Chercher à comprendre l'antisémitisme contemporain à l'aune du conflit au Proche Orient

Chercher à comprendre l'antisémitisme contemporain à l'aune du conflit au Proche Orient

L’heure est venue de proposer des possibles jusqu'ici impensés pour une issue heureuse d’un conflit qui puisse participer à désamorcer les haines et violences qui ont explosé à l’encontre des juifs et des musulmans. A la croisée des chemins, l’avenir de ces possibles dessinera une fois encore, sans doute, les contours du devenir de notre humanité ! Une humanité dont les métamorphoses sans cesse à l’œuvre poursuivront leur cours en continuant probablement de conférer au mythe comme à la spiritualité une fonction « essentielle ». Patrice CARDOT / 14 novembre 2023

Chercher à comprendre l'antisémitisme contemporain à l'aune du conflit au Proche Orient pour mieux y faire face.

L'analyse de Patrice Cardot*   

D’après une enquête commandée en 2019 par l’Anti-Defamation League (ADL), la principale organisation américaine de lutte contre l’antisémitisme, près d’un Européen sur quatre reconnaît nourrir de l’hostilité à l’égard des Juifs[1].  

Ce phénomène gravissime qui se manifeste de manière récurrente depuis de nombreux siècles dans une grande partie du monde donne lieu à de nombreuses tentatives d’identification des modalités de ses manifestations et d’explication de leurs causes profondes comme de leurs impacts, aux fins d’en définir aussi précisément que possible son objet et sa nature, et de le qualifier en droit. Il donne également lieu à l’élaboration d’arsenaux juridiques et instruments éducatifs destinés à lutter pour tenter sinon de l’éradiquer, tout au moins de l’enrayer. 

Un constat s’impose : cette lutte permanente, qui tend à s’intensifier en même temps que le phénomène s’étend et s’aggrave, ne parvient pas à circonscrire ce fléau !  

Bien au contraire, le nouveau visage du conflit opposant l’Etat d’Israël au mouvement musulman sunnite du Hamas dont la branche armée est intervenue sur le sol israélien pour la première fois de l’histoire pour y commettre des meurtres barbares, donne lieu à une recrudescence de ce phénomène qui interroge. 

Ce nouveau conflit au Proche Orient constitue une circonstance aggravante qui concourt à la montée d’un antisémitisme de masse, les décalages considérables entre le positionnement politico-diplomatique officiel des dirigeants des pays occidentaux en faveur d’un soutien « inconditionnel » à l’Etat israélien, après avoir amalgamé antisionisme et antisémitisme, et les perceptions populaires d’injustice attachées à la situation des palestiniens dans la bande de Gaza comme en Cisjordanie où le processus de colonisation se poursuit au prix de violences insupportables, trouvant dans les discours officiels qui amalgament terrorisme barbare et ce qui ne relèverait que d’une « résistance armée antisioniste », et qui laisseraient à penser que les vies d’un palestinien et d’un israélien n’auraient pas la même valeur[2], des motifs d’une incompréhension et d’une colère sources de violences de caractère racial. 

Un mois après l’attaque sanglante du Hamas contre Israël, à l’origine de la guerre dévastatrice qui a embrasé la bande de Gaza, plus de 1200 actes antisémites ont été recensés en France. Une explosion qui plonge la communauté juive dans l’angoisse.

Les stratégies déployées dans le monde, en Europe ou en France pour lutter contre l’antisémitisme ne parviennent manifestement à enrayer ce fléau si l’on en juge aux recrudescences de sa manifestation au cours des dernières semaines, notamment en France. Cernent-elles avec suffisamment de lucidité les facteurs qui nourrissent ce phénomène ?   

De très nombreuses tentatives d’explication ont œuvré à dégager les facteurs qui expliqueraient aujourd’hui cette explosion de l’antisémitisme au niveau mondial. Si ces tentatives s’accordent généralement sur un grand nombre de facteurs, elles pêchent néanmoins parfois par leurs omissions, en laissant de côté des éléments explicatifs sujets à de multiples interprétations. 

L’antisémitisme nécessite plus que jamais de revisiter sans complaisance les facteurs qui y participent et qui ne justifient bien évidemment en rien un tel phénomène, tant ce phénomène sociétal interroge au-delà même de son propre objet et de sa propre nature, et en prenant appui sur les enseignements que l’on peut tirer du conflit qui oppose l’Etat d’Israël au Hamas palestinien et au Hezbollah libanais. 

Concourant à nourrir peu ou prou un antisémitisme étrangement ancré dans les imaginaires des peuples et qui a au moins deux visages : celui d’un antisémitisme que l’on pourrait qualifier de « populaire » et celui d’un antisémitisme que l’on pourrait qualifier de « bourgeois », l’un et l’autre activant ces différents facteurs de manière plus ou moins marquée en fonction des situations et des époques, ces facteurs peuvent être catégorisés ainsi : facteurs économiques, sociaux et identitaires ; facteurs psychologiques, culturels et sociétaux ; facteurs idéologiques et historiques ; facteurs géopolitiques ; facteurs politiques, médiatiques et technologiques ; facteurs religieux[3]. 

Les différentes enquêtes entreprises sur ce sujet de l’antisémitisme, et en particulier l’enquête évoquée plus haut[4], permettent de relever que ce phénomène est davantage observé dans les segments de la population en proie à des difficultés économiques et/ou sociales importantes, à des inégalités flagrantes, à des sentiments de discriminations, et au désespoir de ne pas pouvoir offrir aux générations les plus jeunes la promesse d’un avenir meilleur. 

Pour ces individus sujets aux influences de théories complotistes profondément ancrées dans les populations les plus exposées à la désinformation et à la manipulation des opinions, le juif est presque systématiquement assimilé à l’israélien, préjugé que les lois israéliennes relatives aux juifs du monde entier, les positions systématiquement favorables du CRIF ou de personnalités disposant de la double nationalité franco-israélienne à l’égard de la politique menée par l’Etat d’Israël, les assimilations officielles de l’antisémitisme et de l’antisionisme comme le statut d’exception dont « bénéficierait » cette communauté en raison de la discrimination opérée à l’encontre des autres communautés sémites dans la qualification juridique de l’antisémitisme, participeraient à corroborer. 

Au moment où les formes de nationalisme les plus radicales trouvent dans les opinions publiques européennes des échos tels qu’elles participent à bouleverser les équilibres politiques internes à des Etats-nations européens engagés dans un processus d’intégration politique tendant à leur soustraire une part importante de leur souveraineté, et à reléguer la souveraineté populaire incarnée dans leur Constitution ou Loi fondamentale en arrière-plan de processus démocratiques faisant une meilleure part à un système de droit européen dont la primauté interroge, le juif de la diaspora peut apparaître soit comme le meilleur représentant d’un cosmopolitisme triomphant dont participerait le processus européen, soit comme le meilleur marqueur de cette résistance nationale emprunte de patriotisme quand il est vu comme le défenseur d’un nationalisme effréné à l’image de l’israélien. 

Par ailleurs, un autre point qui ne fait que trop rarement l’objet d’une attention dans l’espace public mérite d’être regardé avec lucidité : une certaine instrumentalisation de l’antisémitisme est à l’œuvre, comme celles du complotisme et du populisme, qui visent sournoisement à criminaliser les opinions, préjugés et croyances, tout en disqualifiant la pensée de leurs auteurs au nom d’une vision unilatérale d’une vérité s’imposant à tous, y compris par le droit, en contrevenant ouvertement aux dispositions de la Déclaration universelle des droits de l’homme qui garantissent toutes les expressions de la liberté. 

Cette instrumentalisation se nourrit des confusions sémantiques et des amalgames qui viennent complexifier toute tentative d’éradication, qu’il s’agisse des sujets mêmes de cette forme particulière de racisme qu’est l’antisémitisme : le juif, l’identité juive, la judéité, de l’objet dont on traite (antisémitisme ou antisionisme) ou encore de ce qui relève d’une opinion, d’un préjugé ou d’une croyance par opposition à ce qui relève d’un passage à l’acte. 

Dans ce vaste mouvement d’effritement de la relation de confiance de la nation aux élites politiques et technocratiques identifié et dénoncé notamment par Stéphane Rozès, l’antisémitisme se nourrit de ces interrogations, et s’en trouve inévitablement revigoré dans sa dimension anti-judaïque la plus grégaire, en même temps que l’antisionisme religieux.

L’amalgame de l’antisionisme et de l’antisémitisme n’ajouterait-il pas de l’huile sur le feu ?

L'Alliance internationale pour la mémoire de l'Holocauste (IHRA) propose une définition de l’antisémitisme qui tient en quelques mots, dont le terme « antisionisme » est absent : « L’antisémitisme est une certaine perception des juifs, qui peut se manifester par une haine à leur égard. Les manifestations rhétoriques et physiques de l’antisémitisme visent des individus juifs ou non et/ou leurs biens, des institutions communautaires et des lieux de culte. » 

Dans un billet de blog publié sur le site de Mediapart en février 2016, Bernard Ravenel soulève la question polémique de la confusion entre antisionisme et antisémitisme entretenue au sein de l'Etat français. Cet amalgame doit non seulement être dénoncé mais aussi déconstruit.[5]  

Ce point de vue est loin d’être isolé ; en témoigne notamment l’article que la journaliste libanaise Soulayma Mardam-Bey a consacré à cet amalgame en 2019[6]. 

L'idée sioniste, conçue par Theodor Herzl et Max Nordau comme une « décolonisation de soi », naît au même moment, venant bouleverser les termes dans lesquels se posait jusqu'alors la « question juive », car elle conduit à distinguer le « juif universel » (dont Freud serait l'un des représentants les plus convaincants) et le « juif de territoire ». 

Comme l’ont montré Cas Mudde et Hans-Georg Betz, le nativisme – c’est-à-dire l’idéologie selon laquelle la communauté politique doit être composée uniquement des membres natifs d’une même nation conçue comme culturellement unifiée, et pour qui tout élément (personnes ou idées) « non-natif » est perçu comme menaçant l’homogénéité de l’Etat-nation – est une forte composante du populisme. 

Israël est devenue cette nation symbole qui incarne à elle seule un « occident » en proie à une désoccidentalisation du monde et à une disqualification des valeurs et des discours progressistes et universalistes, sous les assauts permanents de ses partis religieux et des thuriféraires d’un sionisme religieux.

 Il y a là quelque chose qui participe à inscrire les grands thèmes des débats qui animent aujourd’hui le peuple israélien dans la pensée politique comme dans l’imaginaire des peuples européens. Ce qui se jouerait aujourd’hui en Israël impacterait l’avenir du sort des européens. 

Comment améliorer les choses ? 

Cette exploration des différents facteurs qui concourent à alimenter, peu ou prou, cette résurgence d’un antisémitisme particulièrement violent dans le monde entier depuis le 7 octobre 2023, alors même que le peuple israélien fut frappé brutalement par des actes terroristes d’une sauvagerie sans précédent, interroge les stratégies de lutte contre ce fléau historique tant leurs performances s’avèrent extrêmement faibles. 

1 – Manifester publiquement notre solidarité face à l’antisémitisme, sans oublier les autres combats que la République se doit de mener 

2 – Parler, et plus encore dénoncer, mais en obéissant à certaines règles 

3 – Elargir le champ de la parole et de la dénonciation est une exigence républicaine 

4 – Faire de l’indésirabilité un concept politique 

5 – Proposer des possibles jusqu'ici impensés pour une issue heureuse de ce conflit qui puisse participer à désamorcer les haines et violences qui ont explosé à l’encontre des juifs et des musulmans. 

L’heure est venue de proposer des possibles jusqu'ici impensés pour une issue heureuse de ce conflit qui puisse participer à désamorcer les haines et violences qui ont explosé à l’encontre des juifs et des musulmans. A la croisée des chemins, l’avenir de ces possibles dessinera une fois encore, sans doute, les contours du devenir de notre humanité ! Une humanité dont les métamorphoses sans cesse à l’œuvre poursuivront leur cours en continuant probablement de conférer au mythe comme à la spiritualité une fonction « essentielle ». 

Sans succomber à une candeur qui ignorerait les jeux et enjeux de la Real Politik, les pourfendeurs de la théorie du choc des civilisations seraient bien inspirés de s’employer activement à rechercher de nouvelles voies de dialogue permettant d'instaurer les bases d'une paix durable et d'une entente cordiale entre les Etats et les Peuples.[7] 

 Le chantier est gigantesque mais il est stratégique pour l’avenir de l’humanité. 


« Notre tâche d'homme est de trouver les quelques formules qui apaiseront l'angoisse infinie des âmes libres. Nous avons à recoudre ce qui est déchiré, à rendre la justice imaginable dans un monde si évidemment injuste, le bonheur significatif pour des peuples empoisonnés par le malheur du siècle.   Naturellement, c'est une tâche surhumaine. Mais on appelle surhumaines les tâches que les hommes mettent longtemps à accomplir, voilà tout. »       Albert Camus (Les Amandiers) 


Patrice Cardot est connu pour sa conception résolument gaullienne du rôle de la France et de l’Union européenne dans le monde, reconnu et apprécié au niveau international pour ses compétences dans de nombreux domaines. Il a publié de très nombreux articles et ouvrages et présidé plusieurs colloques et séminaires importants autour des grands défis posés par la construction européenne, par le développement des hautes technologies, par la souveraineté numérique, par le double caractère global et systémique de la sécurité, par l’émergence de la politique de sécurité et de défense de l’Union européenne, par la sécurité et le développement – notamment sur le pourtour méditerranéen – ou encore par la globalisation stratégique. 

 Ancien élève de l’Ecole française de l’Air (Promotion 1974) et de l’Ecole nationale supérieure de Techniques Avancées (ENSTA – Promotion 1983 – Option ‘analyse des systèmes), Patrice Cardot est titulaire d’un DEA en intelligence artificielle (INP Toulouse -1986). Après avoir servi comme officier de l’Armée de l’Air en qualité de membre du Personnel navigant, enseignant-chercheur et cadre de direction, Patrice Cardot a servi la France dans de nombreuses fonctions : cadre de direction (direction des études, délégation aux relations industrielles) et enseignant-chercheur dans diverses grandes écoles d’ingénieur et universités en France et au Maroc, cadre d’administration centrale au sein de la Délégation générale de l’armement et du Ministère de l’Education Nationale, de la Recherche et de la Technologie, chargé de mission ‘Europe’ auprès du ministre de la Défense, et enfin, chargé de mission ‘questions européennes et internationales’ au sein du Conseil général de l’armement, organe de réflexion placé auprès du ministre de la Défense.  Ancien auditeur de l’Institut diplomatique (2005), de nombreuses missions d’études lui ont été confiées par les pouvoirs publics nationaux et européens dans le cadre de mandats officiels. Patrice Cardot est chevalier de l’ordre des palmes académiques et de l’ordre national du Mérite.

Lire également =>  De quoi la Francophonie est-elle le nom ?  


   [1] Ce sondage fait partie d’un ambitieux programme, « ADL Global 100: an index of anti-Semitism », qui s’efforce, par des campagnes répétées, de mesurer l’emprise de l’antisémitisme dans plus de 100 pays à travers le monde. [2] Le président Emmanuel Macron, sensible à cette perception discriminatoire et à ses effets sur les opinions publiques, a tenu à exprimer clairement lors de son voyage au Proche Orient que « la vie d’un palestinien et celle d’un israélien ont la même valeur ! ».   [3] Ces différents facteurs sont analysés dans l’article éponyme mis en ligne sur le site Academia : Chercher à comprendre l'antisémitisme contemporain à l'aune du conflit au Proche Orient pour mieux y faire face [4] Cf. Sondage ADL: 1 Européen sur 4 serait antisémite? [5] Cf. Peut-on être antisioniste sans être antisémite ? [6] Cf. Antisionisme et antisémitisme, le sens des mots (7) cf « A la recherche de nouvelles voies de dialogue permettant d'instaurer les bases d'une paix durable et d'une entente cordiale entre les Etats et les Peuples »

accéder à l'article  
Afrique: entre cafouillis et désirs démocratiques / Serge Mathias TOMONDJI

Afrique: entre cafouillis et désirs démocratiques / Serge Mathias TOMONDJI

La démocratie ! Tout le monde en parle, affirme même agir en son nom et pour ses principes, mais chacun l’interprète à sa guise, la dessine, la crayonne selon ses propres aspirations et sous le joug de ses propres intérêts… Ah, la démocratie ! Comme chacun sait bien la pervertir, l’interpréter, la recalibrer, l’appliquer selon son bon vouloir, puis l’évoquer pour renoncer à ses devoirs… / Une analyse d'un journaliste africain ,Serge Mathias TOMONDJI, qui bousculera bien des certitudes sur le sujet ! / à nouveau le 06-05-2024

Journaliste et éditorialiste béninois, Serge Mathias TOMONDJI est installé au Burkina Faso depuis 1993, où il a assumé différentes fonctions et responsabilités dans plusieurs organes de presse écrite et en ligne. Il a également présenté plusieurs émission à la radio, avant de poursuivre, depuis 2017, son aventure professionnelle à la télévision, comme éditorialiste et comme animateur de débats sur des sujets variés, concernant notamment l'actualité et les mutations sociopolitiques du continent africain, ainsi que sur la culture, la société, les idées.

La démocratie ! Tout le monde en parle, affirme même agir en son nom et pour ses principes, mais chacun l’interprète à sa guise, la dessine, la crayonne selon ses propres aspirations et sous le joug de ses propres intérêts… 

Ah, la démocratie ! 

Comme chacun sait bien la pervertir, l’interpréter, la recalibrer, l’appliquer selon son bon vouloir, puis l’évoquer pour renoncer à ses devoirs… 

Vous avez dit démocratie et les rues d’Alger, de Conakry, de Bamako, de Tunis, de Ouagadougou ou encore de Khartoum répondent à l’appel pour le changement, avant que ne résonne dans les chaumières, une révolution ou une insurrection plus tard, le silence de la désillusion ! 

Pourtant, la démocratie doit s’exprimer, s’exécuter, se vivre… Car le pouvoir du peuple doit s’énoncer et s’exercer par le peuple et pour le peuple. 

C’est l’une des raisons pour lesquelles le 15 septembre de chaque année est consacrée Journée internationale de la démocratie par les Nations unies. L’instauration de cette journée vise ainsi à examiner, chaque année, l’état de la démocratie dans le monde, à en apprécier les avancées, constater les piétinements et à activer les plaidoyers nécessaires… 

Mais entre la démocratie de façade et la démocratie des slogans qui nous sont servies depuis de longues années, au-delà de l’aspect institutionnel qui semble se résumer pour les forts du moment à des élections dont les résultats sont souvent préfabriqués, comment ancrer le principe démocratique et ses valeurs universelles dans les cœurs et dans les comportements si elle n’induit pas le développement ? 

Quand on évoque les processus démocratiques en cours sur le continent africain, on ne peut en effet pas s’empêcher de noter ces coups d’État, révisions constitutionnelles et donc remise en cause de la limitation du nombre des mandats présidentiels qui rythment un parcours des plus contrastés ces trois dernières décennies. Au point que d’aucuns se demandent encore si la démocratie, finalement malade de ses turpitudes et intrigues, n’est pas inadaptée pour l’Afrique, reprenant en chœur l’antienne de Jacques Chirac, ancien président français aujourd’hui décédé, qui proclamait en 1990 que… «la démocratie est un luxe pour les Africains» ! 

LA DÉMOCRATIE NE SE DÉCRÈTE PAS… 

Il faut cependant se rappeler que six années plus tard, à la faveur du mémorable discours qu’il a prononcé le 18 juillet 1996 à Brazzaville, au Congo, sur l’histoire de l’Afrique et son accession à la démocratie, le même Jacques Chirac avait rendu un vibrant hommage au continent noir, précisant les contours de sa vision de la démocratie. 

L’Afrique, avait-il notamment indiqué, est «un continent libre, riche d’anciennes et puissantes traditions, de fécondes valeurs de civilisation. Moins qu’ailleurs, la démocratie ne s’y exporte, ne s’y plaque, ne s’y décrète. Plus qu’ailleurs, elle doit s’y ressentir, s’acclimater, s’enraciner. Plus que jamais aussi, l’Afrique a besoin de la démocratie, source de stabilité, de confiance, de solidarité». 

Aussi, affirme Jacques Chirac, «nous n’avons pas à lui donner de leçon de démocratie. Tout au plus, pouvons-nous lui inspirer, lorsque c’est nécessaire, un désir de démocratie, lui montrer les voies qui s’ouvrent à elle et les progrès qu’entraine naturellement l’ouverture démocratique. Nous pouvons alors, par notre soutien et nos encouragements, l’accompagner partout où les Africains ont fait eux-mêmes le choix de la démocratie». 

Il serait injuste de dire aujourd’hui que les désirs de démocratie n’ont pas animé les opinions publiques et la classe politique africaines depuis le début de la décennie 1990. Après le Bénin et La Baule, les conférences nationales ont ainsi essaimé sur le continent pour tourner le dos aux régimes mono-partisans d’alors, avec un mélange, il est vrai, d’injonction française, mais aussi de véritable aspiration à la liberté des citoyens africains. 


Ces conférences nationales ont notamment concerné, à part le Bénin en février 1990, le Gabon, du 1er mars au 19 avril 1990, le Congo, du 25 février au 10 juin 1991, le Mali en août 1991, le Togo du 8 juillet au 28 août 1991, le Niger du 29 juillet au novembre 1991, le Zaïre, aujourd’hui République démocratique du Congo, du 7 août 1991 au 17 mars 1993 — soit presque deux ans sans que le consensus qui sous-tendait ce conclave ne soit au rendez-vous —, le Tchad du 15 janvier jusqu’en mars 1993. 

