
Patrice-Ariel (Ariel) Français est un ancien haut fonctionnaire de l'ONU et essayiste, rompu aux problématiques du developpement et porté sur les questions géopolitiques. Après des études de droit et de sciences politiques (Faculté de droit et Sciences Po, Paris), il a servi dix ans la France au Commissariat général du Plan, puis au ministère des Affaires étrangères, avant de rejoindre, vingt cinq ans durant, le Programme des Nations Unies pour développememt (PNUD). Au cours de ce dernier engagement il a assumé, douze ans durant, les fonctions de Coordonnateur résident des Nations Unies dans différents pays. Il avait auparavant servi comme sous-officier au Service d’information et de relations publiques des armées (SIRPA) pendant son service militaire, et par la suite assumé quatre ans durant, au titre de son engagement politique - à la demande de Charles Hernu et de Jean-PierreChevènement - les fonctions de secrétaire général de la Commission de la défense du parti socialiste. Il a par ailleurs soutenu une thèse de doctorat en droit et relations internationales sur une possible coopération franco-britannique en matière d’armes nucléaires. Patrice-Ariel, qui vit entre Vienne (en Autriche) et Merida (au Méxique), est membre chroniqueur de I-Dialogos.
Sortir, et pour quelles raisons, du carcan militaire de l’OTAN
Rappelons, pour commencer, que l’OTAN est née fin 1950 de la volonté des parties au traité de l’Atlantique nord (4 avril 1949) de donner corps aux engagements de défense collective souscrits dans le cadre de ce traité. Cette organisation à caractère défensif a très vite donné naissance à un dispositif militaire intégré placé dès le départ sous commandement américain. Il s’agissait alors de faire face à la menace soviétique et à l’expansion, sous la férule de l’URSS, du communisme en Europe de l’Est.
A cette initiative l’URSS répondrait par une alliance opposée, le Pacte de Varsovie (1955), qui lierait l’URSS aux pays dits « satellites » d’Europe centrale et orientale.
Cette configuration durerait jusqu’à la fin de la guerre froide (1948-1990) sans que nul ne la remette en cause du côté occidental, si ce n’est le retrait de la France de son dispositif militaire intégré entre 1966 et 2008 (par souci du général de Gaulle de préserver l’autonomie stratégique de la France).
Certains États européens, dont la France, avaient certes envisagé de créer en 1950 une Communauté européenne de défense (la CED), mais le traité conçu à cet effet capota en 1954 faute d’accord sur la nature et l’étendue des abandons de souveraineté inhérents au projet. Si bien qu’en 1989-1990, lorsque le mur de Berlin chuta et que le bloc dit de l’Est implosa, l’OTAN faisait figure d’entité gagnante, bien qu’elle ne soit en rien dans la décomposition interne du bloc soviétique.
L'OTAN aurait dû disparaître
En 1991, au lendemain de la guerre froide, l’OTAN aurait dû en toute rigueur disparaître (à l’instar du Pacte de Varsovie du côté Europe de l’Est qui fut dissout en juillet 1991).
Des assurances non équivoques et écrites avaient alors été données à Mikhail Gorbatchev et à la Fédération de Russie naissante suivant lesquelles les pays de l’alliance ne positionneraient aucune troupe ni armement nucléaire sur le territoire de l’ancienne Allemagne de l’Est, laissant cependant dans l’ombre le devenir de l’alliance.

Au cours des années 1990 l’OTAN ne serait ni dissoute ni marginalisée, mais au contraire élargie à de nouveaux États et dotée de nouvelles missions, significativement éloignées de sa vocation d’origine.
L’OTAN serait ainsi amenée à intervenir dans des conditions souvent sujettes à controverses, notamment dans l’ex- Yougoslavie (à l’occasion des conflits en Bosnie-Herzégovine, de 1993 à 1999, puis au Kosovo à compter de 1999), en Afghanistan (de 2003 à 2021, après le renversement du régime des Talibans) et en Libye (en 2011, lors de la première guerre civile).
Cet élargissement de l’OTAN et sa dérive vers de nouvelles missions aurait été sans conséquences graves pour l’Europe s’ils n’avaient confirmé son inféodation foncière à la puissance américaine (inféodation qui n’a jamais cessé d’être ni de croître tout au long de son existence). Or cette inféodation, loin de protéger les pays de l’Europe occidentale, n’a fait que les rendre chaque fois plus dépendants des Etats- Unis ou, pour être plus précis, de leur noyau dirigeant, par-delà les aspirations du peuple américain. Par noyau dirigeant j’entends par là le cœur du pouvoir américain, en tant que puissance, à savoir : sa classe politique (de la Maison blanche au Congrès), son complexe militaro-industriel (élargi désormais aux grandes entreprises de la « High Tech ») et les piliers de sa dimension impériale dans le monde (le département d’État, le Pentagone, la CIA, des think tanks comme la Heritage Fondation, de grandes fondations comme la National Endownment for Democracy, etc.).
Certains n’hésitent pas, comme Jeffrey Sachs, à qualifier ce complexe d’« État profond » (bien que le terme soit par ailleurs sujet à controverses). Aussi, le décryptage du narratif tenu par dirigeants américains passe nécessairement par une démystification de ce même narratif.
Défense du monde libre et des démocraties occidentales ?
Ainsi, la soi-disant défense du monde libre et des démocraties occidentales, professée par l’ex-président Joe Biden, doit être analysée à l’aune des objectifs poursuivis par l’État profond étatsunien, à savoir l’affaiblissement de la Russie dans le la perspective d’un affrontement à venir avec la Chine.
De même le « pivot » vers l’Indo-Pacifique amorcé auparavant par le président Barack Obama s’explique par les craintes de l’establishment américain de voir l’hégémonie des Etats-Unis menacée par l’ascension de la Chine.
Ces mêmes craintes restent au cœur de l’administration du président Donald Trump dont les objectifs réels ne diffèrent guère des objectifs poursuivis avec constance par l’État profond étatsunien.
Une lecture attentive du livre blanc préparé par la Heritage Fondation pour mettre en place la nouvelle administration - intitulé Project 2025 - est édifiante à cet égard (renforcement de la politique étrangère, de la politique de défense, des programmes d’armement, de l’architecture du renseignement et de la sécurité autour d’un objectif commun : faire face à une menace chinoise, explicite dans le document).
De même, la nomination à des postes clé de la nouvelle administration de nombreux auteurs de ce rapport est tout autant édifiante. Aussi, nul ne devrait s’y tromper : la politique suivie par la nouvelle administration ne diffère guère de celle poursuivie auparavant par l’État profond étatsunien, par-delà les déclarations du président Trump et les discours qu’il adresse au monde MAGA.
7 janvier 2026
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