18-JUILLET : MANDELA ENCORE ET TOUJOURS !  par Serge Mathias TOMONDJI

18-JUILLET : MANDELA ENCORE ET TOUJOURS ! par Serge Mathias TOMONDJI

Proclamée par l’UNESCO, la Journée internationale NELSON MANDELA est célébrée le 18 juillet de chaque année depuis 2010. Objectif: «commémorer la contribution de Nelson Mandela, militant de la cause antiapartheid et premier président noir d’Afrique du Sud, à la promotion d’une culture de paix». A l’invitation de Reine BENAO SAKANDE, co-présidente de I-Dialogos, Serge Mathias TOMONDJI Journaliste béninois, rappelle içi, et nous l’en remercions, l’importance et la particulière actualité du message de Mandela. / 18 juillet 2023

Journaliste et éditorialiste béninois, Serge Mathias TOMONDJI est installé au Burkina Faso depuis 1993, où il a assumé différentes fonctions et responsabilités dans plusieurs organes de presse écrite et en ligne. Il a également présenté plusieurs émission à la radio, avant de poursuivre, depuis 2017, son aventure professionnelle à la télévision, comme éditorialiste et comme animateur de débats sur des sujets variés, concernant notamment l'actualité et les mutations sociopolitiques du continent africain, ainsi que sur la culture, la société, les idées..

Proclamée par l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco) le 10 novembre 2009, la Journée internationale Nelson Mandela (Nelson Mandela Day) est célébrée le 18 juillet de chaque année depuis 2010. Objectif: «commémorer la contribution de Nelson Mandela, militant de la cause antiapartheid et premier président noir d’Afrique du Sud, à la promotion d’une culture de paix». 

Il est ainsi demandé à chaque citoyen du monde, au cours de cette journée, date de naissance de l’ancien matricule 46664 de la tristement célèbre prison de Robben Island, de… «consacrer symboliquement soixante-sept minutes de son temps à une œuvre au service de la collectivité, en mémoire des soixante-sept années que Mandela a vouées à sa lutte pour l’égalité, la réconciliation et la diversité culturelle». Le «Mandela Day» reste donc, à bien des égards, l’hommage, amplement mérité, de la «communauté internationale» à un homme qui aura mis sa vie entière au service de la paix, de la tolérance et de la réconciliation. 

MADIBA TOUJOURS DANS LES MÉMOIRES

Si le 18 juillet fait référence à la naissance du porte-étendard de la lutte contre l’apartheid, en Afrique du Sud, mais aussi du refus des discriminations quelles qu’elles soient et où qu’elles se passent dans le monde, on ne peut s’empêcher d’évoquer aussi, à cette occasion, la disparition de Nelson Mandela dont les actions impacteront encore durablement la vie des nations. En effet, presque trois années [dix ans aujourd'hui] se sont déjà écoulées depuis le 5 décembre 2013 où il a rendu son dernier souffle, et pourtant, «Madiba» reste tellement présent dans les mémoires, plus vivant que jamais! 

Comment pouvait-il en être autrement lorsque l’on sait que les leçons d’humilité, de sagesse et de démocratie qu’il a léguées au monde restent gravées dans le marbre? Et même si certains, qui devraient donner l’exemple, feignent souvent de les oublier, ces leçons-là fouettent constamment la conscience collective, conférant à cet homme inclassable une dimension universelle indéniable.
Non, le monde ne peut pas devenir subitement amnésique face aux brûlures du passé, ni passer par pertes et profits l’inégalable sacrifice de cet homme exceptionnel dont l’incroyable contribution à la paix universelle se transmettra de génération en génération. 

CONSCIENCE UNIVERSELLE


Car, ainsi que l’avait si bien indiqué unchef de l’Etat français, François Hollande, «Nelson Mandela était déjà entré dans l’Histoire de son vivant. Mort, il prend place dans la conscience universelle». La célébration de cette journée qui lui est dédiée constitue l’un des témoignages les plus poignants à l’œuvre incommensurable de cet homme d’hier et de demain dont l’enfance, les longues années de prison, l’engagement politique et les quelques années de pouvoir marquent à jamais le parcours de l’humanité.


Né le 18 juillet 1918 dans le village de Mvezo, dans la province du Cap-Oriental, les 95 années de vie de Nelson Rolihlahla Mandela, qui s’est éteint le 5 décembre 2013 à Johannesburg, n’aura pas été un long fleuve tranquille. Et si le long chemin dans lequel il s’est engagé pour la libération de son peuple a abouti, le 11 février 1990, à sa libération des geôles de l’apartheid après 27 années de bagne, c’est en grande partie en raison de sa personnalité et de son incroyable intelligence à répondre aux assauts de ses oppresseurs par une bonne dose d’humanité et d’humilité. 

Convaincu, ainsi qu’il l’écrit dans Un long chemin vers la liberté — le livre qui retrace ses souvenirs et sa vie de combattant —, que «pour faire la paix avec un ennemi, on doit travailler avec cet ennemi, et cet ennemi devient votre associé».

En s’assignant pour mission, une fois en prison, de… «libérer à la fois l’opprimé et l’oppresseur», Nelson Mandela aura courageusement réécrit tous les scénarii d’une mort lente et certaine concoctés par le régime d’apartheid, mais aussi d’étouffement programmé du désir d’émancipation du peuple noir d’Afrique du Sud.

 «J’ai toujours su qu’au plus profond du cœur de l’homme résidaient la miséricorde et la générosité. Personne ne naît en haïssant une autre personne à cause de la couleur de sa peau, ou de son passé, ou de sa religion. Les gens doivent apprendre à haïr, et s’ils peuvent apprendre à haïr, on peut leur enseigner aussi à aimer, car l’amour naît plus naturellement dans le cœur de l’homme que son contraire», témoigne-t-il encore dans Un long chemin vers la liberté. 

UN EXEMPLE POUR TOUS


Alors que la «communauté internationale» célèbre aujourd’hui cet homme si généreux et tellement humble, on peut encore légitimement rappeler le cri d’exaspération lancé peu après la disparition de l’icône de la lutte antiapartheid par la journaliste belge Béatrice Delvaux. «Arrêtons, en Europe et en Occident, de tendre seulement le miroir de Mandela aux Africains et aux Sud-Africains. 

Nous devons aussi le tourner vers nous. L’exemple de Mandela, c’est pour tout le monde!», s’était-elle alors écriée. Un excellent «retourné», saisissant de pertinence, qui montre à l’envi que… «l’Occident n’a pas que des vertus à proposer à la face du monde» et qui souligne avec force qu’au-delà des paroles émues et de l’hommage «politiquement correct», chaque leader devrait afficher, à travers des actes quotidiens, sa «Mandela compatibilité».

Que dire d’autre lorsque un président des États-Unis, rBarack Obama, a reconnu avec humilité que «Nelson Mandela était un grand homme. C’était le dernier grand libérateur du XXe siècle. Trop de dirigeants se disent solidaires du combat de Madiba pour la liberté mais ne tolèrent pas la même chose pour leur propre peuple»?

En tout état de cause, il faut espérer très fortement que le «Mandela Day» ne célèbre pas simplement l’élégance du verbe et des proclamations de pure forme, mais démontre au contraire, d’année en année, l’élégance des actes pour un monde plus solidaire, plus humain, plus démocratique…


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Medias et presse dans le monde

Medias et presse dans le monde

Le Groupe « Médias et presse dans le monde » a tenu se 1ère réunion zoom ce 22 mars dernier, avec la participation des membres du Comité de pilotage et de professionnels de la presse de plusieurs pays : Algérie, Burkina-Faso, Canada, France, Mali, Maroc, Pologne, Sénégal, Suisse et Tunisie.. 02/04/2023

Le Groupe « Médias et presse dans le monde » a tenu sa 1ère réunion zoom ce 22 mars dernier, avec la participation des membres du Comité de pilotage et de professionnels de la presse de plusieurs pays : Algérie, Burkina-Faso, Canada, France, Mali, Maroc, Pologne, Sénégal, Suisse et Tunisie. / Excusés : Brésil, Italie, Viet Nam, Belgique.

Cette réunion avait objet de préparer et définir les objectifs de l’initiative considérée comme prioritaire pour cette année et sur la base du Draft zero (cf plus bas) rédigé par Habiba Mejri-Cheikh, et sous sa présidence.

  • Un constat : prégnance dans les médias, de l'approche occidentale de l'information, souvent donneuse de leçons et oubliant celle du traitement de l'information par les journalistes d’autres pays sur tous les continents. Il y a là un déséquilibre à combler, d’où l’intérêt de chercher à mettre en synergie les différentes approches et de s'en enrichir mutuellement.
  • Accent mis d’emblée sur une pénurie de main d’œuvre qui touche principalement la presse des pays dits du Nord, expliquant des recrutements manquant parfois de professionnalisme. D’où une véritable crise des médias qui passe aussi par une baisse des revenus publicitaires, avec des risques de disparition dans les 5 années à venir – exemple cité du Canada - de la presse papier. 
  • Une crise qui résulte aussi de la concentration via des entreprises cotées en bourses, notamment aux US, mais pas seulement, une concentration lourde de menaces pour la liberté et la diversité de la presse.
  • Censures, contrôle de la presse, interdictions,  emprisonnements de journalistes, ...
  • Autre menace plus sournoise contre cette liberté : celle de l’intrusion de plus en plus fréquente de formes de journalisme plus militantes que vraiment professionnelles, et à la limite de la confusion avec la propagande. Est-ce la conséquence de la concurrence des réseaux sociaux ?
  • Le Canada a adopté une loi sur les contenus haineux avec des dispositifs engageant la responsabilité, y compris financière, des GAFAM.
  • Quid de l’intelligence artificielle ?
  • D’où le besoin de développer l’éducation aux médias et une meilleure formation des journalistes aux questions internationales (programme d’échanges et de jumelages ?). Ils existent mais sont encore limités.
  • I-Dialogos est convié à participer aux journées programmées le 18 octobre à Montréal avec le soutien de l’OIF.

