratif des permis de séjour. Même les policiers et leurs syndicats le disent : ce n’est pas leur formation. 

Les 8 et 9 juin, les Italiens ont voté lors du référendum sur le travail et la citoyenneté. Le quorum n’a pas été atteint, mais la question sur la citoyenneté a été la plus clivante. Pensez-vous que le texte du référendum n’a pas été bien compris (par exemple, que les conditions principales restaient inchangées et que seule la procédure était raccourcie) ? 


J’en suis certain, car je l’ai constaté pendant la campagne référendaire. Les gens croyaient simplement que les délais allaient passer de 10 à 5 ans et que toute personne arrivée en Italie depuis 5 ans obtiendrait automatiquement la citoyenneté.
En réalité, il s’agissait de 5 ans de résidence continue, avec un revenu stable, une période d’attente de trois ans après la demande, et l’obligation de fournir tous les documents : niveau de langue, absence de casier judiciaire, etc.


Il y a aussi eu un silence médiatique total : aucune visibilité ni à la télévision, ni ailleurs. C’était clairement une stratégie politique. Il n’y a même pas eu de comité du "non".


Ce résultat est-il un problème ? Je crois qu’il faut repartir de ceux qui sont allés voter : certes, ce n’était pas la majorité, mais tout de même 9 millions d’Italiens y ont cru. Cela représente une base de départ importante. Si l’on regarde les élections politiques, le taux de participation y est aussi très bas : le vrai parti majoritaire, c’est celui de l’abstention. Au final, je pense que le référendum n’a pas été inutile, car il a permis d’ouvrir un débat parlementaire renouvelé, avec des propositions venant même de Forza Italia, et d’autres partis qui commencent à s’impliquer.


C’est important, car la question de la citoyenneté n’est pas un sujet politique : c’est une question de droits. Tout le monde devrait s’y mettre, discuter en commission, rédiger des synthèses, l’aborder sérieusement. 

En Italie, il règne une confusion générale dans l’opinion publique sur la citoyenneté. Cela amène à confondre droit à la citoyenneté et immigration, comme si faciliter les démarches revenait à accorder la citoyenneté à tous sans distinction. Les médias ont-ils joué un rôle dans cette confusion ? 


Certains partis ont choisi de s’opposer au référendum et d’inciter les gens à ne pas voter. D’autres ont raisonné différemment : même si ce n’était pas idéal, la réforme proposée facilitait le processus.


Quant aux médias, ils ont suivi la ligne du gouvernement. Certains médias sont directement sous le contrôle des forces majoritaires et ne pouvaient pas faire autrement. On a peu de chaînes de télévision libres. 

Certes, certains journalistes de la Rai ont abordé le sujet dans leurs émissions, mais globalement, il y a eu un véritable blackout médiatique — pas seulement sur ce thème, d’ailleurs.

Pour moi, ce sont surtout les forces politiques qui auraient dû prendre position — même celles opposées à la réforme. Elles auraient au moins suscité un débat, qui n’a même pas eu lieu à gauche. Et toutes les forces de gauche n’ont pas montré leur fiabilité.


Ce référendum a donc servi aussi à mieux cerner les points d’accord possibles, et les divergences, pour d’éventuelles alliances. Car la politique, c’est ça : identifier les terrains d’action pour améliorer la vie des citoyens. 

Dans les mois précédant le référendum, on a vu que le débat médiatique et politique se concentrait davantage sur les propositions de loi précédentes (Ius soli, Ius scholae, Ius culturae), que sur le texte du référendum lui-même… 


Oui, et le plus honteux, c’est que personne n’a dit aux Italiens qu’en abrogeant cette loi, on reviendrait à une loi plus ancienne, celle de 1912 — qui, elle, prévoyait la citoyenneté après 5 ans de résidence.
Il y a aussi un enjeu culturel : qu’est-ce que l’italianité ? Qu’est-ce que cela signifie, être italien ? C’est une question sérieuse, qui façonnera l’avenir. Une personne à la peau d’une autre couleur peut-elle être considérée italienne ?


