Le Département français de l’ALLIER honoré par le Président de la République de MONGOLIE

Le Département français de l’ALLIER honoré par le Président de la République de MONGOLIE

Depuis 24 ans, l'Allier, épaulé par l'Association Pays d'Allier-Uvurkhangaï (APAU), est engagé dans un partenariat avec la province mongole de l'Uvurkhangaï. Une coopération dans laquelle la Francophonie n’est pas oubliée. Qu’un département de 335000 habitants, ait été décoré de la plus haute distinction de la République mongole, ne pouvait que nous amener à rencontrer les protagonistes de cette coopération, Véronique Hérupé, chargée de la coopération internationale au Conseil départemental de l'Allier, et Fabrice Dubusset, metteur en scène à la Compagnie Procédé zèbre, partenaire de cette coopération / 22.11.2024

Quand un département, l’Allier, par sa coopération avec la Mongolie depuis 24 ans, 

a reçu en octobre 2023 la plus haute distinction de ce pays, des mains du Président de la République de Mongolie  

Depuis 24 ans, l'Allier, épaulé par l'Association Pays d'Allier-Uvurkhangaï (APAU), est engagé dans de nombreux domaines, dans un partenariat « gagnant-gagnant » avec la province mongole de l'Uvurkhangaï. Une coopération dans laquelle la Francophonie n’est pas oubliée.  Qu’un département de 335000 habitants, ait été décoré de la plus haute distinction de la République mongole, ne pouvait que nous amener à rencontrer les protagonistes de cette coopération exemplaire, Véronique Hérupé, chargée de mission coopération internationale au Conseil départemental de l'Allier et Fabrice Dubusset Directeur artistique, metteur en scène à la Compagnie Procédé zèbre, partenaire de cette coopération, mais également très engagé avec la jeunesse, dans des projets culturels pour une francophonie vivante et innovante. 

Véronique Hérupé et Fabrice Dubusset

Entretien réalisé par Jean Claude Mairal

I-Dialogos I-Dialogos: Véronique Hérupé, depuis de très nombreuses années vous pilotez en tant que chargée de mission au sein du Conseil général, puis du Conseil départemental de l'Allier, de nombreuses coopérations: Mali, Sénégal, Maroc et Mongolie. Sans sous-estimer l'intérêt des autres coopérations, ce qui retient notre attention, c'est celle concernant la Mongolie. Que le département de l'Allier ait été décoré récemment par le Président de la République mongole, lors de sa visite officielle en France, de la plus haute distinction de ce pays, n'est vraiment pas anodin ! C'est le signe que la coopération de l'Allier est perçue dans ce pays comme extrêmement utile, efficace et très pertinente. Le département de l'Allier doit être fier de cette distinction et de la reconnaissance de son action? Présentez-nous cette coopération ! 

Véronique Hérupé : 9 000 kms séparent le département de l’Allier et la province centrale de l’Uvurkhangaï en Mongolie. Pourtant, les relations de coopération entre le Conseil départemental de l’Allier et la Province de l’Uvurkhangaï initiées il y a bientôt 25 ans ont développé des liens forts d’amitié et de solidarité entre les populations de l’Allier et de l’Uvurkhangaï. La volonté commune du Département et de la Province est de poursuivre un processus durable de coopération au service de leurs populations respectives. Toutes les actions du partenariat Allier-Uvurkhangaï sont construites dans une démarche de formation et de transfert de savoir-faire entre professionnel(le)s et technicien(ne)s des deux territoires. La diversification des échanges de compétences a permis de pérenniser le partenariat. Le renforcement des capacités et des compétences, l’action sociale et de santé (mère-enfant, reconnaissance et pris en charge du handicap), l’égalité entre les femmes et les hommes, le développement touristique et le patrimoine culturel, l’aménagement rural et l’environnement, l’agriculture-maraîchage, l’action socio-culturelle, le sport, l’éducation/formation et la jeunesse, le développement durable, la promotion des droits humains et éducation à la coopération e à la solidarité internationale des citoyens des deux territoires constituent les objectifs conjoints de la coopération décentralisée entre le Conseil départemental et la Province de l’Uvurkhangaï. Oui nous pouvons être fiers de cette coopération dynamique, portée par le souffle d’une jeunesse mongole avide d’apprendre, d’expérimenter et d’innover avec le « troisième voisin » qu’est la France. Les soutiens des ambassades de Mongolie en France, de France en Mongolie, du Ministère de l’Europe et des Affaires Etrangères viennent récompenser l’exemplarité de cette coopération.   