=> Décisions :

  1. Elargir la réflexion, sur les différents continents, aux associations et écoles d’éducation aux médias ainsi qu’aux animateurs et responsables de médias et plateformes de médias numériques.
  2. Définir ensemble et dans les meilleurs délais, les priorités et les actions les plus urgentes d’içi la fin de l’année 2023, dans une recherche de synergie, avec analyses comparées, en lien étroit avec l’installation des groupes correspondants sur les différents continents et dans nombre de pays.
  3. Travailler à la rédaction d’une Tribune, sorte de Lettre ouverte à publier dans des journaux de nos pays respectifs et cosignée par des journalistes et professionnels du Nord et du Sud et au-delà des membres de notre groupe =>  A quoi sert-on ? Une tribune pas trop longue pour être acceptée, mais avec Lien (link) éventuel permettant d‘accéder à une présentation plus développée sur le site de I-Dialogos. En langue française, et dans quelles autres langues ?  Langues locales ? Enregistrement sonores pour les radios ?   
  4.  Les membres du Groupe et collègues ayant exprimé leur intérêt sont appelés à communiquer, dans un premier temps, et au plus vite, idées et avant propositions, en une dizaine de lignes.       => habibamejri@i-dialogos.com 
  5. Ebauche d’un projet de "plateforme I-Dialogos Médias Maghreb" visant à créer ou renforcer des liens entre journalistes de l’UMA (Algérie, Libye, Mauritanie, Maroc, Tunisie, + Egypte) avec développement de partenariats.
  6. Initiative qui gagnerait à s’inscrire dans le cadre d’une démarche ou plateforme plus large sur le continent africain, et pas seulement au sein de la Francophonie. Vérifier auparavant si des démarches de ce type n’existent pas déjà et, alors, éventuellement, s’y associer (cf UA).
  7. Programmation d’une Rencontre internationale (Nord-Sud ?) sur le sujet des Médias après organisation d’ateliers géographiques thématiques préparatoires dans les pays intéressés, avec l’appui des Correspondants pays. Thèmes : Médias et insécurité, migrations, transfrontalier, …Programmation de cette Rencontre internationale à la fin de l’automne 2023 - ou début d’année 2024 – organisée de manière structurée et progressive dans une sorte de processus impliquant les correspondants et groupes pays dans le cadre d’une approche - globale ? - partagée.
  8. Ne pas en rester à une conception et une vision occidentales du journalisme, mais entendre ce que les journalistes et professionnels des médias d'autres pays, d’autres continents, dans leurs diversités idéologiques et professionnelles ont à nous dire, notamment sur la manière, au Nord » et au « Sud », à l’Est et à l’Ouest, de traiter les informations relatives à nos pays respectifs.
  9. Les analyses et propositions issues des ateliers, qui pourraient se tenir à distance et en visio, devraient pouvoir alimenter les tables-rondes, de cette Rencontre internationale, avec la participation prioritaire des contributeurs des groupes pays.
  10. Rechercher et négocier des partenariats institutionnels et avec les réseaux existants (clubs de la presse pays par exemple, Planète Jeunes Reporters, ….). UNESCO, OIF, AFD, UE, UA, CEDEAO, OCDE, etc…
  11. Rechercher les potentialités de soutiens financiers afin de permettre la concrétisation des décisions ci-dessus.
  12. Repérer les organismes et structures qui traitent de la question des médias et du journalisme en France et dans les pays où nous sommes présents. Favoriser mises en lien et synergies. Centres de presse des pays représentés.Présenter cette dynamique en ouverture du site et y inviter ceux qui pourraient être intéressés. Ouvrir un Forum sur le site I-Dialogos.

Il est proposé aux participants et excusés, et à tous ceux qui pourraient nous rejoindre sur ce sujet, de communiquer observations et propositions. Elle seront progressivement intégrées. avec ouverture d’un Forum – en accès réservé - sur le site I-Dialogos.  => contact@i-dialogos.com 

https://files.cdn-files-a.com/uploads/3401002/normal_642abc3774c76.pdf  

Paris, le 30.03.2023.

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Redha Menassel : le combat des femmes algériennes

Redha Menassel : le combat des femmes algériennes

"Les choses changent, indubitablement, mais les Algériennes restent confrontées à de nombreux défis : l'abrogation du code de la famille, les violences sexuelles et domestiques, l'accès aux postes à responsabilités, etc" Redha Mennassel est un journaliste algérien. Il est depuis 2009 reporter de terrain et présentateur de journaux d’informations et animateur d’un magazine-radio. Interview

Redha Menassel est journaliste algérien, depuis plus de 15 ans et vit à Alger.  Bien qu’il travaille principalement à la radio, il a récemment commencé à explorer le monde passionnant du « documentaire ».   Ce qui lui permet ,dit-il ,de raconter les histoires qu’il souhaite sans avoir les contraintes habituelles de son métier.  Interview.

I-Dialogos : Vous avez commencé par quel film ?  

Redha Mennassel : En 2020, j'ai réalisé mon premier film intitulé "Objectif Hirak" pour le compte du site Médiapart.  Ce film raconte la première année des grandes manifestations algériennes de 2019, qui ont conduit à la chute de Bouteflika, à travers les yeux de cinq photographes algériens, présents dès le premier jour pour immortaliser cette histoire en marche.
Bien que nous l'ayons fait avec des bouts de ficelle, il a connu une sympathique vie lors de festivals et j'en suis heureux. 

I-D : Est-ce facile de faire du documentaire en Algérie ? 

R.M. ::Si vous ne faites pas partie d'un "certain cercle", si vous refusez d'édulcorer votre travail, de le rendre moins percutant, moins pertinent, alors non, ce n'est pas facile. D'ailleurs, la récente proposition de loi sur le cinéma en Algérie ne fait rien pour rassurer les cinéastes. En effet, je suis choqué de voir qu'elle prévoit des amendes et des peines de prison allant jusqu'à trois ans pour des films jugés dérangeants. Jugés par qui ? Selon quels critères ? Mystère. Le secteur du cinéma en Algérie est déjà confronté à de nombreux problèmes et commencer une "réforme" par de la coercition et de la censure n'est certainement pas la solution. 

I-D : Sur quoi travaillez-vous actuellement ? 

R.M. :: Mon deuxième documentaire qui est en postproduction en ce moment s'appelle "Des ailes", c'est un film résolument féministe que j'espère pouvoir sortir en 2023. 

i-D :  Justement, quelle est la condition des femmes en Algérie ?

R.M. :: Les choses changent, indubitablement, mais les Algériennes restent confrontées à de nombreux défis : l'abrogation du code de la famille, les violences sexuelles et domestiques, l'accès aux postes à responsabilités, etc…

Néanmoins, il y a une véritable révolution féministe qui touche le pays avec des militantes qui travaillent activement pour améliorer la condition des Algériennes. je pense notamment à Wiam Awres et Narimane Mouaci Bahi, les fondatrices de la plateforme féminicides Algérie qui répertorie les meurtres de femmes, qu'on continue cyniquement à qualifier de "crimes d'honneur" ici, ou encore Amel Hadjadj du Journal Féministe Algérien qui fait des choses formidables jusque dans les villages les plus reculés du pays. 

I-D : Est-ce qu'un film peut changer les choses ? 

R.M. :: Non. Mais dix, vingt, cent films le peuvent. J’y crois férocement.

I-D : Est-ce que c’est plus simple de raconter ça quand on est un homme ?


R.M. :: Disons que cela surprend. Un journaliste algérien qui se dit féministe ? Dans une société patriarcale comme la nôtre ?   Il y a forcément anguille sous roche.
Pour le reste, je connais des journalistes femmes et des réalisatrices qui montent au charbon chaque jour, font des reportages de terrain, réalisent des films poignants dans des conditions qui ne sont pas toujours évidentes.
Leur abnégation, qui force le respect, est cruciale pour avancer, ensemble. 

Propos recueillis par Marc PINEL - le 29/03/2023


Redha Menassel  est titulaire d’un Master 2 de l’Ecole Supérieure de Journalisme de Lille (France).  il est depuis 2009 reporter de terrain et présentateur de journaux d’informations et animateur d’un magazine-radio. il a travaillé à Canal Algérie,  a été rédacteur en chef de Canal IFA et a collaboré à de nombreux journaux en Algérie et à l’étranger. Il a été lauréat de prix de journalisme dans son pays dont le Media Stars, le prix de l’Unicef et le 2ème prix Ali Bey Boudoukha pour le journalisme d’investigation. Redha est en cours d’écriture d’un livre « 100 portraits de féministes algériennes. »

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Le Président Félix TSHISEKEDI, à la présentation de l’ouvrage d'Alphonse TSHILUMBA

Le Président Félix TSHISEKEDI, à la présentation de l’ouvrage d'Alphonse TSHILUMBA

Le président de la République de RDC, Félix Tshisekedi, était présent ce 1er avril dernier, à la présentation de l’ouvrage d'Alphonse Tshllumba, notre correspondant à Kinshasa, membre du Comité constitutif de I-Dialogos. Dans une "Lettre à ma fille", Alphonse donne une vision , certes sans concession, mais, surtout plus optimiste de la jeunesse africaine.

Dans "Lettre à ma fille",  à partir d'un regard sans concession, Alphonse Tshilumba nous donne  une vision plus optimiste de la jeunesse africaine.

" Il m’a semblé que les expériences vécues méritent d’être partagées, confirmant ainsi le vieil adage "si jeunesse savait, si vieillesse pouvait", dans la mesure où l’expérience des aînés et la créativité des jeunes donneraient un mélange parfait. 

Sur le fond, le fait de témoigner pour la postérité relève de cette recherche.Je dédie ce livre à la jeunesse africaine pour qu’elle réhabilite les valeurs du travail, de l’effort, du mérite et du respect, notamment celles des aînés, conditions du progrès social, refusant les discours démagogiques. 

Le bien-être ne peut s’acquérir que par l’effort pour bâtir l’Afrique de demain. Bien sûr, cette jeunesse constitue - l y a une image qui me vient à l’esprit - le fer de lance de la nation, mais aussi l’image de la relève de ce continent des Africains ont moins de vingt-cinq ans. Avec plus de deux cents millions d’habitants âgés de quinze à vingt-quatre ans, l’Afrique est composée de la plus forte population de jeunes, nés à l’ère digitale, dans le monde.

https://acpcongo.com/index.php/2023/04/01/louvrage-lettre-a-ma-fille-porte-sur-les-fonts-baptismaux-en-presence-du-president-tshisekedi/

https://www.editions-beaurepaire.fr/catalogue-livres-lettre-ma-fille.html 

Conseiller économique au cabinet du ministre des Finances, Kinshasa, République démocratique du Congo, l'auteur est également le fondateur d’Africa Monde, une association de solidarité internationale visant à agir pour que les jeunes Africains trouvent chez eux une formation professionnelle qui leur ouvre un avenir meilleur sur leurs propres terres. Ensemble, nous pouvons obtenir plus que séparément.
Diplômé de l’Institut supérieur de commerce de Kinshasa et de l’École des sciences de la gestion de l’Université du Québec à Montréal, il a une approche internationale et plurilingue des questions africaines

Deux questions à notre ami Alphonse

Alphonse Tshilumba, vous publiez cette semaine votre premier livre « Lettre à ma fille ». Pourquoi cette publication, pourquoi ce titre et qu’entendez-vous démontrer ?

Si ce message est destiné d'abord à ma fille, je souhaiterais également en faire bénéficier l'ensemble de la jeunesse africaine.

Alors que le monde dit « occidental » s’est focalisé sur une guerre qui se déroule sur son propre territoire au risque d’oublier le reste du monde, et notamment l’Afrique, une Afrique qui a retrouvé ses facteurs d’instabilité, quel regard portez-vous sur cette évolution ?