Ceux qui disent non ne sont pas ignorants de l’histoire — ce sont ceux qui ne veulent pas que les citoyens s’en souviennent.
Prenons l’Amérique de Trump : aucun Américain n’est autochtone, à part les descendants des peuples indigènes. Même la famille de Trump est issue de l’immigration. Et pourtant, il menace chaque jour d’expulser quelqu’un.
Le vrai problème, c’est que cette rhétorique fonctionne. En période de difficulté économique, les gens ont peur — et les partis au pouvoir, incapables de résoudre les problèmes, exploitent cette peur. 

Au-delà des résultats du référendum, la collecte de signatures et les mobilisations nationales qui l'ont accompagnée devraient nous pousser à nous concentrer sur les 65 % de votants qui se sont exprimés en faveur du “oui”. Que peut-on faire maintenant ? Comment agir pour donner une voix à ces personnes, ainsi qu’à tous les étrangers résidant en Italie sans possibilité institutionnelle de se faire entendre ? 

Selon moi, il faut agir sur deux plans. Sur le premier plan, ce référendum a été une véritable aubaine : il nous a montré que le point de départ est bien plus bas que ce que nous pensions. Il faut être lucide et travailler dans cette optique. Il faut un travail énorme, rigoureux, précis, qui unisse les classes sociales en difficulté, pour faire comprendre qu’il n’y a pas de guerre entre pauvres et migrants dans les quartiers populaires, mais qu’au contraire, il doit y avoir une alliance pour identifier les vrais responsables de cette situation économique.
Cela exige des rencontres, de la confiance à construire, des alliances à créer.
Un vaste travail attend tous les partis politiques engagés pour la justice sociale. Sur le deuxième plan, il faut s’attaquer à une chose en particulier : l’abstention.
Dans mon bureau, j’ai toujours un document qui me rappelle le pourcentage de citoyens qui ne sont pas allés voter aux dernières élections.
Il faut travailler sur l’abstention, le véritable parti majoritaire. Les partis ont peur de le faire, car ils vivent sur la rente de l’électorat résiduel encore actif. Mais si on ramenait davantage de citoyens aux urnes, les équilibres politiques pourraient changer. Il faut mobiliser les citoyens, aller chercher leur participation avec une nouvelle narration, qui stimule la confiance et le changement. Leur dire : « Tu nous manques », « Nous avons besoin de toi » — le citoyen doit ressentir cela.
Le débat sur les droits attire beaucoup plus les jeunes, qui se sentent concernés même en dehors des partis. Le vrai problème, c’est la représentation. On l’a vu avec la collecte de signatures pour le référendum : les femmes et les jeunes ont été fondamentaux.
Je suis sincèrement convaincu que leur mobilisation pourrait amorcer une révolution démocratique. Mais cela demande du travail : discussions, alliances, luttes civiques, et un renouvellement de l’engagement solidaire. Même les citoyens étrangers ayant acquis la nationalité italienne ne sont pas suffisamment informés sur leur droit de vote. Lors des élections politiques ou municipales, seulement 10 % d’entre eux votent. C’est grave.
C’est pourquoi le combat contre l’abstention sera la bataille la plus sérieuse à mener.

accéder à l'article  
Niger : quand l’ambiguïté stratégique du CNSP atteint ses limites. Abdoulahi ATTAYOUB

Niger : quand l’ambiguïté stratégique du CNSP atteint ses limites. Abdoulahi ATTAYOUB

Le Niger semble évoluer dans une diplomatie erratique. La confusion interne se reflète dans une diplomatie souvent hésitante. Les voyages de l’ancien président Issoufou Mahamadou, apparaissent comme les seuls actes à offrir encore une visibilité extérieure au pays. Les initiatives diplomatiques récentes, souvent improvisées et mal calibrées, ont davantage accentué l’isolement du pays et entaché sa crédibilité sur la scène internationale. Pour redonner de la cohérence à son action internationale, le CNSP devrait renouer avec une diplomatie pragmatique, centrée sur les intérêts nationaux et portée par des cadres compétents. Abdoulahi ATTAYOUB, le 18 octobre 2025

Abdoulahi ATTAYOUB est, à Lyon, le président de l’Organisation de la Diaspora Touarègue en Europe (ODTE) / Tanat. Il est aussi Consultant en relations internationales (Sahel) et membre du Réseau I-Dialogos.

