
Né au Laos, dans le contexte colonial de l’Indochine française, Chansamone VORAVONG a traversé les violences et les ruptures de l’Histoire en cherchant inlassablement à concilier justice, dignité et sens de la mesure. L’avènement du régime communiste le contraint à l’exil. Installé en France, il y poursuit un engagement humaniste nourri par l’expérience de l’injustice, de l’exil et de la résistance morale. Ses études secondaires au Laos avaient été stoppées net par le coup de force japonais du 9 mars 1945. Après avoir alors suivi une formation de technicien de transmission radio-télégraphiste, il est enrôlé dans le mouvement Lao Issara, premier mouvement d'indépendance laotien après la défaite japonaise. Puis dans le contexte troublé de l'après-guerre, il recommence tardivement une scolarité secondaire après un premier exil en Thaïlande. Après le baccalauréat et les études spécialisées en France, c’est, tout naturellement au Royaume du Laos qu’il exercera, de 1958 à 1975, des responsabilités de fonctionnaire chargé successivement ou simultanément, de plusieurs directions : le service géographique national, l’imprimerie nationale, ou la Direction générale du Ministère de l’information.
Aux alentours de 1968, au plus fort de la guerre connue surtout comme guerre du Vietnam, il a fait partie de jeunes fonctionnaires engagés dans un mouvement pour soutenir la politique de neutralité du Laos, internationalement reconnue depuis 1962. Dans la perspective de la réconciliation nationale et de la réunification avec le Pathet Lao (communiste), le mouvement a tenté de servir de catalyseur pour l’unité et la cohésion des dirigeants non communistes afin qu’ils soient considérés comme des partenaires sérieux et crédibles. Par la force des choses, les membres du mouvement ont dû s'organiser ouvertement en un parti politique légalement enregistré. : « Parti Nèothang Noum », signifiant littéralement « Parti Voie de la Jeunesse », traduit en « Parti Néo-réformateur » car il visait une société laotienne réconciliée de bonne moralité, et dans un pays de bonne gouvernance. En dépit des changements radicaux de 1975, Chansamone VORAVONG avait espéré pouvoir jouer un rôle de conciliateur en qualité notamment de Président de ce parti néo-réformateur pour promouvoir la concorde et la coopération nationale, persuadé qu’aux sources mêmes de la culture laotienne, des gens de bonne volonté pouvaient trouver la force et la conviction nécessaires à un consensus national.
Chansamone Vorafong, est membre du Réseau I-Dialogos.
Propos recueillis par Pierrick Hamon
I-Dialogos : Lorsque dans le gouvernement de coalition instauré en application des protocoles d'accord de Vientiane en 1973 sur le rétablissement de la paix et la réalisation de la concorde nationale au Laos, après les accords de Paris, il fut évident que le pouvoir était entièrement aux mains du Pathet Lao, communiste. Vous auriez pu, alors, faire le choix de l’exode comme près de 10% de la population laotienne.
Mais vous avez choisi de rester, ne souhaitant ni vis à vis de vous-même, ni vis à vis de vos enfants, laisser le témoignage de celui qui fuit. Cela vous a valu, à partir d'août 1975, 6 ans de « camp de rééducation », ces fameux samana (séminaire), qui accueillirent à cette époque environ 30 000 de vos compatriotes. Libéré mais restant en résidence, somme toute surveillée, sans utilité pour la réconciliation et la reconstruction nationale, vous avez choisi de franchir, dans des conditions hasardeuses, le grand fleuve Mékong pour passer en Thaïlande et regagner la France, en tant que réfugié politique demandeur d'asile. Votre relation avec la France ne s’était, il est vrai, jamais vraiment interrompue tant votre esprit est marqué par une foi profonde en l’ouverture aux autres et au monde. Vous poursuivez alors votre engagement humaniste pour le dialogue entre les cultures et la lutte contre le racisme. Pouvez-vous nous en dire plus sur ces engagements ? quel rôle a pu jouer le bouddhisme, votre religion ou philosophie, dans ces engagements ? 