 Il est important que la paix se rétablisse dans chaque pays pour que l'Afrique puisse compter sur la scène internationale. Depuis plus de 60 ans que les États africains ont acquis leurs indépendances, ils sont devenus adultes et ils n'ont plus autant besoin d'une assistance extérieure ni économique ni militaire. Il est indispensable que les pays du Sud soient enfin considérés comme des partenaires et non des territoires à conquérir par les pays du Nord. Ce n'est pas cet aspect que j'ai cherché à développer dans mon livre. Ce n'est donc pas un livre à caractère politique mais qui cherche plutôt à illustrer la culture africaine.Et puis j'ai tout à fait confiance en la capacité des jeunes africains à démontrer la valeur dans les prochaines années de leur continent. Ils contribueront à faire de l'écologie une priorité pour l'avenir de la planète.



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Une interview exclusive de Vladimir FEDOROVSKI

Une interview exclusive de Vladimir FEDOROVSKI

Quelques semaines après la mort de Mikhaïl Gorbatchev : interview de Vladimir Fedorovski, ancien diplomate, partisan de Gorbatchev, qui participa alors de près à la pérestroïka. Interview centrée sur la place et le rôle de médias autour de la guerre en Ukraine, Pierrick HAMON

Vladimir Fédorovski, diplomate et écrivain russe, est le fils d’un héros ukrainien de la seconde guerre mondiale. C’est en 1972 qu’il commence à travailler comme attaché à l’ambassade de l’Union Soviétique en Mauritanie où il assiste Léonid Brejnev. En poursuivant sa carrière, c’est vers la France qu’il se tourne. Il est nommé attaché culturel à Paris en 1977 et passe un doctorat en histoire sur le rôle des cabinets dans l’histoire diplomatique française en 1985.A son retour à Moscou, il travaille au ministère des Affaires étrangères en 1983. C’est alors qu’il se lie d’amitié avec Alexandre Iakovlev, éminence grise de Gorbatchev et considéré comme instigateur de la perestroïka. Il sera nommé conseiller diplomatique et participera à la promotion de la perestroïka en France. Finalement lassé par l’ "incohérence" de Gorbatchev, il décide de quitter la carrière diplomatique en 1990 pour participer à la création d'un des premiers partis démocratiques russes, le Mouvement des réformes démocratiques. S'opposant à la ligne dure du parti communiste et du KGB, il devient  le porte-parole du mouvement des réformes démocratiques pendant la résistance au putsch de Moscou d'août 1991.   Vladimir FEDOROVSKI  se concentre depuis sur sa carrière d’écrivain. Ses ouvrages, écrits en français, deviennent des succès internationaux et sont traduits dans 28 pays.  Il est  l’écrivain russo-ukrainien le plus édité en France.

Propos recueillis par Pierrick Hamon

I-Dialogos : Vladimir Fedorovski, deux de nos plus grands philosophe et sociologues européens, centenaires, Jürgen Habermas et Edgar Morin, ont tous deux connu les désastres du précédent conflit mondial. Ils savent donc de quoi ils parlent à propos de la guerre en Ukraine, et cela face à la multiplication, dans les médias et sur les réseaux sociaux, de discours simplistes et bellicistes.  Ils ont appelé au dialogue et à la raison, sans être, pour le moment, beaucoup entendu, notamment en France.   « Nous sommes – selon Edgar Morin -  dans l’escalade de l’inhumanité et la dégringolade de l’humanité, l’escalade du simplisme et la dégringolade de la complexité ».  Qu’en pensez-vous ?  

Vladimir Fedorovski : Edgar Morin a tout à fait raison quand il alerte sur la multiplication, des discours bellicistes opposés à toute recherche de compromis. C’est un problème réel. 

En réalité, les simplifications compliquent l’analyse. Il faut nommer les faits et analyser, en faisant, même si ce n’est pas facile, abstraction des opinions et sentiments personnels. C’est cela le travail du journaliste tout comme et, plus encore, celui du diplomate, celui que je fus auprès de Gorbatchev dans son combat pour sortir de la guerre froide. J’y ai oeuvré toute ma vie. J’ai, vous le savez, des origines à la fois russes et ukrainiennes. Mon père était un grand ukrainien, héros de la 2ème guerre mondiale. 

Nous vivons à nouveau, un des moments les plus dangereux de l’histoire de l’humanité. 

J’approuve totalement les avertissements lancés par Edgar Morin et Jürgen Habermas tout comme l’appel des journalistes italiens qui, tout en n'approuvant pas  évidement l'invasion de l'Ukraine, dénoncent une narration partiale et hyper simpliste  et plaident pour plus de professionnalisme de la part de leurs collègues. 

Sur la scène politique, il en est qui ont tiré les enseignements de leur expérience. Ainsi, et entre autres, de Jean-Pierre Chevenement et Hubert Védrine en France, mais aussi de Jeffray Sachs et Henry Kissinger aux Etats Unis. 

Ces deux derniers, tout de même bien peu suspects de complaisance à l’égard de la Russie, ne cessent de répéter que pour mettre fin à la guerre en Ukraine, il faut privilégier la diplomatie alors que, selon eux, les Etats Unis semblent réticents face à l’hypothèse d’une paix négociée. Au moins pour le moment.   

Les gens expérimentés sont effarés par la gestion actuelle de cette crise, ainsi que par son traitement médiatique qui, de part et d’autres, relève de la propagande d’un temps que l’on pensait révolu. 

J’ai rencontré, il y a peu, un très grand personnage. Il était un collaborateur du président Kennedy qu’il avait assisté – il était beaucoup plus jeune naturellement -  à la gestion de la crise de Cuba. Il m’a raconté que la première préoccupation de Mac Namara, qui était alors le Secrétaire d’Etat américain à la Défense, connu pour être  bien peu complaisant lui aussi avec l’Union soviétique, c’était de rechercher une issue, de trouver un compromis qui permette de sauver le monde. 

Ce haut personnage m’a confié être particulièrement préoccupé par l’extrême simplification véhiculée, selon lui, par les médias, et par l’absence d’intérêt pour toute recherche de compromis. Il m’a dit que si la crise de Cuba avait été gérée comme aujourd’hui avec celle de la guerre en Ukraine, le monde aurait été plongé dans l’apocalypse. 

Le danger est même plus grave que pendant la guerre froide, parce que pendant la guerre froide, il y avait la distinction entre la politique réelle et la propagande. 

Aujourd’hui il y une véritable confusion. Pour parler d’une manière crue, les gens mentent et finissent par croire à leurs mensonges, dans une sorte de gravissime auto intoxication. 

Si en Russie ou en Ukraine, cela serait moins étonnant, cela concerne, désormais et paradoxalement, des médias occidentaux qui sont censés être protégés par une liberté d’expression garantie par un Etat de droit et les mécanismes de la démocratie. 

Faites attention, les russes savent ce qu’est la résilience, il suffit de lire ou relire Tolstoï. Les russes ont vécu dix fois moins bien sous Eltsine que sous Poutine. Avec les sanctions, le revenu des russes va sans doute baisser mais probablement moins que celui des européens. J’avais écrit qu’il ne fallait pas toucher aux revenus du gaz et du pétrole russe, que cela risquait alors de détruire l’économie allemande et celle des autres. 

L’Europe risque bien d’être le dindon de la farce, piégé par le déclenchement  des sanctions.   

J’ai participé autrefois avec les américains, au temps de l’Union soviétique, à l’élaboration et la signature des accords sur le contrôle des armes, et avec un certain sénateur Biden.

 Ces accords n’existent plus. Cela donne la dimension du désastre.  Le basculement majeur a été atteint avec les interdictions de Dostoiski par les italiens, puis les interdictions des auteurs et artistes russes dans plusieurs pays européens. N’est ce pas là le signe d’une rupture civilisationnelle avec une russophobie insensée ? 

Un ministre français est même allé jusqu’à dire « que la Russie allait être mise à genoux et que les russes, en colère, allaient rapidement se révolter (sic) ». Le chef de la diplomatie européenne, Josep Borell, a ensuite osé affirmer que l’Europe se trouvait face à des jungles !!!  i Un mot qui, il y a quelques années, il n’aurait pas été possible de prononcer. 

Traiter de jungles le reste du monde aurait été qualifié de raciste.  Est-ce cela la Diplomatie ?  Pas sur que cela aide à rétablir en Afrique et ailleurs l’image de l’ « Occident » .

Les interdictions culturelles, comme de celles relatives à Dostoïevski, et qui en rappellent d’autres, sont en réalité totalement contre productives au niveau des populations. Il y a là une grave erreur de gestion des contacts avec la Russie. 

A l’époque de Gorbatchev, 80% des russes étaient pro européens. Aujourd’hui, c’est à peine 10%. Certains à Bruxelles poussent à l’interdiction aux russes de voyager alors qu’il faudrait, au contraire, tendre la main à la société civile russe. 

La Russie est ainsi poussée, même à son corps défendant, à se tourner vers l‘Asie, le continent d’avenir, alors que l’Europe trahit se valeurs. Si la majorité des russes soutient encore Poutine, cela est aussi liée à cette perception, à tort ou à raison, de la société occidentale telle que véhiculée. 

Au dela de l’escalade verbale le traitement de l’affaire de « la bombe sale » est significatif, alors que dans le même temps il y a eu reprise des conversations téléphoniques, dont on a beaucoup moins parlé.... 

Pendant la guerre froide, le dialogue n’a jamais été rompu. Je suis donc  très heureux qu’il y ait ces échanges téléphoniques entre les chefs des forces armées, entre le ministre de la défense russe et son homologue  le Secrétaire d’Etat à la défense américain, ainsi qu’avec le ministre français. Il faut y voir des prémices alors que nous sommes dans l’impasse. 

Faut il prendre à la lettre les déclarations des ukrainiens qui disent qu’ils vont gagner la guerre et reprendre la Crimée, puis pendre Poutine et scinder la Russie en cinq ? 

Mon expérience est qu’il faut faire attention dans la mesure où la réponse russe pourrait aussi être très dure avec l’utilisation des armes tactiques nucléaires. 

Les militaires américains disent que si les Russes vont jusqu’à Odessa, ils interviendront pour détruire la flotte russe. Ce serait alors vraiment la guerre mondiale et l’apocalypse planétaire qui s’en suivrait. 

Il faut absolument retrouver la raison diplomatique et donner la possibilité d’exprimer des avis différents, et retrouver le dialogue, et ne plus mélanger information et propagande, même si cette dernière dimension est propre à la guerre. 


I-Dialogos : A propos de la tragédie ukrainienne , on assiste de part et d’autre à un développement généralisé de la propagande et de la contre propagande. Qu’en pensez-vous ?  

Vladimir Fedorovski : C’est un constat que les journalistes ne relèvent pas, et que les décideurs ressentent.  Gorbatchev, pour qui j’ai travaillé autrefois, ne cachait pas son inquiétude à ce sujet. 

Avant de mourir, il a même lancé une sorte d’alerte angoissée dans un monde qui lui apparaissait comme pouvant être à la veille de l’apocalypse, avec des menaces et un vrai danger nucléaire au plan mondial. Même Biden semble commencer à s’en inquiéter en comparant la crise actuelle avec celle de Cuba. 

