
Abdoulahi ATTAYOUB est le président de l’Organisation de la Diaspora Touarègue en Europe (ODTE) / Tanat. Il est aussi Consultant en relations internationales (Sahel), membre et éditorialiste du ThinkTank I-Dialogos.
Depuis l'avènement du CNSP (Conseil National pour la Sauvegarde de la Patrie) à la tête de l'État, son principal animateur, le général Abdourahmane Tiani, s'est engagé dans une nouvelle logique de redéfinition du récit national. Longtemps appelé de leurs vœux, sous une forme plus inclusive, par nombre de Nigériens, ce récit national fait aujourd'hui l'objet d'une instrumentalisation politique qui cherche à lui imprimer une vision étriquée et tendancieuse, une vision qui risque de conduire le pays vers des complications existentielles dont il n'a nul besoin.
Un récit historique placé sous contrôle politique
Les diverses sorties publiques de l'actuel chef de l'État trahissent une conception pour le moins étrange de l'histoire et de l'identité nationale. Le comité ad hoc chargé de rédiger l'histoire générale du Niger, institué par décret présidentiel et confié à des universitaires placés sous la présidence du Pr Maïkoréma Zakari, pourrait bien en devenir l'illustration la plus flagrante : le chef de l'État en a lui-même fixé les objectifs, allant jusqu'à exiger que ses travaux alimentent directement la confection des futurs manuels scolaires. Que l'écriture de l'histoire nationale, exercice qui, partout ailleurs, relève d'un débat scientifique pluraliste et contradictoire, soit ainsi placée sous le patronage direct et le cahier des charges de l'exécutif constitue en soi un signal préoccupant. Une histoire commandée « d'en haut », dont la finalité assumée est de façonner ce qu'apprendront les enfants du pays, cesse d'être un objet de connaissance pour devenir un instrument de gouvernement.
Cette nouvelle rhétorique ethnocentrée trouve un écho croissant dans les nouveaux médias, qui commencent à l'amplifier et à provoquer des réactions susceptibles de créer ou d'aggraver des fractures communautaires déjà latentes. Le contexte dans lequel cette amplification se déploie n'a rien d'anodin : le Niger a durci à deux reprises, en 2022 puis en juin 2024, sa loi sur la cybercriminalité, rétablissant des peines de prison pouvant aller jusqu'à cinq ans pour des délits d'opinion en ligne. Des organisations professionnelles de juristes ont dénoncé un net recul des libertés d'expression, de la presse et d'opinion, et plusieurs journalistes ont depuis été arrêtés sur ce fondement, pour avoir simplement relayé une information sur les réseaux sociaux.
Dans un espace public ainsi verrouillé, les rares voix en mesure de contester publiquement la nouvelle doxa identitaire s'exposent à des poursuites, tandis que le récit officiel, lui, circule sans contradicteur. Les textes destinés à encadrer le rôle des cyberactivistes ne devraient donc pas seulement être appliqués : ils devraient l'être avec une rigueur et une impartialité qui, en l'état, font clairement défaut, sauf à devenir eux-mêmes un outil de mise au pas du débat sur l'identité nationale, plutôt qu'un instrument de régulation équitable.
Une dérive lourde de risques subversifs
Les orientations historico-idéologiques que semble vouloir imprimer le général Tiani révèlent une dérive inhabituelle de la part d'un chef d'État et nourrissent une appréhension légitime quant à la qualité du travail demandé par le CNSP au comité chargé d'écrire l'histoire du pays. Cette dérive n'est pas seulement une question de mémoire : elle porte en elle un potentiel proprement subversif, en ce qu'elle attaque le socle même sur lequel repose la cohésion de l'État.
Plusieurs mécanismes concrets permettent d'en mesurer la portée :
- La fabrication d'une histoire officielle à visée scolaire transforme un différend historiographique, légitime dans toute nation plurielle, en vérité d'État imposée dès l'enfance, verrouillant pour une génération entière la possibilité même du débat contradictoire sur les origines et la place de chaque communauté dans le récit national.
- La hiérarchisation implicite des identités communautaires, en privilégiant une lecture ethnocentrée de l'histoire, envoie aux communautés qui ne s'y reconnaissent pas un signal d'exclusion symbolique, susceptible de se traduire à terme en revendications politiques, voire en résurgence de logiques de confrontation avec l'État.
- Le verrouillage simultané de l'espace civique, dissolution de l'ensemble des partis politiques et de plusieurs syndicats indépendants, suspension de dizaines d'organisations de la société civile, détention prolongée de journalistes et d'opposants, transition politique repoussée sans perspective électorale claire — prive le pays des soupapes institutionnelles qui permettraient normalement d'absorber et de canaliser pacifiquement les tensions identitaires ainsi ravivées.
- L'instrumentalisation de la souveraineté retrouvée, retrait des forces étrangères, sortie de la CEDEAO au profit de l'Alliance des États du Sahel, retrait annoncé de la Cour pénale internationale, confère à ce récit identitaire une légitimité nationaliste de façade, qui rend sa critique interne plus difficile à formuler et plus facile à assimiler, aux yeux du pouvoir, à une forme de déloyauté envers la patrie.
C'est la conjonction de ces éléments, récit ethnocentré imposé par le haut, verrouillage des contre-pouvoirs, criminalisation de la parole dissidente, qui constitue le véritable risque subversif : non pas une menace venue de l'extérieur, mais une fragilisation interne et cumulative du contrat social, susceptible à moyen terme de raviver les logiques de rébellion et de fracture territoriale que le pays a déjà connues.
Un pays façonné par l'histoire coloniale, en quête d'un pacte inachevé
Comme nombre de pays africains, le Niger a été créé comme entité géographique et politique par l'administration coloniale française il y a une soixantaine d'années, en assemblant des territoires occupés et administrés par différentes communautés. Le rôle de l'État ainsi créé aurait dû être, en premier lieu, de mettre en place des institutions inclusives permettant à ces communautés de décider ensemble de la forme d'organisation administrative la plus à même de favoriser leur épanouissement et le développement harmonieux de leurs espaces de vie. Or la gestion postcoloniale, mise en place essentiellement pour préserver les intérêts de l'ancien colonisateur, a volontairement occulté la volonté souveraine des Nigériens. Il en est résulté des contestations, dont la plus marquante fut la succession de rébellions que le pays a connues depuis les années 1980.
Les bouleversements géopolitiques internationaux et leurs répercussions sur la vie politique nationale auraient pourtant pu offrir au pays l'occasion d'un tournant vertueux, propice à la paix et au développement. Cette opportunité, le pays l'a laissée échapper : les conclusions de la Conférence nationale, tenue du 29 juillet au 30 novembre 1991, n'ont pas été mises à profit pour redéfinir le pacte liant l'ensemble des Nigériens. Le système, en définitive, n'a pas accepté de se remettre en question, et l'ouverture pluraliste n'est jamais parvenue à déplacer les lignes constitutives du pouvoir réel : l'État profond est demeuré dominé par une élite formée et installée par des intérêts étrangers au pays.
La Refondation, entre promesse et menace
Avec la Refondation et les discours souverainistes, on aurait pu espérer que le temps soit enfin venu de retrouver l'authenticité d'une volonté populaire inclusive, permettant aux Nigériens de se définir pleinement et de prendre possession de leurs choix d'organisation et, partant des conditions d'un vivre-ensemble consensuel et apaisé.
Force est de constater que les récentes sorties du général Tiani ont de quoi inquiéter, tant elles pourraient menacer, voire hypothéquer, la tranquillité des Nigériens pour des décennies à venir. En donnant l'impression de vouloir hiérarchiser les identités nationales, et en suggérant une réécriture orientée, parfois hasardeuse, de l'histoire des communautés, ce discours porte en germe des divisions dont le pays se passerait bien. Dans une sous-région en pleine recomposition et déjà fragilisée par l'insécurité, les attaques meurtrières attribuées aux groupes armés dans la région de Tillabéri et aux confins du Mali et du Burkina Faso rappellent, s'il en était besoin, à quel point la cohésion interne du pays est une condition de sa survie, et non un luxe rhétorique.
Il paraît en effet illusoire de penser pouvoir imposer une identité ethnocentrée qui balaierait les langues et les cultures nationales ne correspondant pas à l'agenda qui transparaît dans l'action actuelle du CNSP. Le pays a plus que jamais besoin d'unité et de cohésion, conditions essentielles à sa survie et à la qualité du vivre-ensemble des communautés qui composent sa population.
Conclusion : ne pas rouvrir la boîte de Pandore
Une instrumentalisation tendancieuse des constantes constitutives du projet national reviendrait à ouvrir une boîte de Pandore dont nul ne pourrait prédire ce qui en sortirait. L'histoire, quand elle devient un instrument de pouvoir plutôt qu'un objet de connaissance partagée, cesse de rassembler pour commencer à diviser. Dans un pays déjà éprouvé par l'insécurité, la fermeture de l'espace civique et l'incertitude politique, le pari d'un récit national écrit sous contrôle et imposé sans contradiction est un pari à haut risque, pour la cohésion du pays comme, en définitive, pour la stabilité du pouvoir qui le porte.