Chansamone Voravong : Mon engagement humaniste, comme vous dites, n'est pas venu de moi-même au départ. Par contre, considéré ancien prisonnier politique ayant passé six ans dans les camps de rééducation communistes, puis devenu réfugié, j'ai été assez sollicité pour parler de mes expériences et de mes réflexions, en tant que personne ayant vécu la situation de non liberté. Amnesty International m'a sollicité sur l'efficacité de leurs interventions au Laos en faveur des prisonniers politiques, sur l'amélioration à apporter à la démarche et sur les précautions à prendre pour leurs actions présentes et futures. Amnesty qui avait réclamé ma libération quand j'étais dans les camps de rééducation, m'a assez mis en avant pour intervenir sur les sujets concernant les droits de l'homme, la liberté, la démocratie, les persécutions, les discriminations, les réfugiés, les migrations...
Robert Badinter et Aung Sang Sukyi
Ainsi, en 1998, au rythme des célébrations, à Paris, du Cinquantième anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'homme, j'ai été mis avec des personnes de toutes nationalités, prix Nobel de la paix, militants et figures de la lutte pour les droits humains, pour témoigner de mon expérience dans des chaînes de télévision, et pour participer aux événements organisés par la Mission interministérielle, pilotée par Robert Badinter, et aux « Etats généraux des défenseurs des droits de l'homme », parrainés par quatre organisations non gouvernementales (ONG) dont Amnesty international. Au Parvis Droits de l'homme, place du Trocadéro où, dans la soirée, les hautes personnalités politiques venaient apposer leurs signatures dans le livre d'or, on m'a demandé de prendre la parole devant le public, tandis que le message de Mme Aung Sang Sukyi, prix Nobel de la paix , a été projeté sur un écran géant. Elle était en résidence surveillée en Birmanie.
Dix ans plus tard, coïncidant avec le 60è anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'homme, j'ai été invité à prendre la parole, dans une réunion internationale au Parlement ukrainien à l'occasion de l'établissement de l’ombudsman en Ukraine. Il est amusant de me rappeler qu'au moment où les délégués étaient invités à prendre place dans la salle de conférence, je n'avais pas de place attribuée alors que dans le programme mon intervention était bien prévue. Finalement, on m'a suggéré de m'assoir avec la délégation française, ce que le chef de cette délégation, le Médiateur de la République, a accepté de bon cœur.
Mon histoire de déporté des camps de rééducation intéressait et émouvait les gens. Ce même sentiment a fait qu'en 1997, sur présentation de Pierre Rabhi (cet agro-écologiste de la première heure), j'ai été accueilli dans l'enceinte du Parlement européen par Lord Yehudi Menuhin dans son projet de l'Assemblée des Cultures de l'Europe (ACE), en tant que citoyen français représentant la culture laotienne en Europe. 
Sources MAE français
Dans les années 1980, les réfugiés d'Indochine dont le drame était manifeste avec les « boat people », faisaient l'objet de réunions intenses en France et dans les pays occidentaux pour leur accueil et leur réinstallation. J'ai participé à la plupart de ces réunions, en tant que personne d'expérience vécue. Néanmoins, les pays de réinstallation deviennent moins intéressés et les pays de premier accueil dans le Sud-Est Asiatique ne peuvent plus supporter la charge des flux de réfugiés, surtout clandestins.
Une conférence internationale a alors été convoquée pour la résolution du problème des réfugiés d'Indochine. J'ai pu connaître la préparation de cette conférence qui devait déboucher sur l'adoption d'un Plan d'action global. Pour suivre les travaux de cette conférence et si possible y avoir une voix, les réfugiés laotiens, en particulier ceux des Etats-Unis et de France, m'ont désigné pour cette tâche. Je l'ai accepté pour des durées précises correspondant au déroulement de la conférence et au calendrier des missions et des travaux mis en place par la conférence.