L’exemple du traitement médiatico-politique de la santé de Poutine constitue le symptôme le plus flagrant d’une certaine dérive médiatique ou de son aveuglement.  

Pendant trois  mois, il n’a été question dans la majorité des  médias,  et tous les soirs aux infos TV,  que de la maladie de Poutine, car  « il avait des preuves qu’il avait un cancer, qu’il allait bientôt mourir, bientôt, etc, etc … » jusqu’à ce qu’on apprenne que Poutine n’avait rien de tout cela, et tout s’est soudainement calmé… Vous comprenez qu’il y a amalgame entre les suppositions et les désirs. 

Deuxième exemple : Poutine aurait mal calculé les choses, il a été piégé par ses propres service. Certes l’agression russe est une réalité incontestable. Mais inutile d’en rajouter dans des manipulations à multiples facettes.  

Dans le fonctionnement des médias français, et pas seulement, il y a une relève de génération qui saute aux yeux avec des journalistes qui sont venus à ce métier de moins en moins par vocation. La question est également celle de la compétence avec une formation peu à l’écoute du monde ou avec une vision prétendant à l’universel. 

Cela crée une situation des plus dangereuses pour la démocratie et la…diplomatie. Les médias sont ainsi, et pas moins que les Politiques, de plus en plus discrédités, ce qui n’est pourtant pas toujours justifié. Cela concerne, d’une manière générale, la situation dans le monde. 

Il est donc essentiel de remédier à ces dérives et de pouvoir présenter des avis et analyses différentes, et plus poussées, avec une présentation d’une diversité de points de vue,  dans la grande tradition journalistique française. La France reste le pays de la liberté. 

Evidement qu’en Russie la propagande gouvernementale est verrouillée. Elle donne quand même la possibilité d’avoir accès à des avis différenciés. 

Evidement aussi que les russes, qui sont un peuple évolué, ont accès aux informations venant de l’extérieur. Ils ont librement accès aux réseaux sociaux.  

Evidement qu’Internet joue un rôle primordial en particulier au sein de la nouvelle génération. 

La réaction face à la crise n’est pas uniquement liée à la propagande que Poutine a axée sur l’extérieur. Le soutien à Poutine n’est pas seulement lié à cette propagande. Celle-ci joue néanmoins un rôle certes incontestable mais relatif.  

Il ne faut pas négliger le réflexe légitimiste, patriotique, d’ailleurs partagé par tous les leaders d’opposition, et parfois même beaucoup plus vigoureusement. 

Sinon, Poutine n’aurait pas pu lancer cette mobilisation partielle, même si elle est aussi contestée par d’autres au sein de la population   

Les russes ne sont pas dupes. Ils ont accès aux autres sources d’information. 

Les médias américains, tout en restant tout autant marqués par la question de la loyauté nationale, publient quand même des analyses qui peuvent être différentes, ce qui tranche avec la presse en France. 

Il n’y a pas, au Etats Unis, cette tendance à prendre ses désirs pour des réalités, qui est propre à cette dernière période du journalisme français. 

Comme ancien diplomate partisan de Gorbatchev ayant alors participé à sa pérestroïka, j’ai toujours été critique à l’égard de Poutine.  Mais présenter des éléments d’analyse, ce n’est pas la même chose que présenter des éléments de langage. Il faut savoir vérifier les faits. Le problème est que les journalistes se prennent parfois pour les juges, alors qu’ils devraient être le miroir. 

Le 29.10.2022

A noter la parution du dernier livre de Vladimir Fedorovski : "Poutine et l'Ukraine, faces cachées" publié aux éditions Balland, un livre qui donne des clés pour déchiffrer non seulement les faces cachées de Poutine mais aussi les aléas de ce nouveau monde avec une guerre qui, aux confins de l’Europe, constitue une menace d’apocalypse. 

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Il est urgent de rendre la démocratie efficace et désirable

Il est urgent de rendre la démocratie efficace et désirable

Si le vote est bien sûr important en démocratie, ce qui est plus important encore c’est le débat public qui précède le vote. Car c’est dans le débat que chacun découvre les idées des autres mais aussi approfondit ses propres idées. En ce sens, il faut bien admettre que les médias et tout particulièrement les réseaux sociaux intercalent entre soi et soi-même une foule de représentations qui ne peuvent tenir lieu de véritables dialogues / Jean-Paul JOUARY, Professeur de chaire supérieure, agrégé et docteur en philosophie- 10.01.2023

Propos recueillis par Jean-Claude MAIRAL

Jean-Paul Jouary, né à Arzeu (Algérie) le 21 mai 1948, est un philosophe et essayiste français. Professeur de chaire supérieure, agrégé et docteur en philosophie, il enseigne à Paris et Abidjan. Il a publié une trentaine de livres et de nombreux articles de philosophie des sciences, de philosophie politique et sur l’histoire et l’enseignement de la philosophie. Citons notamment, "Je vote donc je pense : la philosophie au secours de la politique", Toulouse, Éditions Milan, 2007, "Diderot face à Galilée et Descartes", Éditions SCEREN, CNDP-CRDP, 2011,"Rousseau, citoyen du futur", Le livre de poche, 2012, "Mandela, une philosophie en actes", Le livre de poche, 2014, "La Parole du mille-pattes, Difficile démocratie", Les Belles Lettres, coll. « Encre Marine », 2019, "Le supplément au voyage de Diderot, pour une découverte de sa philosophie", Editions Silvana Editoriale, 2019, "Vivre et penser dans l'incertitude", Editions Flammarion, 2021. Il a aussi écrit sur l’art paléolithique et sur la gastronomie. Citons, "Ferran Adria, l'Art des Mets. Un philosophe à elBulli," Bruxelles, Les Impressions Nouvelles, coll. « Réflexions faites », 2011, "Préhistoire de la beauté. Et l'art créa l'homme, Bruxelles", Les Impressions Nouvelles, coll. « Réflexions faites », 2012, "Akrame, Instincts," Editions Alain Ducasse, 2016, "Le futur antérieur. L'art moderne face à l'art des cavernes", Editions Beaux Arts, 2017, "Art paléolithique, spectacles immersifs, Editions BeauxArts, 2022". Jean-Paul jouary est également le commissaire de la Galerie de l'Imaginaire dans le Centre LascauxIV.


I-Dialogos : Jean-Paul jouary, depuis très longtemps votre réflexion philosophique porte sur la démocratie. Manifestement ce que l'on entend par démocratie est en crise profonde à travers le Monde où une partie des populations ne fait plus confiance aux instances élues et aux politiques. L'on voit des autocraties prendre le dessus dans un certain nombre de pays. De quoi ces phénomènes sont-ils les symptômes?   

Jean-Paul JOUARY : Nous assistons à l’aggravation d’une crise profonde de la démocratie. Là où cette conception de la société est proclamée depuis longtemps, on voit se développer à la fois un essor de l’abstention et des votes antidémocratiques, qui côtoient des formes de contestation extérieures aux formes politiques traditionnelles. Cela dit, cette crise ne m’apparaît pas comme une crise de la démocratie en général. On l’oublie souvent, mais on doit distinguer deux dimensions de la démocratie. Il y a celle des droits individuels et collectifs, la séparation des pouvoirs, l’ensemble des libertés qui permettent et garantissent l’action, le débat et l’expression de tous. Cette dimension-là n’est pas en crise : ceux qui en bénéficient tiennent à la conserver, et ceux qui en sont privés cherchent par tous les moyens à la conquérir. Deuxième dimension : la démocratie, « pouvoir du peuple », suppose une possibilité pour les citoyens de décider collectivement sur ce qui concerne leur destin. C’est cette dimension qui connaît une crise profonde : comment parler encore de « démocratie représentative » lorsque les institutions permettent d’imposer des décisions rejetées par l’immense majorité des citoyens comme c’est fréquent, y compris en France. Pour des raisons qui tiennent à la fois aux institutions, aux modes de scrutin et aux comportements des partis politiques, les « représentants » ne représentent plus alors le peuple, et celui-ci, se sentant dépossédé de sa souveraineté, réduit à l’impuissance, oscille entre l’abstention, le refuge dans des votes antidémocratiques et des révoltes qui peinent à se traduire politiquement. J’ajoute que ce spectacle, qui a abouti aussi bien à Trump qu’à Bolsonaro, comme à la poussée de l’extrême droite dans pratiquement tous les pays européens, sert d’argument aux régimes autoritaires comme la Chine, la Russie, la Turquie, les pays du Golfe et bien d’autres en Asie ou en Afrique. Cela donne une responsabilité particulière à toutes celles et ceux qui aspire à développer la démocratie, partout, sur la base d’un large débat public. Il est urgent de rendre la démocratie efficace et désirable.     

I-D : Est-ce que l'on ne trouve pas une réponse à ces crises démocratiques dans votre livre fort intéressant, "La parole du mille-pattes, difficile démocratie"? Au premier abord cela surprend de lire cette référence au mille-pattes.   

JPJ : Aucun livre ne saura jamais répondre à lui seul à des problèmes aussi massifs : seuls les peuples en ont la capacité, à condition de s’en donner les moyens et d’en débattre librement. Un philosophe ne peut prétendre que proposer quelques réflexions pour nourrir ce débat. Le titre du livre que vous citez reprend un proverbe de Côte d’Ivoire (où j’enseigne depuis une dizaine d’années parallèlement à ce que je fais à Paris) : « C’est avec de bonnes paroles que le mille-pattes traverse un champ fleuri de fourmis ». Il ne pourrait le faire en force, mais il réussit grâce au dialogue. Cela rappelle que si le vote est bien sûr important en démocratie, ce qui est plus important encore c’est le débat public qui précède le vote. Car c’est dans le débat que chacun découvre les idées des autres mais aussi approfondit ses propres idées. En ce sens, il faut bien admettre que les médias et tout particulièrement les réseaux sociaux intercalent entre soi et soi-même une foule de représentations qui ne peuvent tenir lieu de véritables dialogues ; toutes les démagogies, toutes les rumeurs sont élevées au même niveau que les questions de fond, et la parole de chacun finit par s’effacer, et en tout cas ne plus peser sur le cours des choses. A ce sujet, il faut rappeler que c’est par le débat collectif et les décisions collectives que tous les humains ont procédé pendant dans dizaines de millénaires sans doute : pour décider et pour juger, tout le groupe se réunissait pour des palabres où femmes et hommes intervenaient jusqu’à la décision commune. On oublie trop souvent que la démocratie ne fut pas inventée à Athènes dans l’Antiquité, où elle resurgit dans un monde peuplé d’esclaves et de femmes opprimées. Sur tous les continents, pendant l’essentiel de l’histoire humaine, il fut inconcevable qu’un individu ou quelques individus possèdent le privilège de décider à la place du groupe. En Afrique par exemple, mais aussi dans les Amériques et en Asie, tous les peuples ont vécu selon des coutumes de ce type.     

I-D : Dans ce livre et c'est rare pour le souligner quand on parle de démocratie, vous faites un détour par l'Afrique et des références à Mandela. C'est que vous pensez que le continent africain peut nous apporter une nouvelle vision et pratiques de la démocratie? 