Le Niger semble évoluer dans une diplomatie erratique. La confusion interne se reflète dans une diplomatie souvent hésitante. Les voyages de l’ancien président Issoufou Mahamadou, apparaissent comme les seuls actes à offrir encore une visibilité extérieure au pays. Les initiatives diplomatiques récentes, souvent improvisées et mal calibrées, ont davantage accentué l’isolement du pays et entaché sa crédibilité sur la scène internationale. Pour redonner de la cohérence à son action internationale, le CNSP devrait renouer avec une diplomatie pragmatique, centrée sur les intérêts nationaux et portée par des cadres compétents. Abdoulahi ATTAYOUB, le 18 octobre 2025   

Entre refondation annoncée et réalités contrariées, le pouvoir militaire peine à clarifier sa vision. Plus de deux ans après la chute du président Mohamed Bazoum, le Niger semble s’enfoncer dans une transition sans boussole, sans objectifs clairs et cohérents, marquée par des contradictions internes, une diplomatie en retrait et une insécurité persistante. 

Une refondation en quête de sens

Depuis le coup d’État du 26 juillet 2023, le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) a engagé une « refondation » présentée comme une rupture avec les dérives du passé. Mais plus de deux ans après, force est de constater qu’il demeure difficile de saisir la logique des autorités de transition et leur véritable agenda pour un retour apaisé à l’ordre constitutionnel. C’est dans ce flou que s’enracinent les premières limites du projet de refondation : : le manque de cap clair, le discours ambigu, les silences sur les échéances à venir et les signaux contradictoires envoyés à l’opinion nourrissent la méfiance. Le peuple nigérien, plongée dans une incertitude politique et psychologique, peine à percevoir où se décident les véritables orientations du pouvoir. 

Deux options pour le CNSP : la mutation ou la refondation

Face à ces ambiguïtés, une question centrale se pose : quelle direction le CNSP souhaite-t-il réellement emprunter ? Deux voies se dessinent : soit celle d’une transition prolongée sous une façade civile, soit celle d’une véritable réhabilitation de l’ordre constitutionnel. Dans ce second cas, la transition pourrait effectivement devenir un réel levier de transformation profonde. Mais pour cela, il faudra rompre avec la logique d’accaparement du pouvoir héritée du passé. 

Rompre avec la rhétorique de la victimisation 

Au-delà du seul chantier institutionnel, le discours politique du CNSP doit lui aussi évoluer. Pour crédibiliser son projet, le régime doit assumer ses choix et cesser de faire de l’étranger le bouc émissaire des difficultés nationales. Le véritable défi est d’abord intérieur : restaurer une gouvernance efficace, reconstruire les institutions et rétablir la confiance des citoyens. Faute de résultats tangibles, la restriction des libertés publiques risque au contraire d’alimenter la frustration et de fragiliser la stabilité que le pouvoir prétend garantir. 

Le dossier Bazoum : une épine dans le pied de la transition

Cette exigence de cohérence et de crédibilité se heurte également à un obstacle majeur : la détention prolongée de l’ancien président Mohamed Bazoum. Son maintien sans procédure judiciaire claire alimente le scepticisme et fragilise la posture du CNSP, tant sur le plan moral que politique. 

Un environnement sécuritaire de plus en plus précaire 

À cette situation s’ajoute la dimension sécuritaire, pilier fondateur du discours des nouvelles autorités. Or, force est de constater qu’elle s’est sensiblement dégradée depuis la prise de pouvoir du CNSP. À l’image du Mali et du Burkina Faso, le Niger voit désormais des portions croissantes de son territoire lui échapper. Sans progrès tangible à court terme, le CNSP risque de voir s’effriter le principal fondement de sa légitimité : la promesse de rétablir la sécurité. 