Abdoulahi ATTAYOUB Consultant Lyon (France) 12 août 2026
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Article précédent du 6 ao^t 2026
Niger-refondation : le CNSP face aux défis de la bonne gouvernance
Trois ans après leur prise du pouvoir au Niger, les militaires du CNSP continuent d'imprimer leur perception du pouvoir à l'ensemble du pays. De la transition que beaucoup pensaient ou espéraient courte, on est passé à un véritable changement de paradigme, porté par une ambition affirmée de refonder le pays et ses institutions. Plus de soixante ans après l'indépendance, et devant le constat d'un système politique sclérosé, cette ambition pouvait légitimement susciter l'espoir : celui de retrouver enfin un pays conforme à ses réalités locales, doté d'institutions véritablement inspirées par ses populations dans toute leur diversité.
Seulement, les signaux qui se succèdent au fil du temps dessinent les contours d'un régime qui se referme sur lui-même et s'acharne à imposer une vision étriquée de l'identité nationale et de l'histoire des communautés et territoires qui composent le Niger d'aujourd'hui. Un récit national fondé sur une lecture tronquée et sélective de l'histoire produirait, en réalité, l'effet inverse de celui officiellement recherché. L'unité et la cohésion nationales ne peuvent reposer que sur un traitement honnête de l'ensemble des composantes du pays, dans la reconnaissance de leur héritage propre et de leur apport respectif à la construction nationale. Les autorités se posent en garantes de l'égalité des citoyens dans tous les domaines de la vie publique, c'est là un principe qu'elles invoquent constamment à l'international, au nom de la souveraineté et de la dignité retrouvées. Encore faudrait-il qu'il s'applique avec la même rigueur à l'intérieur des frontières.
Un récit officiel qui se heurte à sa propre pratique
C'est précisément sur ce terrain que le discours officiel se heurte à sa propre pratique. Depuis 2023, la parole présidentielle s'est construite autour d'un récit de rupture et de souveraineté, décliné à travers de longues interventions sur la télévision nationale, des bilans annuels de la « Refondation », de grandes interviews et des journées commémoratives. Un observateur averti de la scène politique sahélienne a récemment relevé la répétitivité de ces interventions à la RTN, qui s'appuient systématiquement sur la convocation de l'histoire comme étendard politique. Le procédé n'est pas neutre : une histoire mobilisée comme argument de légitimation, plutôt que restituée dans sa pluralité, tend mécaniquement à valoriser certains héritages et à en occulter d'autres, en l'occurrence ceux des composantes du Nord, dont l'apport culturel et historique à la nation nigérienne est rarement mis en avant avec la même insistance que le récit de la souveraineté retrouvée face à l'ancienne puissance coloniale. On peut ainsi légitimement interroger la cohérence d'un pouvoir qui revendique, à l'extérieur, l'égale dignité de tous les Nigériens, tout en construisant, à l'intérieur, un récit qui privilégie une seule focale historique et identitaire.
L'exercice auquel se livre le général Tiani est périlleux, et ce pour une raison simple. L'histoire, en tant que discipline scientifique, repose sur la mise à distance critique des sources, la confrontation des versions et l'absence de finalité immédiate. Or, venant d'un chef d'État en exercice, tout discours sur le passé national cesse d'être un exercice de connaissance désintéressé : il devient un acte de gouvernement. Le choix des figures convoquées, de celles que l'on tait, et des lieux où on les évoque, relève alors moins de la méthode historique que de la fabrication d'un récit national au service d'un agenda politique, ce qui est précisément le contraire de la démarche scientifique, laquelle exige de résister à la tentation de sélectionner les faits pour qu'ils servent une thèse préétablie.
Deux silences qui en disent long. Deux exemples illustrent ce risque avec une acuité particulière.
Lorsqu'on tient à Filingué un discours sur l'histoire locale et qu'on omet Fihroun Ag Alinsar, cette omission a un sens : elle efface un épisode de résistance armée à la colonisation, pourtant central dans la mémoire de cette région. Passer sous silence une figure de cette envergure, dans le lieu même où sa mémoire est la plus vivace, ne relève pas de l'oubli mais du choix.
Et lorsqu'on tient à Maradi un autre discours sur l'histoire, évoquant Ousman dan Fodio sans jamais mentionner Al-Jilani Ag Mouhammad Ibrahim, contemporain de Dan Fodio, cela mérite qu'on s'y attarde davantage encore. Car Al-Jilani illustre précisément la façon dont d'autres sociétés nigériennes ont, elles aussi, été traversées par le mouvement réformiste de l'époque : une dimension de l'histoire nationale que ce silence efface, alors même que l'objectif affiché est de renouer le lien entre les citoyens et leur histoire. Convoquer une figure réformiste sans mentionner son pendant contemporain issu d'une autre région du pays revient à raconter une histoire à moitié, précisément là où l'exhaustivité aurait le plus de force symbolique.
Il y a très probablement d'autres angles morts de ce type, qui mériteraient eux aussi d'être débattus publiquement plutôt que de s'accumuler en silence.
Une contradiction qui se vérifie sur le terrain
Cette contradiction entre le discours et la pratique ne se limite pas au registre symbolique : elle se vérifie très concrètement à l'échelle locale. L'unité, la cohésion et la stabilité d'un pays se construisent à partir de sa base, or des représentants de l'État se comportent, dans certaines régions du Nord, en véritable pouvoir colonial. Cette attitude constitue une menace réelle pour la tranquillité des populations concernées. Le cas d'Abalak est à cet égard exemplaire : après s'être vu imposer son « représentant » au conseil consultatif, le CNSP semble laisser les mains libres au préfet en poste, qui se comporte en potentat, impose des décisions contraires aux intérêts des habitants et menace ceux qui osent s'y opposer. Un comportement qu'il ne se permettrait certainement pas ailleurs dans le pays.
La politique foncière que ce préfet entend imposer dans le département d'Abalak constitue une véritable bombe à retardement. Au-delà des tensions classiques entre agriculteurs et éleveurs, tout porte à croire qu'il s'agit d'une volonté délibérée de réinstaller des populations venues d'autres régions sur les espaces de vie des populations autochtones : un projet politique d'usurpation des territoires traditionnels de cette zone, déjà fragilisée par l'avancée du désert et la raréfaction des pâturages. Les habitants qui souhaiteraient eux-mêmes se tourner vers l'agriculture risquent de ne plus en avoir les moyens si, entre-temps, leurs terres ont été cédées ou vendues à des populations venues d'ailleurs. Personne n'imaginerait des éleveurs venus des régions pastorales envahir les champs du Sud pour y faire paître leurs troupeaux : le CNSP ne devrait pas jouer avec ce feu, sous peine de provoquer un chaos plus dangereux encore que le terrorisme actuel. Plus de soixante ans après la création du Niger, il est temps que les Nigériens prennent pleinement conscience que l'administration de l'État ne fonctionne toujours pas de la même manière au Nord et au Sud.
Ce déséquilibre se retrouve enfin dans le traitement des légitimités traditionnelles, qui devraient toutes prétendre aux mêmes égards de la part de l'État, et où l'on observe pourtant un traitement inégal selon le chef traditionnel concerné. Loin d'être un détail protocolaire, ce traitement différencié envoie un signal clair aux populations sur la place que l'État leur reconnaît réellement dans la nation.
Rétablir la cohérence entre le discours et l'acte
Pris isolément, chacun de ces éléments, un silence sur une figure historique, un préfet arrogant, une terre mal gérée, un chef traditionnel moins considéré qu'un autre, pourrait sembler anecdotique. Mis bout à bout, ils dessinent une même logique : celle d'un pouvoir qui peine à traduire, à l'intérieur de ses frontières, la dignité et l'égalité qu'il revendique à l'extérieur. Une souveraineté qui ne s'exerce pleinement que face à l'ancienne puissance coloniale, mais qui s'accommode d'inégalités internes, reste une souveraineté inachevée.
Il est donc urgent que le CNSP rétablisse l'égalité des citoyens et des territoires, en appliquant à l'intérieur du pays la dignité et la souveraineté qu'il revendique à l'extérieur. Ce rétablissement passe d'abord par une refonte du récit national lui-même, pluriel plutôt que sélectif, et par une gestion foncière équitable, avant même de consacrer de longues heures d'antenne à l'histoire ancienne du pays. Le Niger est en mobilisation générale contre l'insécurité et traverse une situation critique ; cette urgence devrait laisser au chef de l'État moins de temps pour les grandes joutes télévisées sur l'histoire, et davantage pour les arbitrages concrets qui, à Abalak comme ailleurs, engagent la cohésion nationale qu'il dit vouloir bâtir. Car une nation ne se refonde pas seulement dans le récit qu'elle se raconte d'elle-même : elle se refonde d'abord dans la manière dont elle traite, au quotidien, chacun de ses territoires et chacun de ses enfants.
Abdoulahi ATTAYOUB Consultant Lyon (France)
6 août 2026
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Article précédent du 24 juillet 2026
Azawad-Mali : l'ONU se réveille enfin ?
Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme est sorti de sa réserve pour s'intéresser à ce qui se passe dans le Nord du Mali (Azawad). Il demande des éclaircissements après l'annonce, par l'état-major malien, d'une trentaine de militaires tués et d'une soixantaine de blessés lors des combats autour d'Anéfif début juillet, opposant l'armée malienne et les paramilitaires russes de l'Africa Corps à une coalition de circonstance formée par le Front de libération de l'Azawad (FLA) et le Jama'at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM). Dans son communiqué, l'ONU évoque des soldats maliens qui se seraient rendus avant d'être torturés et exécutés, et réclame une enquête indépendante pour établir les faits, notamment ceux montrés dans des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux.