Et puis il y a eu des groupes d’opposition en République centrafricaine, au Cameroun, à Madagascar, au Burkina Faso et en Mauritanie, qui ont demandé des conférences nationales, avec des résultats variés. Aujourd’hui, trente-trois ans après ce printemps démocratique, plusieurs pays d’Afrique semblent être revenus à la case départ, puisque des bisbilles juridico-politiciennes sont venus dévoyer la trajectoire amorcée en 1990. 

Les fruits du «Printemps arabe» ?

Même les fruits du «Printemps arabe» du début de la décennie 2010, qui a balayé les vieux régimes de la Tunisie et de l’Égypte notamment, n’ont pas tenu la promesse des fleurs. Les travers n’étaient donc pas bien loin et cette affaire de limitation des mandats a également connu, et rapidement, ses détracteurs. 

On a ainsi assisté à des révisions constitutionnelles ci et là pour déverrouiller ce maudit cadenas. Au point que Niamey, la capitale du Niger, a abrité, du 2 au 4 octobre 2019, un sommet sur le constitutionnalisme et la limitation des mandats présidentiels en Afrique. Cependant, les résolutions de ce sommet n’ont produit aucun effet puisque depuis, Alpha condé a décidé de briguer un troisième mandat en Guinée, tout comme Alassane Ouattara en côte d’Ivoire. 

De plus, une série de coups d’État est venue jeter un gros pavé dans la mare de la démocratie en construction sur le continent, et on s’interroge bien sur les effets contaminateurs de ce mode de prise de pouvoir par la force des armes que l’on croyait révolu. 

Après le Mali le 20 août 2020, puis le 21 mai 2021, le Tchad, le 21 avril 2021, la Guinée, le 5 septembre 2021, le Soudan, le 25 octobre 2021, le Burkina Faso, le 24 janvier, puis le 30 septembre 2022, le Niger et le Gabon viennent de s’inscrire sur ce registre, respectivement les 26 juillet et 30 août 2023.

 CONSTITUTIONALISME ET COUPS D’ÉTAT 

Ce retour en force des pouvoirs militaires sur le continent, qui portent des transitions politiques de nouvelle génération avec des périodes plutôt longues sur des promesses de refondation, constituent un sérieux pied de nez aux processus démocratiques de plus en plus décriés. 

Il signe aussi l’échec du sommet sur le constitutionnalisme et la limitation des mandats présidentiels en Afrique, qui s’est tenu du 2 au 4 octobre 2019 à Niamey, au Niger.   Initié par le National Democratic Institute (NDI) et ses partenaires, notamment la Fondation Kofi Annan, Open Society Initiative for West Africa (Osiwa) et le Africa Forum, ce sommet a tout de même relevé que l’on assiste à un recul démocratique suite à des modifications constitutionnelles intempestives, qui ont supprimé le verrou de la limitation des mandats adopté lors du renouveau démocratique des années 1990. 

Plusieurs anciens chefs d’État ont pris part à ce sommet qui s’est achevé par l’adoption d’une déclaration, dite de Niamey, en guise de plaidoyer en faveur de la limitation des mandats présidentiels sur le continent. Cette rencontre visait donc à consolider la démocratie et le transfert pacifique du pouvoir sur le continent, notamment à travers le respect de la limitation du nombre des mandats présidentiels actés par la plupart des Constitutions en Afrique. 

L’ancien chef d’État du Bénin, Nicéphore Dieudonné Soglo, premier président du renouveau démocratique béninois de l’ère post-conférence nationale, avait notamment souligné l’importance du respect de cette mesure «pour que la renaissance africaine devienne une réalité». 

Premier pays à consacrer cette limitation des mandats présidentiels dans sa Constitution adoptée au sortir de l’inédite Conférence nationale des forces vives de février 1990 — la toute première intervenue sur le continent africain, avant même le fameux 16e sommet France-Afrique qui s’est tenu à La Baule, et au cours duquel le président français François Mitterrand a conditionné, le 20 juin 1990, l’aide au développement à l’instauration de régimes démocratiques — le Bénin tournait le dos à plusieurs décennies d’une vie politique chaotique. 

Après les luttes intestines de camps rivaux et la caporalisation de la vie publique nationale par des intérêts personnels et égoïstes, il était plus que temps d’ouvrir le champ politique à d’autres courants afin de favoriser l’alternance… 

Le Bénin peut encore s’enorgueillir aujourd’hui d’avoir réussi, en dépit des difficultés qui ont jalonné l’expérience, d’être l’un des seuls pays de l’Afrique de l’Ouest — avec le Sénégal et le Cap-Vert, où en plus on n’a enregistré aucun coup d’État militaire depuis l’indépendance de ces pays — à respecter cette clause limitative des mandats présidentiels depuis 1991, et à avoir ainsi renouvelé à quatre reprises en 30 ans, son chef de l’État : Nicéphore Dieudonné Soglo (1991-1996), Mathieu Kérékou (1996-2006), Thomas Boni Yayi (2006-2016), Athanase Guillaume Patrice Talon (depuis 2016 et normalement jusqu’en 2026). Patrice Talon a d’ailleurs corsé les dispositions de la limitation en introduisant, aux termes de l’article 42 de la Constitution révisée le 7 novembre 2019, la mention qu’en aucun cas, «nul ne peut, de sa vie, exercer plus de deux mandats de Président de la République». Ce qui exclut que l’on puisse terminer ses deux quinquennats à la tête de l’État, observer une parenthèse puis revenir en triomphateur cinq ou dix ans plus tard…   

Une exception africaine vient du Mozambique, où la constitution permet de remettre les compteurs à zéro et d’être éligible pour d’autres mandats dès lors qu’on a quitté le pouvoir après son second mandat pour au moins une mandature de cinq ans. 

SEULEMENT VOILÀ ! 

Il est tout de même bon de noter que le tableau n’est pas si sombre. Mention spéciale d’ailleurs au Ghana qui s’illustre sur le continent en matière d’alternance à la tête de l’État. 


Depuis l’avènement de la Ive République en 1992, pas moins de cinq présidents se sont déjà succédés à la tête du pays. Entre 1990 et février 2018, apprend-on ainsi dans l’ouvrage du fonctionnaire international Issaka Souaré intitulé «Les partis politiques de l’opposition en Afrique : la quête du pouvoir», 21 chefs d’État africains ont quitté le pouvoir après avoir épuisé leurs mandats constitutionnels». À ces 21 chefs d’État qui ont tenu à respecter les dispositions de la Loi fondamentale de leurs pays en la matière, il faut notamment ajouter les départs de Uhuru Kenyatta au Kenya (9 avril 2013 au 13 septembre 2022), et de Mahamadou Issoufou au Niger (7 avril 2011 au 2 avril 2021), dernier lauréat en date du prix Mo Ibrahim pour la gouvernance. 

«Partir, c’est mourir un peu», dit le romancier et journaliste français Edmond Haraucourt dans son poème Le Rondel de l’adieu paru en 1890. Et c’est justement pour assurer une après-présidence digne à nos gouvernants que la Fondation Mo Ibrahim a initié, depuis 2007, le Prix Mo Ibrahim pour le leadership d’excellence en Afrique. 

Ce prix met ainsi en avant «le travail dans l’intérêt du public ou son action en faveur du développement durable d’un ancien chef d’État ou de gouvernement d’un pays d’Afrique subsaharienne, qui a quitté ses fonctions au cours des trois dernières années». Il est assorti d’une belle cagnotte de cinq millions de dollars ainsi que d’une pension annuelle à vie de 200 000 dollars, doublée si l’ancien dirigeant fonde une œuvre caritative. Seulement voilà ! 

«Trop de chefs d’État africains se croient irremplaçables», confesse Mo Ibrahim, qui semble dépité par l’absence, certaines années, de leaders dignes pour mériter cette belle récompense. 

En effet, après quatre années au cours desquelles il a salué le travail et l’œuvre du Mozambicain Joaquim Chissano, qui en fut le premier lauréat en 2007, suivi du Botswanais Festus Mogae en 2008, il a fallu attendre 2011 pour primer le Capverdien Pedro Pires. 

Nouveau passage à vide jusqu’en 2014, avec le sacre du Namibien Hifikepunye Pohamba. Avant qu’il ne récompense, en 2017, Ellen Johnson Sirleaf, ancienne présidente du Liberia. 

Le dernier lauréat de ce prix s’appelle… Mahamadou Issoufou, récompensé au titre de l’année 2020, pour avoir pacifiquement passé le témoin à Mohamed Bazoum au terme de ses deux quinquennats à la tête du Niger. 

QUESTIONNEMENT 

En tout état de cause, indique Issaka Souaré, l’Afrique comptait, en 2017, 35 pays qui limitent le nombre de mandats de leur président, 12 pays qui n’ont aucune clause limitation de mandat dans leurs Constitutions et six pays ayant aboli la limitation du mandat de leurs constitutions. 

Par ailleurs, deux pays — le Rwanda et le Congo-Brazzaville — ont modifié leurs Lois fondamentales et la disposition sur la limitation du mandat, tandis que quatre pays ont aboli la clause limitative avant de la rétablir. 

Pourtant, la limitation des mandats présidentiels n’offre pas forcément une garantie pour l’alternance et certains pensent même qu’elle ne constitue pas un gage de réussite démocratique et de développement. Doit-on s’émanciper de cette camisole de force et laisser les peuples décider de reconduire ou non leurs dirigeants dans les urnes ? 

Comment la démocratie peut-elle impacter le quotidien des populations rurales par exemple, qui ne savent pas grand-chose de cette architecture institutionnelle ? 

Comment promouvoir l’intégrité et la bonne gouvernance, qui sont aussi de vrais piliers de l’exercice démocratique ? 

Sur quoi devrait finalement reposer la démocratie en Afrique ? 

Faut-il relire, reformater la démocratie telle qu’elle se pratique sur le continent ? 

Plus de Trente ans après les conférences nationales, doit-on convoquer des états généraux d’Afrique pour penser un nouveau modèle de fonctionnement institutionnel ? 

Beaucoup de questions auxquelles les mutations en cours actuellement sur le continent devraient trouver des réponses adéquates, en gardant toutefois à l’esprit que l’Afrique aspire majoritairement à la démocratie, à la liberté et au développement. 

L’institut Afrobaromètre, qui a compilé des données de 36 pays sur la question en 2021-2022 révèlent en effet que 66%, soit deux tiers des Africains, «préfèrent la démocratie à toute autre forme de gouvernement», tandis que «78% rejettent les régimes du parti unique et 67% les régimes militaires». 

À noter aussi que 67% des sondés sont favorables à la liberté des médias, pendant que «73% des Africains approuvent la limitation du nombre de mandats présidentiels». Des données qui éclairent sur les désirs de démocratie, d’alternance et de liberté en ces temps où l’Afrique cherche à nouveau ses repères, entre refondation, résurgence de coups d’État, lutte contre le terrorisme et crises multiformes et multidimensionnelles… 

© Serge Mathias Tomondji Ouagadougou, 21 septembre 2023

accéder à l'article  
La langue française et l'outre-mer: l’atout oublié ?  Entretien avec Jimmy VAKAULIAFA

La langue française et l'outre-mer: l’atout oublié ? Entretien avec Jimmy VAKAULIAFA

Alors que les territoires ultra-marins possèdent une richesse humaine, une diversité culturelle, une créativité et des potentialités considérables, on continue à sous-estimer l’intérêt majeur pour le rayonnement de la France et de l’Europe, de ces territoires présents aux quatre coins du Monde et sur trois Océans. "Je ne dirai pas « désintérêt » de la France, mais plutôt un certain « assujettisme » ou « néocolonialisme » dont elle élargit elle-même les dimensions, plaçant le curseur en fonction de ses intérêts, au détriment de ceux des peuples autochtones". / Entretien avec Jean-Claude Mairal / actul. le 22-07-2024..

Consultant en Intelligence économique et territoriale, originaire des îles Wallis et Futuna et de Fiji, Simione Jimmy VAKAULIAFA est spécialisé dans l'accompagnement des collectivités dans le cadre de leur projet de transition socio-économique, énergétique, numérique, agroalimentaire, environnementale, etc. Il est également Panéliste international toujours dans la même thématique des transitions. 

Ancien cadre militaire et chef d’entreprise (agroalimentaire), il intervient depuis 2004 en tant que Consultant sur les projets de développement des territoires (Développement économique, problématique Jeunesse, Organisation des Mini-Jeux du Pacifique, Fab-Lab, etc.), et de médias. En 2014 il intervient sur des projets de tourisme patrimonial dans un pays qui lui est cher, la Tunisie. Il est également Conseiller politique auprès des élus ou de groupes politiques. Expert « Autonomie numérique des Territoires » il intervient dans les projets de Smartlighting et Smartgrid auprès des collectivités françaises et à l’international. Titulaire de 2 Master en Marketing stratégique et en Gestion et Management stratégique, il intègre en 2011 l’ISG Paris pour un MBA en Conseil stratégique qu’il abandonne pour les Cycles Internationaux à l’ENA Paris de 2011 à 2014. Il intègre l'IHEST en Cycle national 2021-2022 Promotion Rosalind Franklin. Jimmy est Correspondant I-Dialogos à Wallis et Futuna /Région Pacifique

Entretien avec Jean-Claude MAIRAl., co-président de I-Dialogos.

Alors que les territoires ultra-marins et de leurs populations possèdent une richesse humaine, une diversité culturelle, une créativité et des potentialités économiques environnementales considérables, on en sous-estime grandement l’intérêt pour le rayonnement de la France et de l’Europe, de ces territoires présents aux quatre coins du Monde et sur trois Océans. 

I-Dialogos : Il y a une profonde méconnaissance chez les citoyens, les élus et les acteurs économiques de l'hexagone, de la réalité des territoires ultra-marins et de leurs populations. Alors que ces territoires possèdent une richesse humaine, une diversité culturelle, une créativité et des potentialités économiques environnementales considérables, on sous-estime grandement l’intérêt pour le rayonnement et de la France, de pouvoir disposer de ces territoires qui sont présents aux quatre coins du Monde et sur trois Océans, faisant de notre pays, le 2ème empire maritime mondial, après les USA. Originaire de l’île de Tiga en Nouvelle-Calédonie, Walles Kotra qui a été directeur exécutif chargé de l’Outre-mer au sein du groupe France-Télévisions parle de la France comme d’un « Pays-Monde » qui pourtant se « refuse de se penser en archipel mondial pour continuer à n'être qu'un Hexagone rabougri, incapable d'assumer sa géographie éclatée et ses champs culturels multiples". C'est un jugement implacable ? 

Jimmy Vakauliafa : Je partage complètement le propos de Walles Kotra dans la mesure où la problématique vient du fait que la France ne reconnaît pas les peuples autochtones, contrairement à l’ONU. 

En effet, à partir du moment où l’on raisonne avec une approche « pouvoir central », il est très difficile par la suite de prendre en compte (considération) les spécificités respectives des Outremer qui constituent cette richesse et des atouts considérables pour le rayonnement de la France.I-Dialogos : Vous qui êtes né dans un de ces territoires, comment analyser ce désintérêt, incompréhensible à mes yeux ? 

Jimmy Vakauliafa : Je ne dirai pas « désintérêt » de la France, mais plutôt un certain « assujettisme » ou « néocolonialisme » dont elle  élargit elle-même les dimensions, plaçant le curseur en fonction de ses intérêts, au détriment de ceux des peuples autochtones.   

Cependant, les peuples ultramarins ont également une forte part de responsabilité dans cette situation et sont les premiers concernés dans la mesure où ils ont voté pour leurs élus. Pour être compris, entendu et considérés, les populations doivent impérativement élire des élus capables de porter, d’argumenter et de défendre leurs intérêts à Paris ou dans les préfectures délocalisées avec lesquelles, les élus locaux et les représentants de l’état doivent convenir d’une feuille de route commune et gagnante-gagnante.   

 Malheureusement, dans des collectivités ou le clientélisme et la politique du ventre ont toujours des beaux jours devant eux, la tendance n’est pas prête de changer. Déconstruire les mentalités prend du temps, malheureusement, le temps joue plus en défaveur des populations ultramarines qui, lors des élections, reproduisent le même schéma de pensée et de voter. Les élus des outremers connaissent parfaitement les problématiques locales et doivent être les ambassadeurs de leur population pour susciter l’intérêt qu’elles méritent et pour lequel ils sont censés travailler. C’est la raison pour laquelle, nous, ultramarins, devons également reconnaître notre part de responsabilité dans ce désintérêt. 

I-Dialogos : Que faudrait-il mettre en œuvre pour que l'ensemble de nos concitoyens et des décideurs prennent conscience de la force que représentent ces territoires pour la France? 

Jimmy Vakauliafa : Les Outremers ne sont pas toujours bien représentés dans le paysage médiatique et surtout audiovisuel, si ce n’est à travers les spots liés à la promotion du tourisme qui intègre patrimoine et culture. Le Sport contribue également à cette promotion car, aujourd’hui, chaque collectivité des outremers a des représentants dans chaque discipline, ou lors des élections Miss France.     

La suppression de la chaîne RFO a fortement nuit à cette promotion, même si, aujourd’hui, l’organisation des médias semble évoluer pour promouvoir ces « contrées lointaines » françaises. 

Pour autant, les programmes respectifs des médias semblent plus s’articuler autour d’une promotion « interne » et à destination des diasporas qui cherchent à retrouver leurs identités plutôt qu’une promotion « externe ».   

Un gros travail de diversification de programmes médiatiques s’avère ainsi impératif avec une orientation « économique » et « environnemental » d’autant plus qu’avec la ZEE (Zone économique exclusive) des Outremers, la France est le 2ème empire mondial au niveau maritime. Sans la ZEE des outremers, elle glisserait au 10ème rang mondial !  Les enjeux liés à l’axe indopacifique, aux terres rares, et richesses sous-marines, etc. sont tout autant de sujets majeurs à aborder, dans ce contexte de contraction budgétaire de l’état qui impacte fortement la vie de tous les citoyens français. Un éclairage socioéconomique et environnemental sur les atouts des outremers contribuera activement à cette promotion, à cette découverte pour certains et à des stratégies de développement et d’investissement pour d’autres.   

Plusieurs articles et reportages ont traité la question « que rapporte les Outremer à la France » consultables sur internet.    Et enfin, comme dans toutes régions de l’hexagone, les outremers ne sont également connus que quand il y a des revendications autonomistes ou indépendantistes, des mouvements sociaux, des tensions locales, ou dans les catastrophes naturelles.

I-Dialogos : La France est le seul pays de l'Union européenne à rayonner en Amérique du Sud par sa présence en Amazonie, dans les Caraïbes, en Amérique du Nord à quelques encablures du Canada, dans l'Océan Indien proche de l'Afrique, dans l'Océan Pacifique, zone de l'Indo-Pacifique. Cela lui donne des atouts considérables à l'échelle européenne et mondiale. N'est-il pas temps au niveau des décideurs politiques, économiques et culturels de l'Hexagone, de changer de logiciel et de vision vis à vis des Outre-Mer, de procéder à une réflexion profonde et de penser autrement les politiques menées en Outre-mer ?

 Jimmy Vakauliafa : Les Outremer ne peuvent évoluer que si les élus des outremers impulsent eux-mêmes ce changement. J’ai abordé à plusieurs reprises l’idée de créer un groupe parlementaire Outre-mer lequel présenterait les travaux menés pour apporter les éléments de réponses à leurs problématiques générales et respectives.   En effet, chaque collectivité d’outre-mer a ses propres spécificités, notamment en termes de gouvernance, d’expérience politique, économique, sociologique, technologique, environnementale, législative et culturelle. 

Chaque collectivité a également des rapports différents les unes des autres avec la France au regard du passé colonial pour certaines sauf pour Wallis et Futuna qui n’a jamais été colonisé, si ce n’est économiquement.   

Pour pouvoir mener cette réflexion profonde, les parlementaires ultramarins se doivent de s’organiser, de se structurer pour se constituer par la suite comme les ambassadeurs, les promoteurs, les défenseurs, les protecteurs etc. de leurs populations d’aujourd’hui et du futur.   

Au niveau socioéconomique, partout dans les Outremer, nous assistons, d’un côté, à la mise en place des appels d’offres locaux qui sont finalement attribués à des multinationales ou aux filiales de ces dernières, au détriment des entreprises locales, lesquelles ne répondent pas toujours aux critères exigés malgré leurs connaissances parfaites des spécificités locales.   

Les aides européennes ne sont pas non plus dédiées à un développement sincère des Outremer mais plutôt à les rendre dépendants et en sous perfusion financières des appareils nationaux et européens.   Cependant, nous assistons ici et là, à de nombreuses formes de résistance culturelle et identitaire, comme la littérature, l’art, la musique et la religion pour tenter de maintenir leur identité culturelle face à cette problématique de domination « coloniale ».  

Chaque collectivité s’organise sous la bannière « culturelle, identitaire, propriétaire foncier, etc. » pour tenter de se faire entendre, se faire comprendre et promouvoir les spécificités locales respectives afin d’exister économiquement.    Partout dans les Outremer, l’appartenance culturelle, identitaire et foncière constituent les arguments principaux des revendications pour obtenir des marchés et faire face aux multinationales qui opèrent désormais sur ces nouveaux territoires d’opportunités. I-Dialogos : N'est-il pas temps également au niveau des élus des Outre-Mer qu'ils aient une autre approche de leur rôle politique dans leur territoire et vis à vis du pouvoir central à Paris ? 