Diplomatie : entre isolement et improvisation

Sur le plan international, le Niger semble évoluer dans une diplomatie erratique. La confusion interne se reflète dans une diplomatie souvent hésitante. Les voyages de l’ancien président Issoufou Mahamadou, apparaissent comme les seuls actes à offrir encore une visibilité extérieure au pays. Les initiatives diplomatiques récentes, souvent improvisées et mal calibrées, ont davantage accentué l’isolement du pays et entaché sa crédibilité sur la scène internationale. Pour redonner de la cohérence à son action internationale, le CNSP devrait renouer avec une diplomatie pragmatique, centrée sur les intérêts nationaux et portée par des cadres compétents. 

AES : une alliance encore en quête de cohérence

Cette même recherche d’équilibre s’observe dans l’appartenance du Niger à l’Alliance des États du Sahel (AES). Présentée comme un cadre de souveraineté partagée, l’alliance reste marquée par des divergences internes. Sans révision lucide de ses objectifs, elle pourrait davantage contraindre le Niger qu’elle ne le renforce.

Pour un agenda clair de sortie de crise

Ainsi, la nécessité d’un cap se fait plus pressante. Le Niger a besoin d’un agenda clair et inclusif, fondé sur ses propres réalités. Suivre les modèles malien ou burkinabè reviendrait à s’enfermer dans une impasse. Seule une feuille de route nationale, cohérente et transparente, permettra une refondation durable. 

Conclusion : refonder pour durer

L’avenir du Niger dépendra de la capacité du CNSP à transformer son pouvoir de fait en pouvoir utile, un pouvoir qui réforme, apaise et prépare un retour à un ordre constitutionnel rénové. Sans vision claire ni engagement sincère, la refondation risque de rester un slogan de plus dans une histoire politique déjà trop tourmentée. 

Abdoulahi ATTAYOUB  Consultant Lyon (France) 


accéder à l'article  
Un grand journaliste vient de nous quitter: Déo NAMUJIMBO, RDC, ex RSF.

Un grand journaliste vient de nous quitter: Déo NAMUJIMBO, RDC, ex RSF.

Cette interview avait été publiée le 15 janvier 2024. Déo Namujimbo, journaliste et écrivain franco-congolais, lauréat de différents prix internationaux récompensant la maîtrise de la langue française et le combat pour la liberté de presse, a été correspondant de RSF (Reporters sans frontières) et de plusieurs agences de presse en RDC. Après avoir échappé à plusieurs tentatives d’assassinats, il a été accueilli pendant huit mois à la « Maison des journalistes » dans le 15ème arrondissement de Paris. Françoise Germain-Robin est ex-grand reporter du journal français l'Humanité. / Interview actualisée le 2 septembre 2025

Notre ami Déo Namujimbo, journaliste congolais réfugié à Paris, vient de nous quitter après un long combat contre la maladie. Déo avait été correspondant de plusieurs agences de presse en RDC, ainsi que de RSF (Reporters sans frontières) dont le président, le journaliste Pierre Haski, ainsi que sa consoeur Francoise Germain-Robin, ont tenu à lui rendre hommage.

Après avoir échappé à plusieurs tentatives d’assassinat - son frère, dont il a adopté la fille,  et son cousin, tous deux journalistes, ont été assassinés - il avait été accueilli pendant huit mois à  la « Maison des journalistes » dans le 15ème arrondissement de Paris. Depuis 2009, Déo vivait en exil en France avec sa famille. il avait animé en 10 ans plus de 120 conférences dans les lycées, collèges, universités et associations sur le thème de la situation globale au Congo "démocratique’" et dans les pays du voisinage... 

Sa disparition constitue une grande perte pour tous ceux qui, au Congo, au Rwanda, en France et ailleurs, se battent pour la Justice et la liberté de la presse. A cause de cela, iI était encore l’objet de nombreuses menaces, y compris de la part de certains réseaux français complices des tyrans du moment. Déo représentait cette intégrité professionnelle et cette lucidité, ce courage et cet humanisme qui ont fait l’honneur de toute une génération de journalistes. 

Ses obsèques, particulièrement émouvantes, ont eu lieu ce 9 septembre dernier en l'église Saint-Pierre de Vigneux sur Seine. I-Dialogos y était naturellement représenté.