Que des soldats faits prisonniers soient sommairement exécutés constitue, s'il est avéré, un crime de guerre, quel que soit l'auteur, quel que soit le camp. Sur ce point précis, l'ONU a raison de vouloir enquêter, et les auteurs devront répondre de leurs actes si les faits sont confirmés. Mais c'est justement la rapidité et la netteté de cette réaction qui interrogent, quand on la compare au silence prolongé, voire à l'obstruction, qui a longtemps entouré des violations autrement plus massives commises contre les populations civiles du Nord et du Centre du Mali.
Un contraste qui interroge
Le cas le plus emblématique reste le massacre de Moura. Entre le 27 et le 31 mars 2022, l'armée malienne et des combattants « étrangers » , que le rapport de l'ONU lui-même associe au groupe Wagner, ont détenu, trié puis exécuté sommairement plus de 500 personnes en l'espace de cinq jours dans ce village du centre du Mali, avec des indications de crimes contre l'humanité. Il aura fallu plus d'un an pour que ce rapport voie le jour, la Russie ayant entre-temps bloqué au Conseil de sécurité toute demande d'enquête indépendante sur ces faits. Depuis, l'impunité reste totale : aucun responsable malien n'a été jugé.
Ce schéma n'est pas isolé. À Tinzawaten, en août 2024, une frappe de drone de l'armée malienne a tué sept civils dont cinq enfants, un père y décrit son fils blessé à la tête, mort en chemin vers l'hôpital faute de secours. Human Rights Watch a documenté qu'entre mai et décembre 2024, les forces armées maliennes et le groupe Wagner ont délibérément tué au moins 32 civils, en ont fait disparaître 4 autres et ont incendié au moins 100 maisons lors d'opérations dans le centre et le nord du pays. Ces violations frappent en priorité les communautés touarègues et arabes dans le Nord, et peules dans le Centre, trois communautés que les forces gouvernementales assimilent trop souvent, collectivement, à des combattants des groupes armés. Il y a aussi Enaderfé Ag Mohamed Elmoctar, coordinateur d'une ONG humanitaire basée en Centrafrique, venu passer ses congés dans son pays natal. En janvier 2025, alors qu'il rejoignait en voiture le camp de réfugiés de M'Bera en Mauritanie avec sa famille, il a été tué avec son épouse enceinte, leur fils de trois ans et plusieurs proches, lors d'exécutions attribuées par de nombreux témoins à l'armée malienne et au groupe Wagner. Un travailleur humanitaire, sa femme et son enfant en bas âge : aucun communiqué onusien nommant un responsable n'a suivi.
Plus récemment encore, fin juin 2026, quatre jeunes éleveurs, deux Touaregs et deux Songhaïs, sans lien avec un quelconque groupe armé, ont été tués près de Zarho et d'Abakoïra, entre Tombouctou et Gao, par une patrouille de l'armée malienne et de l'Africa Corps russe, qui a remplacé Wagner. L'un des corps a été retrouvé décapité et démembré, ses bras et ses jambes disposés en forme de croix gammée autour de la tête, une mise en scène macabre destinée, selon des organisations locales de défense des droits humains, à terroriser la population. Là encore : ni communiqué d'urgence, ni nom de responsable avancé par les Nations Unies, ni demande d'enquête indépendante.
Face à cette accumulation de faits documentés, par des organisations aussi établies que Human Rights Watch, Amnesty International ou le Bureau des droits de l'homme de l'ONU lui-même, les appels à la communauté internationale sont longtemps restés lettre morte : pas de résolution contraignante, pas de mécanisme de suivi, une mission des Nations Unies (la MINUSMA) qui a fini par quitter le pays sans que les responsables des pires exactions n'aient eu de comptes à rendre.
Une même exigence, pour tous
Personne ne demande à l'ONU de fermer les yeux sur des soldats maliens exécutés après s'être rendus, si c'est bien ce qui s'est passé. La question est celle de la constance. Si cet intérêt renouvelé pour les droits humains au Sahel s'étend désormais, avec la même rigueur et la même rapidité, à l'ensemble des violations, qu'elles soient commises par des groupes armés, par l'armée malienne, ou par ses encadrants russes, alors il faut s'en féliciter, et l'ONU devrait le démontrer en pesant, avec la même énergie, sur les enquêtes toujours pendantes concernant Moura et les dizaines d'autres exactions documentées contre des civils désarmés.
Mais si cette mobilisation devait rester sélective, prompte quand ce sont des soldats de l'État qui sont visés, hésitante ou bloquée quand ce sont des civils touaregs, arabes ou peuls qui sont massacrés, alors elle constituerait une injustice de plus, et la démonstration que le double standard, plutôt que la protection des populations, continue de guider l'action des Nations Unies au Sahel.
Abdoulahi ATTAYOUB Consultant Lyon (France) 24 juillet 2026
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Article précédent du 21 juillet 2026
Niger-refondation : la souveraineté commence à l'intérieur.
Pour être utiles et contribuer véritablement à faire avancer nos débats sur la situation du Niger et du Sahel en général, ceux-ci devraient partir d'une réalité incontournable : la recomposition en cours des systèmes de gouvernance politique comporte plusieurs volets étroitement imbriqués, qu'il serait vain, et même contre-productif, de vouloir traiter isolément. Souveraineté, légitimité et rapport aux territoires ne sont pas trois chantiers distincts que l'on pourrait aborder l'un après l'autre : ce sont les trois faces d'un même processus, et c'est précisément leur articulation, ou son absence, qui déterminera l'issue de la refondation engagée.

Au Niger, cette refondation ne saurait être effective que si elle procède réellement d'un consensus national autour des éléments constitutifs du projet de société que nous portons collectivement. Le CNSP affiche une volonté de rupture totale avec tout ce qui a pu constituer un frein au développement du pays. L'intention est louable, mais elle exige au préalable une introspection nationale approfondie, avant même de se tourner vers l'extérieur : on ne refonde pas un pays en réglant d'abord ses comptes avec l'extérieur, on le refonde en réglant d'abord ses propres contradictions internes. L'emballement idéologique, lorsqu'il fait abstraction des pesanteurs du réel, risque de conduire à l'impasse et de causer plus de dégâts que de bénéfices escomptés, car un discours de rupture qui ne s'accompagne pas d'une capacité réelle à agir sur le réel finit toujours par se retourner contre ceux qui le portent.
Sur la souveraineté
C'est là que la question de la souveraineté doit être reposée en des termes concrets : non comme un slogan, mais comme l'affirmation démontrée de la capacité du pays à définir pragmatiquement ses choix stratégiques en matière de relations internationales. Trop souvent, le débat sur la souveraineté se réduit à une posture rhétorique, à un affichage destiné à galvaniser l'opinion, sans que soient précisés les instruments concrets par lesquels cette souveraineté doit s'exercer : maîtrise des ressources stratégiques, diversification réelle des partenariats économiques et sécuritaires, renforcement des capacités administratives et militaires nationales, construction d'une diplomatie régionale capable de peser dans les négociations. La souveraineté ne se décrète pas par la seule dénonciation d'un partenaire au profit d'un autre ; elle se construit patiemment, par l'accumulation de capacités propres qui réduisent la dépendance, quelle qu'en soit la direction. Une souveraineté proclamée mais non instrumentée n'est qu'une souveraineté de façade, et c'est précisément ce piège que le pays doit éviter.
Le Niger est libre de choisir ses partenaires et de négocier les termes de ses partenariats, à condition toutefois que ce choix procède d'une évaluation rationnelle des intérêts nationaux à long terme, et non d'une simple inversion des alliances qui remplacerait une dépendance par une autre, sous couvert d'un discours de rupture. Il n'y a nul besoin de ressasser indéfiniment les ressentiments liés au comportement de tel ou tel pays : dans ce monde, chaque acteur défend ses intérêts et mobilise les moyens dont il dispose pour y parvenir, qu'il s'agisse de puissances occidentales, de puissances émergentes, ou de nouveaux partenaires présentés comme salvateurs. Il n'y a là rien qui doive nous surprendre, ni rien qui doive nous détourner de l'essentiel : la vraie question n'est pas de savoir qui nous exploite, mais quelle capacité nous nous donnons collectivement pour négocier en position de force et pour faire respecter nos propres intérêts, quel que soit l'interlocuteur. Une diplomatie mature se juge à sa capacité à défendre des intérêts, non à désigner des coupables.
Sur la légitimité populaire
Or cette capacité à négocier en position de force suppose un préalable que l'on oublie trop souvent : aucune autorité ne peut porter durablement un projet de souveraineté si elle n'est pas elle-même solidement légitimée à l'intérieur. Le véritable défi qui se présente au CNSP est donc de sortir de cette posture défensive qui engendre une crispation inutile dans la gestion des affaires publiques. Une telle posture, si elle se prolonge, risque de transformer un moment de rupture porteur d'espoir en une simple reconduction autoritaire des travers du système qu'elle prétend combattre. Il doit comprendre qu'une autorité ne peut réformer en profondeur que si elle s'enracine dans la légitimité populaire, une légitimité qui ne se confond ni avec l'adhésion médiatique de circonstance, ni avec le silence contraint que peut imposer un contexte sécuritaire ou institutionnel donné.