Jimmy Vakauliafa : Il est plus que temps pour ne pas dire urgent que les élus des Outre-mer réagissent car les enjeux sont préoccupants avec, d’un côté, le dépeuplement des collectivités (égal désinvestissement), le vieillissement de la population, etc. et de l’autre, cette augmentation des charges qui tend l’équilibre social et l’équilibre économique vers un écart de plus en plus important qu’il sera très difficile de réduire. Encore faut-il que la volonté politique existe et soit sincère et sans entourloupe. 

I-Dialogos  : La société civile n'aurait-elle pas aussi un rôle à jouer ?   

Jimmy Vakauliafa : La société civile a un rôle prépondérant à jouer dans la mesure où c’est elle qui décide qui seront leurs représentants, leurs porte-paroles etc.  Mais, comme abordé précédemment, le clientélisme et la corruption gangrène  fortement le vote objectif.

I-Dialogos : Les Outre-Mer sont une chance pour le développement de la France. Comment repenser les   liens de ces territoires entre eux et avec l'Hexagone. Comment dans la diversité, l'Histoire et la réalité de chaque territoire, construire du commun et réussir à faire République française ? Est-ce possible ? Et comment ? 

Jimmy Vakauliafa : Les politiques impérialistes et coloniales de jadis font que le poids de l’Histoire pèse et pèsera toujours fortement sur les relations particulières entre chaque collectivité des Outremer (exemple, entre la Nouvelle Calédonie et Wallis et Futuna par rapport au dégel du corps électoral) et entre elles et la France, ce qui complexifie les réflexions stratégiques.    

Pour construire du Commun, les liens et les origines îliennes des peuples des outremers peuvent constituer un levier à exploiter dans lequel chacun se reconnaît d’abord « îlien », avant d’être français, autonomiste ou indépendantiste. Il y aura donc 2 phases, 1 localement ou régionalement pour constituer une feuille de route « îlienne » et 2, les discussions avec le pouvoir central pour dessiner les contours finaux de cette approche.   

Conscients que tous ont vécu (pour ne pas dire subi) généralement une adoption forcée de la culture, de la langue, des valeurs et des institutions du « colonisateur », cet état de fait peut constituer le dénominateur commun qui peut unir les populations îliennes. En effet, l'expansion des pays occidentaux a entraîné l'abandon des langues locales au profit des langues européennes, provoquant la disparition progressive des langues vernaculaires et portant atteinte à la transmission des savoirs et des traditions culturelles.    Il est vrai que, dans la théorie, cela semble facile, mais dans la réalité, le poids de l’Histoire aura un impact non négligeable à intégrer dans les réflexions stratégiques. C’est une ambition difficile à mettre en place, mais pas impossible.

 I-Dialogos : Quand on aborde les questions institutionnelles, de nombreuses pistes sont avancées : décentralisation renforcée, fédéralisme, autonomie, indépendance avec une relation privilégiée avec la France. Tout cela mérite d'être discuté, mais ce qui importe c'est que les décideurs et les populations soient pleinement responsables de la vie et de l'avenir de leurs territoires. 

Jimmy Vakauliafa : Les logiques d’autonomie et d’indépendance sont de plus en plus adoptées dans les Outremer suite aux conséquences des causes dont les responsabilités sont partagées à 50/50 entre le pouvoir central et ses collectivités. Cependant, chaque collectivité se doit d’abord d’analyser ses propres éléments de problématiques car entre Vouloir, Savoir et Pouvoir, il y a des cratères difficilement « gérables » qu’il est plus que fortement recommandé de prendre de la hauteur, s’agissant ici des décisions qui seront déterminantes pour l’avenir des populations locales.   

Les structures des budgets seront également à intégrer dans l’équation étant donné que, pour certaines collectivités, les taxes constituent une part importante des recettes. Partant du principe qu’on ne sert qu’un maître à la fois, les dirigeants devront faire preuve d’objectivité, toute raison gardée…car toute ambition assigne les moyens appropriés.   Dans ce contexte, la population devra être informée objectivement des enjeux afin qu’elle puisse s’exprimer démocratiquement par référendum.

I-Dialogos : Le Président Macron qui s'est rendu en Nouvelle Calédonie, au Vanuatu, en Papouasie-Nouvelle Guinée a affirmé avec force l'ambition Indopacifique de la France avec un certain nombre d'annonces, notamment un programme Erasmus du Pacifique ou la mise en œuvre d'une étroite coopération avec la Papouasie-Nouvelle guinée à l’élaboration pour ce pays d’une plateforme-pays sur les forêts, la nature et le climat. 

Jimmy Vakauliafa : Compte tenu des enjeux géopolitiques et géostratégiques qui s’opèrent sur la région, la France a tout intérêt à revoir sa politique générale des Outremer au regard des logiques d’indépendance qui croissent de plus en plus dans ces contrées lointaines et pour lesquelles les puissances étrangères, particulièrement à la Chine, s’intéressent fortement en procédant par la colonisation économique.   

Sur cette région, seul Wallis et Futuna demeure à ce jour, le seul point d’ancrage sûr pour la présence française et européenne, là où ses cousins Calédoniens et Polynésiens aspirent à leur indépendance et autonomie. C’est aussi un clin d’œil au poids de l’Histoire, abordé précédemment.  

 I-Dialogos : Que pensez-vous des propos de Yves Bigot, Président de la fondation des Alliances françaises dans le Hors-série de l'Eléphant qui écrit "La France est le seul pays qui ne s'intéresse pas à la francophonie"  et qui fait que les français "ne mesurent pas combien la Francophonie et la langue française sont notre force". Pour lui et nous y adhérons complètement, "La conscience de la force de la francophonie est notre avenir" et " Pour la nouvelle génération, la Francophonie représente un avenir culturel et géopolitique, et un futur économique crucial". 

Jimmy Vakauliafa : J’ai envie de répondre « puissent les gouvernements actuels et à venir puissent intégrer les propos de Yves Bigot car cela découle d’une telle évidence que l’ignorer serait une irresponsabilité grave. 

Etant beaucoup intervenu à l’international, j’ai été étonné de voir combien parler le français lors des diners d’affaires ou protocolaires était considéré comme un atout différenciateur, pour ne pas dire « un certain standing ».   

Même en Chine, des écoles françaises sont créées, ce qui n’est pas si anodin que cela puisse paraître. Nous voyons à travers ce constat que la France ne se rend même pas compte de ses propres atouts, toujours avec le « poids de son Histoire », sa culture et sa gastronomie qui en fait l’une des références mondiales ! 

I-Dialogos : Lors de l'inauguration de la cité internationale de la langue française à Villers-Cotterêts, le Président de la République, Emmanuel Macron a notamment déclaré: "Un Français peut parfaitement se réclamer de plusieurs appartenances linguistiques. 

Chacun a le droit de connaître, parler, transmettre sa ou ses langues, et c'est un droit non négociable. Toutes les langues sont égales du point de vue de la dignité. C’est pourquoi je veux que nos langues régionales soient encore mieux enseignées et préservées, qu'elles trouvent leur place dans l'espace public, en un juste équilibre entre leur rôle d'ancrage de langue régionale et le rôle essentiel de cohésion de la langue nationale.

« Chez tout être humain, écrit Amin Maalouf, existe ce besoin d'une langue identitaire. Chacun de nous a besoin de ce lien puissant et rassurant. » Mais il faut entendre dans ce mot d'identité, surtout chez vous, non pas une identité contre, une identité meurtrière, mais une identité avec, qui ajoute, qui grandit, qui multiplie. Et là est précisément la force du français. Nous avons besoin de toutes ces langues, et d'une langue qui soit la même de Lille à Nouméa, de Marseille à Pointe-à-Pitre, pour nous sentir appartenir à la même entité nationale en nos différences."  

Avec votre connaissance de la situation dans la Zone Pacifique et à Wallis et Futuna, que lui répondez-vous à la lecture de sa déclaration? 

Que lui demanderez-vous afin que ces propos soient réellement mis en application dans les territoires ultramarins du Pacifique.

Jimmy Vakauliafa : L’Histoire nous a appris qu’en favorisant l'assimilation culturelle, la France promettait l'égalité de droits pour les peuples autochtones, les considérant légalement comme des « citoyens français », tout en visant à effacer leur identité nationale pour les homogénéiser. Je vais dire que « c’était avant, avant » à la lecture de la déclaration du Président de la République française Emmanuel Macron.   

Personnellement, je considère que l’annoncer, c’est déjà une ouverture vers l’appropriation de sa propre histoire par chaque individu.

 Mais ces annonces doivent être accompagnées pour qu’elles puissent se concrétiser permettant ainsi d’actualiser et d’enrichir cette mosaïque culturelle.   

Pour que cette ambition puisse réellement être appliquée, chaque territoire devra explorer le thème de l'assimilation avec l’objectif de sensibiliser les jeunes générations, d’éveiller leur conscience sur l'importance de ce phénomène, et leur permettre de retrouver leurs traditions de reconnaissance et de respect de leur Histoire, de leurs ancêtres.    

Il s’agit enfin de les aider à comprendre les répercussions des politiques d'assimilation sur les cultures et les identités des peuples autochtones. Ce sujet est véritablement de nature à favoriser l’échange avec les jeunes. En discutant de l'assimilation, nous pouvons les encourager à envisager des initiatives futures pour préserver et promouvoir les cultures locales, et à participer à des actions concrètes de soutien aux communautés, mouvements et partis.    

En parallèle, cela ouvrirait la voie à des projets collaboratifs avec des instituts de recherche et des universités traitant de cette problématique, avec la contribution des services culturels locaux, des médias locaux, et des sachants encore vivant qui risquent d’emporter avec eux les richesses culturelles qu’on ne trouve pas dans les livres.

 I-Dialogos : En 2024, la France accueillera dans l'Hexagone, le Sommet de la Francophonie. A mes yeux, les Outre-Mer sont partie prenante de la Francophonie, avec leur particularité et leur diversité culturelle et linguistique. Fortement marqués par l'Histoire coloniale qui pèse dans les consciences et dans les rapports entre les différentes communautés, il y a souvent parmi une partie des peuples des Outre-Mer de la suspicion quand on parle de la Francophonie. 

N'est-il pas temps de repenser en France et la Francophonie en intégrant pleinement dans toute leur richesse et leur diversité, l'ensemble des territoires des Outre-Mer? 

Et peut-être de parler plutôt des Francophonies? 

Jimmy Vakauliafa : La question mériterait qu’on puisse d’abord prendre les dispositions visant à approfondir la réflexion sur l'appartenance locale, à éduquer sur ces questions et à encourager l'engagement dans des actions concrètes afin de préserver, pour l’avenir, ces cultures locales, régionales et nationales. 

Rien qu’avec cette segmentation culturelle, nous nous rendons compte de cette richesse dont nous n’en mesurons même pas la portée intergénérationnelle dans cette société de plus en plus métissée. 

Nous devons reconnaître et accepter le fait que la Diversité constitue une richesse et non un frein, à l’heure ou des populations essayent, tant bien que mal, de s’investir humainement, bénévolement et financièrement, pour essayer de retrouver leur histoire, parfois même, avec des reproches sur leurs aînés pour n’avoir pas pu préserver ni sauvegarder le peu d’identité qui pouvait leur rester. 

I-Dialogos : Le Sommet de la francophonie ayant lieu en France, quelles initiatives pourraient être prises en 2024, au-delà du sommet institutionnel et de la "photo de famille", permettant dans l'hexagone, mais aussi dans les territoires ultra-marins, de faire prendre conscience de l'intérêt de la Francophonie et des Outre-Mer pour le rayonnement de la France et de l'Europe; et pour l'ensemble des territoires ultra-marins de faire vivre avec fierté leurs spécificités, leur richesse culturelle et ainsi de porter la voix de ces territoires au sein de l'espace et des institutions de la Francophonie?

Jimmy Vakauliafa : Nous assistons, en effet, à l’organisation d’évènement diffusés à la télévision comme les « voix des outre-mer », à des festivals culturels, des carnavals, des animations « exotiques » dans chaque région hexagonale mais également dans chaque région ultramarine. 

Ces initiatives contribuent à la promotion de la diversité culturelle des territoires respectifs et de la France.   Cependant, j’estime qu’un travail de fond doit être amorcé et impulsé dans les écoles de chaque territoire qui deviendront, par la suite, les «ressources » pour les structures hors territoire et hors outremers, lesquelles devront respecter scrupuleusement les savoirs faire transmis. 

I-Dialogos : Militant depuis longtemps de la coopération de territoires à territoires de différents pays, ne serait-il pas opportun et judicieux de pouvoir favoriser des liens de territoires ultra-marins, des territoires ultramarins du Pacifique, notamment, avec des territoires de l'hexagone permettant de développer des échanges entre jeunes?

 Jimmy Vakauliafa : C’est une noble ambition que beaucoup partage et dans laquelle, toute main tendue est la bienvenue. C’est également une manière d’apprendre à se connaître, à se découvrir, à s’enrichir l’un de l’autre et pour remettre un peu de l’humain dans cette société de plus en plus individualiste et repliée sur elle-même.   Les écoles constituent des leviers importants à solliciter et l’innocence des enfants demeure la meilleure source de propositions et de suggestions pour poser les socles de ces développements partagés.

Le 27/04/2024

accéder à l'article  
Les Outre-Mer et la Francophonie, une chance pour la France

Les Outre-Mer et la Francophonie, une chance pour la France

Walles KOTRA, originaire de l’île de Tiga en Nouvelle-Calédonie, a été directeur exécutif chargé de l’Outre-mer au sein du groupe France Télévisions./ Interview : « L’Etat français doit apprendre à se reformuler. La démarche peut apparaître compliquée pour un Etat qui s’est construit dans le jacobinisme mais c’est un enjeu important pour l’avenir. Les universitaires, les diplomates, les responsables économiques et politiques devraient prendre ce sujet à bras le corps. Je n’ai hélas pas l’impression que l’on avance dans cette direction ». / Entretien avec JC MAIRAL / actil. 20.06.2024

Walles KOTRA, originaire de l’île de Tiga en Nouvelle-Calédonie,  a été directeur exécutif chargé de l’Outre-mer au sein du groupe France Télévisions. Après l’École supérieure de journalisme de Lille, il rejoint en 1981 la rédaction de RFO Nouvelle-Calédonie. Journaliste de proximité, il s’intéresse à l’évolution de la société calédonienne et en particulier, aux mutations très importantes du monde kanak. Il couvre de l’intérieur les événements politiques calédoniens. Il a aussi été directeur de l’information de RFO à Paris et directeur régional de RFO Nouvelle-Calédonie puis de RFO Polynésie française. Il est l’auteur de plusieurs documentaires : "Paroles d’îles", sur la diversité des cultures océaniennes, "Tjibaou, la parole assassinée ?", un portrait du leader indépendantiste kanak Tjibaou", le pardon sur la réconciliation entre les familles Tjibaou et Wéa. Il publie en mai 2023 un livre passionnant, « Mes Outre-mer: Itinérances d'un Océanien » Passionné par le Pacifique, il est le promoteur de deux manifestations régionales : l’Université de la communication de l’Océanie en Nouvelle-Calédonie et le Festival international du film documentaire océanien (FIFO) en Polynésie française.   

Propos recueillis par Jean-Claude MAIRAL, Co-Président de I-Dialogos

L’Archipel France, pays Monde, présent sur tous les Océans avec les territoires ultra-marins. 

Les Outre-Mer et la Francophonie, une chance pour la France 

JC Mairal. Une 1ère question: Pourquoi écrire, "Mes Outre-Mer, Itinérances d'un Océanien"? 

Walles Kotra : Le hasard a fait que lors de mon parcours professionnel, j’ai sillonné ces outre-mer de long en large et j’ai ramené de ces périples notes, impressions, découvertes et questionnements. Je suis moi-même originaire d’une petite île du Pacifique et j’ai éprouvé ce besoin de mettre des mots sur ces itinérances. Dans « Itinérance », il y a à la fois itinéraire et errance. C’est sans doute la première fois qu’un océanien raconte ainsi les outre-mer et je dois dire que ces rencontres et ces tâtonnements m’ont profondément enrichi. Ils ont également soulevé quelques questions essentielles. C’est tout cela que j’ai voulu partager. 

JCM. Vous écrivez que vous avez pris "conscience qu'un immense dialogue de sourd s'est installé entre la France et ses Outre-Mer.... Que la France refuse de se penser en archipel mondial pour continuer à n'être qu'un Hexagone rabougri, incapable d'assumer sa géographie éclatée et ses champs culturels multiples". C'est un jugement implacable? 

WK : C’est malheureusement un constat que d’autres ont déjà fait. La France n’est plus l’Empire colonial qu’elle regrette d’avoir été et elle a choisi d’être un Archipel mondial qu’elle refuse au fond d’assumer. La situation est paradoxale. Il y a des raisons conjoncturelles à cela mais je pense qu’il y a aussi le poids de l’histoire.  Les errements de la colonisation ont tellement marqué et meurtri qu’ils ont provoqué notamment chez les jeunes un retour sur soi. Retour à l’Hexagone et l’on pourrait même dire retour à l’intérieur du périphérique parisien. Dans ces conditions, il est difficile d’assumer de manière dynamique et apaisée l’Archipel mondial. Comme si le pays n’arrivait pas à se dépêtrer des démons de la colonisation.  

JCM Parler de la France, comme un "pays-monde" a de quoi surprendre au 1er abord, mais quand on approfondit la réflexion et que l'on regarde une carte et que l'on constate que La France est présente aux quatre coins de la planète, sur tous les Océans, en Amérique du sud, dans les Caraïbes, en Amérique du Nord, en Océanie, dans l'Océan Indien, proche du continent africain, dans l'Antarctique, cette appellation est parfaitement justifiée. Il est temps d'aider à ce qu'émerge parmi les décideurs et les citoyens de l'Hexagone, une telle vision. A partir de ce lien avec les territoires ultra-marins, elle permettrait peut-être d'aider à repenser notre rapport au reste du Monde 

WK : C’est la suite de la question précédente. La France ne peut plus et ne doit plus être un Empire colonial. Même si elle en avait la tentation, elle n’en a plus les moyens et c’est tant mieux. Elle reste cependant avec les outre-mer, et avec l’aval des populations locales, un « pays-monde » présent partout dans le globe.  Comment faire de cette originalité géographique et politique une donnée stratégique pour le pays ? Tout simplement, en apprenant ou en réapprenant l’humilité. La France doit être polynésienne et calédonienne en Océanie, guadeloupéenne, martiniquaise, guyanaise ou de Saint-Pierre et Miquelon en Amérique, réunionnaise et mahoraise dans l’Océan Indien. L’Etat jacobin doit apprendre à se reformuler. Ce regard nouveau sur le monde, cette identité géopolitique permet à une puissance moyenne comme la France, adossée à une communauté forte comme l’Europe, de compter et de peser beaucoup plus dans le monde d’aujourd’hui parce qu’elle est enrichie par ces enracinements multiples. La démarche peut apparaître compliquée pour un Etat qui s’est construit dans le jacobinisme mais c’est un enjeu important pour l’avenir. Les universitaires, les diplomates, les responsables économiques et politiques devraient prendre ce sujet à bras le corps. Je n’ai pas l’impression que l’on avance dans cette direction. 

René Maran, Edouard Glissant, Patrick Chamoiseau, Christiane Taubira, Aimé Césaire et Jean-Marie Tchibaou, parmi d’autres…

JCM Dans votre itinérance d'un océanien dans l'ensemble des territoires ultra-marins, vous nous faites découvrir tout ce que ces territoires pourraient apporter à la France, la Réunion, carrefour des civilisations et les relations apaisées entre toutes les communautés religieuses, la Guyane où se côtoient, la modernité avec Kourou et les traditions millénaires des amérindiens amazoniens, la citoyenneté calédonienne à l'intérieur de la citoyenneté française, la formidable créativité littéraire, cinématographique, musicale dans les sociétés martiniquaises et guadeloupéennes ou "comment être soi-même dans une société héritée de l'esclavage et de la colonisation", Saint-Pierre et Miquelon dont les habitants se désespèrent de constater que l'Hexagone n'a pas conscience que leur présence à quelques encablures du Canada et des Etats-Unis, est une chance pour la France, la Polynésie française, aux dimensions de l'Europe et ses liens avec ses frères océaniens et Wallis et Futuna face à l'émigration de sa jeunesse et aux "vents puissants de la mondialisation pouvant emporter des pans entiers de culture millénaire" .

WK : Vous avez tout dit dans votre question. La position de marginalité mais aussi de fragilité des outre-mer, leurs histoires particulières, le télescopage des cultures et l’engagement des femmes et des hommes ont transformé les outre-mer en véritables laboratoires français éparpillés sur toute la planète et cela, dans beaucoup de domaines. Il faut peut-être simplement que Paris ouvre les yeux et les oreilles pour capitaliser ces apports. C’est  sans doute la tâche la plus difficile parce qu’au préalable, il faudrait accepter que la marge puisse être aussi le centre. Et ce n’est pas gagné. 

JCM A la lecture du livre, on a envie de vous poser une question: "quelle place pour ces pays et territoires dans un archipel France qui se pense d'abord en Hexagone? Comment être ensemble, quand on est différent?" Question cruciale, mais comment y répondre? 