Déo Namujimbo a publié chez l’Harmattan « Je reviens de l’enfer, reportage de guerre à l’est de la RDC » (2014) et « Les sylvestres aventures de l’enfant soldat » (2021) et, en mai 2023, avec Françoise Germain-Robin, « La grande manipulation de Paul Kagamé » aux Editions Arcane 17. Il relate dans ces ouvrages son expérience et ses témoignages de journaliste en zone de guerre. Formateur en journalisme, il collaborea régulièrement avec des producteurs et réalisateurs de reportages en Afrique et, en particulier, au Congo, pays dont il parlait trois des quatre langues nationales et qu’il mettait au service de la France en sa qualité d’Auxiliaire de justice assermenté, traducteur et interprète de lingala, du kikongo et du mashi ainsi que du swahili qui est la principale langue de tout l’est du Congo.

L'enquête internationale « Rwanda Classified » qui a mobilisé 50 journalistes de 17 médias dans 11 pays, coordonnés par le collectif Forbidden Stories, confirme les révélations de Déo Namujimbo et Francoise Germain-Robin, ex-grand reporter du journal français l'Humanité. 

Déo, tu nous manqueras. Nous poursuivrons  ton combat  pour le dialogue et la liberté de l'information.

-   -   -   -   -

Congo-Rwanda: les révélations de Déo NAMUJIMBO, 

et Françoise GERMAIN-ROBIN

Paris, le 15.01.2024

I-Dialogos : Déo Namujimbo, comme journaliste africain, connaissant désormais bien la France où vous avez trouvé refuge et que vous avez sillonné en long et en large, quel regard portez-vous sur la manière dont les médias occidentaux rendent compte de l’actualité africaine, et même plus largement des enjeux internationaux ou géopolitiques ? Et en particulier de la situation au Congo ? 

Déo Namujimbo  : Je n’appuie pas totalement la thèse selon laquelle la presse française serait entièrement libre, indépendante et impartiale. 

La première chose qui m’a étonné en atterrissant en France, en mars 2009, ç’a été de constater que quasiment jamais on ne parlait de mon pays, la République pseudo démocratique du Congo, qui est pourtant le plus grand pays francophone du monde, avec une superficie (2 345 000 km carrés) équivalant à près de 5 fois la France et exactement celle des 28 pays de l’Union européenne mis ensemble. 

Il ne se passe pas un jour sans qu’y adviennent des tremblements de terre, des inondations, des attaques meurtrières de bandes armées, des naufrages sur les lacs ou dans le fleuve Congo : jamais une ligne, ou presque, dans les journaux ou les télévisions françaises. A part de temps en temps juste un bandeau de quelques mots sur TV5 Monde ou France 24. Ce que je prenais à l’époque pour un oubli ou un surplus de travail de la part des médias français est devenu une certitude avec la sortie il y a quelques mois de mon livre « La Grande manipulation de PK ». 

Ma co-autrice Françoise Germain Robin et moi-même en avons parlé à quasiment tous les journaux, radios et télévisions de France : pas un mot n’a été publié sur ce livre. Même pas dans l’Humanité, plateforme communiste s’il en est, et pour laquelle Françoise a été correspondante pendant plus de trente ans dans toutes les guerres du Moyen-Orient, au point qu’elle en a quasiment perdu l’usage d’une oreille des suites d’éclats d’obus. Seul l’Iris dirigée par Pascal Boniface, en a parlé dans ses différentes publications. 

Déo Namujimbo et Francoise Germain-Robin

En essayant de comprendre les raisons d’une telle omerta au « pays des droits de l’homme » et de l’expression, je me suis rendu compte que Françoise et moi avions commis l’erreur impardonnable de parler de celui qui règne sur le Rwanda au prétexte qu’il « aurait mis fin au génocide de 1994 »(sic). De fil en aiguille, il a poursuivi et exterminé ses ennemis jurés de l’ethnie Hutu dans leurs camps de réfugiés au Zaïre de l’époque puis à travers les inextricables forêts de l’Afrique centrale. Comment pouvez-vous comprendre qu’en France on voue aux gémonies quiconque ose évoquer plusieurs millions de morts dans le plus grand pays francophone ? 