Or, cette légitimité, en Afrique plus qu'ailleurs, ne se conçoit que fondée sur le respect et l'association effective des référents socioculturels du pays : autorités coutumières et religieuses, structures communautaires, mécanismes traditionnels de médiation et de régulation sociale, qui continuent d'organiser le quotidien de la majorité des populations bien plus efficacement, dans bien des régions, que les institutions héritées de l'État postcolonial. Ignorer ces référents, ou les instrumentaliser sans les associer réellement aux décisions qui engagent l'avenir du pays, revient à bâtir sur du sable une refondation qui se veut pourtant durable.
Le respect des communautés et des territoires devrait donc constituer le point de départ premier de toute refondation nationale, non un supplément d'âme apporté après coup pour légitimer des décisions déjà prises au sommet, mais un principe structurant dès la conception des réformes. À défaut, on se contenterait de retoucher superficiellement un système postcolonial qui continue de brider les énergies vives et d'empêcher l'épanouissement des populations : centralisation excessive du pouvoir, marginalisation de certaines composantes de la société, confiscation de la décision par une élite autocentrée et coupée des réalités locales. Un simple ravalement de façade, sans transformation réelle des rapports de pouvoir hérités, ni de la relation entre l'État et les territoires qui le composent.
Une leçon qui dépasse le seul Niger
Cette articulation entre souveraineté extérieure et légitimité intérieure n'est pas propre au Niger : elle éclaire, plus largement, la trajectoire de l'ensemble des pays du Sahel engagés dans des processus similaires de rupture avec l'ordre ancien. Un pays commence toujours par se construire en interne avant de pouvoir espérer inspirer le respect à l'extérieur. C'est une loi presque universelle des relations internationales : les prédateurs extérieurs, de tous bords, s'appuient rarement sur une force qui leur serait propre ; ils s'appuient sur des fragilités internes — fractures sociales, défiance entre l'État et les communautés, gouvernance défaillante, trop souvent négligées par paresse intellectuelle ou par égoïsme communautaire.
C'est pourquoi les slogans souverainistes, aussi mobilisateurs soient-ils dans l'instant, n'iront nulle part tant qu'ils ne seront pas compris, appropriés et portés par l'ensemble des citoyens, dans leur diversité territoriale et sociologique. Or, tout se passe aujourd'hui, ici comme ailleurs dans la région, comme si la volonté du peuple se résumait à l'activisme de quelques voix qui s'expriment bruyamment dans les capitales, au point d'étouffer toute autre forme d'expression nationale, celle des régions, des communautés rurales, des acteurs traditionnels, dont l'adhésion est pourtant la condition même de la réussite du projet. Tant que cette équation ne sera pas résolue, la souveraineté proclamée restera fragile, et la refondation, inachevée.
Abdoulahi ATTAYOUB Consultant Lyon (France) 21 juillet 2026
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article précédent du 11 juillet 2026
Mali-Azawad : la raison finira-t-elle par prévaloir ?
Le tournant amorcé par la reprise de Kidal, le 25 avril 2026, par le Front de libération de l'Azawad (FLA), et confirmé par les combats autour d'Anafif début juillet, achève de convaincre que la seule dimension militaire ne saurait résoudre durablement ce conflit.
La bataille de Tinzawatène, en juillet 2024, avait déjà surpris certains acteurs et observateurs par la réalité des capacités militaires déployées sur le terrain par les mouvements de l'Azawad.
Les Russes avaient alors compris qu'il leur faudrait un tout autre type d'engagement pour espérer venir à bout des « bergers du désert ». Cet échec avait mis en lumière les limites de l'armée malienne et, par ricochet, l'ampleur du service que l'on attendait de Wagner, puis de l'Africa Corps qui lui a succédé.
De fait, la guerre a objectivement changé de nature : elle s'est transformée en un affrontement de plus en plus direct entre les mouvements de l'Azawad et les mercenaires russes.
Cette lecture doit néanmoins être nuancée : à Kidal comme ailleurs, le FLA a combattu aux côtés du Jnim (Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans), dans une sorte d’alliance de circonstance.
La participation aux combats de l’armée malienne et ses supplétifs locaux apparait de plus en plus comme une couverture de légitimation, dont Moscou juge parfois plus efficace de limiter l'emprise sur le commandement opérationnel réel du terrain.
Ayant engagé les moyens qu'ils estimaient suffisants pour honorer leur contrat, sans obtenir de résultats tangibles, les Russes semblent avoir compris qu'ils devront désormais composer avec les réalités du terrain et l'environnement géopolitique régional.
Tout indique qu'ils s'orientent vers un appui sur l'expérience et le poids de partenaires comme l'Algérie, et plus largement sur les pays de la CEDEAO. C'est à cette lumière qu'il convient de lire le récent infléchissement du Mali dans ses relations avec Alger : moins un choix diplomatique spontané qu'une prise d'acte des limites de l'option strictement militaire.
Les trois pays du Sahel central (Mali, Burkina Faso, Niger) auraient tout à gagner à renouer avec la realpolitik que dictent la géographie et l'histoire, seule voie vers une stabilité et un développement durable.
Les tenants du souverainisme, qui cherchent protection auprès de puissances lointaines, finiront par mesurer que les relations internationales obéissent à des logiques d'intérêt, fondées sur des doctrines anciennes et éprouvées, bien éloignées des envolées populistes qui prospèrent sur les réseaux sociaux.
Dans ce dossier de l'Azawad et de l'Alliance des États du Sahel, la Russie a clairement signifié qu'elle n'avait aucun intérêt à engager des moyens démesurés dans ce que l'aventure guerrière de certains dirigeants du Sahel central risque de transformer en gouffre financier et militaire sans fond.
Cet avertissement, assorti d'une invitation à se tourner davantage vers l'environnement immédiat, l'Algérie et les pays de la CEDEAO, vaut appel pressant à un retour rapide à ce réalisme politique dont ces pays n'auraient jamais dû s'écarter.
Abdoulahi Attayoub, Consultant Lyon (France) 11 juillet 2026
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Azawad-Mali : quand le principe de réalité rattrape enfin le terrain.
Depuis l'attaque spectaculaire du 25 avril au Mali, qui a visé plusieurs villes simultanément, la question de l'Azawad a pris un nouveau tournant. Le pouvoir militaire voit l'un de ses principaux arguments de légitimation s'effriter aux yeux de ses soutiens, tandis que l'horizon politique s'assombrit davantage. La mort, lors de l'attaque de Bamako, du ministre de la Défense Sadio Camara, a précipité la Transition dans une situation de non-retour, déjà fragilisée par des tensions internes et par la pression croissante des groupes armés non étatiques (GAN).
Considéré comme le numéro deux du régime et surtout comme le principal idéologue et architecte de l'Alliance des États du Sahel (AES), Sadio Camara incarnait des choix idéologiques qui ont largement contribué à isoler le Sahel central et à plonger les trois pays membres (Mali, Niger et Burkina Faso) dans une impasse à la fois existentielle et géopolitique. Sa disparition rebat les cartes : il s'agit désormais de limiter les dégâts et de tenter de revenir à une gouvernance réaliste, centrée sur les intérêts des populations avant toute autre considération. Le populisme qui prévaut depuis l'avènement de ces régimes militaires a profondément désorienté les citoyens, désormais nombreux à ne plus pouvoir suivre des choix hasardeux dont les limites apparaissent aujourd'hui au grand jour.
Cette désorientation a trouvé un relais tout trouvé sur les réseaux sociaux, où les fanfaronnades de quelques figures se réclamant du panafricanisme ont prospéré, avec la complaisance de certains médias en quête de positionnement idéologique. Les juntes sahéliennes avaient cru trouver en eux des maîtres à penser ; elles découvrent aujourd'hui des charlatans opportunistes, au service d'intérêts étrangers à la région, voire au continent tout entier. Ces influenceurs se sont nourris des fragilités des régimes militaires et d'un climat de paranoïa qu'ils ont eux-mêmes contribué à entretenir — un climat qui a longtemps étouffé les dimensions constructives susceptibles de donner davantage de crédibilité à leur projet politique pour la sous-région.
Au-delà de cette dérive idéologique, c'est sur le terrain que le bilan est le plus accablant. Le régime militaire actuel porte la responsabilité de pogroms ethniques, et les généraux au pouvoir doivent répondre de crimes abominables commis sur des bases communautaires. Le mode opératoire des armées lors des exactions perpétrées contre les civils touaregs, peuls et arabes correspond en tout point à la définition généralement admise du terrorisme. Les responsables politiques et militaires de ces exactions ont davantage leur place devant la Cour pénale internationale qu'à la tête de leurs États.
Dénoncer la politique suicidaire et irresponsable des autorités actuelles ne revient pas à attaquer le Mali bien au contraire. L'État malien et ses institutions sont pris en otage par un système autocentré, dont la politique risque d'achever la dislocation du projet national. La diversion consistant à focaliser l'attention sur Kidal et sur des communautés pastorales globalement amalgamées au terrorisme ne saurait tenir lieu de projet politique. Ceux qui s'engouffrent dans cette grille de lecture contribuent au chaos et à la décomposition du tissu encore embryonnaire d'un Mali « un et indivisible » qu'ils prétendent par ailleurs défendre.