I-Dialogos: Parler de coopération, c'est avoir des interlocuteurs et construire des actions en toute confiance. Qu'en est-il avec vos partenaires mongols? Avec les autorités du pays? Avec les autorités locales ? 

Véronique Hérupé : La coopération Allier-Uvurkhangaï existe depuis 24 ans. Les partenaires se connaissent bien et maîtrisent parfaitement leurs modes de fonctionnement respectifs. La confiance et le respect se sont construits et renforcés au fil de ces 24 années d’échanges à travers les nombreuses missions en Allier et en Uvurkhangaï. Notre coopération a bien évidemment évolué depuis 2000 accompagnant les changements institutionnels mongols et les évolutions françaises liées à cette compétence. Elle s’inscrit désormais dans le plan d’actions de la Province. Le renouvellement générationnel des élu(e)s et professionnel(le)s mongo (e)s a permis de recentrer les priorités d’actions, d’impliquer de nouveaux partenaires dans l’Allier et dans l’Uvurkhangaï pour développer des axes innovants de projets, notamment celui de la « coopération jeunesse francophonie » soutenue également par l’Alliance Française d’Oulan Bator. 

I-Dialogos: Cette coopération avec la Mongolie est féconde pour vos partenaires mongols, elle l'est certainement pour vos différents partenaires du département engagés à vos côtés dans cette coopération ? 

Véronique Hérupé : Le Conseil départemental de l’Allier a impliqué depuis 25 ans un réseau riche de partenaires de son territoire pour partager leurs compétences et savoir-faire avec nos partenaires mongols dans les différents domaines de notre coopération : établissements de santé, établissements scolaires (généraux et professionnels), exploitations agricoles et forestières, entreprises, artistes et établissements culturels, collectivités locales, établissements touristiques… La coopération Allier-Uvurkhangaï : un vecteur fort de mobilisation à l’international pour notre département et un rayonnement de notre territoire dans les réseaux nationaux et internationaux de coopération. 

I-Dialogos: Véronique Hérupé, avec une si belle dynamique, vous n'allez certainement pas vous arrêtez en si bon chemin, vous avez certainement d'autres projets pour 2025. 

Véronique Hérupé : Bien-sûr, l’aventure continue, toujours avec la volonté commune d’expérimenter de nouveaux axes de projets. 2025 sera également l’année de commémoration des 25 ans de notre coopération, couplée avec les 60 ans des relations diplomatiques franco-mongoles. L’axe coopération-jeunesse-francophonie sera le fil rouge de cet anniversaire qui verra 2 temps forts : -en avril en Mongolie : plusieurs missions seront présentes dans l’Uvurkhangaï et à Arvaikheer, capitale de la Province (une mission santé de l’association APAU, une mission de formateurs cuisine du Centre de Formations d’Apprentis IFI 03, une mission culturelle de la Compagnie Procédé Zèbre)  -dans l’Allier en mai à l’occasion du 10ème festival « Water is Memory » de la Compagnie Procédé Zèbre. 

I-Dialogos: Véronique Hérupé, votre enthousiasme fait chaud au cœur ! 

Véronique Hérupé : Merci mais l’enthousiasme, la curiosité, l’envie d’apprendre, de découvrir, de partager et d’avancer de nos partenaires sont contagieux et il est facile de se laisser emporter par le souffle venu des grandes steppes.   

I-Dialogos: Fabrice Dubusset vous êtes directeur artistique et metteur en scène à la Compagnie Procédé zèbre, et depuis cette année partenaire de la coopération de l'Allier avec la Mongolie et la Province de l'Uvurkhangaï, en intégrant celle-ci par l'intermédiaire du théâtre. Comment voyez-vous une telle coopération artistique entre partenaires de cultures et de langues aussi différentes? Que retenez-vous de cette expérience pour vos propres pratiques artistiques ? 