WK : La question me dépasse évidemment. C’est à nos responsables politiques et à nos stratèges de donner des éléments de réponse à ces interrogations sur nous-mêmes. Je me contenterai de suggérer que l’Archipel-France, pour exister vraiment,  doit commencer par être tout simplement un archipel, au sens d’Edouard Glissant. C’est-à-dire fondé sur la relation et la gestion de l’altérité. Ce serait une grave erreur de vouloir gérer aujourd’hui un Archipel comme on administrait hier un Empire. Cette révolution-là est à faire. 

JCM Le Président Macron qui s'est rendu récemment en Nouvelle Calédonie, au Vanuatu, en Papouasie-Nouvelle Guinée a affirmé avec force l'ambition Indopacifique de la France avec un certain nombre d'annonces, notamment un programme Erasmus du Pacifique ou la mise en œuvre d'une étroite coopération avec la Papouasie-Nouvelle guinée à l’élaboration pour ce pays d’une plateforme-pays sur les forêts, la nature et le climat. 

WK : L’axe Indopacifique prôné par le Président Macron est une vision novatrice. Des premiers gestes ont été posés mais pour pérenniser et conforter cette vision, il faudrait repenser complètement les relations entre Paris et les outre-mer et positionner plus clairement le rôle des pays directement concernés : la Nouvelle-Calédonie, la Polynésie Française, Wallis et Futuna, la Réunion et Mayotte. Ils ne doivent pas être simplement des faire-valoir. Nous aurions souhaité par exemple que les accords signés par la France au Vanuatu et en Papouasie-Nouvelle-Guinée le soient conjointement par le président Emmanuel Macron et par le président Raphaël Mapou. La signature du président calédonien aurait-t-elle dénaturée ces accords ? Pas du tout. C’est même le contraire mais cela oblige en amont un dialogue et une coopération plus étroite entre Paris et Nouméa, même sur des compétences de souveraineté. Cela oblige aussi les pays d’outre-mer à se réorganiser et sortir de leur nombrilisme mais au bout du compte, l’Archipel-France devient ici un acteur océanien majeur et cela ne peut que renforcer l’Axe Indopacifique.   

JCM Vous avez créé avec l'appui de France Télévisions le FIFO (festival international du film océanien) en Nouvelle Calédonie, permettant de faire vivre par le film et le documentaire, la richesse des peuples de l'Océanie. Puis est venu le FIFAC (festival international du fil amazoniens et caribéen) en Guyane. Et avant la COVID, il était prévu la création d'un même type de festival dans l'Océan indien. Cet engagement de France Télévisions est remarquable, tout comme sa présence dans tous les territoires utra-marins par des rédactions propres à chaque territoires. Certes France Info diffuse chaque jour des bulletins d'informations consacrés à ces territoires, mais ne serait-il pas nécessaire qu'il y ait une diffusion plus importante de ce qui se passe dans ces territoires dans les différentes chaînes du service public? Ne faudrait-il pas diffuser en France comme nous l'avons fait avec Planète Jeunes Reporters, des films primés au FIFO ou au FIFAC? Ne serait-il pas intéressant d'avoir au cours de l'année, à une heure de grande écoute, une émission consacrée à la créativité des Outre-Mer ? 

WK : Le FIFO est né du constat fait il y a plus de 20 ans que plus il y a de chaînes de télévisions, plus il y a d’offres numériques disponibles dans nos îles et moins on voit l’Océanie. Nous disparaissions tout simplement du paysage audiovisuel. Aujourd’hui, on pourrait rajouter les GAFA et le constat est encore plus dramatique. D’où le FIFO, les FIFO hors les murs et les partenariats avec d’autres Festivals. D’où le FIFAC et peut-être cette année le Festival de l’Océan Indien. Ces combats menés avec les professionnels de nos régions doivent être poursuivis.  Sur le plan national, France Télévisions a signé dès 2019 un Pacte de visibilité des outre-mer avec plusieurs engagements : présence dans les journaux, les fictions, les premières parties de soirée, le numérique… C’est un document et un engagement très important du groupe public qui permettent d’accueillir les projets que vous mentionnez. Je dirai qu’il faut là-aussi continuer le combat. Les journalistes, les  réalisateurs et les diffuseurs doivent relever le défi. Ils doivent comprendre, et cela ne concerne pas seulement le service public, qu’ils travaillent pour un Archipel-France et non pour « un Hexagone rabougri ». Et que c’est par ailleurs une manière de mieux comprendre à la fois la France et le monde.   

JCM Que pensez-vous des propos de Yves Bigot, Président de la fondation des Alliances françaises dans le Hors-série de l'Eléphant qui écrit "La France est le seul pays qui ne s'intéresse pas à la francophonie"  et qui fait que les français "ne mesurent pas combien la Francophonie et la langue française sont notre force". Pour lui et nous y adhérons complètement, "La conscience de la force de la francophonie est notre avenir" et " Pour la nouvelle génération, la Francophonie représente un avenir culturel et géopolitique, et un futur économique crucial". 

WK : L’opinion d’Yves Bigot est malheureusement partagée par tous ceux qui s’intéressent à la francophonie. Je ne peux pas m’exprimer au nom de la jeunesse mais je veux simplement raconter qu’ici, en Nouvelle-Calédonie, j’assiste souvent à des cérémonies coutumières kanak qui se déroulent en français. C’est un français dont les mots ont été méticuleusement choisis, avec un rythme et un ton qui épousent le rituel coutumier et parfois, comme par surprise, une phrase ou une expression kanak surgit… avant que le discours ne se poursuive. Il n’y a aucune hésitation : nous sommes bien dans une cérémonie coutumière kanak et on y parle bien le français d’ici. Je ne peux que bien aimer cette langue qui arrive à s’insérer dans la tradition kanak pour dire les choses les plus intimes de notre culture. Tout en respectant ce que nous sommes, y  compris nos 28 langues kanak.  

JCM Vous parlez également de la francophonie en notant "que ces français d'Outre-Mer dispersés dans le monde entier, ont développé un français qui, à l'intérieur dialogue tous les jours avec la cinquantaine de langues régionales de ces pays et, à l'extérieur, se frotte aux grands ensembles anglophones, hispanophone et lusophone qui les entourent". En 2024 se tiendra dans l'Hexagone, le sommet de la Francophonie. N'est-ce pas là une opportunité pour la France de mettre en lumière, ces français d'Outre-Mer? Lors de son séjour au Vanuatu, seul Etat indépendant francophone, le Président de la République a souhaité lors de ce sommet, réafirmer l'ambition indopacifique, l'ambition océanienne de la Francophonie. 

WK : Les outre-mer ont été exclus de la dynamique francophone parce que leur situation et leur statut font qu’ils sont souvent perçus comme « ni tout à fait français, ni tout à fait étranger ». La Nouvelle-Calédonie a commencé à intégrer l’organisation mais le prochain sommet de la Francophonie, surtout s’il se déroule en France, devrait mettre en lumière les différentes expériences de « ces français qui ne sont pas en France ». Ils sont au cœur même des enjeux de la francophonie. Ils vivent et inventent chaque jour des stratégies à la fois de survie et d’ouverture aux autres. La question linguistique est essentielle mais elle n’est pas la seule.   

JCM On parle de la Francophonie, mais ne serait-il pas plus judicieux de parler des Francophonies, tant les pays francophones et la France elle-même sont le creuset de nombreuses langues régionales ? 

WK : De toute façon, la francophonie ne peut  être que plurielle parce que chaque situation est si particulière. C’est exactement ce que nous vivons dans les outre-mer. La société créole est une fulgurance qui, en se renforçant, a fait émerger d’immenses  personnalités culturelles française et francophone : René Maran, Edouard Glissant, Patrick Chamoiseau ou Aimé Césaire pour ne citer que ceux-là. Il faut avoir assisté à une intervention de Christiane Taubira sans note à l’Assemblée Nationale pour saisir ce que le maelstrom culturel guyanais de langues et de culture peut produire de beau. En Océanie, les voix de Chantal Spitz, Titaua Peu ou Dewe Gorodey, irriguées par nos cultures ancestrales et nos langues multiples se sont imposées. Et je ne parle pas de Jean-Marie Tjibaou dont le président Mitterrand écrivait que c’est « un homme dont les mots vont plus loin que les mots ».  Malgré des situations spécifiques, les outre-mer ont été et sont toujours le théâtre d’une bataille capitale : celle du français confrontée aux cultures du monde. Il y a eu la colonisation et aujourd’hui, nous vivons l’Archipel. Nous parlons le français parce que cette langue a été capable de s’adapter, s’imbiber, comprendre et exprimer nos histoires, nos cultures et nos complexités. Nous parlons le français parce que cette langue ne nous dénature pas mais peut au contraire nous sublimer. C’est sa force et sans doute son avenir. Le jour où les jeunes kanak et calédoniens estimeront que le français est une menace pour eux-mêmes, ils choisiront une autre langue. Ce que vivent les outre-mer sont donc au cœur même des défis de la francophonie. 

https://www.cite-langue-francaise.fr  

accéder à l'article  
Les engagements de Marwa MAHMOUD, militante italienne des Droits humains

Les engagements de Marwa MAHMOUD, militante italienne des Droits humains

« En Italie, contrairement à des pays qui ont pu opter pour d'autres modèles tels que le multiculturalisme au Royaume-Uni, ou l'assimilationnisme en France, la capacité à inventer et créer de bonnes pratiques au niveau local l'a emporté, parce que l'Italie est un grand pays où la force réside avant tout dans les territoires. Nous devrions être ainsi en mesure de synthétiser le système et de créer une loi-cadre nationale sur l'immigration, l'accueil et la cohésion sociale » / Marwa MAHMOUD, in LAB Politiche et culure / le 09-06-2024-

Marwa Mahmoud, attivista per i diritti umani, civili e per la cittadinanza, nata ad Alessandria d’Egitto e cresciuta a Reggio Emilia, è una giovane donna che dopo aver vissuto difficoltà e limitazioni nel conseguimento della cittadinanza italiana ha co-fondato il Movimento Italiani senza cittadinanza e poi il Coordinamento nazionale delle nuove generazioni italiane. Dal 2019 è consigliera comunale a Reggio Emilia dove presiede la Commissione “Diritti umani, pari opportunità e relazioni internazionali” e dal 2023 si occupa di Partecipazione e formazione politica nella segreteria nazionale del Partito Democratico./ Sabia BRACCIA.

Marwa Mahmoud est née à Alexandrie, en Égypte. Elevée en Emilie Romagne, elle finit par obtenir, non sans difficultés,  la citoyenneté italienne. Militante des droits humains, du citoyen et de la citoyenneté, elle est cofondatrice du « Mouvement des Italiens sans citoyenneté », puis de la » Coordination nationale des nouvelles générations italiennes ». Depuis 2019, elle est conseillère municipale de Reggio Emilia où elle préside la commission des droits humains, de l'égalité des chances et des relations internationales. Depuis 2023, Marwa Mahmoud est en charge de la participation et de l'éducation politique, au Secrétariat national du Parti démocrate italien. Elle a souvent rappelé que son engagement politique avait été motivé par les difficultés qu’elle avait rencontrées pour obtenir la citoyenneté italienne, ainsi que pour accéder à des opportunités qui lui avaient refusées parce que d’origine étrangère. Ainsi de la participation au programme Erasmus et de l’accès aux concours publics, comme à  la possibilité de voter avant  l'âge de 22 ans. 

LAB Politiche e Culture.

Entretien réalisé par Sabia BRACCIA pour la revue italienne LAB Politiche e culture, partenaire de I-Dialogos  

=> l'équipe rédactionnelle

* * * * *

Droits, citoyenneté, éducation et nouvelles générations : Les engagements de Marwa MAHMOUD

- Marwa Mahmoud, selon vous, les politiques européennes actuelles en matière de citoyenneté sont-elles en mesure de refléter le contexte interculturel ou multiculturel dans lequel nous vivons ?

- Il est certain que les politiques européennes tentent de définir et d'esquisser, disons, une vision qui puisse répondre aux défis posés par cette société multiculturelle et elles le font d'une manière très différente, parce que, évidemment, chaque pays a été autonome en termes de définition de ses propres politiques d'acquisition de la citoyenneté. Si vous voulez, il y a un alignement en ce qui concerne les politiques d'accueil et de redistribution, alors qu'en ce qui concerne les politiques relatives à l'obtention de la citoyenneté, il y a encore débat. Il est évident que l'Union européenne nous donne des indications et des directives que nous devons essayer de respecter et qui concernent la pleine reconnaissance des droits de l'homme des personnes ; ce que nous exigeons des personnes ne doit pas porter atteinte à leur dignité et au fait qu'il doit y avoir une égalité entre elles. Il est évident qu'au niveau national, nous avons encore beaucoup à faire parce que la politique avance très lentement par rapport à la société ; dans la société d'aujourd'hui, nous avons beaucoup de sportifs originaires de nombreux pays dans le monde, nous avons beaucoup d'artistes avec de différentes, tout comme nous avons des situations multiculturelles dans nos écoles... La politique devrait trouver les moyens de régler la question de l'acquisition de la citoyenneté italienne de sorte que tous les garçons et filles qui naissent et grandissent en Italie se voient reconnaître cette citoyenneté italienne. 

- Pensez-vous que pour résoudre ce problème au niveau national, il faudrait modifier la législation ou qu'il suffirait d'accélérer le processus d'acquisition de la citoyenneté ? 

- La législation de 1992 visait principalement la diaspora italienne à l'étranger et les migrants économiques en Italie, c'est-à-dire les adultes qui décident d'émigrer à la recherche d'une vie plus digne que dans leur pays d'origine. Il est évident qu'en s'adressant principalement à eux, elle ne prenait pas en considération les nouvelles générations ; aujourd'hui, nous devrions adopter, sinon une réforme, du moins une nouvelle législation qui pourrait prendre en considération la présence effective. En 1992, cinq cent mille personnes demandaient la nationalité italienne ou, en tout cas, d’être reconnus comme migrants économiques ; aujourd'hui, plus d'un million et demi de jeunes attendent la nationalité italienne. Les chiffres ont tellement changé et il n'est plus possible d'exclure ainsi nombre de filles et de garçons qui sont donc en souffrance. 

- On constate que,  même au niveau national, le thème des « nouvelles générations » est souvent surévalué dans le récit médiatique relatif à l'immigration. On en parle qu’en lien avec des événements d'actualité, et pas avec la profondeur indispensable au traitement d’un sujet aussi sensible. Pourquoi en est-il ainsi ? 

- Il est certainement plus facile de rassembler les gens autour d'une peur, d'utiliser un bouc émissaire, de faire souffler le vent de la xénophobie. Nous avons ainsi toute une catégorie de population qui est ciblé, de sorte à mobiliser un mécontentement social dans un but électoraliste : « nous vous considérons comme les derniers, nous ne voulons donc pas vous donner des droits égaux ». Cela conduit à retourner les opinions publiques contre les migrants en général qui, très souvent, n'ont pas le droit de vote.  Ce n'est pas pour cela qu’une communauté, une association ou un groupe de personnes concernées réagiront par un communiqué de presse.  Il s’agit très souvent ds travailleurs acharnés qui, parfois, ne maîtrisent pas très bien la langue italienne, ne lisent donc pas les journaux et ne suivent peut-être même pas bien les médias. Les nouvelles générations, en revanche, constituent un groupe très différent des migrants économiques parce qu'elles sont nées ou ont grandi ici, qu'elles ont acquis les outils et les codes linguistiques et culturels du pays et qu'elles sont donc beaucoup plus attentives. Elles comprennent mieux ce qui leur est dit et ne s’en contentent donc pas forcément et veulent réagir. Si vous attaquez une cible  vulnérable, il est facile de ne pas avoir de réponse, alors que c'est beaucoup plus difficile lorsque vous attaquez la jeune génération qui ne se laisse pas faire. 

Interview publiée en langue italienne

- Depuis que vous avez fondé le CoNNGI (Coordinamento nazionale delle nuove generazioni italiane), quel est la spécificité de votre engagement ? Quels sont les objectifs que vous vous fixez et comment agissez-vous pour les atteindre ?    

- Depuis que j'ai été élue au conseil municipal de Reggio Emilia, il y a cinq ans, je n'ai pas fait partie des organes collégiaux de la CoNNGI ou de l’association « Italiens sans citoyenneté » parce que je ne voulais pas apporter de la confusion dans mes responsabilités; il était bon pour moi de faire de la politique au sein des institutions, mais avec bien sûr toujours  une main tendue et un œil sur ces organisations. Ce que fait le CoNNGI, c'est se présenter comme un acteur politique, social et culturel capable de représenter les nouvelles générations, capable de surmonter tous ces stéréotypes et préjugés qui sont souvent alimentés par une mauvaise façon de faire de la politique et qui amènent les gens à considérer toutes les personnes issues de l'immigration, donc aussi les enfants de migrants nés ici, comme s'ils étaient un fardeau pour la société, comme s'ils n'étaient pas des individualité qui contribuent au progrès de cette société. 

- Les politiques européennes d'immigration incitent les États membres à promouvoir l'intégration, mais il n'y a pas harmonisation législative entre tous les États membres de l'UE. Sur la question de l'intégration, comment pensez-vous que l'Italie se positionne dans l'UE ? 

- Je crois qu'en Italie, contrairement à d'autres pays qui ont pu opter pour d'autres modèles tels que le multiculturalisme (Royaume-Uni) ou l'assimilationnisme (France), la capacité à créer de bonnes pratiques au niveau local l'a emporté, parce que l'Italie est un grand pays où la force réside avant tout dans les territoires, dans la bonne volonté et la sensibilité sur lesquelles se fondent tant de bonnes pratiques et de projets. Nous devrions être en mesure de synthétiser le système et de créer une loi-cadre nationale sur l'immigration, l'accueil et la cohésion sociale, dont nous sommes absolument orphelins et que nous blâmons beaucoup. Il y a tellement de bonnes pratiques d'accueil et d'intégration qui, heureusement, existent, se sont développées et enracinées, mais il ne suffit pas que le politique se repose uniquement sur ce que les associations, le tiers secteur ou les organisations et les individus mettent en avant. 

- En ce qui concerne votre enfance, comment avez-vous vécu le déménagement d'Alexandrie à Reggio Emilia ? Vous êtes-vous senti accueilli ou avez-vous rencontré des difficultés d'intégration ? 

- Je suis arrivée très jeune et j'ai commencé à fréquenter l'école maternelle ici en Italie. Je me rends compte que ceux qui sont arrivés plus tard ont beaucoup plus de difficultés, comme tout enfant qui est déplacé d'une ville ou d'une région à l'autre, et qui perd son réseau d'amis ou de famille. Ma chance, et celle de mon frère, a été d'être arrivés très jeunes. C'est peut-être cette force qui nous a permis de nous intégrer immédiatement dans le tissu socioculturel de notre ville et de grandir avec nos camarades d'école. J'ai de beaux et tendres et insouciants souvenirs, de mon enfance. J’ai aussi des souvenirs un peu plus compliqués et hostiles de mon enfance avec la découverte que je n'avais pas la nationalité italienne. Quand on grandit et qu'à 18 ans on se rend compte qu'on ne peut pas voter, qu'on ne peut pas participer à la vie politique de sa ville et de son pays, qu'on ne peut pas jouir pleinement du droit à la mobilité et se déplacer en Europe et dans le monde, on ressent de l'injustice. Ce sont des injustices que j'ai vécues dès le début, et qui m’ont poussé à militer et à me passionner pour cette cause. 

- Cependant, la lutte contre l'injustice sociale est en fait le résultat d'un activisme qui implique toutes les sphères et couches concernées de  la société, comme cela a été démontré au sein de la Commission du Conseil sur les droits de l'homme, de l'égalité des chances et des relations internationales de  Reggio Emilia. Au niveau des institutions nationales, pensez-vous que la sensibilité aux questions des droits de l'homme se retrouve dans l'engagement civil et le nombre croissant de manifestations, y compris parmi les jeunes ? 

- Il est certain que les jeunes d'aujourd'hui ont un grand désir de s'exprimer et de communiquer sur les difficultés que nous vivons, les défis et les inquiétudes par rapport à ce dont ils héritent et aux grandes erreurs que les générations précédentes ont commises. C’est vrai au sujet du climat par exemple, mais pas seulement.  Je reviens d'une réunion avec l'école de politique organisée dans le cadre des activités de participation et d'éducation politique. Lors de cette réunion, j'ai constaté que les jeunes avaient un grand désir de s'exprimer, un grand enthousiasme, une grande créativité et différentes manières de réagir politiquement. Mais ces jeunes veulent aussi être écoutés et valorisés pour ce qu'ils disent et pour ce qu'ils proposent., Ils ne veulent pas être simplement utilisés comme s'ils formaient un groupe homogène qui pose des questions qui doivent nous interpeller sérieusement. En posant ces questions, ils utilisent peut-être leur mode de communication, les médias sociaux par exemple, que je trouve très utiles pour diffuser leurs positions, leurs campagnes et les luttes qu'ils veulent mener. Ils mettent en avant, de leur point de vue, des questions qui, selon eux, ne sont pas bien prises en compte. Quand on est plus âgé, quand on n'a pas vécu certaines expériences, il est en effet difficile de comprendre certaines choses. Ces jeunes sont capables de nous interroger sur la question de la violence à l'égard des femmes, ils sont tout à fait capables d'utiliser un langage inclusif et approprié, ils sont sans doute plus respectueux des différences des autres. En fait, je pense qu'il y a beaucoup à apprendre des jeunes qui entrent en politique aujourd'hui. 