L'Organisation Laotienne pour les Réfugiés et la Concorde Nationale (OLREC)
Après, on m’a demandé de créer une association plus pérenne. Ce qui fut fait à la fin de 1990 sous le nom d’Organisation Laotienne pour les Réfugiés et la Concorde Nationale (OLREC), devenue 7 ans plus tard OLEC (Organisation Laotienne des Ressources Edifiées pour la Coopération). Le premier Conseil d'administration a été constitué par 8 membres provenant de diverses associations de la diaspora laotienne. Dans la pratique, nous avons pu travailler avec le Comité de rédaction de la conférence, avec le Haut Commissariat des Nations-Unis pour les réfugiés, avec des ONG s'occupant des réfugiés. Nous avons eu des discussions avec plus de vingt ambassades concernées à Paris.
Aussi minime soit-elle, notre participation aux efforts internationaux pour la résolution du problème des réfugiés d'Indochine a contribué à donner aux réfugiés dans les camps de premier asile le choix d'aller dans un pays tiers et d'être réinstallés ou de rentrer au pays et d'y refaire leur vie sans avoir peur d'être punis.
En demandant de l'aide aux Etats-Unis pour OLREC réfugiés, j'ai été dirigé vers « National Endowment for Democracy » dont j'ai obtenu une bourse pendant trois ans pour mon projet « Initiatives démocratiques laotiennes ».
Vientiane
Le chemin d'accès à la démocratie par l'éducation civique
J'y ai proposé un chemin d'accès à la démocratie par l'éducation civique. J'ai rencontré pas mal de militants démocrates, politiques ou non, des pays de l'Europe de l'Est, y compris ceux de l'Union soviétique. Certains de ces militants ont été assassinés avant ou pendant la chute du Mur de Berlin.
A un certain moment, nous les boursiers de National Endowment for Democracy, nous avions à discuter sur l'édition d'un manuel d'enseignement à la démocratie. La Fédération américaine des Enseignants a proposé un manuel d'enseignement à la « démocratie libérale ».
J'ai suggéré qu'il peut y avoir plusieurs formes de démocratie, et celle-ci, si elle est à enseigner, ne devrait pas comporter d'adjectif. Finalement, cette publication n'a pas abouti. Il y a aussi une autre raison à cela: les Etats-Unis n'avaient plus besoin d'arguments démocratiques pour changer l'URSS. 
I-Dialogos : Quel rôle a pu jouer le bouddhisme dans ces engagements ?
Chansamone Voravong : Je suis né bouddhiste, par tradition. Mais j'ai vraiment compris les enseignements du Bouddha ici avec les Français et les Occidentaux. Ces enseignements m'ont servi déjà durant mon séjour forcé de six ans dans les camps de rééducation, pour pouvoir survivre sans être trop abimé. Sans amertume après, sans me sentir victime, sans chercher à rejeter la faute sur les autres. Bouddha nous enseigne à connaître les choses et les événements avec clarté, en réfléchissant en soi, sans préjugé ni réaction hâtive.
Bouddha enseigne à regarder et écouter avec attention, plus qu'à trop parler.
Tout ceci n'est pas une loi à laquelle on doit se soumettre, ou une idéologie qu'on doit défendre. C'est un chemin de salut suggéré (méthode pour éliminer les causes de la souffrance, en expression bouddhiste) qu'on est libre d'emprunter par un choix conscient personnel, et non par croyance ou par obéissance.
C'est la liberté d'adopter ou non ce chemin de penser et de se comporter de façon bienveillante et tolérante. Cette attitude et ce comportement par la sagesse bouddhiste m'a fait reconnaître au Conseil d'administration de « Démocraties », club de réflexion politique, présidé pendant 23 ans (de 1993 à 2016) par le Général Henri Paris.
Le Club Démocraties du Général Henri Paris
Le Général Paris, Docteur en histoire, titulaire d'un diplôme d'études approfondies en sciences politiques, ancien chef de la 2è DB - celle du Général Leclerc - a été conseiller militaire du Premier Ministre Pierre Mauroy, conseiller de deux Ministres de la Défense, Jean-Pierre Chevènement et Pierre Joxe. Le Général Paris, hélas aujourd'hui décédé, qui me considérait comme son frère, m'avait confié l'animation de la commission Asie.