Fabrice Dubusset :Tout d'abord il y a un langage commun aux arts de la scène et c'est cette recherche de vérité dans l'émotion que l'on peut susciter auprès des différents acteurs et publics. Dans le travail de coopération artistique que la compagnie développe depuis plusieurs années, il nous est important de construire ensemble, avant même de penser le travail de création et ceci afin de le nourrir plus tard par un travail que nous pourrions considérer comme un laboratoire de recherche. La rencontre avec le théâtre d'Arvhaikheer à travers un premier « Laboratoire » en juin 2024 a tout de suite été positif, Aurélie Raidron (Chanteuse) et Cyril Meysson (guitariste) de la compagnie Procédé Zèbre ont tout de suite avec les musiciens du théâtre d'Arvaikheer su construire des séquences musicales au service des danseuses, danseurs, actrices et acteurs mongols. Ce travail s'est renforcé en Octobre 2024 lors de leur venue en France et une trame autour du projet de création « Esprit Nomade » s'est construite autour d'une thématique commune : le dérèglement climatique, la rareté de l'eau … Comme dans toutes nos expériences à l'international nous apprenons toujours et encore, ce fameux « apprentissage tout au long de la vie. »... Dans l'objectif du projet « Esprit Nomade », il a été intéressant de rechercher une dynamique commune comme la musique et la danse et aussi la notion de s'exprimer pour les mongols en français (avec des petites phrases) et réciproquement pour trouver des pistes à développer avec le théâtre.   

I-Dialogos: Véronique Hérupé, Fabrice Dubusset et sa compagnie s'intègrent dans le projet "L'esprit Nomade" d'apprentissage du français par le théâtre et la cuisine avec le centre d'apprentissage IFI03. Lier Cuisine et théâtre, c'est original, mais quel est le lien entre eux ? 

Fabrice Dubusset : Le premier lien c'est la francophonie, apprendre et échanger, Il y a matière à réfléchir ensemble sur des dispositifs innovants qui permettent de créer une pédagogie dynamique et visible, travailler les saveurs des ingrédients c'est aussi une méthode que j'affectionne particulièrement au théâtre... Alors nous pouvons imaginer que les sens peuvent être mis en jeu dans une production future où les odeurs de cuisine, les parfums de la steppe et le théâtre composeront une musique des sens .

Véronique Hérupé : Tout à fait d’accord avec Fabrice et je rappelle que ce projet a été cofinancé par le Ministère de l’Europe et des Affaires Etrangères dans le cadre de « l’Appel à Manifestation d’Intérêt Francophonie 2024 » sur les deux volets pour « développer un dispositif créatif et pédagogique innovant, échanger sur les pratiques artistiques et professionnelles franco-mongoles et inviter les amateurs dans la « yourte créative ».   

I-dialogos: Fabrice Dubusset, votre compagnie est très ancrée à Vichy et dans le département de l'Allier et pourtant vous ne cessez pas de partir vers d'autres horizons et de développer avec les jeunes des projets européens et à l'international ?

 Fabrice Dubusset : L'ancrage sur un territoire et le travail mémoriel que la Cie réalise depuis de nombreuses années se doit de se nourrir d'une ouverture à l'international, cette richesse dans la culture des autres est belle à inviter la jeunesse à trouver des raisons de croire en le monde qui parfois les décourage … 