En général, au niveau institutionnel, j'ai l'impression que nos dirigeants politiques s'efforcent de les écouter et de comprendre leurs raisons dans la langue avec laquelle ils les racontent, de prendre en considération la créativité avec laquelle ils posent les problèmes à leur manière. Nous devrions également les écouter davantage afin de pratiquer ou de leur permettre de participer concrètement à la politique et aux institutions. En tant que classe dirigeante, nous ne pouvons pas parler à leur place, mais nous devons parler avec eux, nous devons concevoir des projets pour les jeunes, non pas pour les instrumentaliser, mais pour renforcer leur contribution, la dimension dans laquelle ils peuvent être capables, ce que très souvent, hélas, je ne trouve pas dans la politique italienne. 

- En effet, on assiste à des scènes célèbres dans certains talk-shows où les jeunes activistes climatiques sont dénigrés et traités presque avec un air de condescendance, des scènes où ces jeunes luttent pour expliquer leurs raisons étant entendu qu'il est évident que certains modes de protestation ne peuvent pas faire l'unanimité.   

- Un mot que je voudrais utiliser est celui de paternalisme ; il y a parfois une forme de mortification qui conduit ensuite les jeunes à ne plus s'exposer, à ne plus vouloir participer, à ne plus revenir, à ne plus y croire. Notre tâche consiste au contraire à animer et à raviver toutes ces voies, tous ces espaces et toutes ces formes que nous pouvons mettre entre les mains des jeunes, qui sont une grande force pour notre pays et pour la politique italienne. 

- En parlant de jeunes, nous en venons maintenant à votre rôle au sein du secrétariat national du Parti démocrate. Vous avez été nommée responsable de la formation et de la participation politique du parti. Comme vous l'avez dit vous-même, il s'agit de sensibiliser les membres et les militants en visant « une compréhension claire et complète de la structure, des processus et de la culture du parti ». Concrètement, comment ces formations sont-elles organisées et quel est le degré de participation ?   

- Nous venons de terminer une école de formation politique et de participation à laquelle ont participé près de 200 garçons et filles de toute l'Italie, âgés de moins de 35 ans, qui ont été impliqués et invités par les fédérations provinciales. Cela signifie qu'en étant ensemble, nous avons pu leur fournir des notions et des outils pour comprendre comment faire de la politique au niveau local et surtout comment mener une campagne de base, comment gérer une campagne locale au niveau de la tactique et de la stratégie, et comment avoir une bonne communication politique. Ils en sont sortis particulièrement enthousiastes à l'idée d'être ensemble, de travailler en réseau et d'être en mesure d'unir différentes régions autour de valeurs communes. Nous avions auparavant organisé un événement de deux jours sur l'émigration, la citoyenneté et l'accueil, ainsi que dix réunions avec les dirigeants nationaux, au cours desquelles nous avons pu partager nos idées sur certains sujets tels que les questions énergétiques, la défense du système de santé, l'autonomie différenciée, la politique étrangère, etc. En préparation de ces rencontres, les besoins des jeunes ont été pris en compte par le biais de questionnaires qui ont fait émerger une grande variété de besoins et de demandes, y compris la demande d'un plus grand contact avec la classe dirigeante et la connaissance des initiatives et des politiques administratives et institutionnelles. Je dois dire que je suis satisfaite de ces résultats. Ce furent des moments de grande créativité et d'enthousiasme.

accéder à l'article  
Et maintenant, en France... refaire de la politique ! Frédéric GILLI

Et maintenant, en France... refaire de la politique ! Frédéric GILLI

"Pour inventer la France de demain, pour construire de nouveaux imaginaires à opposer au repli mortifère, il va donc falloir refaire de la politique : il va falloir retisser des liens, jeter des passerelles et aller sur le terrain pour mieux comprendre le monde dans lequel nous vivons et mettre ce constat au cœur du débat public. Il faudra aussi, au sein des partis politiques, prévenir la capture systématique des débats par les logiques d’appareil. Il n’y a qu’une seule solution radicalement démocratique : discuter ! Retrouvons-nous et réfléchissons ensemble à l’avenir que l’on veut se construire collectivement. Mettons à plat qui nous sommes et qui nous voulons être, en regardant la multiplicité du monde. Alors nous pourrons avancer collectivement.". Frédéric GILLI, in AOC Média , JCM / 16 juillet 2024

Frédéric Gilli est statisticien-économiste, professeur à l’École urbaine de Sciences Po et directeur associé de Grand Public, agence spécialisée dans la participation citoyenne. Co-fondateur de la revue metropolitiques.eu, prix du Jeune urbaniste en 2010, il a conduit des travaux et plusieurs publications sur les enjeux d’innovation et de développement dans les territoires. Auteur d’ouvrages sur le Grand Paris et les questions démocratiques (La Promesse démocratique, 2022, Armand Colin), il vient de publier avec Aurélien Delpirou et Martin Vanier l’atlas La France en perspectives, imaginer 2050 (Éditions Autrement, 2024).                                                                                                               

Un texte  intéressant qui appelle à dialoguer et à refaire de la politique avec, au coeur, la démocratie citoyenne. Jean-Claude MAIRAL                                

Pour s’opposer au repli mortifère du RN, une seule chose est nécessaire et urgente : refaire de la politique. Retrouvons-nous, regardons en face la diversité de nos vies, discutons ensemble de l’avenir à construire collectivement. Il devient décisif d’associer les citoyens aux choix qui les concernent, pour produire la volonté générale qui peine à s’exprimer.                                                                                        

Un pays est à reconstruire. C’était déjà le cas avant les élections et les urnes traduisent en réalité un constat simple : le vieux XXe siècle n’en finit plus de craquer et le pays ne parvient pas à écrire la suite de sa propre Histoire.                              

Ce n’est pas un coup de semonce isolé. Pendant la crise des « Gilets jaunes » puis la Covid, déjà, des doutes anthropologiques puissants affleuraient : qui sommes- nous, à quoi servons nous, où et avec qui vivons-nous ? Avant même de se pencher sur le détail des programmes et des mesures, c’est à ces questions qu’il s’agit de répondre pour imaginer l’avenir. En effet, faute de repères clairs et d’une volonté générale partagée par tout le monde, chacun subit les vagues avec le sentiment de ne jamais bénéficier de la solidarité qui fait la fierté de ce pays et à laquelle, normalement, chaque citoyen à droit. Au final, un sentiment d’injustice grossit et le pays se désunit comme un radeau aux planches mal ficelées.    

Contrairement à ce que l’on peut lire, le pays n’est ainsi pas « coupé en deux » avec deux France qui se feraient face. Malgré la richesse globale de la nation, le pays se désagrège lentement faute de capacité des dirigeants politiques, économiques ou associatifs à faire vivre au quotidien les valeurs et les espoirs qui rassemblent les citoyens et rendent chacun plus fort. Il n’est pas anodin de constater que, lorsque l’on interroge les habitants sur leur vision de leur territoire ou du secteur dans lequel ils travaillent, la même interrogation revient de façon lancinante : ils se demandent « où va la France ? » Ce que dit le moment, c’est qu’il est temps pour chacun de refaire de la politique, partout.                              

L’urgence à discuter collectivement de tous ces sujets est d’autant plus forte que les habitants perçoivent les défis qui s’annoncent dans les prochaines années[1] – et qui sont déjà largement engagés : que ce soit le changement climatique, l’avènement de l’IA, les problèmes liés à la grande dépendance des personnes âgées, les difficultés récurrentes à faire toute leur place aux jeunes de ce pays, nos vies sont d’ores et déjà bouleversées et un doute très fort s’exprime quant à la capacité de nos dirigeants à peser sur le cours des choses. À force de clamer que la politique ne peut rien face aux marchés ou qu’il n’y a pas d’alternative aux perspectives économiques ou climatiques édictées par les experts, les élus ont perdu tout crédit.               

Il ne faut donc pas se tromper de diagnostic : derrière l’exaspération et la colère, ce ne sont pas des Gaulois réfractaires qui s’expriment mais plutôt une forte demande de changement qui ne trouve pas de débouché. Derrière le besoin d’ordre et d’autorité, ce n’est pas une attente de caporalisation qui se cache mais plutôt une demande que le pouvoir du peuple et de ses représentants soit réaffirmé c’est-à- dire, au sens propre, une attente de démocratie.                             

 Ailleurs sur la planète, voilà longtemps que les murs du XXe siècle sont tombés. En France, au cœur de la « vieille Europe », des oripeaux de modernité ont pu laisser croire que, nous aussi, nous avions enfin plongé dans le nouveau siècle. Après tout, le pays innove, attire des investisseurs, gagne des prix Nobel et des médailles... Et pourtant, force est de constater que les habitants n’y trouvent pas leur compte. Alors qu’ils ont successivement voté pour « la rupture », « le changement » et pour des « révolutions », il se plaignent explicitement de ne pas être assez écoutés par leurs dirigeants. Faut-il que notre système politique soit devenu pernicieux pour que nous ne voyions plus nos propres atouts ? Faut-il que notre démocratie dysfonctionne pour que nous nous sentions si impuissants comme peuple ?                              

Le paradoxe où nous sommes rendus est ainsi que, partout, dans les entreprises, les associations, les territoires, les citoyens vivent les deux pieds dans le XXIe siècle et qu’ils n’ont pas d’espace politique pour refléter les questions lourdes de sens qu’ils se posent. Il y aurait pourtant beaucoup à entendre dans ce qu’ils disent et dans les interrogations qu’ils portent pour inventer la France de demain... à commencer par se convaincre collectivement que ce pays a un avenir et qu’il le tient entre ses mains, entre nos mains à tous. 

 N’en déplaise aux déclinistes de tous ordres, la France ne manque ni de ressources, ni d’éléments d’espoir à partager. Lorsque l’on conduit une analyse précise et détaillée des différentes mutations engagées dans le pays et des défis à relever d’ici 2050, on observe ainsi que le pays est loin d’être pris dans une situation où il n’y aurait « pas d’alternative ».                              

La France n’a pas un problème de ressources mais un problème d’affectation de ces ressources.   

Quand on évoque l’avenir, les chiffres qui s’accumulent peuvent impressionner : à chaque fois, des centaines de milliards à trouver pour soutenir notre école, pour sauver nos hôpitaux, pour construire nos centrales, pour remettre à niveau nos infrastructures ferrées, pour isoler nos maisons et nos bâtiments... Mais on oublie de dire que, dans le même temps, notre pays produira plus de 100 000 milliards d’euros de richesses et investira au moins 20 à 30 000 milliards d’euros d’ici 2050. Concrètement, la France n’a pas un problème de ressources mais un problème d’affectation de ces ressources... c’est-à-dire un problème de choix et de capacité à les imposer : un problème politique.                              

Si l’on considère par exemple nos façons de vivre ensemble : entre les enfants qui s’émancipent, les parents séparés, ou l’augmentation des personnes âgées dépendantes, nous serons de plus en plus « solo » à l’échelle de notre existence. Cela alimente une crainte vis-à-vis de l’avenir mais cela ne veut pourtant pas dire que nous serons forcément plus « seuls » qu’aujourd’hui : il nous revient d’inventer les cadres (lois, bâtiments, espaces publics, aides sociales) qui nous permettront d’être bien accompagnés dans toutes nos transitions de vie et, pour cela, de repenser une partie des aides sociales ou de réallouer différemment les subventions aux entreprises et collectivités pour qu’elles accompagnent mieux les jeunes, les mères seules ou les aidants familiaux, par exemple.                                                                                                                                                            De la même manière, la forêt des Landes telle que nous la connaissons va disparaître, comme les vergers du Sud-Ouest ou de la Vallée du Rhône ou une partie de nos vignobles tels que nous les connaissons, mais nous pouvons anticiper ces évolutions et choisir ensemble d’accompagner les agriculteurs et les territoires concernés dans le développement de nouvelles pratiques.     

C’est évidemment la même chose pour nos villes et nos villages : si nous décidons en 2049, dos au mur, de construire d’immenses digues pour protéger nos littoraux ou de raser des zones balnéaires pour épargner les populations le coût économique et humain sera exorbitant, mais nous pouvons dès aujourd’hui réfléchir ensemble aux zones à préserver ou dont il faut se désengager progressivement et ajuster au fil des ans les investissements et infrastructures.                              

Même si l’on pense aux dynamiques planétaires sur lesquelles nous aurons moins de prise, nous pouvons collectivement faire de chaque défi une opportunité ou un fardeau supplémentaire : que ce soit le changement climatique global, la mondialisation économique et financière, la croissance démographique de l’Afrique et du monde Indien, le déploiement de l’IA ou les bascules éthiques en matière de santé et de vivant, etc., sur tous ces sujets, nous conservons d’importantes marges de manœuvre comme citoyens et comme pays membre de l’Union européenne.                              

À nouveau, cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de priorités à régler aujourd’hui, ni que tout ira pour le mieux et que ce sera simple pour tout le monde. Ces mutations soulèvent de grands espoirs : pour les femmes, les jeunes ou les minorités, c’est l’opportunité d’ébranler un peu la domination écrasante des vieux hommes à tous les niveaux de la société (depuis la sphère familiale jusqu’au sommet du CAC40). Pour des pans entiers de l’économie, dans l’énergie, le bâtiment ou les services aux particuliers et aux entreprises, ce sont des nouveaux marchés qui émergent et permettent de casser des rentes historiquement constituées.                              

Mais on voit bien que, symétriquement, ces évolutions entraînent des renoncements douloureux pour ceux qui ont historiquement bénéficié de ces situations acquises... ceux-là mêmes qui ont accumulé assez de pouvoir et de patrimoine pour freiner tout changement à leurs dépens. Le monde qui vient menace déjà énormément de situations acquises. À chaque nouveau choc il y aura des « gagnants » et des « perdants » dans toute la société et ils seront à chaque fois différents. On en perçoit déjà les conséquences : si chacun ne voit systématiquement que ce qu’il perd, la solidarité sera immanquablement menacée.                              

En même temps qu’il s’agira de poser les bases de la France de demain, il faut donc construire les conditions pour que les évolutions soient possibles : tracer un chemin garantissant un sentiment de justice pour toute la population.                              

Des littoraux seront menacés de submersion, des zones vont devenir arides, les entreprises d’hydrocarbures vont cesser leurs activités pétrolières, les personnels administratifs vont être massivement remplacés par des IA, les services publics vont être redistribués pour suivre les évolutions de la population, certains marchés immobiliers vont continuer à monter quand de nombreuses campagnes vont connaître une forme de papy-crash... Face à tous ces chocs, est-ce que tout le monde aura le sentiment d’être « bien » traité ou bien y aura-t-il dans le pays le sentiment de différences indues entre le sort des uns et des autres ? Autant qu’un cap, il y aura besoin d’une méthode et celle-ci ne pourra être que plus démocratique.                    

Ces dernières décennies, le solutionnisme des experts a présidé aux grands choix dans tous les domaines : politiques économiques et sociales, urbanisme, environnement, etc. Le risque, après la séquence démocratique que l’on vient de vivre, serait que les experts « de gauche » se pressent pour expliquer que le problème c’était la politique des experts « de droite » et que, dans l’histoire, l’urgence démocratique passe par la fenêtre... ou soit cantonnée par les appareils politiques à la seule « démocratie parlementaire ».          

Il devient décisif de plus associer les citoyens aux choix qui les concernent en commençant par discuter tous ensemble de l’avenir du pays et par traiter de tous les sujets en partant de la façon dont les habitants les vivent et les analysent. Il ne s’agit pas de négliger les savoirs experts : ils sont importants et les habitants eux- mêmes le disent dès qu’ils en ont l’occasion. Seulement il faut que chacun soit bien à sa place : pour éprouver un sentiment de justice y compris quand le sort nous semble défavorable, il faut consentir ce qui suppose d’avoir été pleinement associé aux choix qui nous impacteront.                             

Mettons à plat qui nous sommes et qui nous voulons être, en regardant en face la diversité de nos vies.      

                                                                                                        

Sans co-construction de ces repères et cet horizon collectif à partir de la vie des gens, les replis individuels et les blocages collectifs se multiplieront. Le temps des solutions et des « programmes » viendra nécessairement mais il viendra d’autant mieux et d’autant plus vite que ceux qui aspirent à diriger ce pays sauront prendre le temps d’écouter tout le monde. Cette inflexion n’est pas une affaire de
« communication politique ». D’abord, elle répond au besoin massivement exprimé par les habitants du pays d’être pleinement considérés comme des citoyens. Mais c’est aussi la garantie, pour les experts, que les programmes sur lesquels ils travailleront répondront bien aux questions que se posent les habitants : chercher les bonnes solutions à de mauvais problèmes n’a jamais été une façon bien efficace d’avancer.
                              

Pour inventer la France de demain, pour construire de nouveaux imaginaires à opposer au repli mortifère sur lequel surfe le RN, il va donc falloir refaire de la politique : que l’on soit élu, dirigeants d’entreprise, responsable associatif ou expert ou il va falloir retisser des liens, jeter des passerelles et aller sur le terrain pour mieux comprendre le monde dans lequel nous vivons et mettre ce constat au cœur du débat public.                              

Il ne suffira donc pas de multiplier les « visites de terrain » ou les « conventions » pour réancrer la politique : il faudra lutter contre les tendances, lourdes, à organiser des réunions où ce sont toujours les experts qui posent à la fois les questions et les réponses devant des publics absents. Il faudra résister au réflexe bureaucratique du « contrôle permanent » pour épargner aux associations les tonnes de formulaires et de chartes qui éloignent les équipes du terrain. Il faudra aussi, au sein des partis politiques, prévenir la capture systématique des débats par les logiques d’appareil. Il n’y a qu’une seule solution pour lever tous ces obstacles, une solution radicalement démocratique : discuter, partout et avec tout le monde de façon large et ouverte.                              

Plus encore, alors que le monde qui vient engendre des inquiétudes très différentes en fonction des publics, il faudra s’attacher à ce que chacun puisse discuter avec d’« autres ». Autant que les liens ce sont les ponts qui manquent aujourd’hui. Benoît Coquard analyse très précisément comment se créent des bulles d’auto- confirmation à l’échelle des petits cercles d’amis qu’il étudie dans l’Est de la France[2]. La même chose se produit entre militants à la tête des partis politiques ou des exécutifs locaux : à force de ne parler qu’entre-soi, de diffuser une parole aux autres mais sans les écouter, il n’y a plus de commun à partager.                              

Aux partis qui appellent à une sixième République et à des Constituantes, arguant que le monde de demain ne peut être construit avec les institutions d’hier, on suggère ainsi de ne pas mettre la charrue avant les bœufs : avant de se précipiter sur la réécriture des textes fondamentaux, reconstituons d’abord le peuple dans toutes ses dimensions, sans chercher à le résumer à une pseudo unité de façade. Retrouvons-nous et réfléchissons ensemble à l’avenir que l’on veut se construire collectivement. Mettons à plat qui nous sommes et qui nous voulons être, en regardant en face la diversité de nos vies et la multiplicité du monde dans lequel nous vivons. Alors nous pourrons avancer collectivement.                              

La France dispose de sérieux atouts pour s’inventer et construire, souverainement, un avenir qu’elle aura choisi. Cette liberté, produit d’une Histoire riche et complexe, est un privilège rare dans le monde contemporain. À l’heure ou le pays vit une période tumultueuse, les forces politiques ont une responsabilité particulière : celle de recréer les conditions d’une concorde permettant à chacun de vivre sa vie et ses projets. Résister, c’est ainsi d’abord et avant tout s’attacher à réunir des habitants différents en nombre pour produire, en direct et en public, la volonté générale qui peine aujourd’hui à s’exprimer... Maintenant, il va falloir refaire de la politique[3]. 

Frédéric Gilli  

16 juillet 2024

Publié par AOC Média.

accéder à l'article  
L'AG des Nations Unies réaffirme le rôle essentiel du dialogue entre les civilisations.

L'AG des Nations Unies réaffirme le rôle essentiel du dialogue entre les civilisations.

La 78e session de l’Assemblée générale des Nations unies a adopté vendredi 7 juin 2024, à l’unanimité, une résolution proposée par la Chine pour instaurer la Journée internationale du dialogue entre les civilisations. La résolution déclare que toutes les avancées des civilisations sont « le patrimoine collectif de l’humanité ». Elle prône le respect de la diversité des civilisations et souligne « le rôle crucial du dialogue dans le maintien de la paix mondiale, la promotion du développement commun, l’amélioration du bien-être humain et la réalisation des progrès collectifs. / in International Press Agency Pressenza / Le 14-06-2024.

La 78e session de l’Assemblée générale des Nations unies a adopté vendredi 7 juin 2024 à l’unanimité une résolution proposée par la Chine visant à instaurer la Journée internationale du dialogue entre les civilisations. La résolution déclare que toutes les avancées des civilisations sont « le patrimoine collectif de l’humanité ». Elle prône le respect de la diversité des civilisations et souligne « le rôle crucial du dialogue » entre les civilisations dans le maintien de la paix mondiale, la promotion du développement commun, l’amélioration du bien-être humain et la réalisation des progrès collectifs. Elle appelle au « dialogue équitable et au respect mutuel » entre les différentes civilisations, ce qui reflète parfaitement l’essence même de l’initiative pour la civilisation mondiale. 