JPJ : Dans mon livre sur Mandela, j’ai expliqué comment il a pu réinventer la politique en puisant dans les coutumes ancestrales de l’Ubuntu, ensemble de principes prônant à la fois le partage, l’égalité, les décisions collectives, la substitution de la réconciliation aux punitions. C’est dans le souvenir des pratiques tribales de son enfance qu’il a trouvé le principe « vérité et réconciliation » admiré dans le monde entier, et qui a fondé l’Afrique du sud « arc-en-ciel » de façon pacifique. Ubuntu a pu être traduit par « je suis parce que nous sommes » : primauté de l’intérêt commun sur l’intérêt individuel. Rechercher dans le passé de quoi réinventer un futur meilleur a permis de dépasser les pratiques et institutions inhumaines imposées par les colonisateurs. Mandela n’a pas rejeté la démocratie comme culture occidentale vantée par les puissances impérialistes, comme le font certains leaders de pays décolonisés pour conforter leur pouvoir autoritaire (comme on a pu justifier le totalitarisme hier en URSS par exemple au nom du rejet de la « démocratie bourgeoise »), mais il a au contraire réinventé la démocratie en faisant de la société sud-africaine une démocratie exemplaire, bien plus démocratique que ce que l’on trouve dans les pays occidentaux. Le moderne ne se trouve pas forcément là où l’on croit. Or il se trouve que l’on trouve des traditions équivalente à l’ubuntu en Asie, en Amérique du nord et du sud et dans toute l’Afrique, j’ai tenté de le montrer. Il faut à la fois reconnaître la particularité de chaque société, de chaque culture, et affirmer la portée universelle des principes qui fondent l’idée même de démocratie. La démocratie a ainsi une portée universelle, sans qu’on puisse en trouver ou en exporter de modèle singulier. Ce n’est pas parce que les mathématiques abstraites sont apparues en Grèce qu’elles ne valent que pour les Grecs. Certaines valeurs peuvent être posées comme universelles, comme valant pour tous (Mandela en a fait inscrire trente-quatre qu’aucune loi ne peut contredire), quelles que soient les traditions, les coutumes, les particularités de chaque pays. La liberté d’expression, l’égalité homme/femme, l’antiracisme, l’abolition de la peine de mort, le refus de toute discrimination liée aux choix sexuels ou religieux, le droit de vote universel, l’interdiction de l’esclavage ou de l’excision, etc. sont bons pour toute société, tout être humain.    

 I-D: face à la crise de la démocratie délégataire, on avance les pratiques de démocratie participative, de démocratie citoyenne, de tirage au sort, de e-démocratie, les termes se multiplient, est-ce une manière de ressourcer la démocratie ou n'est qu'un palliatif qui fondamentalement, ne règle pas la crise démocratique?   

JPJ : Effectivement, comme en écho à la crise de la démocratie dite représentative on voit un peu partout fleurir des pratiques innovantes plus ou moins efficaces ou réalistes, mais qui ont l’immense mérite de ne pas en rester aux caricatures de démocratie existantes, de ne pas se résigner, de refuser de disqualifier l’idée même de démocratie avec toutes les conséquences qui en résultent en termes de menaces totalitaires. Certains peuples, comme en Suisse ou dans le Rojava kurde, ont inventé des formes démocratiques qui combinent la représentation parlementaire et le recours aux référendums d’initiative citoyenne. Il me paraît évident que la « démocratie représentative » sous ses formes actuelles ne suffira pas à réanimer la démocratie citoyenne. Tout ce qui peut expérimenter, inventer, améliorer est bon à prendre, même si l’objectif essentiel doit demeurer une refonte des formes institutionnelles de la démocratie.     

I-D : Avec I-dialogos, nous souhaitons mener une réflexion ouverte sur la réalité du Monde, renouvelée et innovante de la démocratie. Avec une démarche pragmatique. Que conseilleriez-vous pour que nous réunissions ce pari?   

JPJ : Il y a sans aucun doute mille choses à inventer et à initier dans une foule de domaines de la vie sociale de chaque pays. Mais pour ce qui concerne la démocratie, il me semble très utile et sans doute efficace de débattre de ce qui est universel dans les principes de la démocratie, tout en enracinant dans l’histoire de chaque peuple les formes particulières de son exercice institutionnel. Il est plus que jamais nécessaire d’initier des débats par-delà les frontières, entre acteurs divers de la vie citoyenne et intellectuelle. C’est avec esprit d’ouverture qu’I-dialogos peut y contribuer sous toutes les formes possibles, y compris par des contributions écrites à destination de la presse et des autres médias du plus grand nombre possible de pays. 

Un grand colloque avec la participation d’intellectuels, de responsables et militants associatifs d’une grande diversité de nombreux pays différents pourrait donner visibilité à cette démarche, en veillant aussi à la diversité des sensibilités. Pour I-dialogos, rien ne serait plus grave que d’apparaître comme une association fondée sur des engagements idéologiques et politiques a priori.   

Interview conduite par Jean-Paul MAIRAL / le 10.01.2023

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Et si le danger immédiat pour l'Humanité n'était pas le dérèglement climatique ?

Et si le danger immédiat pour l'Humanité n'était pas le dérèglement climatique ?

Avec la sécheresse, la canicule et les incendies, l'opinion s'est polarisé à juste titre, sur le réchauffement climatique. Il est pourtant une autre question tout aussi importante et qui va peut-être faire passer la question climatique au second plan, c'est celle de la guerre (y compris nucléaire), / Jean-Claude MAIRAL

Depuis de long mois et la sécheresse, la canicule et les incendies le renforce, l'opinion se polarise à juste titre, sur le réchauffement climatique. Il est important de s'en préoccuper, mais il est une autre question tout aussi importante et qui va peut-être- j'espère que non- faire passer la question climatique au second plan, même si celle-ci y participe, c'est celle de la guerre (y compris nucléaire), de la confrontation, des conflits et de la violence inter étatique et ou infra étatique. En France la violence de la parole dans les réseaux sociaux, mais également à l'Assemblée Nationale, a remplacé la parole et l'échange démocratique. 

Je suis d'un naturel optimiste, tout en restant lucide. Nous ne sommes pas à l'abri d'un conflit mondial généralisé, tant les tensions sont importantes de par le Monde, y compris en Europe et en France. 

Le Monde et ses peuples sont sur une poudrière -Guerre russo-ukrainienne avec les menaces sur la centrale nucléaire de Zaporijia, bombardées, les va t en guerre dans les pays baltes, en Ukraine et en Russie, etc Des tensions et des zones de guerre dans d'anciens satellites de l'URSS: Géorgie, Azerbaïdjan, Arménie, les républiques d'Asie centrale, etc 

-La montée de l'extrême droite en France, aux portes du pouvoir en Italie avec le parti héritier de Mussolini et en montée constante en Espagne avec le Mouvement VOX , héritier de Franco, etc. Une droite extrême au pouvoir en Pologne et en Hongrie. Une partie de l'Europe glisse sur la pente dangereuse de l'extrême droite. 

-Aux Etats-Unis il suffirait d'une étincelle (arrestation de Trump par exemple qui mériterait pourtant 100 fois d'aller devant les tribunaux) pour que se déclenche une guerre civile, la 2ème après la guerre de Sécession (1861-1865). Mes interlocuteurs sont assez pessimistes sur l'avenir du pays. 

-En Afrique, outre les dictatures militaires qui progressent, l'islamisme étend son emprise y compris dans les pays côtiers de l'Afrique de l'Ouest, pourtant épargnés jusque là. Un certain nombre de pays africains sont à la dérive, générant des migrations massives qui seront renforcés par le réchauffement climatique. 

-Les prétentions de la Chine à dominer la planète et les tensions que cela va générer. En charge de la coopération avec la Chine à la communauté d'agglomération de Vichy et à la région Auvergne, j'ai eu l'occasion de me rendre à plusieurs reprises en Chine, dans les années 2000 et au début des années 2010. Cela m'avait amené à beaucoup m'informer et lire sur ce pays, sur son Histoire passée et présente. J'ai beaucoup apprécié le dynamisme et la ténacité du peuple chinois. Cela m'avait amené à comprendre la ligne politique de Deng Xioping, le père de la modernisation du pays. Et à la défendre avec vigueur. Certains d'entre vous se rappellent mes écrits. Mais les échos qui me parviennent de ce qui se passe là-bas sous l'ère de Xi Jinping, ne sont pas rassurants sur les évolutions du pays depuis quelques années. J'en discutai récemment avec 2 amis, l'un qui a dirigé une Alliance française en Chine et maintenant en Inde et l'autre qui a dirigé toutes les Alliances françaises de Chine et qui a terminé l'an dernier sa carrière au Pakistan. Ils sont très inquiets sur les évolutions intérieures et sur les évolutions extérieures. La Chine aujourd'hui, n'est plus celle de Hu Jintao (président de 2003 à 2013). Avec Xi Jinping, nous avons à faire à un dirigeant qui n'a qu'une obsession, rétablir l'intégrité et la puissance de la Chine impériale. Et balayer tout ce qui s'oppose à cette volonté de puissance en interne et à l'extérieur. Ne sous-estimons pas les manoeuvres chinoises sur Taïwan qui viennent d'avoir lieu. 

-Avec son projet de route de la soie, la Chine entend prendre le contrôle des infrastructures de nombreux pays qui lui sont redevables. Pour ne prendre que l'exemple du Pakistan qui dépend énormément de la Chine pour la construction des infrastructures, le pays est désormais très endetté vis à vis de la Chine. La Chine pour la sécurité de ses ressortissants qui travaillent sur les chantiers, s'appuie sur l'armée avec une importante corruption des généraux. Le petit peuple lui ne reçoit rien de cette coopération. Selon mon ami, le pays s'il rembourse actuellement les intérêts de la dette sera incapable de rembourser celle-ci. Et ce que fait la Chine à ce moment là, c'est de se rembourser en devenant actionnaire majoritaire des infrastructures. Pour mon ami, connaissant bien les populations pakistanaises, il arrivera un moment où elles vont se retourner contre les chinois présents sur place. Il me dit "il y aura des massacres de chinois, et l'armée chinoise sera contrainte d'intervenir".  

- Zone Indo-Pacifique, zone à haut risque. Nous pourrions bien avoir également un conflit majeur et destructeur dans les années à venir dans la zone Indo-Pacifique. Tensions de la Chine avec le Japon et la Corée du Sud. Une Corée du Nord, surarmée et disposant de l'arme nucléaire. Fortes inquiétudes au Vietnam et dans les pays de la région. La Chine tente de s'implanter dans toutes les îles du Pacifique et encourage en sous mains les mouvements indépendantistes, y compris dans les territoires français des Outre-Mer. 