I-Dialogos: Fabrice Dubusset, depuis de nombreuses années, tant en Europe, qu'en Afrique, en Guyane et aujourd'hui en Mongolie, vous mettez la francophonie au cœur de votre action d'homme de théâtre et de passeur de mémoire. Connaissant votre parcours, je ne peux m'empêcher de vous demander si vous vous reconnaissez dans ces propos que m'avez tenu Walles Kotra, Kanak, journaliste, ancien directeur exécutif chargé de l’Outre-mer au sein du groupe France Télévisions, "La francophonie ne peut être que plurielle parce que chaque situation est si particulière. C’est exactement ce que nous vivons dans les outre-mer. La société créole est une fulgurance qui, en se renforçant, a fait émerger d’immenses personnalités culturelles française et francophone : René Maran, Edouard Glissant, Patrick Chamoiseau ou Aimé Cézaire pour ne citer que ceux-là.... En Océanie, les voix de Chantal Spitz, Titaua Peu ou Dewe Gorodey, irriguées par nos cultures ancestrales et nos langues multiples se sont imposées...Malgré des situations spécifiques, les outre-mer ont été et sont toujours le théâtre d’une bataille capitale : celle du français, confrontée aux cultures du monde. Il y a eu la colonisation et aujourd’hui, nous vivons l’Archipel. Nous parlons le français parce que cette langue a été capable de s’adapter, s’imbiber, comprendre et exprimer nos histoires, nos cultures et nos complexités. Nous parlons le français parce que cette langue ne nous dénature pas mais peut au contraire nous sublimer. C’est sa force et sans doute son avenir..."  

Fabrice Dubusset : Je suis : Tout à fait d'accord !Je rajouterai pour en avoir parlé en Guyane, que le travail de mémoire reste un point très important et parfois délicat mais nécessaire pour permettre une meilleure compréhension de nos différences et surtout de nos richesses culturelles, reprendre en compte les différentes ethnies et cultures d'un territoire, de même qu'il me semble important que la « défiance » justifiée vis à vis d'une position qui resterai dans « l'entre soi » doit  céder la place à un dialogue de l'instant présent, d'une réalité de terrain avec les associations et les jeunesses. 

https://www.allier.fr.

I-Dialogos: Pour Gilles Vigneault , le québécois« La francophonie, c’est un vaste pays, sans frontières. C’est celui de la langue française. C’est le pays de l’intérieur. C’est le pays invisible, spirituel, mental, moral qui est en chacun de vous. ». Belle définition de la francophonie, n'est-ce pas Véronique et Fabrice ? 

Fabrice Dubusset : Oui très belle ! Je me risquerai à dire que la francophonie doit être comme l'amour, 1 + 1= 3 : il me semble important de considérer la rencontre comme une valeur supplémentaire ajoutée, préserver l'identité de chacun et ensemble réaliser cette troisième force qui nous réunit autour d'un projet. 

I-dialogos: Fabrice Dubusset, que pensez-vous des propos de Yves Bigot, président de la fondation des Alliances françaises qui écrit, dans un hors-série de L’Eléphant, « La France est le seul pays qui ne s’intéresse pas à la francophonie », ce qui fait que les Français « ne mesurent pas combien la Francophonie et la langue française sont notre force. » Pour lui, et nous y adhérons complètement, « La conscience de la force de la francophonie est notre avenir. » Et il ajoute : « Pour la nouvelle génération, la Francophonie représente un avenir culturel et géopolitique, et un futur économique crucial. » Comment faire que les citoyens, les collectivités, les associations et les entreprises françaises s’emparent et fassent leur la Francophonie ? 

Fabrice Dubusset : Oui je pense que s’il est vrai que la France ne s'intéresse pas suffisamment à la Francophonie …Il est vrai aussi qu'il peut y avoir encore une confusion dans le sens du mot Innover !   Je crois que tout miser sur le numérique et l'I.A. ce n'est pas innover, la force d'un projet en direction de la jeunesse doit retrouver une dynamique à travers les valeurs humaines véhiculées mais surtout un projet partagé par un collectif à bien souvent plus de force qu'un coup médiatique ! Créer du lien, provoquer des rencontres, un vrai travail de recherche sur les projets, construire dans la durée, voilà, il me semble des valeurs pour que l'on puisse s'emparer d'une Francophonie vivante et actuelle. Le temps de l'instant présent et de l'écoute doivent se décliner sur scène mais aussi dans les échanges pour réellement construire un avenir qui s'inscrive dans une durée, un travail de fond est nécessaire pour des résultats véritables et durables.    

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En Inde, priorité à la lutte  contre le changement climatique. Augustin Brutus JAYKUMAR.

En Inde, priorité à la lutte contre le changement climatique. Augustin Brutus JAYKUMAR.