Elle décide de faire du 10 juin la Journée internationale du dialogue entre les civilisations =>

Lire la suite in International Press Agency Pressenza

accéder à l'article  
CONFERENCE DE LUCERNE (15 et 16 juin) : une paix inacceptable?

CONFERENCE DE LUCERNE (15 et 16 juin) : une paix inacceptable?

La Suisse vient d'accueillir la "Conférence internationale pour la paix en Ukraine" avec la participation de 90 pays. La résolution finale a été signée par tous à l’exception notable des pays du « Sud global » relevant des BRICS: Brésil, Indonésie, Inde, Afrique du Sud… et, surtout, en l’absence des principaux d’entre eux, la Chine et la Russie. Paradoxalement, cette initiative ne risque t-elle pas de nous entraîner un peu plus avant dans la guerre en poussant le président russe dans ses retranchements ?. In revue Hérodote de ce 19 juin -

Guerre en Ukraine

19 juin 2024. Les samedi 15 et dimanche 16 juin 2024, la Suisse a accueilli une « conférence de la paix en Ukraine » dans l’hôtel Bürgenstock, au-dessus de Lucerne et du lac des Quatre-Cantons. 

Paradoxalement, cette initiative pourrait nous entraîner un peu plus avant dans la guerre en poussant le président russe dans ses retranchements. À preuve son arrivée ce 18 juin à Pyongyang pour un « partenariat stratégique » avec le dictateur nord-coréen…

À l’origine de l’initiative de Lucerne, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a exprimé le souhait d’en tirer une proposition de paix avec la Russie pour mettre un terme au conflit ouvert dix ans plus tôt, à la suite de la révolution Euromaïdan.

Il a pu parler devant les représentants de 90 pays (dont une moitié de pays européens ainsi que les États-Unis et ses obligés) : la présidente suisse Viola Amherd, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, la vice-présidente américaine Kamala Harris, les Premiers ministres canadien et britannique Justin Trudeau et Rishi Sunak, etc. La Russie, principal protagoniste du conflit, avait toutefois dédaigné de s’inviter à la conférence.

La résolution finale a réaffirmé les « principes de souveraineté, d'indépendance et d'intégrité territoriale de tous les États, y compris l'Ukraine », dénoncé la « militarisation de la sécurité alimentaire » et appelé au retour des enfants ukrainiens déportés par la Russie. 

Elle a été signée par tous les présents à l’exception notable des pays du « Sud global » relevant des BRICS (dico) : Brésil, Indonésie, Inde, Afrique du Sud… et surtout en l’absence du principal d’entre eux, la Chine.

=> Lire la suite in Hérodote, 19 juin 2024

accéder à l'article  
Constitution and Public Services. The fundamental right to a “good public administration” and public digital services. Luiz Henrique Diniz ARAUJO

Constitution and Public Services. The fundamental right to a “good public administration” and public digital services. Luiz Henrique Diniz ARAUJO

Cet article se concentre sur les outils numériques qui sont de plus en plus utilisés par l'Administration publique dans un souci de compatibilité constitutionnelle. Il analyse en particulier comment la gouvernance numérique peut concilier l'adoption d'initiatives facilitant l'accès aux services publics avec une politique de collecte de données en conformité avec les valeurs de tout État de droit. Recife (Brésil)

LUIZ HENRIQUE DINIZ ARAUJO , Procureur Fédéral, au Brésil et Professeur de Droit Constitutionnel à l'Université de Recife, est membre du Comité de Pilotage de I-Dialogos thint tank.  https://www.escavador.com/sobre/6400901/luiz-henrique-diniz-araujo 


Summary: Introduction. 1. Constitution and Public Services. The fundamental right to a “good public administration” and public digital services. 2. Constitutional issues on the use of technology in public services. 2.1. Digital illiteracy and digital divide. 2.2. Privacy threats. 2.3. Artificial intelligence “black boxes”. 2.4. Right to appeal. 2.5. Weakening of public unions and of public service. Conclusion. References. 


Résumé : Cet article se concentre sur les outils numériques qui sont de plus en plus utilisés par l'Administration publique dans un souci de compatibilité constitutionnelle. Il analyse en particulier comment la gouvernance numérique peut concilier l'adoption d'initiatives facilitant l'accès aux services publics avec une politique de collecte de données en conformité avec les valeurs de tout État de droit. Cette évolution devrait déboucher, grâce à des algorithmes, sur une clarification et une meilleure compréhension, par le citoyen, des décisions et mécanismes de gouvernance, tout en garantissant la confidentialité, le respect de la légalité et un accès aux services publics plus facile pour les personnes en situation d’ « exclusion numérique ». 

Abstract: This paper focuses on digital tools that have been increasingly used by the Public Administration in order to perform its constitutional goals and also on constitutional concerns that those tools may evoke. It analyses how digital government can reconcile the adoption of iniciatives that facilitate the access to public services and data collection (that allows the design of better policies) with features that incarnate rule of law values. This will allow a decision-making algorithm to output a human-readable explanation to the decision, as well as guarantee privacy, adherence to due process of law and access to public services by people who are not digitally included. 

Resumo: Este artigo foca em ferramentas digitais que vêm sendo crescentemente utilizadas pela Administração Pública com a finalidade de cumprir suas tarefas constitucionais, bem como em questões concernentes a direitos fundamentais que o uso dessas ferramentas pode suscitar. Assim, analisa como o governo digital pode compatibilizar a adoção de iniciativas que facilitem o acesso a serviços públicos e a coleta de dados (que possibilita o desenho de melhores políticas públicas) com instrumentos que encarnem valores jurídicos. Isso permitirá que um algoritmo expeça decisões que sejam justificadas em linguagem inteligível por seres humanos, bem como a garantia da privacidade, aderência ao devido processo legal e acesso a serviços públicos por pessoas que não são incluídas digitalmente. 

Keywords: Fundamental Rights; Digital Government; Privacy; Due Process of Law; Digital Exclusion. Palavras-chave: Direitos Fundamentais; Governo Digital; Privacidade; Devido Processo Legal; Exclusão Digital.


 Introduction The French and American Constitutional Revolutions, in the end of the XVIIIth century, have been a landmark of the constitucionalist movement in the world. These movements have widespread the conceptions of a Liberal and Democratic State of Law. Despite the rise of modern constitutions by the end of the XVIII century, such as the United States Constitution, the First French Constitution and, a few decades later, the First Brazilian Constitution (1824), the late XVIII and the XIX centuries are broadly known as the time of the “Legal State” (Rechtstaat, in German), but not yet the Constitutional State, such as it is known today. 

The incremental transition from the Legal State to the Constitutional State has positioned the Constitution in many contemporary democracies in the centre of the legal system. World War II (WWII) decisively launched social and academic wave shocks that challenged the foundations of Constitutionalism and the liberal optimism expressed by natural justice intrinsic to economic and social relations. As a consequence, it triggered the crisis of an idealized and radical separation between state and society (HILBINK, 2006, p. 20). 

The new post-WWII conception on Constitutionalism and on the nature of the state was concerned about creating conditions that would allow each individual the development of her personality. This provoques shifts on the understanding of fundamental rights and the techniques destined to protect them. From then on it is possible to speak of the rise of the Constitutional State in its entirety, characterized by the conception of law involving an essencially axiological experience with the Constitution vested by normative force in the epicenter of the legal system. 

As a consequence of the normative force of the constitution, the branches of government have increasingly been called to interpret and enforce it. In this broader context, courts have been playing a decisive role in shaping constitutional and fundamental rights in a variety of democracies. From the 20th century on (in the U.S., since the 19th century), courts have gained power in deciding constitutional and even political cases, such as in Canada, South Korea, South Africa, New Zealand, U. S., Germany, the European Court of Justice and the European Court of Human Rights (KAPISZEVSKI, 2013, p. 1). 

In recent decades, also Latin America has experienced the empowerment of courts. Within this broader context, Constitutional Courts have been adopted (Chile in 1981; Colombia in 1991; Peru in 1993; Equador in 1996; Bolívia in 1998) or have gained power (Brazil in 1988; Costa Rica in 1989). As a consequence, judicialization of constitutional fundamental rights and judicial review have been in rise (COUSO; HUNEEUS; SIEDER, 2010, p. 142). In this broad picture, Supreme and Constitutional Courts (and also the lower courts and judges) have been playing a very important role in the democratic process. This empowerment of constitutions and courts has driven constitutional scholarship in Brazil and perhaps in a global scale away from Public Administration matters and from Administrative Law. 

Nevertheless, we, constitutional scholars, should be reminded that the public administration is a major enforcer of fundamental rights, specially of social constitutional rights, but not only. As a consequence, Constitutional Law scholarship should approach the Public Administration and Administrative Law. These are quickly evolving fields of legal research deeply connected to constitutional rights, specially in times of digitization and automation of public services. 

This paper is launched as an initiative to fill this gap. It focuses on digital tools that have been increasingly used by the Public Administration in order to perform its constitutional goals and also on constitutional concerns that those tools may evoke. 

The problem under scrutiny is how digital government initiatives can rise concerns relating to constitutional fundamental rights and how these rights can be adequately protected in the digital environment. The aim of the paper is to analyse how digital government can reconcile the adoption of iniciatives that facilitate the access to public services and data collection that allows the design of better policies with features that incarnate rule of law values in order to allow a decision-making algorithm to output a decision and also a human-readable explanation to the decision (ZALNIERIUTE; MOSES; WILLIAMS, 2021, forthcoming, p. 11), as well as guarantee privacy and access to public services by people who are not digitally included. 

The hypothesis of the paper is that digital government tools can on one hand enhance equality of decisions and efficiency in providing public services. On the other hand, they can harm fundamental rights, such as the right to privacy, the right to a due process and adequate access to public services by people who are digitally excluded. The methodology used is consultation of references (primary and secondary sources – books, papers, judicial decisions and media news).  


1. Constitution and Public Services. The fundamental right to a “good public administration” and public digital services 

Sometimes forgotten in scholarship and debates about Constitutional Law (that too often focus on the role of courts), the public administration in modern states normally plays a key role in the enforcement of constitutional rights. This is also true in Brazil. For instance, the Brazilian 1988 Constitution entrenches provisions on a variety of legal topics, such as tax law, family law, health law, environmental law, social security, administrative law, procedural law, among others. 

Many of these provisions are enforced by the public administration. Thus, in Brazil, as well as in other jurisdictions, there has been a real quest for the “good administration”, or an administration that effectively promotes constitutional rights, behaves within constitutional boundaries and emphasizes transparency, sustainability, respect to the due process of law, impersonality, probity, efficiency and “tempered” legality (FREITAS, 2015, p. 118-9). 

This quest for a “good public administration” has inevitably involved the use of digital technologies, such as artificial intelligence, machine learning and blockchain. These tools make part of the concept of digital government or e-government, that involves automation of procedures and decisions aiming to achieve better government and better public services. 

The main argument is that technology will remove humans (with all their biases and limitations) from some governmental operations (BASU, 2004, p. 110). According to this conception, systems could be designed to ensure that some governmental functions, such as collection of taxation, distribution of social security benefits and management of other welfare programs, issuance of passaports, collection of census data (MEYER, 2021), record of land registries, integrity of government records, running elections, among others, could be carried out in a higher compliance with the rule of law. There are experiences in an increasing number of nations, such as the United Kingdom, the United States, Sweden, Georgia, Mexico, Australia, China, Honduras (ZALNIERIUTE; MOSES; WILLIAMS, 2021, p. 3) Russia, India, South Africa and, of course, Brazil. 

Specifically in the developing world, there has also been a growing interest in the digitalization of public services. There is a clear trend in developing countries (also in the BRICS, of course) to follow the tendency in developed Western countries to adopt online public services (RANCHORDAS, 2021).

In Asia, Digital India (INDIA, 2021), was conceived as “a flagship programme of the Government of India with a vision to transform India into a digitally empowered society and knowledge economy”. Within the program, India is building digital infrastructure to provide a number of online services to citizens.

 China has developed plains to harness big data and artificial intelligence for the purpose of social management. The Social Credit System has gained special prominence as a set of mechanisms that rates actors and provides them rewards and punishments on the grounds of the lawfulness and morality of their social, economic and political conduct (CREEEMERS, 2021). 

China’s General Office of the State Council released on April 15 a circular that calls for deepening administrative reform on six fronts. It includes the call of related departments to build and improve the administrative data sharing and coordinating system, to strengthen information sharing and certify mutual recognition. 

It also aims the improvement of credit supervision, as well as that traditional service modes should be reserved along with innovation of smart services, to avoid obstacles that certain groups, including the elderly, may face (THE PEOPLE’S REPUBLIC OF CHINA, 2021). 

South Africa launched a new e-Government Portal, aiming at improved landing page, better classification of e-services, quick access to e-services, easier/simpler navigation, easier/simpler e-service identification, explanation on specific e-service and improved user experience, with the expressed purpose of enabling government services online with the reduction of the cost of accessing those services, streamline administrative processes, improvement of turnaround times, strengthening accountability and responsiveness (SOUTH AFRICA, 2021). 

In Russia, e-government tools have been designed with the aim of “significantly reduce administrative barriers for citizens and the need to personally visit state institutions”. According to the plan, in the coming years, Russian citizens will be able to apply for approvals and permits over the Internet, as well as to assess the quality of public services (RUSSIA, 2021).

Brazil has also over the years been developing a broad program of digital services in the federal level (BRAZIL, 2021.a). In parallel, several member states and municipalities have been digitalizing some of their public services, that have been fostered also by federal incentives (BRAZIL, 2021.b).

The Brazilian Federal Act n. 14.129/2021 (BRAZIL, 2021.c) provides on principles, rules and instruments of e-government and the improvement of public efficiency specially by means of de-bureaucratization, innovation, digital transformation and participation of citizens (art. 1).

At the regulation level, the Regulatory Act n. 10.332/2020 (BRAZIL, 2021.d) institutes the Digital Government Strategy for the years 2020-2022 within the Federal Administration. Among other provisions, this regulation creates the Digital Government National Network (Rede Gov.br), on the basis of a collaborative and voluntary participation among the federal, state and municipal governments. This network has the aim to provide exchange of information and joint measures related to the expansion of the Digital Government Strategy (art. 7).

 Also important is the Regulatory Act n. 9.319/2018 (BRAZIL, 2021.e), that establishes the National System for Digital Transformation and the governance structure for the implementation of the Brazilian Strategy for Digital Transformation. Among other provisions, the regulation sets goals to be achieved, including: (i) the offer of simple and intuitive digital public services consolidated in one sole platform with available assessment; (ii) the grant of wide access to information and to open governmental data, in order to allow the exercice of citizenship and innovation in digital technology; (iii) promotion of integration and interoperability of the governmental database; (iv) promotion of public policies based on data and evidence; (v) implementation the General Act of Data Protection (Lei Geral de Proteção de Dados); (vi) availability of digital identification of citizens. From the samples given above, it is possible to assert that there is an evident trend towards e-government initiatives in many countries rising positive expectations, but also new problems and concerns. 

In one hand the adoption of e-government iniciatives may facilitate the access to public services and data collection that allows the design of better policies. Thus, e-government would foster administrative efficiency, effectiveness, increasing quality, lower cost, keeping government operations systematic, sustainable, flexible, robust, lean and agile. It would also enable better communication, collaboration and the maintenance of accurate durable records (TWIZEYIMANAA; ANDRESSONA, 2019, p. 171). 

On the other hand, there is a certain fetish towards technology (BAKAN, 2020, p. 104-5) that can blind us in relation to its eventual flaws. Digital government initiatives rise concerns on the enhancement of the rule of law, because this link is not straightforward. Then, when systems can replace human public servants, they must contain built-in design features that incarnate rule of law values in order to allow, for instance, a decision-making algorithm to output a decision and also a human-readable explanation to the decision (ZALNIERIUTE; MOSES; WILLIAMS, 2021, p. 11), as well as guarantee privacy. On top of that, there is the dramatic reality of digital illiteracy, detected not only in the developing but also in the developed world, as well as concerns on a possible weakening of public service values if public servants are progressively and massively kicked out. These issues will be approached in the next chapter. 


 2. Constitutional issues on the use of technology in public services Well-designed government systems can promote consistent application of law, enhance security (even in election processes, for instance in Brazil) and enable citizens to be treated equally when laws are enforced. In Brazil, public administration is constitutionaly imposed to follow five core principles entrenched in article 37, caput: legality, impersonality, morality, transparency and efficiency. 

There is no question that governmental digital platforms can somehow help attain these constitutional goals. However, while governments are rolling out these programs, more democratic and constitutional scrutiny is needed in order to enhance privacy, data protection, due process safeguards and guarantee access to public services by digital excluded people. 

2.1. Digital illiteracy (UNESCO, 2021) and digital divide Initiatives on the digitization of public services explicitly or implicitly assume that citizens have access to a smartphone or similar devices, can afford a connection and have good reading and writing knowledge. However, this is not true for a great share of people in the world. According to the European Comission, digital exclusion is a widespread and growing phenomenon that adds to other forms of exclusion, on the basis of, for instance, low income and education, location, culture, or disabilities. Eighty million Europeans never use the internet either because they don't have a computer or it is too expensive or because they find too difficult or not relevant to connect digitally. Cognitive or physical disabilities also may prevent people from using information and comunnications technology (ICT) and the internet (EUROPEAN UNION, 2021). In the United States there are also persistent digital divides, although 72% of Americans over the age of 15 use the internet at home, according to data from 2017. Nevertheless, deep differences have been diagnosed on the basis of geography and income: while 73% of urban residents, only 65% of rural Americans use the internet at home. 54% of families with incomes less than $25,000 a year used the internet at home, in contrast to 82% of families with incomes of $ 100,000 or higher (UNITED STATES, 2021). 

In Portugal, in 2020, 84,5% of households have a connection at home and 81,7% benefit from broadband connection. This is a significant increase, more than 3,6 p.p. compared to the previous year. However, digital divide on the basis of income is significant: the 20% richest households benefit from a 96,8% of access to the internet and 94,5% to broadband connection. In contrast, the 20% poorest households keep a 66,8% access to the internet at home and 62,4% to a broadband connection (PORTUGAL, 2021) According to the Inclusive Internet Index, published by The Economist magazine and updated to 2021, covering 120 countries that represent 98% of global GDP and 96% of global population, Brazil is the second-highest ranked among 20 Latin American coutries in the index, and 36th in the world. The country ranks good on internet availability (48th) and affordability (16th) in the world, but struggles with a 69th place about internet readiness (THE ECONOMIST, 2021). Data collected by the Regional Center of Studies to the Development of the Information Society (Cetic.br) (BRAZIL, 2021.f) show that 28% of the brazilian households have no access to the internet. This corresponds to over 50 million people. In lower-income social classes (classes D and E), the percentage of households with no internet access rises up to 50% (BRAZIL, 2021.g). 

Initially merely connected to lack of infrastructure, today it is known that digital exclusion is more than an economic or infrastructural issue (BRISSON-BOIVIN; McALEESE, 2021). It means that citizens cannot have equal participation in the digital world because of a handicap in their educational, social or even political capabilities. Thus, digital divide is extremely perverse, because it deepens already existing social issues and clivages. 

The problem is dramatic because for many people addressing a civil servant can be the only way of accessing public services (RANCHORDAS, 2021). As a consequence, the broad adoption of digital services and the corresponding reduction of in person contact with a public servant is a real threat to fundamental rights of those harmed by digital exclusion, such as the right to access several public services.

 For the sake of respect to the fundamental rights involved, the progress of demobilization of personal contact with a public servant cannot be abrupt, but incremental, following the pace of digital inclusion. 

2.2. Privacy threats The right to privacy is a fundamental right in any democratic jurisdiction. Relating to e-government initiatives, concerns on personal data protection arise. Actually, the role of governments on privacy protection is usually ambiguous. If in one hand they have to enforce the right to privacy, on the other hand governments have to access personal data to develop welfare state initiatives (BASU, 2004, p. 122-3). Thus, governments must navigate in a narrow path that allows the use of personal data for the deployment of digital public services without allowing the undue capture and misuse of these data. This threat has been clearly spotted in the China Social Credit System, but is constantly present in developed and developing democracies. 

The Chinese Social Credit System (SCS) is framed as a set of digital devices and mechanisms providing rewards or punishments as feedback to actors. These feedbacks are designed not only on the basis of the lawfulness of their behaviors, but also on their economic, social, political or moral actions. Many observers have been concerned about this complex system, as it will not only track citizens, bus also score them considering online purchases, posted content on social media and personal connections one can cultivate. This score is planned to have deep consequences on people’s lives and can influence their ability to get jobs, loans and mortgages, as well as other personal aspects of life, reaching even one`s ability to travel (CREEMERS, 2021, p 1-3). 

If in democracies these wide-ranging systems have not yet been spotted, they are always a pending threat that needs permanent surveillance by government or by its contractors, that, in one way or another, are vested with some features of governmental power. Of course digital services must be reconciled with protection to personal data. This is a permanent quest of governments, as acknowledged by the Director of the Brazilian National Authority for Data Protection (CONVERGÊNCIA DIGITAL, 2021). 

This is a big challenge of governments involving the digitization of public services. The theme has even reached the Brazilian Supreme Court (BRAZIL, 2021.h) in a lawsuit filed by the National Bar Association. In this lawsuit the plaintiff challenges the Regulatory Act n. 10.046/19 (BRAZIL, 2021.i) and its provisions on the interoperability of data basis under the custody of the Federal Government. This regulatory act has stablished the Citizen Basic Records and data sharing inside the Federal Government. According to the plaintiff, the act ignites an extremely powerful tool of government surveillance that comprehends not only basic personal, family and professional information of all brazilian citizens, but also sensitive personal data, such as biometrics, that can be collected for the purpose of automated recognition, like the palm of the hand, digitals, retine or iris or the face shape, voice or the way one walks (BRAZIL, 2021.j).