Pendant plusieurs années, cette commission a proposé l'organisation des colloques au Palais du Luxembourg ou dans une salle de conférence de l'Assemblée Nationale. En dehors des sujets sur l'Asie, j'ai été à l'origine et responsable de l'organisation de deux colloques au Palais du Luxembourg: en 2012, « Où en-est la pensée occidentale ? » ; en 2014, « La fin d'un monde, pas la fin du monde ». Les titres de ces colloques sont parlants en eux-mêmes.
C'est en mars 2014 à Paris, qu'on m'a sollicité pour intervenir au 12è Forum Mondial du Développement Durable pour dire mon sentiment sur le sujet « Technologie, Economie et Société ». Cette intervention a été publiée dans la revue Passages consacrée à ce 12è Forum.
Depuis une vingtaine d'années, dans le cadre du projet « 100 témoins 100 écoles » de l'association « Paroles d'Hommes et de Femmes », je suis allé à la rencontre des élèves des Collèges et des Lycées en France, pour témoigner, en tant que aîné migrant francophone, de mon parcours de migration de mon pays d'origine à mes lieux de vie en France. Les témoins migrants viennent de pays très divers , aussi bien du Nord que du Sud.
Dans cet engagement humaniste, comme vous dites, pour le dialogue entre les cultures et la lutte contre le racisme, je pense que j'ai été utile ici en France, et très sincèrement j'ai aussi beaucoup appris, y compris sur le bouddhisme, au contact des personnes humaines de différentes générations et de différentes nationalités, expressions et pensées.
I-Dialogos : Avez-vous pu retourner au Laos ? Quel regard portez-vous sur le pays tel qu’il est aujourd’hui ? Quel est la perception des Français et réciproquement des laotiens à propos de la France ? Quelles ont été vos relations avec les mouvements d’indépendance au Cambodge, et, surtout, au Vietnam ?
Chansamone Voravong : Depuis 2015, je suis retourné au Laos trois fois. Les gens sont toujours aimables et disponibles. Il y a beaucoup de jeunes qui sont dans le commerce et qui exercent des métiers techniques et de service, ce qui est vraiment différent du Laos avant 1975. La vie n'est pas organisée comme j'ai appris dans les camps de rééducation. C'est une société devenue de consommation. Au niveau des dirigeants, l'abus de pouvoir est une normalité.
Les Français aiment bien le Laos, certains choisissent d'y vivre vraiment. Les Laotiens aimeraient bien pouvoir venir travailler en France, faire des économies et retourner vivre au Laos.
Au début de mon séjour en France, j'ai rencontré des gens ou des mouvements qui luttaient contre les nouveaux régimes vietnamien, cambodgien et laotien. A part la lutte cambodgienne personnifiée par le Prince Sihanouk, les autres étaient sans espoir. Je l'ai dit pourquoi à la résistance laotienne et leurs dignitaires d'autrefois, à partir de mon expérience dans les camps de rééducation. Quant aux mouvements de résistance vietnamiens, je les connaissais très peu.
Charles Josselin et le FORIM
I-Dialogos : Vous avez, plus tard, été élu président du FORIM, cette sorte de réseau rassemblant, en France, les « diasporas » lancé alors par Charles Josselin, le Ministre de la coopération et de la Francophonie. Quelles leçons tirez-vous de cette expérience ? Si j’ai bonne mémoire, vous y aviez milité avec des gens comme Samir Amin, pour le Co-Développement, un concept qui semble ne plus être à l’ordre du jour ? Qu’en pensez-vous ?
Chansamone Voravong : J'ai fait partie des membres fondateurs du FORIM, j'ai assisté à « l'intronisation » de celui-ci dans la Grande salle du Quai d'Orsay par le Ministre Charles Josselin.

J'ai connu plus tard celui-ci au Haut Conseil de la Coopération Internationale (HCCI) dont j'ai été membre par arrêté du Premier Ministre en tant que représentant des associations de migrants. Je pense avoir bien compris l'intention et le but de la structuration des organisations de la solidarité internationale issues de l'immigration (OSIM) en FORIM : donner aux acteurs issus de l'immigration toute leur place dans les dispositifs de coopération de la France et, constitués en FORIM, celui-ci devient un interlocuteur légitime des pouvoirs publics, et pourra fédérer encore plus largement ces volontés, ces désirs de solidarité internationale qui animent de nombreuses associations de migrants.