Comment le Rwanda est-il devenu le dirigeant de l’Organisation internationale de la Francophonie alors que c’est l’un des pays les moins respectueux des valeurs de base de la Francophonie que sont la liberté d’expression, le respect de la vie humaine ou encore la démocratie ? Bien plus, ce pays qui chapeaute notre Francophonie est depuis un quart de siècle anglophone et membre permanent du Commonwealth…       

I-Dialogos : le plus grand pays de la Francophonie n’est plus la France et depuis quelques temps déjà.  C’est votre pays d’origine, le Congo RDC. Certains observateurs, journalistes, ONGs et diplomates, surtout en France, estiment que la Francophonie fait partie du passé colonial alors même que ses fondateurs furent principalement africains. Qu’en pensez-vous ? 

Déo Namujimbo : Je ne sais pas si je dois vraiment répondre à cette question ni comment l’aborder, n’étant pas un spécialiste en la matière. Pour moi, ce ne sont là que des termes auxquels chacun peut donner le sens qu’il veut. Je veux dire que la Francophonie est un espace, pas nécessairement géographique, qui réunit tous les locuteurs de cette merveilleuse langue qu’est celle dite de Molière, et autour d’elle la culture française et tout ce qui a trait à l’Hexagone et à tous les territoires et peuplades qui virevoltent autour de cet idiome. Francophonie ou FrançAfrique ? 

 I-Dialogos : Vous venez de publier un ouvrage très sévère sur le président du Rwanda, Paul Kagamé, alors qu'il vient à nouveau d'obtenir un soutien financier de la Commission européenne, et qu'il bénéficie en France d’une bonne image, notamment dans les médias. Et pourtant les journalistes anglo-saxons comme Michela Wrong, Judi Rever ou Stephen Smith, entre autres, racontent une toute autre version de ce qui se passe dans ce pays. Il profite de la solidarité de certaines ONGS françaises alors que, par exemple, Human Rights Watch, dénonce une implacable dictature.

Déo Namujimbo : Je pense avoir répondu à une partie de vos questions. L’omerta est là, bien vivante, il n’y a aucun doute là-dessus. Vous parlez de Judi Rever et de Michela Wrong. Ces deux dames ont eu le courage de dire ce qui leur semble être la vérité. Michela Wrong par exemple ne cache pas qu’elle était une fervente admiratrice de Paul Kagame avant de découvrir une réalité bien différente. Pareil pour Judi Rever. Et elles ne sont pas les seules. Pour les besoins de mon prochain livre, « RDCongo – Rwanda, l’Eglise assassinée » qui paraitra dans quelques mois en italien aux éditions Il Portico de Rome avec la préface du cardinal Matteo Zuppi, le président de la Conférence épiscopale italienne, j’ai rencontré en Belgique le père Missionnaire d’Afrique Serge Desouter qui a écrit plusieurs livres sur le Rwanda où il a vécu et travaillé pendant plus de vingt ans. Eh bien, il vit dans la terreur d’être assassiné d’un instant à l’autre et ses livres ne font pas non plus la ‘une’ de la presse belge. Pareil pour le père Guy Theunis qui a également dénoncé les dérives criminelles et disons le mot, génocidaires, du maître de Kigali. La liste est longue de ceux qui essaient d’ouvrir les yeux du monde. L'Ong Survie, pour laquelle le génocide des Tutsi est similaire à celui des Juifs en 40 – 45, reste étonnement silencieuse en ne prenant pas en compte les réalités de chacune de ces tragédies. Ce que je n’ai jamais compris par contre c’est le rôle exact de la section française de la Ligue des droits de l’homme ?

I-Dialogos : La publication de votre dernier livre semble souffrir d’une certaine censure, y compris médiatique, et même de la part des organisateurs du Prix Bayeux comme ce fut le cas pour la journaliste canadienne Judi Rever.   

Déo Namujimbo : J’ai été pendant six ans de suite membre du jury, de 2009 à 2014 du Prix Bayeux Calvados des correspondants de guerre. Curieusement, je n’y suis plus invité depuis la publication de mon livre Je reviens de l’enfer. Je n’ai compris ce revirement qu’en automne 2023 : j’ai été formellement invité à y participer mais j’ai commis l’énorme bêtise, en répondant à l’invitation, que je comptais y présenter « La Grande manipulation de Paul Kagame ». 