-Les revendications nationalistes explosent à de nombreux endroits comme en Inde avec le gouvernement de Narendra Modi contre les musulmans, avec une situation de guerre au Cachemire avec le Pakistan et des tensions avec la Chine sur le tracé des frontières. Guerres au soudan, en Ethiopie, au Yemen, en Syrie, en Birmanie. La poudrière des Balkans est toujours là et il suffirait d'une étincelle pour que la guerre reparte. -Le conflit israélo-palestinien toujours aussi vivace depuis 1947 qui risque à terme, avec la situation en Syrie de déstabiliser la Jordanie et l'ensemble du Moyen Orient 

- Afghanistan, Pakistan, Irak, Iran, Syrie, Turquie, une poudrière. L'Iran qui est proche de détenir l'arme nucléaire entend faire entendre la voix, y compris militairement, des chiites face aux sunnites, ainsi que face à l'Occident. La tentative d'assassinat de Salam Rushdie est là pour nous le rappeler. 

- Un Occident replié sur lui-même. 

Le positionnement différencié vis à vis de l'Ukraine et de l'Afghanistan illustre ce repliement. Silence sur le sort du peuple afghan, à de rares exceptions, dans les médias alors qu' il ne se passe pas un jour où on ne nous parle pas de l'Ukraine et où on suit au jour le jour les combats entre russes et Ukrainiens. L'Europe a accueilli à bras ouvert les réfugiés ukrainiens. Cette solidarité envers les ukrainiens était nécessaire. La proximité de l'Ukraine, la guerre à notre porte explique cette solidarité et le flot d'informations. Mais pourquoi les 2 poids, 2 mesures entre ces 2 pays? Un lien quotidien avec l'Ukraine et le silence sur L'Afghanistan, pays que les USA et l'Occident ont lâchement abandonné. Sans compter les guerres et les centaines de milliers de victimes dont on ne parle pas: Yémen, Éthiopie, Soudan, etc. Comment voulez-vous que l'immense majorité des peuples regardent positivement l'Occident ? Un Occident qui apparaît replié sur lui même et seulement soucieux de celles et de ceux qui lui ressemblent. 

-Les tensions et les conflits sont désormais légion et génèrent un réarmement généralisé et une course aux armements des plus sophistiqués, y compris dans l'espace. 

Les traités de non prolifération des armes nucléaires sont suspendus. La coopération spatiale est de moins en moins de mise. Les russes se retirent de la station spatiale et les chinois font cavalier seul. Je ne fais que dépeindre à grands traits cette situation mondiale extrêmement inquiétante où la moindre étincelle peut mettre le feu aux poudres. Alors comment éviter cet affrontement et cet effondrement qui laisserait place à la Barbarie? Quelles que soient les religions, les langues, les culture, la situation sociale et politique, nous vivons tous sur la même planète, poussière dans l'univers. Chacun doit être conscient que nous sommes interdépendants et qu'aucun pays ne s'en sortira seul. 

La seule voie pour l'avenir de la planète Terre et de ses habitants, c'est celle de la coopération et du dialogue.  

La France, membre fondateur du Conseil de l'Europe et de l'UE, des Nations unies et membre permanent du Conseil de sécurité, pourrait jouer un rôle important. Mais elle ne doit pas apparaître comme inféodé aux USA et ne pas s'inscrire dans une logique de blocs. Elle doit pouvoir parler avec tout le Monde, même avec ceux que l'on n'aime pas. 

L'ONU ?  

Bertrand Badie dans ORIENT XXI indique que "ce qui qui faisait alors la force de l’ONU fait aujourd’hui sa faiblesse. À savoir une confiance absolue accordée aux plus puissants — en l’espèce les cinq membres permanents du Conseil de sécurité — pour régler tous les problèmes. Or l’évolution des relations internationales a fait que les cinq cogérants du monde se sont installés dans une fonction de blocage consistant à pérenniser à tout prix leur rang et leur statut dérogatoire, ce qui explique la totale paralysie du Conseil de sécurité et la connivence de ces cinq États pour refuser d’y délibérer sur les grands sujets globaux.".  Bertrand Badie ne croit pas que l'ONU puisse se réformer en l'état. Mais il souligne que si l'ONU est bloquée par le Conseil de sécurité et les droits de véto des 5 membres permanents, elle joue un rôle très important dans de nombreux domaines. Les grands succès de l’ONU c’est le Programme alimentaire mondial (PAM), qui a quand même eu le prix Nobel il y a deux ans, c’est le Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef), c’est le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), c’est l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), c'est l'UNESCO, c’est l’Organisation mondiale de la santé (OMS), contrairement à ce qu’on a pu dire pendant la crise du Covid. 

Faut-il cependant mettre une croix sur une réforme en profondeur du conseil de sécurité et de l'Assemblée générale? 

Nous avons impérativement besoin d'une instance internationale qui oeuvre pour la paix, la dignité et le respect de tous les peuples.


  Ne serait-il pas nécessaire 

-d'organiser sous mandat de l'Assemblée générale, une conférence de tous les Etats pour réfléchir à la refondation d'une instance de l'ONU, respectueuse de tous ses membres, dans son fonctionnement et son organisation au service de la paix et ne reposant pas au conseil de sécurité sur le droit de véto. 

-faire de l'ONU, une instance de médiation respectée et reconnue par tous les Etats 

-Rejoindre l'association française pour les Nations Unies -dynamiser les différentes agences des Nations unies et avoir le souci de faire connaître régulièrement leur action auprès des citoyens. 

-l'UNESCO dont le siège est à Paris et présidé par une française a un rôle fondamental à jouer qui est sous-estimé notamment en France, alors que c'est une instance qui fédère de nombreux acteurs dans le domaine de la jeunesse, de la formation et de la culture. En 1965, à l'Ecole Normale d'instituteurs de l'Allier, nous étions abonnés au Courrier de l'UNESCO. 

Qu'en est-il aujourd'hui au niveau de la formation des enseignants? L'UNESCO a pour objectif de « contribuer au maintien de la paix et de la sécurité en resserrant, par l’éducation, la science et la culture, la collaboration entre nations, afin d’assurer le respect universel de la justice, de la loi, des droits de l'Homme et des libertés fondamentales pour tous, sans distinction de race, de sexe, de langue ou de religion, que la Charte des Nations unies reconnaît à tous les peuples ». 

Faire connaître et valoriser l'UNESCO, via les sites et territoires labelisés UNESCO et les acteurs labelisé patrimoine culturel immatériel de l'humanité, développer le Réseau des villes créatives et les clubs UNESCO dans les écoles, etc 

-Faire du Conseil économique et social des Nations unies (ECOSOC), une instance réellement représentative des acteurs de la société civile de chaque pays. Faire connaître son action avec implication dans chaque pays 

La Francophonie? 

La francophonie, c'est la 5ème langue parlée dans le Monde, 321 millions de francophones, une organisation, l'OIF ,forte de ses 88 Etats et gouvernements qui en sont membres. Une organisation là aussi sous-estimée par la France. Des citoyens, des associations et les élus non informés de l'intérêt de la Francophonie. Valoriser la francophonie, être fier de la langue française et de sa présence dans le Monde entier développer des coopérations avec des territoires et des partenaires francophones. 

Le Conseil de l'Europe? 

La France a trop délaissé cette instance européenne qui en son sein accueille 48 pays. Ayant siégé au Congrès des pouvoirs locaux et régionaux du Conseil de l'Europe, j'en ai vu l'intérêt. J'ai assisté au débat en séance au débat sur la guerre Russie/Géorgie avec des élus des 2 pays. La « communauté politique européenne », proposée par Emmanuel Macron le 9 mai dernier à Strasbourg, est une piste intéressante qui pourrait s'adosser au Conseil de l'Europe. Instance de dialogue, respectueuse de chaque partenaires elle permettrait que chacun se parle et co-construise des solutions. 

La France, acteur de la zone Indo-Pacifique? 

Par la Polynésie française, Wallis et Futuna et la Nouvelle Calédonie, la France (seule puissance de l'UE qui intervient là-bas) est très présente dans ce secteur, a un rôle modérateur à jouer. Non alignement et autonomie vis à vis des USA et travailler avec tous les pays de la région, Chine comprise. On pourrait avoir la même démarche dans la zone caraïbes par la présence des territoires des Outre-Mer 

L'enjeu du désarmement Tant qu'il y aura profusion des armes nucléaires et des armes les plus sophistiquées, la paix ne sera pas assurée et le pire sera toujours au-dessus de nos têtes. Il es impératif de relancer les conférences du désarmement, sur le nucléaire notamment. Mais il n'y aura jamais désarmement si des pays se sentent toujours menacés. Il est nécessaire d'acter solennellement le fait de la non intervention dans les pays. L'Occident et les USA en particulier, les partis de ces pays de gauche, écologistes, de droite, d'extrême droite ou d'extrême gauche doivent cesser de vouloir importer et imposer leur modèle à la terre entière. 

Chaque jour on mesure les conséquences des interventions en Irak et en Libye, sans remonter dans le temps. Il faut faire confiance aux peuples dans leurs choix et dans leurs interventions. Les seules interventions dans le respect, c'est celle de la coopération dans de nombreux domaines (culture, environnement, éducation, recherche, social, etc) 

Si les dirigeants, si l'ensemble des acteurs du développement des pays, si les citoyens eux-mêmes se positionnent sur le terrain de la coopération, du dialogue et du respect de chaque peuple et culture, alors le pire sera évité et nous pourrons faire face aux enjeux et autres défis auxquels l'humanité est confronté, notamment le dérèglement climatique. 

Il est de la responsabilité de chacun pour y parvenir.

Jean-Claude MAIRAL

Président de « Planète Jeunes reporters-Sur les pas d'Albert Londres »

Co-fondateur de I-Dialogos

13-08-2022

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Le vivre ensemble dans un monde en rupture de valeurs et de dialogue. Crise de la pensée ou crise de gouvernance ?

Le vivre ensemble dans un monde en rupture de valeurs et de dialogue. Crise de la pensée ou crise de gouvernance ?

Tout le monde est convaincu que le monde va mal à cause de toute une série de crises qui le caractérise dont la plus grave est celle qui concerne le vivre-ensemble avec la crise des valeurs, les risques du non-dialogue, l’absence de sagesse, l’émergence d’un environnement hostile et conflictuelle. / Ali SEDJARI , co-président de I-Dialogos et professeur à l'Université de Rabat (Maroc)

Ali SEDJARI est professeur à l’Université Mohammed V à Rabat (Maroc), président du CERIPP

 Tout le monde est convaincu que le monde va mal à cause de toute une série de crises qui le caractérise (crise économique, politique, sociale, culturelles, éthiques et religieuse) mais la plus grave des crises est celle qui concerne le vivre-ensemble et, de manière explicite, la crise des valeurs, les risques du non-dialogue, l’absence de sagesse, l’émergence d’un environnement hostile et conflictuelle. Disons tout simplement que le vivre-ensemble est devenu problématique. 

Ce « vivre-ensemble » s’oppose t-il à refaire société ou à repenser le monde ? A travers ces trois expressions se définissent les termes d’un débat. D’un coté, l’appartenance à une société est ce qui permet d’accepter les différences. De l’autre, l’idée que le monde est une patrie collective impose des accommodements raisonnables et un positionnement intelligent par rapport à l’altérité.  