Quel co-développement ?
Dans son discours « d'intronisation » du FORIM, Monsieur Josselin avait estimé que cette démarche s'inscrivait harmonieusement dans la politique de co-développement mise en œuvre depuis 1998.
Dans la pratique, le FORIM dont la création était enviée par d'autres pays, notamment européens, a connu au départ des difficultés liées au co-développement. On avait compris le co-développement comme une politique de retour des migrants aux pays d'origine, et que le FORIM serait alors complice de cette politique de contrôle des flux migratoires.
Cette fausse compréhension a été rectifiée plus tard. La France, par le co-développement qui donne toute leur place aux acteurs issus de l'immigration, est devenue un modèle vertueux de coopération internationale pour le développement. Représentant ce concept français du co-développement sur le plan européen et international, la Ministre déléguée à la coopération du Gouvernement de M. de Villepin, Mme Girardin a été admirée et très sollicitée.
A cette époque, Président du FORIM, j'ai été souvent consulté. Je suis intervenu plusieurs fois en France et dans des conférences internationales sur le sujet. J'ai été présenté plusieurs fois par la France aux autres pays européens comme une réalité vivante du co-développement.
Suppression du Haut Conseil de la Coopération Internationale
Pendant la campagne présidentielle de 2007, tous les candidats voulaient se présenter comme des champions du co-développement. Mais une fois au pouvoir, Monsieur Sarkozy a tout changé, avec la création d'un ministère qui regroupe l'immigration, l'intégration, l'identité nationale et le co-développement.
Le Haut Conseil de la Coopération Internationale (HCCI) a été supprimé. Ce nouveau ministère mettait alors en place, en accord avec le pays d'émission de l'émigration un fonds accessibles aux associations de la diaspora du pays concerné. Le co-développement est devenu un peu plus tard développement solidaire, dans l'appellation du ministère des 3 i.
Je me rappelle le désarroi de la présidente d'une réunion commune gouvernements-sociétés civiles du Forum Mondial pour la Migration et le Développement tenu à Manille en 2008, dont le thème était "PROTÉGER ET RENFORCER LA CAPACITÉ DES MIGRANTS POUR LE DÉVELOPPEMENT", qui voulait comprendre et apprendre de la France ce qu'était le co-développement, lorsqu'elle a reçu après un long silence et après un regard vers moi, une explication d'un fonctionnaire de la délégation gouvernementale française que le co-développement n'a plus cours. C'est maintenant le développement solidaire. ll y a eu désarroi, une frustration, à l'ambassade de France aux Philippines.
En conclusion, je dirais que le projet FORIM tel qu’imaginé par Charles Josselin pouvait constituer une vraie expression et pratique structurées de la solidarité internationale et humaine. Il n'a pas correspondu forcément aux intérêts immédiats des pouvoirs et des acteurs divers. Les migrants eux-mêmes qui composent le FORIM n'ont pas eu assez de force et de foi pour le porter à cette hauteur. Ils n'ont pas pu surmonter ce qui constituent les obstacles habituels des associations quelconques.
I-Dialogos : Quelle est votre perception, votre vision de la situation géopolitique du moment ? Vous nous avez fait l’honneur de rejoindre et soutenir I-Dialogos dès sa création, et vous vous en remercions. Quelles seraient vous recommandations pour le développement de ce Laboratoire d’Idées délibérément trans national centré sur la question du Dialogue, y compris au sein d’une Francophonie plus citoyenne à réinventer ? Vous êtes, semble t-il, et avec les années qui passent, toujours engagé…
Chansamone Vorafong : N'étant pas spécialiste de géopolitique, je voudrais dire simplement que le monde actuel est désorganisé et dangereux. Cela paraît alors évident qu'à tout instant, les forces du marché qui dominent le monde sont plus fortes que n'importe quel État-nation.