Le principe doit pourtant être simple : une armée nationale qui s'attaque à une partie de sa population sur des bases ethniques devient de fait une milice au service d'intérêts particuliers, et ne saurait revendiquer un quelconque monopole de la violence légitime. Dès lors qu'elle sort de sa mission régalienne de protection des citoyens et du territoire, elle perd toute légitimité aux yeux de la communauté internationale.
Cette dérive trouve son prolongement dans une diplomatie malienne marquée par une rhétorique radicale, étrangement décalée par rapport à la posture qu'aurait dictée la realpolitik, au regard de la géographie du pays, de son histoire et, surtout, d'une évaluation objective de ses capacités face aux réalités géopolitiques régionales et internationales.
Pour que la question de l'injustice et de la violence d'État ne reste pas la seule manifestation d'une mauvaise gouvernance portée par une élite avide de pouvoir et dépourvue de vision pour l'avenir de ces pays, il est essentiel que la solidarité entre communautés s'exprime en dehors des cercles associés au régime en place. Or, certains ont jugé pertinent de qualifier l'Azawad de « fabrication », laissant entendre que le Mali, lui, n'en serait pas une. Cette liberté avec l'honnêteté intellectuelle en dit long sur le parti pris de certains « spécialistes », dont la posture et la légitimité prêtent réellement à question.
D'autres, dans le même registre, continuent de relayer l'argument du pouvoir militaire malien selon lequel la France aurait eu tort de ne pas accompagner l'armée malienne à Kidal lors de la reprise de l'Azawad pendant l'opération Serval. Ces spécialistes semblent oublier ou ignorer comment l'armée malienne s'est comportée depuis les années 1990 dans la région de Kidal et dans l'Azawad en général. Pourquoi ne parlent-ils pas des milliers de civils massacrés par cette même armée à Léré, à Gossi, et ailleurs ?
De quel État souverain et légitime parle-t-on, lorsque celui-ci massacre régulièrement des civils et mène des opérations régulièrement qualifiées de nettoyage ethnique ? Occulter cet aspect de la situation, par conformisme ou par opportunisme, affaiblit considérablement des analyses qui pourraient, par ailleurs, s'avérer pertinentes.
Abdoulahi ATTAYOUB Consultant Lyon (France)
16 juin 2026
Dans le cadre du dialogue toujours nécessaire,les opinions librement exprimées n'engagent pas la rédaction
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Précédenttes contributions (05.05.26)
Mali, Azawad : guerre de légitimité
Dans un entretien récent, un spécialiste du Sahel a cru trouver une parade aux revendications du FLA en affirmant que l'Azawad ne serait qu'une fabrication idéologique.
Il est pour le moins révélateur qu'un commentateur connu pour son hostilité déclarée envers le peuple touareg, et dont les analyses s'inscrivent manifestement dans le sillage de la propagande des régimes sahéliens qui combattent ce peuple, n'ait pu trouver d'autre argument que celui-là.
Il lui aurait suffi de s'interroger sur l'origine des noms des pays et des villes du Sahel, et d'en demander la signification aux populations autochtones, pour éviter une sortie aussi prévisible que peu convaincante. Car les représentations territoriales ne naissent pas ex nihilo : elles s'enracinent dans des pratiques, des mémoires et des dynamiques sociales séculaires.
Cette démonstration relève davantage du mercenariat intellectuel que de la démarche scientifique. Elle tente, sous couvert d'une apparente neutralité académique, de légitimer un discours militant et partisan que ceux qui suivent la question de l'Azawad connaissent et décryptent depuis plus de trente ans.
Ceux qui pensent trouver là un argument opposable aux Mouvements de l'Azawad oublient trop commodément que l'État malien, dans sa forme actuelle, est lui-même une construction récente du colonialisme français.
C'est la France coloniale qui a décidé d'enfermer des communautés dans des frontières arbitraires, tracées sans égard pour les réalités humaines du terrain ni pour la volonté des peuples qu'elle y a trouvés. Ignorer cet héritage revient à éluder un élément central de compréhension des tensions actuelles.
La séquence historique véritablement pertinente est donc celle-ci : quel était l'état politique de ces territoires sahéliens à l'arrivée de la France, il y a tout juste un peu plus d'un siècle ? Quelle était leur organisation sociale et politique au moment de la conquête coloniale ? C'est dans cette séquence que se trouvent les clés de lecture des revendications contemporaines, et non dans des reconstructions sélectives et intéressées du passé.
Dialogue, reconnaissance honnête des réalités historiques et intelligence collective
S'arroger le droit de convoquer à sa convenance les seules périodes de l'Histoire susceptibles de servir ses ambitions du moment, c'est prendre le risque d'aggraver la crise, d'endurcir les positions et d'alimenter des dynamiques de violence.
Mobiliser certains épisodes historiques au détriment d'autres, uniquement parce qu'ils servent des intérêts présents, constitue une démarche dangereuse qui radicalise les postures et contribue à prolonger les conflits. Les récits épiques d'empires, largement embellis et nourris de mythes, ne sauraient effacer l'histoire des peuples et des territoires pour servir de caution à la domination de certaines communautés sur d'autres.
Cette tendance à réécrire l'Histoire et à redéfinir les réalités de terrain constitue l'une des failles profondes de l'idéologie portée par les promoteurs actuels de l'AES.
C'est d'autant plus regrettable que ce projet aurait pu représenter une avancée significative, capable d'atténuer les conséquences humaines de frontières qui continuent de diviser des peuples et des familles lesquels, dans leurs pratiques et leurs perceptions spatiales réelles, n'en ont jamais tenu compte.
La solution durable ne réside ni dans la négation des identités ni dans l'imposition d'un récit unique, mais dans la reconnaissance mutuelle et l'organisation d'une coexistence pacifique. Cela suppose que certains consentent à abandonner les privilèges hérités de l'ancien colonisateur et reviennent à une approche réaliste de la situation, débarrassée de toute velléité de domination et d'instrumentalisation de la légitimité internationale.
L'expérience récente l'a démontré : les crises sahéliennes ne trouveront pas d'issue militaire.
Seuls le dialogue, la reconnaissance honnête des réalités historiques et l'intelligence collective permettront d'ouvrir une voie vers la paix et l'épanouissement de tous les peuples du Sahel, une souveraineté véritable, enfin portée par l'ensemble de ses habitants, qui pourront alors se consacrer à la seule lutte qui vaille : celle du développement commun.
Il est illusoire de prétendre construire et développer le Sahel central en excluant et stigmatisant certaines communautés, notamment pastorales, dont les territoires traditionnels représentent plus de la moitié de la superficie de ces États postcoloniaux.
Abdoulahi ATTAYOUB Président de l'Organisation de la Diaspora Touarègue en Europe (ODTE) Lyon (France) 05 mai 2026
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article précédent du 29 avril 2026
Azawad-Mali : quand le recours à la force compromet toute perspective de paix Abdoulahi
La séquence qui se déroule actuellement dans le conflit opposant l'État central du Mali à l'Azawad ne devrait surprendre personne parmi ceux qui suivent attentivement cette question. Depuis que les autorités maliennes ont dénoncé les accords d'Alger et opté pour la voie militaire afin de traiter la question azawadienne, il était prévisible que le conflit ne ferait que se perpétuer et s'intensifier.
L'alliance tactique entre le Front de Libération de l'Azawad (FLA) et le JNIM s'inscrit en miroir de choix symétriquement funestes : le recours par le pouvoir malien à des mercenaires étrangers et à des milices communautaires et tribales, chargés de mener des exactions contre les populations civiles peules et touarègues de l'Azawad et du Macina. En faisant ce choix, Bamako a délibérément éloigné toute perspective d'un retour à la stabilité.
Un récit national au service de l'exclusion
Le slogan « Mali un et indivisible » restera lettre morte tant que certains continueront de concevoir le Mali actuel comme le prolongement d'un passé largement mythifié, dont les légendes sont régulièrement convoquées pour légitimer la suprématie supposée de certaines communautés sur d'autres. Un État ne se construit pas sur des mythes ethnocentrés ; il se bâtit sur la justice et l'égalité réelle de ses citoyens.
Il faut ici pointer une contradiction criante : ceux qui dénoncent les méthodes du JNIM et du FLA en les qualifiant de terroristes se gardent bien de la même rigueur lorsqu'il s'agit des agissements des FAMAS ou des mercenaires russes d'Africa Corps. L'ancien ministre Sadio Camara a fait venir les hommes de Wagner, dont la mission a semblé se résumer au ciblage ethnique : des drones frappant des campements et des véhicules civils, endeuillant des centaines de familles azawadiennes. Silence assourdissant, alors, de ces mêmes « démocrates ». De quelle démocratie peuvent-ils véritablement se réclamer ?
Une chronologie qui établit les responsabilités
En retraçant les événements depuis 2012, les responsabilités des différents acteurs apparaissent avec clarté. Au lendemain des affrontements de 2012 et de la proclamation de l'Azawad, la communauté internationale a imposé un accord de paix entre l'État malien et les mouvements azawadiens. Cet accord a été progressivement sabordé par les autorités maliennes, et plus encore depuis l'avènement des juntes militaires successives, avant d'être finalement dénoncé ouvertement. C'est dans ce contexte que Wagner fut appelé pour « reprendre » Kidal, ville où l'armée malienne était pourtant déjà déployée, conformément aux arrangements issus dudit accord.