L’Inde, qui est, à son tour, l’une des économies à la plus forte croissance, a réduit les émissions de gaz à effet de serre de près de 35 % par rapport au niveau de 2005, et porté à 40% d’ici à 2030 et même bien avant, la place de l’énergie électrique produite à partir de sources de combustibles non fossiles. Mais l’Inde reste aussi très vulnérable au changement climatique. Plus de 80% de sa population vit dans des zones à risques. Hausse des températures et bouleversements naturels se traduisent par des crises majeures qui affectent les moyens de subsistance et la sécurité alimentaire, alors que les disparités socio-économiques sont encore très fortes. / Augustin Brutus JAYKUMAR, Pondichery, le 25 septembre 2024

A PONDICHERY, Augustin Jaykumar BRUTUS est Administrateur de I-Dialogos International  et Correspondant Inde. Il est surtout le fondateur du binôme d’ONGs, “Adecom Network” et “Réseau Adecom” en France, fondateur de la société financière de micro crédit la BRWD en Inde. Il est aussi Fondateur de l'ONGs “INDP” en Inde” et de “INDPenFrance”. Augustin est par ailleurs membre du Groupe International de Coordination de l’AIEP-IAEP, ONG reconnue par l’Unesco. l'ONG INDP -Intercultural Network for Development and Peace- propose sa propre approche du “développement holistique” qui intègre la pluralité des besoins des humains. Augustin est mmebre du Comité de Pilotage de I-Dialogos.

=> l'INDP

DES DROITS CONSTITUTIONNELS AUX APPLICATIONS LOCALES  POUR LUTTER CONTRE LE CHANGEMENT CLIMATIQUE EN INDE. 

L’Inde, qui est l’une des économies à la croissance plus élevée, a réduit les émissions de gaz à effet de serre de 33 % à 35 % par rapport au niveau de 2005, et porté à 40% d’içi à 2030 et même bien avant, la place de  l’énergie électrique produite à partir de sources de combustibles non fossiles. Mais l’Inde reste très vulnérable au changement climatique. Plus de 80% de sa population vit dans des zones aux risques de catastrophes climatiques. La hausse des températures et les bouleversements naturels se traduisent par des crises majeures qui affectent les moyens de subsistance et la sécurité alimentaire. Les populations touchées par les inégalités socio-économiques existantes en souffrent encore plus. 

IMPACTS DU CHANGEMENT CLIMATIQUE DU POINT DE VUE DES DROITS 

La Cour suprême indienne a statué sur le fait : que les citoyens ont le droit d’être protégés des effets négatifs du changement climatique, au vu des articles de la Constitution indienne : article 14 (Égalité devant la loi et égalité de protection des lois) et article 21 (Droit à la vie et à la liberté personnelle). En s’appuyant sur ces droits, il est donc permis d’examiner les impacts du changement climatique qui affectent les droits à la santé, à la vie, à la liberté et bien plus encore. En intégrant les impacts du changement climatique aux droits fondamentaux constitutionnels, la cour suprême ouvre la voie à la responsabilité juridique de l’état, face aux conséquences du changement climatique. En effet, il y a accélération de l’action climatique du côté de l’offre et de la demande : 

- du côté de la demande, en invoquant une approche plus fondée sur les droits pour l’action climatique, 
- du côté de l’offre, en encourageant des approches et des actions intégrées associant le gouvernement, le secteur privé et la société civile. 

=> Aussi le premier point de départ pourrait être l’adoption d’un règlement global sur le changement climatique qui ferait avancer l’approche politique de l’action climatique en Inde, définie dans les plans d’action au niveau national et au niveau de chacun des états. 

Une réglementation globale aurait avantage à renforcer les capacités de l’état en stimulant l’allocation des fonds, la définition des fonctions et les responsabilités des fonctionnaires. Une loi-cadre pourrait contribuer à renforcer la gouvernance climatique en établissant des orientations et des processus institutionnels efficaces, en permettant une action climatique plus ambitieuse, en prévoyant une responsabilisation plus stricte et en favorisant le partage de connaissances et d’idées.