 In another set of lawsuits, the Brazilian Supreme Court issued a provisory injunction forbiding data sharing from telecom companies with a federal governmental agency (IBGE – Fundação Instituto Brasileiro de Geografia Estatística) (BRAZIL, 2021.k). The lawsuit challenged the Presidential Executive Order n. 954/2020 (BRAZIL, 2021.l), that rules on data sharing from telecommunication companies to the IBGE in order to provide data supporting the production of official statistics during the COVID-19 Pandemic. According to the provisory injunction issued by the Court, the Executive Order (Medida Provisória n. 954/2020) does not appropriately define how and what are the purposes of the use of the collected data. 

Thus, it is not possible to assess the necessity and adequacy of the data sharing, with a consequent damage to the substantive due process of law (Federal Constitution, art. 5., LIV – BRAZIL, 2021.m). The provisory injunction also demonstrates concern with the secrecy of the data to be shared with the IBGE. 

Although the Executive Order at stake rules that the data will be exclusively used for the aim of official statistics and that IBGE is not allowed to share them with other public or private institutions, the same Executive Order offers no technical or administrative mechanism apt to protect the personal data from non authorized access, accidental leaks or undue use. With regard to leaks, they have not been a rare event withing brazilian federal administration. The Federal Audit Office (Tribunal de Contas da União) has recently started an audit procedure to verify the adequacy of the Federal Government to the provisions of the General Act on Data Protection (BRAZIL, 2021.n). Within this audit procedure, the Federal Audit Office has so far collected feedback from 381 federal institutions. 

The final report is not yet finished, but information from the Audit Office indicate constant leaks of data and low adequacy to the General Act on Data Protection (CONVERGÊNCIA DIGITAL, 2021.b). In another case, a public service concessionaire that operates the Line 4 of the Subway in the town of São Paulo was sentenced in a class action for violation of basic rights of consumers on sensitive data protection. The enterprise, vested by public powers in the condition of concessionaire, installed a digital platform that collected, used and stored personal data of the subway users without their previous consent (CONJUR, 2021). 

According to the decision, the concessionaire had the burden to prove that the system does not store personal data of users, neither realizes facial recognition or records the images. Moreover, the concessionaire, vested by public authorization for the purpose of providing subway services, had the burded to prove the destination of the data collected. However, none of these happened in the case (BRAZIL, 2021.o). 

2.3. Artificial intelligence “black boxes” There are several challenges to assure that artificial intelligence development will comply with the rule of law in contemporary jurisdictions. Artificial intelligence rises several concerns. 

One of them that we should consider here relating to fundamental rights are the so-called “black boxes”. 

This idea essentially means that algorithms cannot offer a detailed justification on how a certain result/decision was reached. In other words, it is nos possible to understand how an artificial intelligence system assesses and ponders data and information. That’s why it is said they are “black boxes”, because data and results can be understood by human beings, but the link between them are undecifrable. 

As a result, humans cannot understand the process followed to reach a certain decision. This happens even when the inventor of the system is willing to disclose the source code (CORVALÁN, 2018, p. 306). This is a real legal problem because when fundamental rights and rule of law are concerned, it is essential to understand and validate the “intermediate results”. This means that reasoning structures must be clear and understandable by the human mind. As such, an artificial intelligence structure designed to deal with legal norms must be capable of explaining in human readable language, step by step, the reasoning operations and corresponding legal justifications that were used from the very beginning to the very end of the process (“traceability”) (CORVALÁN, 2018, p. 311). 

2.4. Right to appeal In many democratic jurisdictions the right to appeal is a right of every citizen in judicial and administrative procedures. Although in Brazil there is no explicit fundamental right to appeal it is uncontroversially accepted by interpretation from constitutional provisions. This is also true for administrative proceedings. Many acts that provide on Administrative Procedural Law entrench the right to a second decision on the same issue. 

One of the most important is the General Law of Federal Administrative Procedure (BRAZIL, 2021.p), whose article 2nd, X, provides that in contentious proceedings or in those from which sanctions can exsurge the right to appeal is guaranteed. The issue here is that the basis of the right to appeal is the right to a second decision from other people than the one or ones who enacted the first decision. 

This is a way of freeing the second decision of the bias from those who issued the previous one. In a digital system used to issue decisions on sensitive matters this is quite difficult, even impossible. For that reason, governments that aim to adopt systems designed to issue decisions on administrative proceedings should guarantee the right to appeal to another administrative body. But how to do that when the “judge” is a computational system? In the lack of a better digital solution, the key to solve this puzzle probably maybe to allow a second decision issued by a a body formed by human beings.   

2.5. Weakening of public unions and public service One important feature of democracy that will be toughly impacted by the deep adoption of e-government tools is the predictable weakening of public service. It is widely accepted that structured public service and public careers based on merit and professional skills led to the professionalization of public services and that this is a safeguard of rule of law and ultimately of democracy. 

This is a fundamental tool to secure that long-term policies will be enforced in spite of the government of the moment. In Brazil, this conception was constitutionalized specially in articles 37 to 42, that provide thoroughly on public services and public servants. Many of these provisions guarantee that public service will be structured in careers and that public officers are vested with guarantees that secure the adequate development of their duties. 

As it has been demonstrated, digital public services are a means of facilitating the access to public services and data collection that allows the design of better policies. But, it must be added as a reason for concern that this digitization movement should not be allowed to weaken public services as if government were a machine that has no moral and legal compromises as its fondaments. 

Thus, the digitization of public services must be accompanied by a strengthening of career public officers and actual participation in the decisory and strategic spheres, as well as the increment in the participation of the citizenry on public decisions. 

Conclusion  

This paper has departed from the assumption that the empowerment of courts in judicial review of legislation processes have driven constitutional scholarship in Brazil and in many other jurisdicitons away from Public Administration matters and from Administrative Law. 

This paper is a reminder that the public administration is a major enforcer of fundamental rights and that its functioning rises several constitutional issues. In this path, it focuses specially on digital tools that have been increasingly used by Public Administration in order to perform its constitutional goals and on constitutional concerns that those tools may evoke. Digital government initiatives can enhance equality of decisions and efficiency in providing public services, involving automation of procedures and decisions aiming to achieve better government and better public services. 

The main argument is that technology will remove humans (with all their biases and limitations) from some governmental operations (BASU, 2004, p. 110). On the other hand, digital government initiatives rise concerns on the enhancement of the rule of law. Then, digital systems must contain built-in design features that incarnate rule of law values in order to allow, for instance, a decision-making algorithm to output a decision and also a human-readable explanation to the decision (ZALNIERIUTE; MOSES; WILLIAMS, 2021, p. 11), as well as guarantee privacy. 

On top of  that, there is the dramatic reality of digital illiteracy, detected not only in the developing but also in the developed world. In order to add its contribution on issues that e-government initiatives may rise, this paper has brought up a set of constitutional themes that can be impacted by the unfettered adoption of digital government tools, such as the right to privacy, the right to a due process and adequate access to public services by people who are digitally excluded.   


 References BAKAN, Joel. The New Corporation. How “Good” Corporations are Bad for Democracy. Vintage Books, 2020, New York. BASU, Subhajit. E-Government and Developing Countries: An Overview. International Review of Law Computers & Technology, v. 18, n. 1, p. 109–132, March 2004. BRAZIL. Governo Digital. Available at Página Inicial — Português (Brasil) (www.gov.br). Access on May 20, 2021.a. 

BRAZIL. Governo Digital. Linha de crédito de US$ 1 bilhão do BID apoiará estados e municípios na digitalização de serviços públicos. Available at Linha de crédito de US$ 1 bilhão do BID apoiará estados e municípios na digitalização de serviços públicos — Português (Brasil) (www.gov.br). Access on June 3, 2021.b.

 BRAZIL. Lei 14.129/2021. Available at http://www.planalto.gov.br/ccivil_03/_ato2019-2022/2021/lei/L14129.htm. Access on May 11 2021.c. BRAZIL. Decreto 10.332/2020. Available at http://www.planalto.gov.br/CCIVIL_03/_Ato2019-2022/2020/Decreto/D10332.htm. Access on May 11 2021.d. BRAZIL. Decreto 9.319/2018. Available at http://www.planalto.gov.br/ccivil_03/_ato2015-2018/2018/decreto/D9319.htm. Access on May 11 2021.e. BRAZIL. Centro Regional de Estudos para o Desenvolvimento da Sociedade da Informação.  Available at https://www.cetic.br/pt/sobre/. Access on May 16, 2021.f. BRAZIL. Centro Regional de Estudos para o Desenvolvimento da Sociedade da Informação. Tic domicílios 2019. Available at https://www.cetic.br/pt/tics/domicilios/2019/domicilios/A4/. Access on May 16, 2021.g. 

BRAZIL. Supremo Tribunal Federal. Ação Direta de Inconstitucionalidade (Med. Liminar) n. 6649. Requerente: Conselho Federal da Ordem dos Advogados do Brasil. Requerido: Presidente da República. Rel. Min. Gilmar Mendes, 2021.h.

 BRAZIL. Decreto n. 10.046/2019. Available at http://www.planalto.gov.br/ccivil_03/_ato2019-2022/2019/decreto/D10046.htm. Access on May 30, 2021.i. 

BRAZIL. Supremo Tribunal Federal. OAB questiona decreto presidencial sobre compartilhamento de dados dos cidadãos. Available at https://portal.stf.jus.br/noticias/verNoticiaDetalhe.asp?idConteudo=459125&ori=1. Access on May 25, 2021.j.

BRAZIL. Supremo Tribunal Federal. Ação Direta de Inconstitucionalidade (Med. Liminar) n. 6387. Requerente: Conselho Federal da Ordem dos Advogados do Brasil. Requerido: Presidente da República. Available  at http://www.stf.jus.br/portal/peticaoInicial/verPeticaoInicial.asp?base=ADI&documento=&s1=6387&numProcesso=6387. Access on June 9, 2021.k.

 BRAZIL. Medida Provisória n. 954. Available at http://www.planalto.gov.br/CCIVIL_03/_Ato2019-2022/2020/Mpv/mpv954.htm. Access on May 15, 2021.l. BRAZIL. Constituição da República Federativa do Brasil. Available at http://www.planalto.gov.br/ccivil_03/constituicao/constituicao.htm. Access on May 15, 2021.m. BRAZIL. Lei n. 13.709/2018. Available at http://www.planalto.gov.br/ccivil_03/_ato2015-2018/2018/Lei/L13709.htm. Access on May 14, 2021.n. BRAZIL. Tribunal de Justiça do Estado de São Paulo. Comarca de São Paulo. Foro Central Cível. 37.ª Vara Cível. Ação Civil Pública n. 1090663-42.2018.8.26.0100. Autor: Idec - Instituto Brasileiro de Defesa do Consumidor. Réu: Concessionaria da Linha 4 do Metro de Sao Paulo S.a. (Via Quatro).  Available at viaquatro-indenizar-implantar-sistema.pdf (conjur.com.br). Access on June 1, 2021.o. BRAZIL. Lei n. 9.784/1998. Available at https://www.planalto.gov.br/ccivil_03/LEIS/L9784.htm. Access on May 8, 2021.p. BRISSON-BOIVIN, Kara; McALEESE, Samantha. How digital literacy can help close the digital divide. Policy Options Politiques. Available at https://policyoptions.irpp.org/magazines/april-2021/how-digital-literacy-can-help-close-the-digital-divide/. Access on May 3rd, 2021. 

CONVERGÊNCIA DIGITAL. ANPD: É imperativo conciliar transformação digital com proteção de dados no Governo. Available at https://www.convergenciadigital.com.br/cgi/cgilua.exe/sys/start.htm?UserActiveTemplate=site&UserActiveTemplate=mobile&infoid=56786&sid=9. Access on May 30, 2021.

CONVERGÊNCIA DIGITAL. TCU adverte para constantes vazamentos no governo e à baixa adequação à LGPD. Available at https://www.convergenciadigital.com.br/cgi/cgilua.exe/sys/start.htm?UserActiveTemplate=site&UserActiveTemplate=mobile&infoid=56783&sid=9. Access on May 28, 2021.b.


CONJUR. ViaQuatro deve indenizar por implantar sistema de detecção facial nas estações. Available at https://www.conjur.com.br/2021-mai-10/viaquatro-indenizar-implantar-sistema-deteccao-facial. Access on May 29, 2021.

 CORVALÁN, Juan Gustavo. Inteligência Artificial: retos, desafios y oportunidades – Prometea: la primera inteligência artificial de Latinoamérica al servicio de la Justicia. Revista de Investigações Constitucionais, Curitiba, vol. 5, n. 1, p. 295-316, jan./abr. 2018. COUSO, Javier A.; HUNEEUS, Alexandra; SIEDER, Rachel. Cultures of Legality. Judicialization and Political Activism in Latin America. Cambridge University Press, 2010, NY. CREEEMERS, Rogier. China's Social Credit System: An Evolving Practice of Control, May 9, 2018. Available at SSRN: https://ssrn.com/abstract=3175792 or http://dx.doi.org/10.2139/ssrn.3175792. Access on May 27, 2021. 

EUROPEAN UNION. Digital inclusion for a better EU society. Available at Digital inclusion | Shaping Europe’s digital future (europa.eu). Access on June 1, 2021.

 FREITAS, Juarez. Políticas Públicas, Avaliação de Impactos e o Direito Fundamental à Boa Administração. Seqüência (Florianópolis), n. 70, p. 115-133, jun. 2015.   HILBINK, Lisa. Beyond manycheanism: assessing the New Constitutionalism, Maryland Law Review, Baltimore,  v. 65, issue 1, p. 15-31, 2006. 

INDIA. About Digital India. Available at Digitalindia | Digital India Programme | Ministry of Electronics & Information Technology(MeitY) Government of India. Access on June 7 2021.

 KAPISZEWSKI, Diana; SILVERSTEIN, Gordon; KAGAN, Robert A. Consequential Courts. Judicial Roles in Global Perspective. New York: Cambridge University Press, 2013. 

MEYER, Carl. StatCan expects in-person visits for 2021 census only in ‘rare circumstances’. Canada’s National Observer. Available at https://www.nationalobserver.com/2021/04/05/news/statistics-canada-expects-person-visits-2021-census-rare-circumstances. Access on June 8 2021.

 PORTUGAL. Statistics Portugal. Sociedade da Informação e do Conhecimento - Inquérito à Utilização de Tecnologias da Informação e da Comunicação nas Famílias. Available at https://www.ine.pt/xportal/xmain?xpid=INE&xpgid=ine_destaques&DESTAQUESdest_boui=415621509&DESTAQUESmodo=2&utm_content=40&utm_term=4.0+-+Uma+carta+do+seculo+XXI&utm_campaign=58&utm_source=e-goi&utm_medium=email. Access on May 15, 2021. 

RUSSIA. E-Government in Russia. Available at https://digital.gov.ru/en/activity/statistic/rating/elektronnoe-pravitelstvo-v-rf/. Access on May 30, 202

RANCHORDAS, Sofia. Automation of Public Services and Digital Exclusion. http://www.iconnectblog.com/2020/03/automation-of-public-services-and-digital-exclusion/. Access April 27 2021.

 SOUTH AFRICA. E-services. Available at https://www.eservices.gov.za/tonkana/home.jsf. Access on May 16, 2021. 

THE ECONOMIST. The Inclusive Internet Index. Available at https://theinclusiveinternet.eiu.com/explore/countries/BR/. Access on May 15, 2021.

THE PEOPLE’S REPUBLIC OF CHINA. China to deepen administrative reform. Available at http://english.www.gov.cn/policies/latestreleases/202104/15/content_WS607805d1c6d0df57f98d7dfe.html. Access on May 15, 2021.

 TWIZEYIMANAA, Jean Damascene; ANDRESSONA, Annika. The public value of E-Government – A literature review. Government Information Quarterly, v. 36, p. 167–178, 2019. UNESCO. Policy Brief. Digital Literacy in Education. Available at https://iite.unesco.org/files/policy_briefs/pdf/en/digital_literacy.pdf. Access on May 3rd, 2021. UNITED STATES. Department of Commerce. Five Digital Inclusion Trends in the United States. Available at https://www.ntia.doc.gov/blog/2018/five-digital-inclusion-trends-united-states. Access on May 29, 2021. ZALNIERIUTE, M.; MOSES, L. Bennett; WILLIAMS, G. Rule of Law by Design? Tulane Law Review, v. 95 (3), 2021, forthcoming. Available at http://www6.austlii.edu.au/cgi-bin/viewdoc/au/journals/UNSWLRS//2021/31.html. Access on April 26, 2021.  


 

[*] Faculdade Boa Viagem (Recife/PE, Brasil). Doutor (Universidade Federal de Pernambuco, Recife/PE, Brasil). Mestre (Universidade Federal de Pernambuco, Recife/PE, Brasil). Visiting Researcher University of California, Berkeley (California, EUA), com bolsa CAPES. Estágio Pós-Doutoral Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, França (2017). Estágio Pós-Doutoral University of British Columbia, Canadá (2019). Procurador Federal. Instrutor de Direito Constitucional e Direito Processual Civil da Escola da AGU. Membro do Grupo REC de Estudos Constitucionais. Membro da Associação Norte e Nordeste de Professores de Processo-ANNEP.   

accéder à l'article  
« Francophonie plurielle »  par Haydée SILVA, de l’Université Nationale Autonome du Mexique

« Francophonie plurielle » par Haydée SILVA, de l’Université Nationale Autonome du Mexique

« Il me semble essentiel de penser les francophonies au pluriel. Sur un même territoire, les réalités francophones divergent : à l’échelle de la planète, il y a des francophonies multiples qu’il convient non pas de standardiser ou de réduire, mais de mettre en lien. » / Entretien avec Haydée Silva , responsable du département de didactique de la langue et de la littérature de la Faculté de Philosophie et Lettres de l’Université Nationale Autonome du Mexique / Interview / le 24 mai 2024.

« Il me semble essentiel de penser les francophonies au pluriel. Sur un même territoire, les réalités francophones divergent : à l’échelle de la planète, il y a des francophonies multiples qu’il convient non pas de standardiser ou de réduire, mais de mettre en lien. » / Entretien avec Haydée SILVA, responsable du département de didactique de la langue et de la littérature de la Faculté de Philosophie et Lettres de l’Université Nationale Autonome du Mexique

Propos recueillis par Jean Claude MAIRAL,  coprésident de I-Dialogos

I-Dialogos : Votre conférence, mercredi 15 mai à l’Université des Antilles en Martinique, dans le cadre du colloque de la Francophonie des Amériques, a été brillante et très intéressante. Je dirais même décoiffante. Des propos postifs qui font du bien, expression de la vitalité des francophonies et de la confiance dans leur dynamisme. Des propos qui tranchent avec le pessimisme et le manque d’intérêt envers la Francophonie que l’on ressent en France. Qu’est-ce qui pousse une universitaire mexicaine à se passionner ainsi pour la francophonie, dans un espace hispanophone ?

 Haydée Silva : Comme Obélix, je suis tombée dedans quand j’étais petite ! J’ai vécu en France quand j’étais enfant et j’y ai acquis non seulement la maîtrise mais aussi l’amour d’une langue qui m’était auparavant totalement étrangère. Plus tard, j’ai trouvé dans la pratique de la langue française et dans l’étude de ses expressions littéraires un espace de réflexion et de proposition, qui me permet de sortir du binarisme espagnol-anglais pour passer à une vision plurilingue et pluriculturelle. Pour moi, aujourd’hui, la langue française est un formidable outil de découverte du monde que je partage avec mes étudiants, et qui nous invite à lire aussi bien Christine de Pisan que Joséphine Bacon, François Villon que Danny Laferrière, Honoré de Balzac que Kim Thúy, pour n’en citer que quelques-uns. Puis, à partir de cette ouverture sur le monde, cela permet de retourner le regard sur nous-mêmes pour remettre en cause, ou plutôt en mouvement, les fondements de nos propres identités plurielles. 

                

I-Dialogos : Composées de plus de 30 millions de francophones et de francophiles, les francophonies des Amériques se caractérisent par de multiples traits historiques, culturels et sociolinguistiques singuliers. Dans vos propos, vous nous avez fait voyager des terres innues à l’Argentine, en passant par la Louisiane et le Mexique. Comment la Francophonie relie-t-elle des pays, des territoires et des cultures aussi divers?   

Haydée Silva : La présence d’acteurs et d’actrices de langue française est historiquement importante sur le continent. Mais ce n’est pas une question appartenant au passé : aujourd’hui encore, dans les domaines culturel, scientifique, économique, politique, associatif et tant d’autres, la francophonie est vivante et vivace partout dans les Amériques. Le travail autour de la poésie innue contemporaine, par exemple, se développe au Mexique et en Argentine. Et il suscite des projets visant à rendre visibles aussi les autres voix autochtones sur le continent. La langue française, prise non pas comme imposition coloniale mais comme clef d’ouverture vers autrui, est à même de nous aider à sortir des sentiers battus pour construire nos propres chemins, en association avec les autres langues en présence. 