Les autorités de Bamako ont ensuite entrepris de qualifier l'ensemble des acteurs dissidents de « terroristes », espérant entraîner la communauté internationale dans une lecture partiale et commode de la situation. Dans le même temps, les FAMAS se sont livrées à ce qui s'apparente à un nettoyage ethnique contre les Peuls et les Touaregs, causant des milliers de victimes civiles sans aucune logique sécuritaire apparente.
Au regard de ces faits, on ne peut raisonnablement reprocher au FLA de chercher à créer les conditions nécessaires pour faire face à la violence d'une armée qui massacre sa propre population avec l'appui de mercenaires étrangers. Quant à la « montée en puissance » si souvent proclamée des FAMAS, elle s'est révélée à sa juste mesure : Kidal n'a pu être reprise qu'adossée aux bagages de Wagner. La ville, aujourd'hui revenue sous contrôle azawadien, demeure le symbole d'une résistance à l'injustice, à l'exclusion et aux humiliations qui n'ont pratiquement pas cessé depuis les années 1960.
Kidal comme symbole, l'Azawad comme réalité
La cristallisation de certains esprits sur Kidal, en réalité sur la communauté touarègue tout entière, en dit long sur les limites de leur réflexion politique. Le pouvoir malien a toujours désigné les mouvements de l'Azawad comme ses ennemis principaux. Cette réalité transparaît dans certains discours officiels et se distille sournoisement dans l'opinion publique, galvanisant les foules dans un mélange de ressentiment, de racisme et de récit national construit autour de mythes ethnocentrés.
Ceux qui s'alarment des risques de décomposition de l'État malien dans sa forme actuelle feignent d'ignorer que cet État ne parvient pas à jouer son rôle envers l'ensemble de ses populations. La junte qui a plongé le Mali dans le chaos actuel, et qui a largement contribué à entraîner les deux autres pays du Sahel central dans la même aventure, rame à contre-courant de l'histoire et devrait être tenue pour responsable des conséquences de ses choix.
À un moment donné, il faut savoir garder raison et ne pas insulter l'intelligence des peuples sahéliens. L'équilibre par la force que recherche Bamako pourrait, paradoxalement, créer les conditions d'un retour au réalisme politique, celui-là même que les accords d'Alger tentaient d'incarner. Il reste à espérer que ce réalisme ne s'impose qu'après avoir évité de nouvelles souffrances aux populations civiles, premières et principales victimes de cette tragédie.
Abdoulahi ATTAYOUB Consultant Lyon (France)
29 avril 2026
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L'article précédent du 16 avril 2026
ADS : Un nouvel espoir pour le Sahel ?
Le 7 avril 2026, à Bruxelles, naissait l'Alliance des Démocrates pour le Sahel (ADS) : une nouvelle coalition d'acteurs de la société civile engagés dans une opposition active aux régimes militaires actuellement au pouvoir au Burkina Faso, au Mali et au Niger.
Sa création, qui vient s'ajouter à d'autres initiatives qui l'ont précédée, intervient dans un contexte de crise institutionnelle aiguë dans ces trois États sahéliens, et mérite, à ce titre, une attention et une analyse rigoureuses, au-delà des enthousiasmes comme des scepticismes de circonstance.
Un contexte d'impasse structurelle
Engagés dans des dynamiques d'opposition peu productives, les trois pays peinent à stabiliser leurs trajectoires respectives. Oscillant entre les registres de la transition, de la transformation et de la refondation sans s'inscrire clairement dans l'un d'eux, ils semblent encore en quête d'un cap à la fois lisible et crédible, susceptible de répondre aux attentes de leurs peuples.
Ce flottement conceptuel s'accompagne d'un positionnement diplomatique hésitant, tant à l'égard de leur environnement régional que de la scène internationale, ce qui hypothèque l'affirmation d'un projet politique pleinement cohérent. L'ensemble s'inscrit dans un contexte sécuritaire en dégradation progressive, où les populations civiles demeurent particulièrement exposées aux effets de stratégies dont les résultats restent limités.
Les difficultés accumulées contribuent ainsi au ralentissement des dynamiques institutionnelles et continuent d'obérer les conditions de vie comme les perspectives à moyen terme.
L'ADS : une réponse à la hauteur des enjeux ?
C'est précisément à la lumière de l'ampleur de ces difficultés structurelles et de l'urgence d'un sursaut citoyen que l'ADS a vu le jour. Son ambition déclarée est d'amorcer une action alternative susceptible d'alimenter des projets nationaux fondés sur un retour aux aspirations profondes des peuples, leur permettant de reprendre la main sur leurs choix de gouvernance et de désigner les dirigeants capables d'incarner cette volonté de réappropriation de la souveraineté. L'ambition est louable. Reste à savoir si elle se traduira en démarche méthodique et inclusive, ou si elle demeurera au stade de la déclaration d'intention bien intentionnée.
Le lieu de naissance comme registre de délégitimation : enjeux et limites
L'une des premières critiques adressées à l'ADS porte sur son lieu de création (Bruxelles), comme si naître en dehors du Sahel suffisait à invalider la légitimité du mouvement. Cet argument s'inscrit dans une logique de contestation politique ad hominem et tend à se substituer à l'analyse du projet sur le fond, faute d'arguments substantiels. Deux éléments de contexte méritent d'être rappelés.
D'une part, les autorités en place offrent peu d'espaces de délibération citoyenne, ce qui contraint les opposants à s'organiser hors des frontières nationales. Dans ces conditions, reprocher à une opposition de s'organiser à l'extérieur revient, en réalité, à lui reprocher d'exister.
D'autre part, l'histoire des mouvements d'émancipation africains enseigne précisément le contraire : la grande majorité des organisations qui ont contribué à l'émancipation des peuples du continent ont été initiées et structurées hors de leur territoire avant de s'implanter sur le terrain.
On célèbre justement cette année le centenaire de l'Étoile Nord-Africaine, fondée à Paris en 1926, qui fut le point de départ du mouvement national ayant contribué à la lutte anticoloniale et éveillé la conscience politique de peuples bien au-delà de l'Afrique du Nord.
La géographie de la fondation n'a jamais déterminé la légitimité d'un combat politique. Ce sont les idées portées, leur cohérence et leur ancrage dans les réalités vécues par les peuples qui en décident.
Les conditions d'une crédibilité durable
Les critiques formulées jusqu'ici à l'endroit de l'ADS portent essentiellement sur des questions de forme, faute d'arguments politiques substantiels capables d'alimenter un débat constructif sur l'avenir du Sahel.
C'est le signe, à ce stade, que le mouvement n'a pas face à lui d'adversaire sérieux sur le terrain des idées. Toutefois, la crédibilité ne se décrète pas : elle se construit dans la durée, à travers la cohérence des actions et la rigueur du travail analytique et politique produit.
Pour répondre à ses ambitions et aux attentes légitimes des peuples sahéliens, l'ADS devra relever quatre défis structurants.
Elle devra d'abord forger un narratif innovant et ancré dans les réalités, attentif aux dynamiques sociopolitiques spécifiques du Burkina Faso, du Mali et du Niger, sans se laisser enfermer dans des cadres idéologiques autocentrés qui reproduiraient les travers ayant largement contribué à précipiter ces pays dans la crise actuelle.
Elle devra ensuite préserver son unité interne, en prévenant les divergences d'agendas qui ont historiquement fragilisé, voire définitivement brisé, des coalitions comparables avant même qu'elles aient pu produire un impact tangible.
Elle devra également entretenir des liens organiques avec les sociétés civiles locales, afin que la réflexion produite depuis l'extérieur soit constamment irriguée par les dynamiques de terrain, et non coupée des réalités qu'elle prétend analyser.
Elle devra enfin résister à la tentation du positionnement partisan, qui transformerait rapidement une plateforme d'action collective en simple tribune d'opposition conjoncturelle, réduisant ainsi sa portée et compromettant sa légitimité à long terme.
L'avenir dira si l'ADS est capable de tenir cette ligne exigeante. Pour l'heure, sa naissance constitue un signal politique qui mérite d'être salué et pris au sérieux, non comme une solution achevée, mais comme l'amorce d'une réponse citoyenne à une crise qui, faute de contre-pouvoirs structurés, risque de s'approfondir davantage.
Abdoulahi ATTAYOUB, Consultant Lyon (France) 16/04/2026
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Article précédent du 15 mars 2026
La légitime défense préventive : une tentation dangereuse pour l’ordre international
Depuis quelque temps, experts et observateurs mettent en garde contre un glissement discret mais profond dans le discours stratégique de certaines puissances : la normalisation de la légitime défense préventive. Derrière cette notion se profile une mutation lourde de conséquences pour le système international établi au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.
Le cadre juridique issu de la Charte des Nations unies repose sur un principe central : l’interdiction du recours à la force dans les relations internationales. L’article 2 §4 de la Charte interdit clairement aux États de recourir à la menace ou à l’emploi de la force contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique d’un autre État.
La seule exception admise est celle prévue par l’article 51 : la légitime défense en cas d’attaque armée. Ce principe, déjà présent dans la tradition juridique internationale, impose des conditions strictes : la nécessité, l’imminence et la proportionnalité.