=> Le second point concerne les Objectifs de Développement Durable (ODD) et du modèle de localisation. Au niveau des états, ces ODD ont été intégrés dans la planification grâce à des processus à plusieurs niveaux et avec plusieurs parties prenantes. Les États et les territoires pourraient s’approprier ce modèle en créant leurs propres feuilles de route et leurs systèmes de suivi des ODD. L’émulation entre les états régionaux et leurs différents territoires stimulerait l’innovation, accélèreraient les progrès et renforceraient les capacités pour assurer une mise en œuvre efficace. 

Le modèle pourrait également encourager une participation plus large des entreprises, des organisations non gouvernementales et des citoyens. Le modèle pourrait favoriser une approche plus efficace et plus collaborative pour atteindre les ODD. 

A l’avenir les approches interministérielles et intersectorielles intégreront le secteur privé afin d’impulser les droits à l’action climatique dans leurs opérations de base. Par exemple, les approches d’économie circulaire devront établir des chaînes d’approvisionnement conformes aux droits sociaux, y compris dans celles de la logistique, pour avoir un impact véritablement transformateur. 

Un dialogue entre des groupes de citoyens et des organisations de la société civile sur les droits de l’environnement, la biodiversité et l’action climatique pourrait déboucher sur un consensus afin de surmonter les tensions potentielles pour soutenir la politique d’action climatique.   

CRÉDITS VERTS

Le programme de crédit vert a été officiellement dévoilé en Octobre 2023. Ses objectifs tentent de mettre l’accent sur la durabilité, de réduire les déchets et d’améliorer l’environnement naturel. 
Le programme GCP (émanant de l’Etat Central), selon un document du ministère de l’Environnement, se présente comme "un mécanisme innovant, basé sur le marché" pour encourager les "actions volontaires" à la conservation de l’environnement. Dans ce cadre les particuliers, les organisations et les entreprises - publiques et privées - seraient encouragés à investir dans des secteurs allant du reboisement à la conservation de l’eau, en passant par la lutte contre la pollution atmosphérique, la gestion des déchets et la conservation des mangroves, pour en retour, recevoir des "crédits verts". 

Un organisme autonome du ministère : le Conseil indien de la recherche et de l’éducation forestières (ICFRE), administrerait et définirait les méthodologies pour le calcul et l’échange des crédits verts. 

D’une manière générale, les entreprises, les organisations et les particuliers pourraient se proposer de financer les projets de reboisement dans des zones spécifiques de forêts dégradées et de friches. Il est stipulé que la plantation d’arbres serait effectuée par les départements forestiers des états régionaux. Ainsi les départements forestiers de 13 états ont déja offert 387 parcelles de terres forestières dégradées, d’une superficie de près de 10983 hectares pour le reboisement. 

Mais le programme GCP a attisé la controverse pour trois raisons : 

• La première, du fait qu’elle a fait de l’action sur l’environnement une marchandise. Les lois indiennes sur la conservation des forêts, obligent toute industrie autorisée à raser des forêts pour des fins non forestières, à fournir une quantité équivalente de terres non forestières et des financements pour les reboiser aux autorités forestières. Le programme GCP indique que les entreprises, peuvent de cette façon moins contraignante " échanger " leurs crédits pour " se conformer à ce reboisement compensatoire ". Mais selon les critiques, cela pourrait être une manière d’assouplir les exigences en matière de détournement des forêts, pour les besoins des sociétés minières et de construction d’infrastructures. 
• La seconde, la plantation d’arbres ne stimule pas automatiquement les écosystèmes. 


L’Inde compte environ 200 types de forêts ; certaines sont faites de prairies, d’autres sont dominées par des arbustes. De plus des études ont montré que planter des espèces envahissantes pourrait infecter et faire disparaître les espèces locales et/ou empêcher un écosystème durable. Il existe de ce fait, la possibilité avec ces nouvelles zones de monoculture faites d’espèces envahissantes, qu’elles prennent le dessus, sur les terres non forestières à reboiser. 

• La troisième, le GCP indique également que les crédits verts qui entraînent le stockage du carbone (à partir des arbres) pourraient être utilisés pour le commerce du carbone. 