I-Dialogos : Dans vos propos mercredi dernier vous avez parlé de vos étudiants. Pourquoi s’intéressent-ils à la littérature française, à la littérature francophone? Pourquoi un tel intérêt de la part d’étudiants vivant dans un espace hispanophone? Comment voient-ils la francophonie et ses liens avec la France et les autres territoires et espaces francophones sur la planète? 

Haydée Silva : C’est une histoire humaine, c’est une histoire de rencontres. Le plus souvent, c’est un amour de la langue française transmis par un professeur, par un film, par un roman… qui ont su toucher des fibres intimes. Et, comme je le dis toujours en riant, les langues ne sont pas jalouses et on ne leur doit pas la monogamie. Très souvent, ce sont des étudiants qui s’intéressent aussi à d’autres expressions culturelles en anglais, en portugais, en italien, en allemand… Le français devient, comme je l’ai dit, une clef : pour découvrir le monde, mais aussi pour l’interpréter et l’apprécier autrement. C’est ainsi que les étudiants s’intéressent à Émile Zola, à Colette, à Charles Baudelaire, à Michèle Audin, à Yves Bonnefoy, à René Char, mais aussi à Emmelie Prophète, à Gary Victor, à Jean-Luc Raharimanana, à Frieda Ekotto, autant d’auteurs qui transforment notre regard sur le monde. La liste des auteurs que je cite n’est pas choisie au hasard : ce sont des auteurs que mes étudiants sont en train d’explorer en ce moment dans leurs recherches de fin d’études. 

I-Dialogos : Alain Mabanckou écrit : « La littérature francophone est un grand ensemble dont les tentacules enlacent plusieurs continents... La littérature française, elle, nous l’oublions trop, est une littérature nationale. C’est à elle d’entrer dans ce grand ensemble francophone. » Ces propos sont un véritable changement de paradigme, alors que pendant longtemps, la littérature française apparaissait un peu comme le phare de la Francophonie.   

Haydée Silva : Tout à fait. Mais cela est en train de changer. Pour nous – je pense ici à mes étudiants, à mes collègues, à moi-même –, depuis le Mexique, faire en sorte que la littérature française descende de son piédestal n’équivaut nullement à la piétiner, mais à lui permettre de se mêler et s’entremêler à toutes les autres voix francophones. Tout comme Chahdortt Djavann peut donner envie de relire Montesquieu ou comme lire Mohamed Mbougar Sarr peut ouvrir un horizon nouveau à la lecture de Roberto Bolaño.

I-Dialogos : On peut aussi citer Tahar Ben Jelloun pour qui « La francophonie est une maison pas comme les autres, il y a plus de locataires que de propriétaires », qui par ses propos, exprime une conception universaliste de la Francophonie et pas seulement inféodée à la France. 

Haydée Silva : C’est une citation que j’ai évoquée dans ma présentation et j’en partage le point de vue. Emiliano Zapata, révolutionnaire mexicain, disait « La terre appartient à ceux qui la travaillent. » Pour moi, la langue appartient à ceux qui la parlent, qui la font vivre, qui la font vibrer, et non à une quelconque institution ou à une quelconque nation. Et il est légitime de s’en prévaloir quand non seulement on la parle mais on l’aime, on la défend, on la promeut. Il vaut mieux que la langue française ait des locataires qui en prennent soin avec affection, qui la cultivent, l’enrichissent, la propagent, plutôt que des propriétaires qui ne s’y intéressent pas ou qui la mettent sous cloche au prétexte qu’elle pourrait prendre froid. 

I-Dialogos : On peut également faire le rapprochement avec cette réflexion de l’écrivain et journaliste mauritanien M’Bareck Ould Beyrouk, pour qui : « Le français n’est pas la langue de la colonisation. Les colonisateurs n’avaient pas de langue, ils avaient des fusils... et une administration. Le français est un butin que nous avons razzié, et j’ai dressé autour de ce butin une tente où j’abrite mon imaginaire. » 

Haydée Silva : La langue est un outil, certes, mais il est indissociable de son histoire. Et cette histoire, c’est à nous de la transformer. La belle langue française a servi des projets peu reluisants, mais elle ne porte pas en elle ce type d’intentions. Là où elle représente au Mexique la langue de l’envahisseur, elle représente aussi la langue des Lumières qui a inspiré d’indépendance. Au Mexique, c’est l’espagnol qui nous a été imposé : les textes en français circulaient sous le manteau pour diffuser des idées de liberté… 

I-Dialogos : Selon les espaces géographiques et les cultures, les spiritualités et l’Histoire propre à chacun d’eux, on a une vision et une conception de la francophonie et de la langue française, différentes, selon que l’on se trouve en Afrique de l’Ouest victime de la colonisation française, au Moyen Orient, en Asie, en Europe ou aux Amériques.  

Haydée Silva : Certainement, et c’est bien ainsi. C’est pour cette raison qu’il me semble essentiel de penser les francophonies au pluriel. Sur un même territoire, les réalités francophones divergent : à l’échelle de la planète, il y a des francophonies multiples qu’il convient non pas de standardiser ou de réduire, mais de mettre en lien. 

source wikipedia

-Dialogos : Pour vous, si j’ai bien compris vos propos, la francophonie est une autre voie pour accéder au Monde, tout en citant Gilles Vigneault pour qui « La francophonie, c’est un vaste pays, sans frontières. C’est celui de la langue française. C’est le pays de l’intérieur. C’est le pays invisible, spirituel, mental, moral qui est en chacun de vous. »  

Haydée Silva : Oui. Mais nous ne portons pas un seul pays, mais des continents entiers dans notre for intérieur. Une géographie plurielle à laquelle la langue française apporte sa part de richesse. 

I-Dialogos : Lors de l’inauguration de la Cité internationale de la langue française à Villers-Cotterêts, le président de la République française, Emmanuel Macron, a notamment déclaré : « Un Français peut parfaitement se réclamer de plusieurs appartenances linguistiques. Chacun a le droit de connaître, parler et transmettre sa ou ses langues, et c’est un droit non négociable. Toutes les langues sont égales du point de vue de la dignité. C’est pourquoi je veux que nos langues régionales soient encore mieux enseignées et préservées, qu’elles trouvent leur place dans l’espace public, en un juste équilibre entre leur rôle d’ancrage de langue régionale et le rôle essentiel de cohésion de la langue nationale. » «Chez tout être humain, écrit Amin Maalouf, existe ce besoin d’une langue identitaire. Chacun de nous a besoin de ce lien puissant et rassurant. Mais il faut entendre dans ce mot d’identité, surtout chez vous, non pas une identité contre, une identité meurtrière, mais une identité avec, qui ajoute, qui grandit, qui multiplie. Et là est précisément la force du français. Nous avons besoin de toutes ces langues, et d’une langue qui soit la même de Lille à Nouméa, de Marseille à Pointe-à-Pitre, pour nous sentir appartenir à la même entité nationale en nos différences. » Il s’adressait aux Français, mais ces propos pouvaient pleinement correspondre à beaucoup d’autres pays. 

Haydée Silva : Ce que dit le président Emmanuel Macron à propos des langues dites régionales applique aussi pour les langues des peuples originaires. Défendre une vision plurilingue et pluriculturelle revient à défendre le droit à exister et à co-exister de toutes les langues et de toutes les cultures. Je suis étonnée de cette citation d’Amin Maalouf, auteur que j’admire et dont j’ai lu presque tous les textes. Il faudrait sans doute la mettre dans son contexte, car je ne pense pas que Maalouf milite en faveur d’une langue qui doive être la même partout et qui doive fonder une appartenance nationale. Même à l’intérieur d’un même pays, voire d’une même ville ou d’un même quartier, la langue change, et c’est tant mieux. La langue a toujours été instable, elle a toujours été mue par des forces visibles et invisibles qui aboutissent à des modifications ponctuelles ou à des transformations profondes. La langue est vivante. Et elle peut nous aider à créer un sentiment d’appartenance, non pas nationale pour nous cloîtrer, mais planétaire, pour nous unir. 

I-Dialogos : Le réseau international des maisons des francophonies, dont est membre la Francophonie des Amériques, parle des francophonies et pas seulement de Francophonie, car pour lui, dans les pays et les territoires francophones et francophiles, d’autres langues existent notamment le créole, pour parler des Caraïbes et de la Réunion dans l’Océan Indien. Ne doit-on pas penser la Francophonie et le rayonnement de la langue française, non de manière dominante, mais comme le lien entre populations, tout en respectant et valorisant les différentes langues présentes dans les territoires, y compris en France? 

Haydée Silva : Bien entendu. C’est pourquoi dans mon intervention j’avais choisi d’insister sur l’importance de parier sur le pluriel. La langue française, par sa proximité avec le créole ou le cajun, peut donner aux xphones (hispanophones, anglophones et ainsi de suite) de découvrir la création en ces langues longtemps minorées. La langue française permet ainsi de relier au monde ce qui a longtemps été considéré comme appartenant à la périphérie. Et le dialogue entre « périphéries » – notez bien les guillemets ! – peut s’établir grâce aux passerelles tendues par des langues mieux établies en tant que langues internationales. 

I-Dialogos : Que pensez-vous des propos de Yves Bigot, président de la fondation des Alliances françaises qui écrit, dans un hors-série de L’Eléphant, « La France est le seul pays qui ne s’intéresse pas à la francophonie », ce qui fait que les Français « ne mesurent pas combien la Francophonie et la langue française sont notre force. » Pour lui, et nous y adhérons complètement, « La conscience de la force de la francophonie est notre avenir. » Et il ajoute : « Pour la nouvelle génération, la Francophonie représente un avenir culturel et géopolitique, et un futur économique crucial. » Comment faire que les citoyens, les collectivités, les associations et les entreprises françaises s’emparent et fassent leur la Francophonie?  

Haydée Silva : C’est en partie vrai et en partie injuste. Il y a beaucoup de Français qui sont ouverts à la pluralité francophone et qui y contribuent. Mais les politiques linguistiques ne suivent pas toujours. Les coupes budgétaires ont conduit le gouvernement français à réduire le soutien qu’ils apportaient autrefois à des acteurs locaux dans les pays où sa diplomatie est présente. Je regrette par exemple que la bibliothèque pédagogique Paul Rivet ait été démantelée au Mexique. Mais beaucoup de représentants diplomatiques font de leur mieux, avec les moyens à leur disposition, pour nourrir le terreau francophone. Je ne suis pas entièrement optimiste, pas plus que foncièrement pessimiste. 

La récente réintroduction du français dans le système scolaire public mexicain de plusieurs États de notre république fédérale est, par exemple, un rayon de soleil. Reste à savoir si ce projet ambitieux survivra malgré les va-et-vient politiques et les contraintes budgétaires. Faire vivre les francophonies locales requiert de l’implication active de tous ses acteurs. Récemment, les anciens étudiants mexicains qui ont suivi leur cursus en France ont créé une association d’alumni dans le but de soutenir d’autres jeunes étudiants. Je salue ce type d’initiatives. 

Dans des pays comme le Mexique, où l’absence de politiques linguistiques explicites est flagrante à plusieurs niveaux, il faut s’engager dans le but de faire reconnaître l’importance du plurilinguisme, dont la francophonie fait partie. C’est un travail parfois décourageant, parfois enthousiasmant. Heureusement, nous sommes encore nombreux à le prendre à cœur. 

I-Dialogos : La francophonie n’a-t-elle pas trop souvent été confondue avec l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), organisation institutionnelle? En octobre prochain va se dérouler en France le Sommet de la Francophonie. Qu’attendez-vous de ce sommet? 

Haydée Silva : Au Mexique, en dehors des cercles spécialisés, on connaît peu l’OIF, même si le Mexique en est membre observateur. L’avantage, c’est qu’il est difficile de confondre francophonie et OIF quand on ne connaît pas cette dernière… Plus sérieusement, sachant que le Sommet de Villers-Cotterêts représente la dix-neuvième édition d’une rencontre qui lors des précédentes sessions n’a pas changé grand-chose au niveau local, je n’en attends pas des miracles. Espérons que ce sommet sera l’occasion de prendre acte de la vitalité des francophonies et de l’importance d’impliquer tous ses acteurs. 

Mieux encore, que seront alloués les moyens politiques et financiers de mettre en œuvre des projets qui fédèrent de manière pertinente et utile les francophonies à travers le monde. Cela permettrait de consolider les différents domaines dont j’ai déjà parlé : non seulement l’économie ou la politique, mais aussi la culture, la science, le réseau associatif, etc. Mais ce sont là des enjeux qui vont au-delà d’une réunion ponctuelle. 

I-Dialogos : Pour conclure, quel message laisseriez-vous aux membres de I-Dialogos et à nos lecteurs et lectrices concernant l’avenir de la Francophonie ? 

Haydée Silva : L’avenir de la Francophonie est en train de s’écrire aujourd’hui. Par notre action – voire par l’absence d’action –, nous y contribuons déjà. Participons de manière à la fois raisonnée et passionnée, réaliste et optimiste, à un monde où les différentes xphonies, dont les francophonies, sauront contribuer à un monde plus juste, plus pacifique et plus humain, dans le meilleur sens du terme.
Le 24 mai 2024

accéder à l'article  
L'identité vue d'Italie. in « LAB Politiche e Culture », le nouveau magazine   de la Mare nostrum

L'identité vue d'Italie. in « LAB Politiche e Culture », le nouveau magazine de la Mare nostrum

'LAB Politiche e Culture' est un nouveau magazine créé à Bologne, en Italie, en ce début d'année 2024, par le professeur Giuseppe GILIBERTI. Il alternera articles, interviews et videos. Le comité éditorial international (à Bologne, Naples, Rome, Tunis, Montreuil, Vichy, …) traitera aussi bien des politiques de développement local que de l'environnement, de la communication, des relations interculturelles, des politiques étrangères, dans une optique géopolitique autour de la Méditerranée. Une approche spécifique à l’Italie et aux pays du voisinage. /I-Dialogos participe à cette initiative. / actualisé le 16 février 2024

 Lire  => L'identité vue d'Italie

Lire aussi => Giuseppe GILIBERTI

'LAB Politiche e Culture' est un magazine électronique italien qui vient d'être lancé à Bologne ce 18 janvier 2024. I-Dialogos a accepté de s'associer à cette initiative qui rejoint les objecifs de notre Think Tank. Nous en remercions les fondateurs et notamment le professeur Giuseppe Giliberti et son équipe. PH

Le magazine alternera articles, courtes interviews et videos. L'équipe éditoriale est composée d'universitaires et d'étudiants de différentes villes (Bologne, Naples, Rome, Tunis, Montreuil, Vichy…), certains très jeunes et d'autres beaucoup moins. Le magazine s'adresse à tous ceux qui public souhaitent pouvoir débattre en faisant le choix de l’optimisme de la volonté. 

C’est pour cette raison que l'équipe fondatrice a choisi d'engager un  dialogue entre intellectuels, militants et hommes politiques de différents pays. Nous aborderons un large éventail de sujets, des politiques de développement local à celles de l'environnement, en passant par la communication et les relations interculturelles. Un thème récurrent sera la nécessité de construire une politique étrangère pour la gauche, ce qui signifie en particulier pour l'Italie d'aborder le sujet de la Méditerranée, d'un point de vue géopolitique, culturel et environnemental. La « mare nostrum » qui tantôt nous unit et tantôt nous divise sera donc l'un des fils conducteurs du magazine, auquel nous consacrerons une chronique régulière. 

Giuseppe GILIBERTI, co fondateur.

 Le magazine => https://www.labpolitiche.it

“Siamo noi, siamo in tanti / Ci nascondiamo di notte / Per paura degli automobilisti, dei linotipisti / Siamo i gatti neri, siamo pessimisti / Siamo i cattivi pensieri / E non abbiamo da mangiare / Com’è profondo il mare / Com’è profondo il mare”.

È una canzone di Lucio Dalla del 1977, che condensa la storia dell’umanità in una quarantina di versi bellissimi ma sconvolgenti. Siamo alla fine del “dramma collettivo di questo mondo”. Il modello di sviluppo a cui siamo abituati, basato sulla violenza e lo sfruttamento, ci sta trascinando verso una catastrofe che distruggerà sia noi che l’ambiente in cui viviamo. 

Anche il mare, il luogo dove è nata la vita, si riempie di plastica e di morti. Certo, le masse intuiscono quello che sta succedendo, e sono animate da un dissenso profondo, che non riescono ad esprimere. 

L’abisso ha un suo fascino inesorabile, che ci paralizza. Esiste di certo anche un pensiero critico, diffuso e inafferrabile come l’oceano. Ci sono, insomma, i gatti neri, che stanno acquisendo consapevolezza del dramma che accade sotto i loro occhi. Siamo noi cittadini consapevoli, che avvisiamo, disturbiamo, protestiamo, cerchiamo alternative. Siamo tanti, ma il numero non basta, perché è come se una gigantesca potenza (Dio, la storia, il progresso) stesse cercando di dividerci, di farci del male, di farci annegare…

Sarà forse ingenuo obiettare alle visioni surrealiste e apocalittiche di Lucio Dalla che il finale della storia è ancora da scrivere, e quindi l’impegno politico e sociale resta decisivo. Ma siamo fatti così, con sette vite come i gatti. E siamo davvero tanti, democratici e progressisti.‘LAB Politiche e Culture’ è un e-magazine multimediale, che alterna articoli, brevi interviste (a cura di un gruppo di studentesse del Corso di Giornalismo dell’Università di Parma), filmati. La redazione è composta da studiosi e studenti di città diverse (Bologna, Napoli, Roma, Tunisi, Montreuil…), alcuni molto giovani e altri assai meno. Il pubblico cui ci rivolgiamo è tutta gente che ha tanta voglia di discutere e una certa dose di ottimismo della volontà. Per questo, promuoveremo dialoghi tra intellettuali, attivisti, politici di diversi paesi.

Lavoreremo in collaborazione con altri progetti e iniziative culturali, come il think tank di lingua francese I – Dialogos. Peuples et citoyens du monde (https://www.i-dialogos.com/), il progetto bolognese LAB – Dialoghi della Bolognina (https://www.facebook.com/lab.dialoghi/) e il giornale online napoletano Gente e Territorio (https://www.genteeterritorio.it/).

Ci occuperemo di  un’ampia gamma di tematiche, dalle politiche di sviluppo locale, all’ambiente, alla comunicazione, ai rapporti interculturali. Un tema ricorrente sarà l’esigenza di costruire una politica estera per la sinistra, il che significa in particolare per l’Italia (ecco che ritorna il mare) porsi il problema del Mediterraneo, dal punto di vista geo-politico, culturale e ambientale. Il grande mare che ci unisce e ci divide sarà, quindi, uno dei fili conduttori permanenti della rivista, cui dedicheremo una rubrica fissa.

LAB sarà, insomma, un progetto aperto, pensato per le tante persone – attivisti, intellettuali, cittadini consapevoli – che amano la giustizia e la libertà, di un amore non astratto e platonico, ma di una passione civile capace di trasformarsi in impegno sociale.

L'éditorial de Giuseppe Giliberti

accéder à l'article  
La démocratie africaine ne serait-elle pas à nouveau en marche ? Serge M. TOMONDJI

La démocratie africaine ne serait-elle pas à nouveau en marche ? Serge M. TOMONDJI

Pas moins de onze élections présidentielles figurent dans l’agenda politique de l’Afrique pour cette année 2024. Quatre d’entre elles se sont déjà tenues et le rendez-vous des Rwandais, le 15 juillet prochain, avec les urnes de leur pays, inaugure le cycle pour le second semestre déjà bien entamé. La danse des urnes se poursuit donc sur le continent, avec des enjeux multiples et des conséquences diverses./ L’article de Serge Mathias TOMONDJI, à Ouagadougou , dans le quotidien burkinabé LIBRE INFO de ce 13 juillet 2024.

Journaliste et éditorialiste béninois, notre ami Serge Mathias TOMONDJI est installé au Burkina Faso depuis 1993, où il a assumé différentes fonctions et responsabilités dans plusieurs organes de presse écrite et en ligne. Il a également présenté plusieurs émissions à la radio, avant de poursuivre, depuis 2017, son aventure professionnelle à la télévision, comme éditorialiste et comme animateur de débats sur des sujets variés, concernant notamment l'actualité et les mutations sociopolitiques du continent africain, ainsi que sur la culture, la société, les idées.


Pas moins de onze élections présidentielles figurent dans l’agenda politique de l’Afrique pour cette année 2024. Quatre d’entre elles se sont déjà tenues et le rendez-vous des Rwandais, le 15 juillet prochain, avec les urnes de leur pays, inaugure le cycle pour le second semestre déjà bien entamé. 

La danse des urnes se poursuit donc sur le continent, avec des enjeux multiples et des conséquences diverses. L’année 2024 poursuit sa marche inexorable et l’agenda électoral assez fourni en Afrique déroule, imperturbable, son calendrier. 

Sur les onze élections présidentielles à l’ordre du jour au titre de cette année en effet, quatre ont déjà eu lieu, au moment où le deuxième semestre est bien entamé. Les urnes ont donc à nouveau parlé sur le continent, avec des fortunes et infortunes diverses. 

Et jusque-là, les présidents sortants, candidats à leur succession, ont tous validé leurs tickets pour un second ou un troisième mandat à la tête de leurs pays à l’issue des rendez-vous électoraux de ces six premiers mois de 2024, entre contestations ici, violences là.....

Lire la suite sur =>  LIBRE INFO

-------

Lire également =>  Afrique : entre gazouillis et désirs démocratiques


accéder à l'article