Or, la doctrine de la légitime défense préventive va bien au-delà de ces critères. Elle repose sur l’idée qu’un État pourrait frapper un adversaire non pas parce qu’il a été attaqué, ni même parce qu’une attaque est imminente, mais parce qu’il pourrait représenter une menace future. Si cette logique venait à s’imposer, elle ouvrirait une brèche majeure dans l’architecture juridique internationale.
Car les conséquences seraient évidentes : tout État estimant en avoir les moyens pourrait invoquer une menace potentielle pour justifier une offensive militaire. L’histoire montre pourtant que les perceptions de menace sont souvent subjectives et instrumentalisées. Une telle évolution risquerait donc d’encourager les guerres préventives, de multiplier les conflits régionaux et de raviver des ambitions expansionnistes que le droit international avait précisément pour vocation de contenir.
Depuis la création de l’ONU, l’objectif central du droit international consiste à : limiter la violence entre les États et substituer des règles au rapport de force brut. Certes, ce système est imparfait et parfois contourné. Mais il constitue néanmoins un mécanisme capable d’encadrer les rivalités internationales.
Remettre en cause ce cadre au nom d’une lecture opportuniste de la sécurité reviendrait à fragiliser l’un des piliers de la stabilité mondiale.
Vers une application sélective du droit ?
Plus inquiétant encore, certains discours récents semblent légitimer une application sélective du droit. L’idée selon laquelle le droit international ne devrait s’appliquer qu’entre « nations respectables » constitue une rupture profonde avec son principe fondateur : l’universalité de la norme juridique.
Le droit international n’a jamais été conçu pour récompenser les vertueux et punir les autres. Il existe précisément pour encadrer les relations entre tous les États, y compris ceux dont les systèmes politiques, les valeurs ou les alliances diffèrent.
Dans le même temps, les conséquences géopolitiques du conflit actuel dépassent largement le cadre régional. L’une des victimes collatérales pourrait être la cohésion du groupe des BRICS, souvent présenté comme l’un des vecteurs de l’émergence d’un ordre international multipolaire. Les divergences d’intérêts entre ses membres, accentuées par les crises internationales, pourraient ralentir cette dynamique.
La situation révèle également les limites de l’influence française au Moyen-Orient. Malgré les liens historiques étroits hérités notamment du Mandat français sur le Liban, la France peine aujourd’hui à peser sur les équilibres stratégiques régionaux. Cette difficulté illustre l’évolution du rapport de force international, dans lequel les puissances européennes disposent d’une marge d’action plus restreinte face aux acteurs majeurs de la région.
Quid du débat démocratique dans plusieurs pays occidentaux ?
Une autre conséquence plus discrète mais tout aussi préoccupante concerne la qualité du débat démocratique dans plusieurs pays occidentaux. Sur certaines questions internationales particulièrement sensibles, le débat public semble parfois se réduire à une opposition binaire, dans laquelle les voix critiques sont rapidement marginalisées. Pourtant, la vitalité des démocraties repose précisément sur la pluralité des analyses et la confrontation argumentée des points de vue.
Enfin, la mobilisation d’une partie significative de leurs capacités militaires par les États-Unis et Israël rappelle que même les puissances les plus avancées doivent composer avec des contraintes matérielles et stratégiques. Elle soulève également une question essentielle : quelle cohérence stratégique à moyen et long terme dans un monde marqué par le retour des rivalités entre grandes puissances ?
Au fond, la question dépasse largement le cadre d’un conflit particulier. Elle touche à l’avenir même du système international : celui-ci continuera-t-il à être structuré par le droit, ou glissera-t-il progressivement vers une logique de puissance et de préemption ? S
i la légitime défense préventive venait à devenir une norme implicite, l’ordre international pourrait entrer dans une période où la force primerait de nouveau sur la règle. L’histoire du siècle dernier rappelle pourtant le prix que le monde a déjà payé pour une telle logique.
Abdoulahi ATTAYOUB
Consultant Lyon (France) 15 mars 2026
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Article précédent du 3 février 2026
Niger : Les approximations diplomatiques du général Tiani
La récente sortie du chef de l’État nigérien, le général Abdourahmane Tiani, suscite de légitimes inquiétudes quant à l’agenda politico-diplomatique du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP). À la suite de l’attaque perpétrée contre l’aéroport international Diori Hamani et la base militaire 101 de Niamey, le 29 janvier 2026, le président nigérien a tenu des propos pour le moins inhabituels dans les usages diplomatiques internationaux. Il a publiquement accusé trois chefs d’État, Patrice Talon (Bénin), Alassane Ouattara (Côte d’Ivoire) et Emmanuel Macron (France), d’être des « sponsors » des assaillants.
En citant nommément ces dirigeants, le général Tiani a franchi un nouveau palier dans l’escalade verbale qu’il entretient depuis plusieurs mois avec ces pays. Le ton employé, peu conforme aux codes diplomatiques, interroge sérieusement la volonté réelle du régime de sortir le Niger de son isolement international et, partant, d’atténuer les souffrances quotidiennes des populations déjà éprouvées.
Les conséquences désastreuses d’une lecture biaisée du réel
L’exacerbation des tensions avec ces trois partenaires majeurs risque d’aggraver sensiblement la situation socio-économique des Nigériens. La fermeture prolongée de la frontière avec le Bénin prive déjà le pays de son principal accès à la mer, avec des répercussions directes sur l’approvisionnement, le coût de la vie et la circulation des marchandises. Par ailleurs, la présence d’une importante diaspora nigérienne en Côte d’Ivoire constitue un pilier essentiel du soutien familial et économique pour de nombreux foyers au Niger.
Quant aux relations avec la France, au-delà de la nécessaire redéfinition de ce partenariat, elles demeurent un élément structurant de l’environnement diplomatique et stratégique du pays. Or, aucune de ces considérations ne semble avoir pesé dans l’adoucissement du discours présidentiel. Cette gestion approximative des relations internationales, marquée par un manque évident de discernement, assombrit encore davantage les perspectives d’une sortie apaisée et rapide de la crise que traverse le Niger.

Une vision diplomatique déroutante
Sans préjuger des réponses que pourraient apporter les États mis en cause, il apparaît clairement que le régime nigérien éprouve de sérieuses difficultés à reconstruire un environnement diplomatique favorable à la levée de l’isolement. À la différence des autres pays du Sahel central, qui semblent adopter une posture plus mesurée et plus attentive aux réalités géopolitiques, le Niger s’enferme dans une rhétorique radicale qui suscite une inquiétude croissante au sein même de la population.
Le pays semble ainsi pris en otage par un discours populiste, déconnecté des réalités, qui l’éloigne inexorablement des objectifs de paix, de stabilité et de développement.
Une tutelle de fait, simplement déplacée
Les contradictions du discours officiel apparaissent avec une acuité particulière lorsque le président Tiani se félicite publiquement de l’intervention d’éléments russes ayant contribué à contenir l’attaque du 29 janvier. Cette posture tranche radicalement avec l’architecture idéologique du régime, fondée sur le rejet de toute présence militaire étrangère sur le sol nigérien.
Dès lors, plusieurs interrogations s’imposent :
Le Niger reconnaît-il implicitement son incapacité à assurer seul sa défense ?
Assiste-t-on à une substitution de tutelle, la présence française étant remplacée par une autre, sans garanties objectives de rupture avec les logiques antérieures ?
Cette nouvelle dépendance, dictée par des intérêts géopolitiques, diffère-t-elle réellement de la précédente ?
Ces tâtonnements stratégiques révèlent une absence de vision claire et ouvrent la voie à des contradictions susceptibles d’affaiblir durablement la position du Niger dans la sous-région, ainsi que la capacité du régime à défendre efficacement les intérêts nationaux. Ils appellent à un sursaut politique pour éviter une fuite en avant qui pourrait conduire à l’effritement des réseaux de soutien du CNSP, encore maintenus par l’espoir d’une issue pacifique à la crise.
La crispation observée semble également trahir une inquiétude plus profonde : celle d’un pouvoir né de la force et conscient de sa propre vulnérabilité face à des dynamiques similaires.

La refondation : un slogan en quête de substance
Cette nouvelle escalade verbale menace également l’ambition proclamée de « refondation » de l’État, ambition qui peine toujours à se matérialiser. Aucun chantier fondamental de l’architecture institutionnelle, sociale ou politique ne semble véritablement engagé.
Le récit national hérité de la période coloniale demeure largement intact et insuffisamment questionné. Or, la construction d’une nation forte et souveraine suppose un récit national inclusif, dans lequel chaque communauté contribue à l’édification collective. Le patriotisme authentique ne peut émerger sans un sentiment national partagé, enraciné dans une identité réappropriée et affranchie des schémas hérités de l’administration coloniale.
Si le CNSP entend réellement refonder le Niger, il devrait placer au cœur de son action la cohésion nationale et la correction des injustices structurelles héritées de l’ère postcoloniale. La même énergie mobilisée contre les influences extérieures devrait servir à consolider l’unité interne du pays. Or, les tentatives de stigmatisation ethnique, notamment à l’encontre de certaines communautés pastorales, risquent d’aggraver des fractures déjà profondes.
Un pouvoir ne peut durablement se prévaloir d’un soutien populaire lorsque toute possibilité d’opposition est étouffée. Les démonstrations de soutien orchestrées, portées par des réseaux néo-panafricanistes opportunistes ou par des courtisans en quête de bénéfices personnels, ne sauraient masquer l’absence d’adhésion libre et consciente.