Une heure plus tard, je recevais un courriel m’annonçant que je n’étais plus le bienvenu...

Comment un si petit pays comme le Rwanda peut il dominer un géant de la taille du Congo, 94 fois plus grand que lui ? Bien entendu cela serait impossible sans l’appui d’Etats et de multinationales bien plus puissants. 

Paris, le 15.01.2024

 Les publications ·         Déo Namujimbo, Merde in Congo : Recueil d'’articles publiés entre 2001 et 2009 sur l'’est du Congo « démocratique », Paris, Édilivre, 19 janvier 2010, 416 p. (ISBN 978-2-8121-2202-6) ·         Déo Namujimbo, On tue tout le monde… et on recommence : Reportage de guerre à l'’est du Congo « démocratique », Paris, Édilivre, 9 février 2011, 374 p. (ISBN 978-2-8121-2117-3) ·         Déo Namujimbo, Je reviens de l'enfer : Reportage de guerre à l'Est de la RD Congo (août-septembre 1998), Paris, L'Harmattan, 2014, 192 p. (ISBN 978-2-343-02619-0) ·         Déo Namujimbo, Les sylvestres aventures de l'enfant-soldat, Roman jeunesse, L'Harmattan, 2021 99 pages (ISBN 978-2-343-22008-6) ·         Déo Namujimbo et Françoise Germain Robin, La Grande manipulation de Paul Kagame, éd. Arcane 17 [archive], avril 2023, 365 pages En cours de publication : Déo Namujimbo, RDCongo – Rwanda : l’Eglise assassinée. Assassinats d’évêques, prêtres et religieuses de 1990 à 2010, éditions Il Portico, 2024 (préfacé par le cardinal Matteo Zuppi, président de la Conférence épiscopale italienne). ·         Déo Namujimbo, Petit manuel de journalisme pratique, en recherche d'éditeur ·         

Nombreux manuscrits à la recherche d'éditeurs (romans jeunesse et adultes, poésies, nouvelles, autobiographies). 

Récompenses 

Son œuvre et son engagement lui ont valu plusieurs titres et récompenses internationaux2. - Juin 1990 : Champion du Zaïre d'orthographe de langue française, scrabble et mots croisés - 2008 - Prix de la Plume d'Or (concours de maîtrise de la langue française organisé par l'association Défense de la Langue française en partenariat avec la Fondation des Alliances françaises et le Sénat) - 2010 - Prix Hewlett-Hamlett (prix pour la liberté d'expression, organisé par Human Rights Watch) - 2013 - Prix de la liberté d'expression (prix organisé conjointement par Oxfam Novib et PEN International) ; co-lauréat avec Samar Yazbek (écrivain et journaliste, Syrie), Enoh Meyomesse (écrivain et cofondateur de l'Association des écrivains camerounais, Cameroun), Nargess Mohammadi (activiste, journaliste et directeur du Centre des défenseurs des droits de l'Homme, Iran) et Büşra Ersanlı (chercheur et écrivain, Turquie)

Lire également, au sujet des Médias et du Rwanda=> l'interview de la journaliste britannique Michela WRONG.

+ l'article de Tina MWANGELU

accéder à l'article  
Mali-Azawad : les incohérences de la communauté internationale, Abdoulahi ATTAYOUB

Mali-Azawad : les incohérences de la communauté internationale, Abdoulahi ATTAYOUB

Accaparée par des crises jugées plus menaçantes pour les équilibres mondiaux, la communauté internationale semble reléguer au second plan la question de l’Azawad et le conflit persistant qui oppose cette région à l’État central malien. Pourtant, ce conflit mérite une attention accrue de la part des acteurs internationaux censés veiller à la stabilité des pays et à la sécurité des populations locales. En Afrique, la stabilité du Sahel central ne pourra être garantie que si ses communautés trouvent un modèle de gouvernance adapté à leur diversité et à leurs réalités locales. La voie d’avenir réside sans doute, au Mali comme ailleurs dans le monde, dans un système fédéral ou dans des autonomies négociées, qui permettraient de concilier l’intangibilité des frontières internationales avec le respect des identités socioculturelles. Abdoulahi ATTAYOUB, le lundi 6 octobre 2025

Abdoulahi ATTAYOUB est, à Lyon, le président de l’Organisation de la Diaspora Touarègue en Europe (ODTE) / Tanat. Il est aussi Consultant en relations internationales (Sahel) et membre du Réseau I-Dialogos.

