L'eau dans les processus multilatéraux: état des lieux et perspectives / Abdoulaye SENE

Secrétaire exécutif du 9e Forum mondial de l’eau, Abdoulaye Sene - Ingénieur hydraulicien de formation - est aujourd’hui le coprésident du Global Water Partnership West Africa. 

Co-Président-fondateur du Think Tank I-Dialogos, il est ancien Président du Conseil régional de la Région de Fatick (Sénégal), ancien Député et Président de la Commission du développement et de l’aménagement du territoire de l’Assemblée nationale de la République du Sénégal. Comme Secrétaire général de l’Association des élus locaux du Sénégal, il fut co-fondateur de l’ORU-FOGAR (l’organisation mondiale des Régions Unies). Abdoulaye SENE est membre du conseil d’administration du Conseil des Collectivités Territoriales (CCT) de l’UEMOA comme personnalité qualifiée. Expert invité auprès du Centre de développement de l’OCDE, il est également administrateur de l’Arga (Alliance pour refonder la gouvernance en Afrique). 

Abdoulaye Sene, Executive Secretary of the 9th World Water Forum, is a trained hydraulic engineer and is currently the Co-Chair of the Global Water Partnership West Africa. He is also the Co-Founder and Co-Chair of the Think Tank I-Dialogos, former President of the Regional Council of the Fatick Region (Senegal), former Member of Parliament and President of the Development and Land Use Commission of the National Assembly of the Republic of Senegal. As the Secretary-General of the Association of Local Elected Officials of Senegal, he co-founded ORU-FOGAR (the World Organization of United Regions). Abdoulaye Sene is a member of the Board of Directors of the Council of Local Authorities (CCT) of the West African Economic and Monetary Union (WAEMU) as a qualified expert. An invited expert with the OECD Development Centre, he is also a board member of ARGA (Alliance for Rebuilding Governance in Africa).

L’eau, boussole d’un nouveau multilatéralisme : de Dakar à Abu Dhabi 2026 

Les 26 et 27 janvier 2026, Dakar a été l’épicentre de la diplomatie bleue mondiale. En accueillant la réunion préparatoire de la Conférence des Nations Unies sur l'eau 2026, le Sénégal et les Émirats arabes unis ont posé les jalons d’une ambition renouvelée. Comme l’a rappelé S.E. le Président Bassirou Diomaye Faye lors de l’ouverture, il ne s’agit plus de constater l’urgence, mais de convertir la volonté politique en un choc d’investissements concrets. 

Discours d'ouverture du Président de la République du Sénégal, SE Bassirou Diomaye FAYE

Un paradoxe mondial à briser 

L’eau est partout — du climat à la biodiversité, de la santé à la sécurité — et pourtant, elle reste nulle part dans la hiérarchie des décisions politiques globales. Cette fragmentation est notre plus grand échec. Alors que 2,2 milliards d’êtres humains n’ont toujours pas accès à une eau potable, nos instances multilatérales continuent trop souvent de traiter la ressource par silos. 

L’année 2026 doit marquer la fin de cette ère. Avec la nomination de la première Envoyée spéciale de l’ONU pour l’eau et la dynamique des Forums mondiaux (Dakar 2022, Bali 2024), nous disposons des leviers pour une architecture cohérente.

Le « Pacte de Dakar-Abu Dhabi » : trois piliers pour l’avenir

Pour que la Conférence de décembre 2026 aux Émirats ne soit pas un forum de plus, elle doit accoucher d’un acte fondateur : le Pacte de Dakar-Abu Dhabi. Ce pacte repose sur une vision prospective en trois points :  

. Une redevabilité "à la Paris" : À l’image de l’Accord de Paris pour le climat, l’eau a besoin de mécanismes contraignants. Nous préconisons des rapports nationaux biennaux standardisés et un tableau de bord mondial de la sécurité hydrique pour suivre les engagements en temps réel.  

. Un choc financier de 200 milliards de dollars : Le sous-financement actuel est une barrière à la paix. Nous appelons à la création de mécanismes innovants : « obligations bleues », conversions de dettes en investissements hydrauliques et création d'un fonds mondial pour la sécurité hydrique.  

. Une gouvernance inclusive et territoriale : Les solutions naissent dans les bassins versants et les territoires. Il faut renforcer les organisations transfrontalières (qui gèrent 60% de l’eau douce mondiale) et garantir une place centrale aux femmes, aux jeunes et aux peuples autochtones.

L’Afrique comme moteur de solution

Sous l’impulsion de l’Union Africaine, 2026 est l’année de la souveraineté hydrique continentale. Le tandem Sénégal-Émirats symbolise une coopération Sud-Sud exemplaire, alliant l’expertise africaine de la gestion du stress hydrique aux capacités de financement et d'innovation technologique du Golfe. 

L’Afrique ne vient pas en solliciteuse, mais en force de proposition. Du dessalement à l’intelligence artificielle appliquée à l’irrigation, le continent est un laboratoire de résilience qui doit inspirer le monde.

Réunion préparatire des 27 et 27 janvier 2025 à Dakar

Conclusion : Gérer l'eau, c'est gérer notre avenir 

L’eau est le principe d’intégration du 21ème siècle. Elle est l’épine dorsale de l’adaptation climatique et le ferment de la paix. L’histoire jugera notre génération sur un seul critère : notre capacité à transformer l’architecture mondiale pour assurer la sécurité hydrique pour tous, partout et pour toujours. La route est tracée ; de Dakar à Abu Dhabi, il est temps de passer à l’action. 

Abdoulaye SENE 

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