L'association CUBA Coopération au coeur de l'actualité internationale. Roger GREVOUL

Cuba traverse la période la plus critique de son histoire depuis la Révolution. La population cubaine est confrontée à une situation d’une gravité exceptionnelle, résultant de la combinaison de facteurs déjà lourds — le blocus et les sanctions imposés par les États-Unis — et une catastrophe naturelle majeure, avec l’ouragan Melissa qui s’est abattu avec une violence extrême sur l’île, provoquant des destructions considérables. Dans ce contexte, l’association « Cuba Coopération France » œuvre sans relâche à renforcer les liens historiques, culturels et familiaux que les Cubains ont tissés avec la France et, plus largement, avec les peuples du monde entier. La musique de ce pays au rayonnement presque mythique demeure un vecteur essentiel de cette relation singulière. Roger GREVOUL, longtemps président de Cuba Coopération, a accepté de nous livrer son témoignage, un témoignage d’une particulière actualité  à lire ci-dessous.

L’association Cuba Coopération France a été créée en 1995, en plein cœur de ce que les responsables cubains ont appelé « la période spéciale en temps de Paix » qui correspondait à la chute des états socialistes de l’Europe de l’Est, avec lesquels Cuba avait des rapports privilégiés. L’économie subit alors un choc considérable.  Dans ces circonstances, avec trois autres amis désireux d’apporter notre soutien au peuple cubain, et aux côtés d’autres associations de solidarité, nous avons décidé d’en constituer une nouvelle, vouée  à la coopération et en particulier à la coopération décentralisée. Une association ouverte à tous les courants de pensée, exceptés ceux d’extrême droite…au vu des résultats on peut constater que le pari a été tenu. 

Modestement, mais avec détermination, notre association a petit à petit tissé des liens avec la société cubaine, à tous les niveaux. Elle a constitué en France un réseau de 20 comités locaux qui, avec la direction nationale de l’association, interviennent afin de faire connaître la réalité cubaine et mettent en œuvre des projets de coopération : agriculture, eau, santé, culture, sports, éducation, développement durable… De juin 2012 à son décès, le 5 juillet 2025, notre regretté Président Victor Fernandez a animé avec dynamisme, compétence, ouverture, notre association. Aujourd’hui, Manuel Pascual, dirigeant, affirmé à nos côtés, assure la relève.

Malgré les difficultés dues au renouvellement insuffisant de ses responsables, l’association se développe. De nouveaux comités se créent chaque année, des projets structurants sont réalisés.

Une situation de guerre économique, financière, commerciale depuis sa Révolution !  

Actuellement  l’île, sa population, traversent  la situation la plus critique qu’elle ait connue depuis la révolution. En plus du blocus et des sanctions étasuniennes, qui se sont renforcées, est venu s’abattre cette année le terrible ouragan Melissa qui a frappé très durement les provinces de l’occident. Même si on ne déplore aucune victime, grâce aux mesures de prévention prises par l’état, le bilan est catastrophique. Des milliers d’habitants ont tout perdu, jusqu’à leurs vêtements. D’immenses territoires ont été totalement inondés, les infrastructures détruites, les services publics de santé, d’enseignement ont grandement été affectés et certains le restent toujours.  Cela malgré la mobilisation des moyens matériels et humains locaux et la solidarité internationale. En France la solidarité a été et reste importante.   Nous organisons l’envoi régulier de conteneurs de produits et matériels divers et poursuivons nos projets de coopération. Notre association a fait appel aux dons financiers. Tout cela en faisant face aux nombreux obstacles   dressés par la politique étasunienne, qui, hélas s’applique en France. 

Retour de la doctrine Monroe ?  

Début d’année, avec un ciel qui s’obscurcit. Notre planète vient de vivre un évènement particulièrement grave et alarmant pour son avenir :  l’agression militaire   de la République Bolivarienne du Venezuela et l’enlèvement de son Président décidés par le Président des États-Unis 

Première constatation, la doctrine Monroe est toujours en marche, avec l’adaptation qu’en fait Donald Trump : Doctrine « DONROE ». C’est-à-dire « l’Amérique aux États-Unis » et bien au-delà si nécessaire ! 

Après le Venezuela et avec le Venezuela, un des premiers pays visés : CUBA, ce pays qui a tout vécu, tout subi, et résiste à tout ! L’épée de Damoclès se rapproche, mais ce n’est pas la fin de l’histoire. Ce petit pays n’est pas seul, de grandes puissances comme la Chine et la Russie sont à ses côtés. Et de très nombreux autres  n’acceptent pas le dictat qui souvent les vise eux-mêmes. Même si le danger est réel, il y a loin de la coupe aux lèvres. Le quotidien français, Le Figaro peu favorable à la révolution cubaine, publiait ceci le 1er janvier 2026 : « Les conditions sont réunies pour un changement de système politique en 2026, même si des prévisionnistes se sont risqués à tort à annoncer la chute imminente des Castro depuis les années 1990, tant les Cubains, à l’instar des Russes, ont la capacité de résister à toujours plus de sanctions ». Comme les dirigeants du Venezuela, ceux de Cuba souhaitent que leur pays, son intégrité, ses orientations soient respectés. En ce début d’année, faisons le vœu que le droit et la justice soient du côté du peuple cubain. 

