
Mme Hong Ha : Pierrick Hamon, dans vos précédentes fonctions comme aujourd’hui en qualité de délégué général du think tank international I‑Dialogos, vous avez entretenu et depuis de nombreuses années, des relations suivies avec le Vietnam. Comment évaluez-vous l’évolution de la position et de l’influence diplomatique du Vietnam sur la scène internationale au cours des cinq ou dix dernières années ?
Pierrick Hamon : L’évolution de la position internationale du Vietnam me paraît très nette. Il y a cinq ou dix ans, le pays était encore principalement perçu à travers son développement économique et son intégration progressive dans les échanges mondiaux. Il est désormais reconnu comme un acteur diplomatique à part entière, capable de faire entendre une voix originale dans un environnement international de plus en plus fragmenté.
Souvent cité comme un modèle de politique d’équilibre, le Vietnam entretient des relations étroites avec la Chine tout en développant des partenariats stratégiques avec la France, les États-Unis, la Russie, l’Inde, le Japon, la Corée du Sud, le Brésil, l’Australie et l’Union européenne. Hanoï renforce également sa présence au Moyen-Orient, auprès des pays du Golfe, notamment l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, mais aussi de l’Iran et d’Israël.
Cette capacité à dialoguer et à coopérer avec des partenaires appartenant à des univers politiques différents, parfois même opposés, constitue précisément l’une des forces de la diplomatie vietnamienne. Elle repose sur une volonté d’autonomie stratégique : défendre les intérêts du pays, diversifier ses relations, préserver sa liberté de décision et promouvoir le respect du droit international.
Dans un contexte marqué par la rivalité entre les États-Unis et la Chine, la guerre en Ukraine, le conflit au Moyen-Orient et les tensions en mer de Chine méridionale, cette position est difficile à tenir. Elle confère néanmoins au Vietnam une crédibilité particulière et lui permet de jouer un rôle que d’autres pays, ne sont plus toujours en mesure d’assumer.
Le Vietnam apparaît ainsi non seulement comme une puissance d’équilibre, mais de plus en plus comme une puissance de dialogue, de proposition et, potentiellement, de médiation.