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- L’impact du numérique et de l’intelligence artificielle sur les transformations des gouvernances publiques

- Prospective géopolitique et destin des Nations 

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Echanger, collaborer, coopérer.

Echanger, collaborer, coopérer.

Combien d’entre nous lorsqu’ils sont en conversation analysent ou argumentent selon leur unique schéma de pensées ou d’expériences de vie. Ce serait une valeur ajoutée si cela était fait dans une perspective de tendre vers plus d’universalité mais c’est rarement le cas. Le point de vue de Christophe de CONTENSON, Maire de Couzon et conseiller départemental de l'Allier.

Christophe de Contenson, artisan sculpteur, maire de Couzon  et conseiller départemental de l'Allier en charge de la coopération internationale

Sacrée mémoire archaïque qui depuis la révolution de 1789 nous a formatés les uns et les autres  à trop souvent camper, vis-à-vis d’autrui, dans une forme d’opposition permanente que cela soit sur un plan intellectuel, social, politique, humain.

 L’Autre est rarement considéré comme un élément essentiel à la construction d’une vérité mais bien plutôt comme une interface sur laquelle on vient rebondir pour mieux solidifier la sienne comme ses convictions ou ses combats. 

Combien d’entre nous lorsqu’ils sont en conversation analysent ou argumentent selon leur unique schéma de pensées ou d’expériences de vie. Ce serait une valeur ajoutée si cela était fait dans une perspective de tendre vers plus d’universalité mais c’est rarement le cas.

Chacun campe sur son Aventin, écoutilles fermées dans une démarche autocentrée d’où le mythe de Narcisse n’est guère éloigné. L’Autre reste un miroir plutôt que cette indispensable lumière à la compréhension élévatrice du sujet ou du débat qui préoccupe. Alpinistes et navigateurs sont en cela de merveilleux exemples : Toujours en quête de nouvelles voies pour escalader une montagne ou traverser les océans. Ce besoin vital chez eux de se remettre en cause pour mieux saisir l’espace infini de leurs capacités à oser, à comprendre le milieu et s’y adapter, est plus qu’inspirant. 

Il traduit ce parti pris de ne jamais avoir peur comme la volonté farouche de ne pas vouloir mourir vivants car là est bien pourtant ce que nos sociétés semblent vouloir déterminées à faire de nous aujourd’hui : des êtres aseptisés, uniformes, apeurés dont les vies sont régies par un mode de pensée unique où les interdits et les contrôles sont foison.

 Quels médias, quels intellectuels, quelles personnalités politiques,  quelle culture viennent avec souffle réveiller et élever les consciences pour plus d’estime d’elles-mêmes, de capacité à envisager demain, sans crainte. Aucuns. 

Petits ou grands écrans, étals de librairies, débats à l’assemblée, expositions d’art contemporain tout nous parle que de nous ou d’auteurs exhibitionnistes. Les œuvres et les discours sont consensuels, surfaits ou surjoués, souvent sans sincérité et bien désincarnés. Comment alors, chacun à notre niveau, éviter d’être emporté par une telle lame de fond si nous voulons vivre sans être jamais dupes de nous-mêmes, toujours en quête de différence, de nourriture intellectuelle à partager, à transmettre aux générations futures afin d’entretenir chez elles le goût de l’engagement, des responsabilités et des autres.

 Rien n’est plus mortifère que l’entre soit. L’histoire est là pour nous rappeler ces périodes de décadence dues à la dégénérescence des élites, de leurs idées et des consciences. Alors ne sombrons pas dans le repli sur nous-même comme nous le promettent ces discours anxiogènes sur le grand remplacement, d’où qu’il viendrait. 

Fi des caricatures et des stigmatisations. Louons Erasmus, les voyages et les cultures étrangères. 

Le Département de l’Allier est bien présent sur ce terrain. Il coopère depuis des dizaines d’années avec le Mali, la Mongolie, le Sénégal dans le cadre de projets d’excellence, d’échanges de savoir faire, de formations pour une plus grande autonomisation de nos partenaires. Une plateforme interactive entre collèges, entreprises, spécialistes divers de ces pays, de l’Allier et bientôt du Québec va être mise en place pour entretenir chez les jeunes générations ce merveilleux sentiment de faire elles aussi partie intégrante de la grande aventure humaine. 

Qu’elles gardent pour toujours au cœur ce sage propos de Youri Gagarine, cosmonaute russe : « En regardant de loin, la terre est bien trop petite pour qu’il y ait un conflit et juste assez grande pour une coopération ». 

Christophe de Contenson in « l’Aurore du Bourbonnais »

21 octobre 2022

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Réponse de Dominique Eddé à Edgar Morin

Réponse de Dominique Eddé à Edgar Morin

Cette Lettre, publiée le 23 juillet 2022 par le Quotidien libanais Lorient-Le-Jour, est tout simplement magnifique. Elle est révélatrice de deux visions voisines qui transpirent cet humanisme, cette clairvoyance , cette intelligence qui tranchent avec le simplisme des analyses de nombre de "philosophes" patentés, largement consultés dans certains grands médias français. PH

"Cher Edgar,

L’espérance, c’est l’improbable », nous dites-vous à l’âge de cent un ans. Ces trois mots tombent à pic, pour nous ici, au Liban. Ils font la différence entre le tragique et la sanction à perpétuité. Ils nous renvoient aux limites de toute certitude comme aux potentiels de ce que l’on ignore. 

Ils nous disent que le malheur peut être fatal mais qu’il n’est pas une fatalité. Ils placent au même endroit le courage de douter et le courage de faire confiance. Les raisons de souffrir et les raisons de rêver. La puissance de l’horreur et le pouvoir de l’amour.

Et cette chose compliquée que vous évoquez dans Autocritique : « La conscience que les idées ennemies ont une part de vérité, parfois devenue folle. » C’est à votre désir acharné de paix que l’on doit cette phrase si nécessaire. 

Vous avez préféré « comprendre » à « avoir raison », risquer mourir plutôt que risquer de ne pas vivre, essayer à tort plutôt que céder à l’indifférence. 

En perdant votre mère à l’âge de dix ans, vous avez très tôt connu la peur et la mort ; vous les avez conjurées en prêtant votre voix à ceux qui en souffraient autant que vous, mais aussi en écoutant ceux qui avaient trop peur des deux pour vivre intensément.

D’où votre absence spontanée de méchanceté, d’aigreur ou d’envie. D’où la préservation de votre énergie pour ce qui en vaut la dépense. D’où le piège aussi, lorsque vous cosignez deux ouvrages d’entretiens avec un militant islamiste comme s’il s’agissait d’un simple dialogue entre un intellectuel né musulman et un intellectuel né juif. 

Mais qui ne fait pas d’erreur sur la durée d’un siècle ? D’où enfin votre accès immédiat à l’universel. Au lendemain du 11-Septembre, vous m’aviez dit : « La non-violence viendra des violents repentis. »

 La réalité tarde à vous donner raison, mais qui sait... peut-être.Si je vous écris aujourd’hui par voie de presse, c’est pour vous remercier à voix haute, mais aussi pour me servir de vous. 

Chaque fois que je vous lis ou vous entends, l’air me semble moins lourd. Vous avez inventé sans le savoir une écologie de l’âme : la discipline qui permet à l’espoir et au désespoir de communiquer, d’interagir, de se laisser respirer l’un l’autre. 

C’est cela que je voudrais pouvoir transmettre à tous ceux qui autour de moi se sentent en ce moment sommés de désespérer, par devoir de lucidité. Je voudrais me dire et leur dire : « N’espérons ni ne désespérons, préservons seulement notre aptitude à nous laisser surprendre. » Une amie commune avait résumé d’une phrase la faillite de notre espèce : « 

L’humanité a mal pris la mort. » Ce n’est pas votre cas. Vous avez très tôt souffert de la mort, vécu avec elle, mais vous l’avez prise pour ce qu’elle est : la fin naturelle d’un séjour improbable. Sans doute est-ce l’une des raisons pour lesquelles vous avez su la faire attendre. 

Tant de gens parient sur la foi par absence de ferveur. Vous avez fait l’inverse : vous avez misé sur la ferveur sans le secours de la foi. 

Vous avez humanisé l’ignorance, en l’endossant ; vous en avez fait, du même coup, la meilleure amie du savoir. Et votre savoir est devenu le meilleur ami de ceux qui rêvent, comme vous, d’un monde où l’air, l’eau et les pays n’appartiennent à personne. C’est-à-dire à tous.Cher Edgar, je vous vois tel un enfant sous la pluie : les poings fermés, le front plissé, les paupières battantes, allant chercher de toutes vos forces les phrases qui auront le pouvoir d’associer les différences, d’intégrer les nuances, de relier les extrêmes. 

Au bord de la colère, vous êtes encore au seuil de la tendresse. Chez vous, la moue ou le cri virent pour un rien au sourire. Ou l’inverse. Même au repos votre visage est en mouvement. Il veille. Vous avez certes un double, mais vous n’êtes pas double, vous êtes mouvementé comme le sont le vent et la musique. 

C’est ainsi que vous comprenez la condition humaine : une aventure insondable qu’il est passionnant de vivre avec le refrain de son mystère en tête. Avec l’humilité, la fébrilité, la peur et la joie que ce mystère nous impose. 

C’est pourquoi votre parcours intellectuel et politique a si bien vieilli. Vous vous êtes tenu là où l’orgueil, la fausse modestie, le ridicule, la peur du ridicule n’ont pas de place. Vous avez regardé le malheur en face lorsqu’il régnait sans partage. Vous avez, en même temps, gardé au chaud la place de son remplaçant provisoire : le bonheur. 

Surtout, surtout, le malheur de l’un n’a jamais exclu à vos yeux le malheur de l’autre. Ceux qui parmi les Israéliens et les juifs vous sont hostiles comprendront un jour – je l’espère – que votre formidable attention au malheur des Palestiniens ne fait qu’un avec votre résistance au nazisme. 

L’avenir n’oubliera pas que dans la nuit des idées qui tuent et des injustices impunies, vous avez monté la garde de l’honneur et de la cohérence. À force d’accueillir l’improbable, vous l’avez accompli. 

Pour ma part, en ce mois de votre anniversaire, je vous dis et vous redis merci."

23/08/2022


Dominique EDDÉ est romancière et essayiste. Elle est notamment l’auteure de « Kamal Jann » (Albin Michel, 2012).

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Thomas, le polonais qui vivait seul en Russie .

Thomas, le polonais qui vivait seul en Russie .

Ewa MAZGAL est membre du Comité constitutif de I-Dialogos, Journaliste polonaise, elle vit à Olsztyn, en Warmie-Mazurie, une région polonaise voisine de l'enclave russe de Kaliningrad mais aussi de la Biélorussie, et à proximité de l'Ukraine dont les réfugiés sont accueillis à bras ouverts.. Dans cette nouvelle contribution, Ewa ne peut que constater que les polonais d’aujourd’hui n’aiment pas la Russie, et c’est essentiellement pour des raisons politiques et historiques. / Ewa MAZGAL

Ma vie est dissimulée et concentrée dans ces deux sacs à dos, dit Thomas, le polonais qui a vécu près de 30 années en Russie. 