Les véritables enjeux de l’avenir nigérien
Toute refondation crédible du Niger exige une confrontation lucide et sans complaisance avec les réalités nationales. Aucune stratégie sécuritaire ne peut être durable lorsqu’elle repose sur une logique ethnocentrée ou vise à préserver une domination au détriment d’autres composantes de la nation. Aucune construction nationale ne peut émerger de la stigmatisation ou de l’exclusion systématique.
Une communauté marginalisée, menacée ou assimilée à un ennemi intérieur n’a aucun intérêt à renforcer la souveraineté d’un système qui cherche à l’exclure. Dans plusieurs pays du Sahel, les régimes en place risquent, par leur aveuglement identitaire, de produire exactement l’inverse des objectifs qu’ils proclament.
Le souverainisme, lorsqu’il fait abstraction des exigences fondamentales d’unité, de cohésion et d’inclusion, révèle sa fragilité intrinsèque. Sans ces piliers, toute souveraineté demeure illusoire.
Abdoulahi Attayoub Consultant Lyon (France) 3 février 2026
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Le précédent article de décembre 2025
Sahel central : un discours souverainiste fragilisé par les dérives populistes
À l'heure où le monde connaît de profondes recompositions géopolitiques, l'Afrique sahélienne s'affirme comme un espace stratégique en quête de structuration et d'autonomie. À terme, la consolidation de sa voix sur la scène internationale pourrait contribuer à l’émergence d’une Afrique pleinement actrice de la nouvelle gouvernance mondiale. Dans cette perspective, la revendication d'une souveraineté renforcée s'impose comme le marqueur central d'une volonté d'émancipation assumée.
La détermination affichée par les régimes militaires actuellement au pouvoir au Niger, au Mali et au Burkina Faso à reconsidérer l’ensemble des accords et partenariats conclus depuis les indépendances traduit une volonté de rupture avec des cadres hérités, perçus comme autant de contraintes structurelles à leur développement. Toutefois, ce discours souverainiste, fréquemment empreint de rhétorique populiste, semble avant tout rencontrer l’adhésion d’une frange de la population dont le ressentiment, souvent légitime à l’égard des élites dirigeantes, est habilement orienté vers des responsabilités extérieures. Cette externalisation des causes des dysfonctionnements internes se fait au détriment d’une réflexion endogène rigoureuse sur les fondements mêmes des crises politiques, économiques et sociales persistantes.
Une telle stratégie de diversion révèle rapidement ses limites lorsque l’absence de réponses concrètes aux problématiques internes devient manifeste. L’évitement quasi systématique de toute introspection sur les enjeux fondamentaux de gouvernance, de responsabilité politique et de gestion des ressources affaiblit sensiblement la crédibilité de cet élan présenté comme émancipateur. Il apparaît en effet difficile de réduire l’ensemble des blocages structurels et des retards de développement aux seules séquelles de la domination occidentale, sans jamais interroger la responsabilité des régimes qui ont exercé le pouvoir depuis les indépendances. Une évaluation lucide mettrait pourtant en évidence des défaillances internes majeures et une carence persistante de vision prospective, dont l’impact sur les conditions de vie des populations est tout aussi déterminant. L’instabilité institutionnelle chronique, la corruption endémique, l’impunité généralisée et l’absence de mécanismes effectifs de redevabilité constituent autant d’obstacles structurels rendant largement inopérantes les politiques publiques mises en œuvre.
Les élites sahéliennes semblent ainsi s’être installées dans une posture victimaire commode, leur permettant d’éluder leurs propres responsabilités. Dès lors, l’opportunisme consistant à surexploiter aujourd’hui les conséquences d’une domination qu’elles feignent de découvrir interroge, tant ces mêmes élites en ont longtemps été les bénéficiaires directs ou indirects. Une remise en cause préalable des pratiques internes ayant prospéré à l’ombre de la période dite « néocoloniale » aurait indéniablement renforcé la crédibilité du discours souverainiste.

Par ailleurs, l’omerta persistante autour des crimes de sang et des crimes économiques continue de peser lourdement sur la mémoire collective et d’éroder la confiance des citoyens dans la perspective d’un avenir apaisé et prospère. La construction nationale dans les pays du Sahel central demeure également entravée par des logiques ethnocentrées, héritées d’un système postcolonial qui s’est progressivement mué en un véritable « État profond », s’arrogeant l’incarnation exclusive de l’autorité étatique. Toute politique souverainiste qui négligerait de déconstruire ces dynamiques internes risquerait inévitablement de reproduire les mêmes impasses, transformant la promesse d'émancipation en simple continuité du statu quo.
Le Niger, symptôme d’un mal plus profond
Depuis l’avènement du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP), le 26 juillet 2023, le débat politique au Niger semble s’être figée dans des postures de pouvoir, au détriment d’un examen approfondi des dysfonctionnements structurels de la gouvernance. Or, l’expérience des dernières décennies montre que les justifications avancées par les auteurs de coups d’État, tout comme celles de leurs opposants, présentent de troublantes similitudes, notamment par leur recours récurrent à des promesses de rupture et de renouveau. Ces discontinuités institutionnelles apparaissent ainsi moins comme des projets de transformation que comme des quêtes de légitimité, dont l’enjeu réel demeure l’accès au pouvoir ou sa préservation.
Les arguments sécuritaires et socio-économiques sont fréquemment mobilisés comme des alibis, souvent dépourvus d’une réelle profondeur politique susceptible de susciter une adhésion populaire durable. La répétition de ces schémas a progressivement nourri une forme de résignation collective, entravant l’émergence d’une véritable culture politique et démocratique. Les régimes civils, lorsqu’ils ont exercé le pouvoir, n’ont guère été plus convaincants, reproduisant des pratiques qui tendent à effacer, aux yeux des citoyens, toute distinction substantielle entre pouvoir civil et pouvoir militaire.
Les dérives autoritaires et clientélistes observées au fil des mandats précédents rendent ainsi délicate toute invocation, sans nuance, d’une démocratie que le coup d’État du 26 juillet 2023 aurait brutalement interrompue. Les partisans du régime déchu se réfugient fréquemment dans des arguments d’ordre moral, qualifiant l’événement de « trahison personnelle », tandis que les tenants du nouveau pouvoir peinent à convaincre quant aux motivations profondes de leur prise de contrôle de l’État. Dans ce contexte, il apparaît indispensable que le CNSP recentre son action afin d’éloigner le pays d’un aventurisme populiste susceptible de l’isoler durablement sur la scène internationale et de le fragiliser, sur le plan interne, par des discours clivants et stériles. De leur côté, ceux qui appellent au rétablissement de l’ordre constitutionnel omettent souvent de rappeler les dérives qui avaient progressivement vidé cet ordre de sa substance, tant en matière de libertés publiques que de respect de l’expression populaire.
Il revient désormais au CNSP, dans le cadre du projet de refondation qu’il avance, de démontrer sa capacité à rompre avec ce cercle vicieux en concevant une architecture politique innovante, apte à contenir les dérives récurrentes et à instaurer une vie publique apaisée, fondée sur la justice, l’impartialité et la primauté d’un État véritablement garant de l’intérêt général. À cet égard, une ouverture effective du champ politique à des personnalités crédibles, profondément enracinées dans les réalités nationales, pourrait favoriser l’émergence d’un paysage politique renouvelé, respectueux des équilibres institutionnels et sociaux du pays.

Mohamed Bazoum : la justice comme voie de sortie de l’impasse
La situation de l’ancien président nigérien Mohamed Bazoum continue de susciter interrogations et controverses. Près de trois ans après sa destitution, il demeure retenu au sein de l’enceinte présidentielle, sans qu’aucun calendrier judiciaire n’ait été rendu public ni qu’une perspective claire n’ait été définie quant à son sort. Cette absence de procédure, au-delà des considérations éthiques et humaines qu’elle soulève, apparaît fondamentalement incompatible avec les principes de l’État de droit.
Ce dossier appelle désormais un traitement judiciaire transparent, indépendant et impartial. Un tel cadre permettrait un examen contradictoire et approfondi des faits, offrant à Mohamed Bazoum, au CNSP et à l’ensemble des acteurs concernés l’opportunité d’éclairer l’opinion nationale sur leurs responsabilités respectives dans la crise actuelle, laquelle entache profondément la crédibilité des institutions de la République.
L’enjeu dépasse largement les clivages partisans. Il s’agit avant tout de garantir à un citoyen, ancien chef de l’État, le droit de présenter devant la nation sa lecture des circonstances ayant conduit à son éviction. La persistance d’arguments exclusivement politiques apparaît désormais contre-productive. En ce sens, les appels à sa libération, fondés sur le respect de son droit fondamental à un procès juste et équitable, constituent l’argument le plus solide et le plus fédérateur, en parfaite cohérence avec les principes de l’État de droit et les engagements internationaux du Niger en matière de droits humains. Une telle démarche fondée sur le droit et non sur la revanche politique, pourrait contribuer à un consensus élargi et jeter les bases d’une sortie digne, stable et durable de l’impasse actuelle, condition essentielle à l’instauration d’une vie politique véritablement apaisée.
Abdoulahi ATTAYOUB
Consultant Lyon (France) 12 janvier 2026

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