=> le Lien de l'association

Corriger les erreurs, vaincre la corruption et la bureaucratie

Les autorités cubaines, gouvernementales, Parti Communiste compris, ont conscience de la gravité de la situation et du danger existant pour la survie du régime socialiste. Ils incriminent les États-Unis, comme principaux responsables, mais pas seulement. Les réunions de leurs directions qui ont eu lieu mi-décembre 2025, pointent le besoin de transformations urgentes, indispensables pour redresser le pays, corriger les erreurs, les insuffisances, vaincre la corruption, la bureaucratie qui freine le développement de l’économie. 

Quid de la France et de l’Union européenne ? 

Les positions de la France et de l’Union européenne sont ambiguës. Elles s’opposent, dans les votes et souvent dans leurs déclarations, aux sanctions prises par les États-Unis, mais elles ne prennent aucune mesure concrète pour se dresser contre. Qu’attend le gouvernement français, le Parlement européen pour empêcher l’application de la loi extraterritoriale « HELMS BURTON » qui freine, voire bloque le développement de rapports économiques avec la Grande Île ? Actuellement, la quasi-totalité des banques refusent toute transaction avec Cuba, même quand il s’agit d’aide humanitaire…   

On avait observé une éclaircie sous la présidence d’Obama. 

Les libertés publiques ? Cette question importante fait l’objet de très nombreux commentaires dans les pays occidentaux, qui condamnent, sans discernement, le système cubain. Tout d’abord cette notion ne peut être abordée sans le faire de la situation du pays. Pour Cuba, la proximité des États-Unis, son agressivité criminelle depuis 1959, les énormes moyens, humains, financiers, militaires, mis en œuvre quotidiennement pour asphyxier l’économie cubaine, affamer, désespérer le peuple et organiser un changement de régime. Cela explique les mesures de défense prisent par les responsables de l’État. On peut comprendre que quelquefois, pour éviter le pire, « on coupe un peu large » ! Que les États-Unis responsables de la situation lèvent les mesures « incendiaires », une certaine détente sera observée. Cela a été en partie observé sous la présidence d’Obama. 

Relations avec les réfugiés cubains qui vivent en France et nos relations avec l’Ambassade de Cuba.

Les comités locaux, en particulier ceux du Sud de la France et ceux de la région parisienne, ont souvent des réfugiés parmi leurs adhérents. Ceux-ci participent aux actions de soutien matériel organisées par l’association. Ils ont de plus en plus de liens avec leur ambassade et les consulats qui ne les traitent pas comme des ennemis du régime, mais comme des réfugiés économiques. 

 imanquable Salsa.

Depuis la création de l’association, nous avons  entretenu des liens de travail réguliers avec les différents ambassadeurs, leurs collaborateurs et leurs services.  Pas de subordination, notre association est indépendante et libre de ses orientations, mais des relations cordiales. Nous bénéficions régulièrement de l’aide apportée pour la réalisation de nos projets, de la fluidité des relations avec nos interlocuteurs dans l’Île, et cela à tous les niveaux. Nos  relations sont également bonnes avec les ambassadeurs de France à Cuba. Ils nous considèrent comme des interlocuteurs, des intervenants sérieux.

En guise de conclusion …

30 années se sont déroulées, depuis le début de cette aventure humanitaire, solidaire ! Pour le militant que je suis, âgé de bientôt 93 ans ! une partie importante de ma vie y fut consacrée, et cela avec un très grand plaisir. Le peuple cubain est un peuple fier, chaleureux, accueillant, ami depuis toujours avec notre pays.

Avec Eusebio Leal, le regretté historien, restaurateur du centre historique de La Havane, nous avons ensemble créé en plein cœur de cette capitale, la Maison Victor Hugo, espace de diffusion de nos cultures et d’échange.  Depuis 20 ans elle scelle et perpétue les liens historiques entre nos deux pays autour des mots clés sont : solidarité, coopération, paix ! Merci à « I-Dialogos » de promouvoir le dialogue et l’échange et la Paix. 

Paris, le 17 janvier 2026 

Roger Grévoul 

Président fondateur de l’association Cuba Coopération France, Ancien Premier Vice-Président du Conseil Général du Val de Marne, Ancien Premier Adjoint au Maire d’Ivry-sur-Seine (Val de Marne), Chevalier de l’Ordre National du Mérite, Titulaire de la Médaille d’amitié de la République de Cuba.