Accaparée par des crises jugées plus menaçantes pour les équilibres mondiaux, la communauté internationale semble reléguer au second plan la question de l’Azawad et le conflit persistant qui oppose cette région à l’État central malien. Pourtant, ce conflit mérite une attention accrue de la part des acteurs internationaux censés veiller à la stabilité des pays et à la sécurité des populations locales. 

Aujourd’hui, des exactions sont perpétrées contre des communautés ciblées par un régime à caractère ethnocentré. Celui-ci a tenté d’instrumentaliser la menace jihadiste afin de délégitimer le Front de libération de l’Azawad (FLA), mouvement porteur des revendications politiques de ce territoire depuis les indépendances, en le qualifiant de manière opportuniste et abusive de « terroriste ». 

La responsabilité de cette situation incombe en grande partie à la communauté internationale elle-même, qui a façonné et reconnu les frontières du Mali dans leur configuration actuelle. L’intangibilité des frontières et la légitimité accordée aux États postcoloniaux auraient dû s’accompagner d’exigences fermes en matière de respect des droits fondamentaux des peuples. Or, en laissant ces États embryonnaires, souvent construits sur la domination d’une communauté sur d’autres selon des logiques héritées de la colonisation, la communauté internationale n’a fait qu’alimenter instabilité et conflits. 

Au Mali, l’État a failli à sa mission en s’en prenant à une partie de sa population sur des bases ethniques. La création de milices tribales pour dresser des communautés les unes contre les autres a sapé les fondements mêmes de sa légitimité interne et internationale. Le recours à des mercenaires étrangers contre certaines composantes nationales accentue cette perte de légitimité. 

Le conflit Mali-Azawad remonte à l’époque coloniale, lorsque l’administration française rattacha de force l’Azawad au Mali malgré les protestations de nombreux chefs coutumiers. Depuis, une succession de rébellions et de répressions sanglantes a causé des dizaines de milliers de morts, sans que la communauté internationale ne s’attaque aux racines du problème. 

Aujourd’hui, la junte malienne cherche à échapper à toute reddition de comptes en se retirant d’organisations multilatérales. Mais croire qu’un tel repli permettrait d’éviter la justice internationale relève de l’illusion. Ni la fuite ni l’isolationnisme ne peuvent constituer des solutions durables. La communauté internationale a ici une responsabilité collective : elle ne peut tolérer une impunité qui mine sa propre crédibilité et menace la stabilité du Sahel central. 

Il est désormais largement documenté que certaines communautés de la région subissent des répressions à caractère ethnique. Pourtant, plusieurs pays, y compris des démocraties, continuent de coopérer avec ces régimes, devenant ainsi complices, par leur silence ou leur complaisance, de violations graves des droits humains. 

Les accords d’Alger, négociés sous l’égide de la communauté internationale, auraient pu constituer une base solide pour une paix durable. Mais leur mise en œuvre a été négligée, laissant la junte actuelle exploiter cette carence à des fins populistes et nationalistes. 

La stabilité du Sahel central ne pourra être garantie que si ses communautés trouvent un modèle de gouvernance adapté à leur diversité et à leurs réalités locales. Le Mali doit être encouragé à rompre avec le déni et les postures rigides. La voie d’avenir réside sans doute dans un système fédéral ou dans des autonomies négociées, qui permettraient de concilier l’intangibilité des frontières internationales avec le respect des identités socioculturelles. 

Enfin, l’ordre international actuel est confronté à ses propres contradictions. Dans un monde désormais marqué par une interdépendance croissante, aucun État ne devrait pouvoir se soustraire aux règles et aux exigences qui garantissent paix et stabilité mondiales. Une réforme audacieuse de l’ONU s’impose plus que jamais afin qu’elle puisse assumer pleinement son rôle de régulateur des relations internationales au service des peuples. 

Abdoulahi ATTAYOUB

accéder à l'article