J’ai été témoin, à la fin de la 2è guerre mondiale et au début des Nations Unies, de l’enthousiasme des pays industrialisés autant que celui des pays sous-développés, à la coopération pour le développement international et ses promesses : éviter d’autres guerres en réduisant les inégalités entre les peuples et en promouvant la justice sociale nationale et internationale. Rétablir en somme la dignité humaine dans son ensemble.
Le développement qui devait, pour avoir un sens, embrasser toutes les dimensions de l’existence humaine, n’a pas été au rendez-vous. L’homme moderne ne vit plus en paix ni avec lui-même ni avec son environnement. Déconnectés de la terre qui nous nourrit, nous avons cru qu’avec la science et la technologie qui servent l’industrialisation et la croissance économique, nous pouvons élever le niveau de vie des gens et améliorer toutes les autres conditions humaines.
Or, nous nous trouvons devant l’évidence que ces promesses sont loin d’être tenues et l’espoir suscité par la Déclaration universelle des Droits de l'homme de 1948 a été à bien des égards déçu : les inégalités entre les peuples et à l’intérieur des peuples n’ont pas été réduites ; l’intolérance, les guerres et les conflits armés ne sont pas en régression et, en changeant de nature, augmentent leurs lots de victimes civiles et de violations des droits de l’homme.
Les relations internationales reviennent aux rapports de forces.
Les grandes puissances membres du Conseil de sécurité des Nations-Unies qui sont censés assurer la paix dans le monde, font la guerre, délibérément. Il n'y a plus de Nations-Unies, pas de références pour les peuples pour vivre en sécurité dans un ordre mondial.
Nous avons, au sien du club de réflexion "Démocraties" , dont je vous ai parlé, pu traiter de tous les sujets de société, ce club s'étant fait une spécialité de la géopolitique. Dans ce monde en panne de sens, ceux qui ont le pouvoir de dire ou d'écrire prolifèrent, mais n'apportent pas de clarté aux problèmes.
Dans ce contexte, où I-Dialogos peut-il se situer ? Que pourrait apporter un dialogue trans national ? Comment faire pour ne pas tourner en rond ? Je crois que nous préciser ces objectifs pour que l'apport de chacun à I-Dialogos trouve tout son sens.
Chansamone VORFONG
Paris, 12 janvier 2026
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Ma France :
Donc, à mon arrivée en France en 1981, il y avait un Ministère du Temps libre, des sports et des loisirs. La pertinence de la théorie du développement en cours semblait confirmée : l'industrialisation parvenait à satisfaire les besoins de l'homme et en même temps à résoudre les autres problèmes de la société.
L'homme post-industriel serait désormais épanoui dans son travail choisi et dans le temps disponible pour sa culture et ses loisirs. Mais depuis, le chômage et l'insécurité sont devenus des fléaux chroniques de la société. Les éradiquer a été la première des priorités des pouvoirs publics, mais les résultats ne nous donnent pas lieu d'être optimistes. Ainsi l'économie qui est sensée libérer l'homme dans une véritable interdépendance, l'a en fait enfermé dans un système de mondialisation qui s'impose à tous. C'est un système basé sur le profit à tout prix, qui n'est pas de nature à élever les qualités morales et spirituelles de l'être humain, mais à donner lieu aux excès et aux transgressions.
Au cours de l'investiture de M. Sarkozy en 2007, le philosophe Edgar Morin a été invité, après la lecture par un lycéen de la lettre de Guy Mocquet, à lui présenter la voie que devrait prendre la France pour sa grandeur et son épanouissement.
L'arrivée du philosophe a été bien suivie par la télévision. Suite à l'entretien, un document « La Voie » a été remis au Président de la République. Je n'ai pas vu une référence quelconque à « La Voie » dans la politique de Monsieur Sarkozy durant son mandat de Président de la République.
Au cours de la crise financière de 2008, le Président de la République a multiplié les sommets et autres rencontres, pour apporter des solutions pour l'Europe et, à l'échelon mondial, pour une nouvelle régulation financière. Finalement, une agence de notation a privé la France de son triple A, au milieu du mois de janvier 2012. Une autre agence a menacé d'en faire autant un mois plus tard.