Thomas est d’ailleurs une exception, parce que rares sont les polonais à vivre là-bas. Il y a bien sur des correspondants de presse polonaise, des ingénieurs polonais en contrats temporaires et quelques étudiants, mais peu nombreux. 

Certes, il y a aussi tous ces descendants des anciens prisonniers politiques polonais qui furent déportés en Sibérie aux XIXème et XXème siecles. 

Mais si les polonais d’aujourd’hui n’aiment pas la Russie, c’est essentiellement pour des raisons politiques et historiques. 

Thomas faisait donc exception. Mais maintenant, c’est au Portugal qu’il voit son avenir. 

Parti en Russie après son bac, quand il n’avait que 19 ans, il n’avait alors aucune idée précise quant à ses orientations futures.  Qu’est-ce que je pensais alors ?  Rien précise t-il. C’était juste une époque intéressante, celle de la chute  de l’Union Soviétique, celle de Gorbatchev, celle d’Eltsine, puis celle qui a vu apparaitre Poutine premier ministre. 

Thomas habitait alors en Bratsk, à 600 kms au nord du lac Baïkal. Il a ensuite résidé à Kaliningrad, capitale de l’enclave russe au bord de Baltique, puis à Moscou. Il y a enseigné comme professeur de chimie, puis a travaillé au sein d’une agence de publicité, tout en participant  au déneigement des rues de Bratsk… à la hache. 

Mais son job principal, celui qui devait lui permettre de gagner correctement sa vie, ce fut comme professeur de polonais.  J’avais beaucoup d‘élèves – dit Thomas - essentiellement des jeunes d’origine polonaise qui voulaient aller poursuivre leurs études en Pologne  et pouvoir, ainsi, obtenir une carte de séjours polonaise. Ce papier donne d’utiles avantages durant les voyages et sejours en Pologne.  Mais, parmi mes éleves, il y avait aussi des russes. 

Au début des années 2000,  à Kaliningrad, j’avais espéré  que le monde serait désormais plus ouvert, que tous les pays se développeraient ensemble, raconte Thomas. J’espérais que nous serions plus riches et plus heureux avec l’ouverture des frontières. Les habitants des régions avoisinantes - Olsztyn, Gdansk et Kaliningrad – pouvaient enfin franchir ces frontières sans visas. 

L’espérance était immense ! Mais - comme dit Thomas - depuis 2014, tout cela tourne très mal. En Europe de l’est, et pas seulement en Russie, on entend à nouveau les rhétoriques guerrières, celles qui séparent les gens entre “amies” et “ennemies”. 

Le 24 février dernier, le jour où l’« opération spéciale » a commencé,  Thomas était à Lisbonne, mais Vitaliy, son compagnon, et Nikita, leur chien, étaient à Kaliningrad. Prend tout avec Nikita, ai-je dit à Vitaliy – rappelle Thomas - prend la machine à café, l’ordinateur et la nourriture du chien, et quitte le logement. 

Thomas souligne, que toute sa vie d’adulte, il l’a donc vécu en Russie, là où vivent ses amis les plus proches. Je sais qu’ils sont contre la guerre, contre la politique de Poutine, mais ils ont peur, précise t’il. Moi, j’ai honte de cette guerre.  Je ne sais pas pourquoi, et je ne suis pas russe.  

Jusque il y a peu, en Russie, on pouvait vivre comme les autres européens.  Je pouvais voyager de par le monde,  explique Thomas. J’ai même investi dans un logement. Mais à présent je ne sais pas où est ma maison. 

Mon ancienne vie est donc désormais là, dans ces deux sacs à dos. 

Thomas a fini par acheter une petite maison, ancienne, dans une des iles des Acores. Il faut maintenant la rénover. Thomas voudrait y habiter  avec Vitaliy et Nikita. Mais comment trouver du travail ? C’est le problème le plus important.    

Je demande à Thomas : est ce que l’âme russe existe ? 

Bien sur qu’elle existe. Elle existe et est partagée entre les russes, les ukrainiens et les biélorusses qui vivaient autrefois en communauté du temps de l’Union soviétique – répond Thomas. Tous parlaient le russe, et souvent comme première langue. Tous mangeaient les mêmes repas, tous regardaient les mêmes films, tous pouvaient même se comprendre au-delà des mots.  

Et maintenant ils s’entretuent : terrifiant paradoxe. 

Ewa Mazgal, 07 mai 2022


Lettre de Pologne, ce 6 avril 2022 

Nous, citoyens d’Olsztyn, nous sommes le dernier maillon de cette « histoire européenne ». 

Nombre de réfugiés en provenance d’Ukraine - officiellement quelques centaines mais en réalité quelques milliers – sont arrivés dans notre région, la Warmie-Mazurie au nord-est de la Pologne. Les habitants les y accueillent le plus souvent chez eux, comme partout en Pologne, alors même que l’on y manque de logements pour les polonais. Il n’y a pas d’emplois disponibles et, en plus,  ceux-ci ne sont pas bien rémunérés. 

Malgré tout,  une solidarité, une solidarité enthousiaste, souvent  improvisée et plus ou moins ponctuelle, s’est rapidement et concrètement exprimée. Elle est l’œuvre de personnes privées, d’ONGs et des collectivités locales. 

À Olsztyn, près de l’église gréco-catholique, une grande Centrale d’aide a été installée. C’est un lieu où on peut apporter de la nourriture ou de l’argent pour les réfugiés ou acheter les fameux pierogis, les traditionnels raviolis polonais que les gens préparent chez eux.   

Dans les rues, à Olsztyn, on entend parler les langues russe et ukrainienne. On y voit des jeunes femmes ukrainiennes, et même russes, avec leurs bébés et des enfants en âge pré-scolaire. Dans l’autobus, j’ai même entendu une petite fille demander en russe :  Maman, est ce que nous rentrons chez nous à la maison ? » « Oui », a répondu la maman alors que sa maison est très provisoire. 

Nous devrons donc faire face à beaucoup de nouvelles difficultés, il ne faut pas s’en cacher. Ainsi des places à trouver pour les enfants dans nos écoles, comme de programmes scolaires à adapter aux besoins des jeunes élèves ukrainiens, sans parler de la question de la langue mais aussi de celle de l’Histoire. Et puis, il y a le sujet des déchets, et celui de l‘espace dans les hôpitaux. La majorité des ukrainiens n’est en effet pas vaccinée et on en ignore même le nombre exact.  

Le gouvernement polonais nous a convaincu que nous, les citoyens comme l’Etat, nous étions prêts à tout, que nous allions nous débrouiller pour résoudre tous les problèmes auxquels sont confrontés tous ces réfugiés, que nous allions consolider et renforcer nos services de santé publique,  etc.   

Mais l’état d’esprit des Polonais est aussi aujourd’hui pour le moins belliqueux. Ainsi la première de « Boris Godounov », mis en scène à Varsovie, qui a été suspendue. On ne joue plus les oeuvres de Rachmaninoff, etc…. 

À Olsztyn, il y a près de 30 ans, après la chute du Mur, un groupe de gens a voulu démolir le monument en mémoire de l’Armée Rouge, construit en 1954 à l’époque communiste. Il s’agit pourtant d’une remarquable création du célèbre sculpteur polonais Xavier Dunikowski qui avait été déporté à Auschwitz dès 1940, avant que le sinistre camp de la mort ne soit, en 1945, libéré par … l’armée russe. 

Le style de ce monument, que j’appelle du « gigantisme brut », est pourtant exceptionnel et unique en Pologne. Il a été classé et a même été enregistré au registre du patrimoine historique par le ministère polonais de la culture. Le ministre vient pourtant d’annuler cette inscription. Pour ma part, je considère qu’il s’agit d’une erreur. J’aime ce monument comme oeuvre d’art et comme symbole du temps passé et perdu; le temps au cours duquel nous avions cru en une paix éternelle … en Europe. 

Mina Gampel, mon amie juive, peintre renommée née à Pinsk en 1940, et qui vit en Allemagne, après avoir été sauvée avec sa famille, avec ses parents et leurs enfants  de 5 de 8 enfants, et qui a vécu en exil en Union Soviétique m’a dit :  Comment ces Russes, qui ont sauvé tant de gens pendant l’Holocauste, peuvent-ils tuer maintenant des enfants ? et attaquer Odessa ?   Ne détruisent ils pas ainsi leur histoire légendaire ? 

Moi qui suis tant attaché à la culture russe, à cette si belle langue russe, je n’arrive pas à comprendre cette folie guerrière que je rejette et que je déteste. J’en suis absolument effrayée. 

Mon coeur est brisé. 

Ewa  MAZGAL Journaliste, Olsztyn, Pologne       


PS. Merci à Malgorzata Czaplarska, directrice du Centre franco-polonais Cotes d'Armor/Warmie-Mazurie, à Olsztyn, et à Pierrick Hamon, pour leurs corrections linguistiques.



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IMPACT DU NUMÉRIQUE ET DE L’INTELLIGENCE ARTIFICIELLE SUR LES TRANSFORMATIONS DES GOUVERNANCES PUBLIQUES / sous la direction d'Ali Sedjari

IMPACT DU NUMÉRIQUE ET DE L’INTELLIGENCE ARTIFICIELLE SUR LES TRANSFORMATIONS DES GOUVERNANCES PUBLIQUES / sous la direction d'Ali Sedjari

Hier science-fiction, aujourd’hui réalité, la révolution numérique et l’intelligence artificielle nous projettent vers un autre monde virtuel, incertain qui exige de nous de nouvelles capacités biologiques, physiques et intellectuelles pour gérer les nouveaux outils technologiques d’une mutation annoncée avec ses menaces et ses promesses./ Ali SEDJARI

Ali SEdjari est professeur des Universités,  président du CERIPP, à Rabat. au Maroc et cofondateur de I-Dialogos.

L’actualité nous annonce l’avènement de la « société numérique », la smart society, avec la diffusion des objets connectés, des plateformes à fonctions multiples, des algorithmes pour monter des projets ou préparer des décisions. Ce sont autant de nouveaux outils technologiques pour nous rendre la vie facile et les processus de gestion moins couteux et plus efficaces. Certains ont été expérimentés avec succès dans cette douloureuse période pandémique dans les domaines de l’enseignement, de la médecine, du commerce et du travail, particulièrement dans les entreprises.

Hier science-fiction, aujourd’hui réalité, la révolution numérique et l’intelligence artificielle nous projettent vers un autre monde virtuel, incertain qui exige de nous de nouvelles capacités biologiques, physiques et intellectuelles pour gérer les nouveaux outils technologiques d’une mutation annoncée avec ses menaces et ses promesses. Ce constat nous met face au défi de marquer le passage d’une gouvernance publique qui a fait date à une gouvernance numérique qui introduit de bouleversements profonds dans notre système d’action publique.   

 Accéder à la publication =>  Livre final numerique.pdf 

                                  

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