En attendant, les calculs de base pour établir les termes de ces activités commerciales ne sont pas clairs. Le gouvernement, par le biais du ministère de l’Environnement a réagi pour répondre à la controverse, en publiant les lignes directrices sur lesquelles les états régionaux doivent s’appuyer pour calculer le coût de la restauration d’un paysage forestier dégradé. 

Le ministère a modifié une exigence antérieure selon laquelle, il doit y avoir un minimum de 1100 arbres par hectare pour être considéré comme un paysage reboisé et a laissé aux états le soin de les spécifier. Il se trouve que: “ ce ne sont pas toutes les forêts dégradées qui peuvent supporter la densité de 1100 arbres par hectare. De plus dans certains endroits, les arbustes, les herbes et les graminées peuvent être appropriés pour restaurer l’écosystème: la préférence serait donc donnée aux espèces indigènes”. 

LA COUR SUPRÊME

La Cour suprême a affirmé dans le jugement que les forêts en Inde contribuent à la richesse financière du pays. "C’est l’esprit de la forêt qui fait bouger la terre. De plus l’épuisement et la disparition des forêts conduiraient à terme à une extinction massive des organismes” , a fait observer, le juge M. Sundresh, dans un arrêt fondé sur un appel interjeté par l’Etat du Telangana, contre une décision de la Haute Cour. 

Le juge M. Sundresh a fait observer : que les concepts de crédit- carbone et de comptabilité verte pour évaluer la richesse d’un pays étaient devenus une réalité. 

« Un pays avec un couvert forestier excédentaire, serait en mesure de vendre son crédit de carbone excédentaire, à celui qui est en déficit ». Le jugement indique que les forêts indiennes servent de puits de captation du dioxyde de carbone (CO2). Avec une valeur de 5 $ par tonne de CO2, on arrive à un montant de 120 milliards de dollars pour environ 24000 mt de CO2 captées dans les forêts. La cour a cité le rapport de 2009 du Ministère de l’Environnement et des Forêts intitulé “La forêt et le couvert forestier de l’Inde ” qui note qu’entre 1995 et 2005, le CO2 stocké dans les forêts est passé de 6 245 à 6 662 millions de tonnes. 

Le juge M. Sundresh, a souligné l’importance des forêts dans la lutte contre le changement climatique. Il a fait référence à un rapport 2022-2023 de la Banque de Réserve de l’Inde (RBI), sur l’impact macro-économique du changement climatique. Les perturbations pourraient coûter à l’économie 2,8 % de son PIB et faire baisser le niveau de vie de près de la moitié de sa population d’ici 2050, entraînant de graves pertes d’emplois dans tous les secteurs. 

RELATION CLIMAT - ALIMENTATION

Aujourd’hui, les systèmes alimentaires sont également responsables d’un tiers des émissions mondiales de gaz à effet de serre. 

Le changement climatique affecte les chaînes de valeur alimentaire et les rendements agricoles, la qualité nutritionnelle, l’accès aux aliments et les processus énergétiques. 

L’Inde elle-même souffre de nombreuses formes de malnutrition : 32% des enfants de moins de cinq ans souffrent d’insuffisance pondérale et 74% de la population ne peut pas se permettre une alimentation saine. 

Les régimes alimentaires malsains entraînent une augmentation de la prévalence des maladies non transmissibles. Cependant, il est également vrai qu’au fil des ans, l’Inde a fait des progrès notables dans la compréhension de la durabilité et du contenu nutritionnel des régimes. Il est maintenant important pour l’Inde de réfléchir à la question de savoir si une alimentation saine peut participer au changement climatique. 

RÔLE ET CONTRIBUTION DES FEMMES

Les femmes sont particulièrement touchées de manière disproportionnée par le changement climatique et la mauvaise nutrition, bien qu’elles soient d’importantes parties prenantes du système alimentaire. 

Au Chhattisgarh, certaines communautés autochtones ont des systèmes alimentaires plus sexospécifiques. Ces systèmes reconnaissent les femmes comme des contributeurs égaux à la fois aux économies productives et reproductives. Ils prônent le respect des droits, la capacité d’accéder aux infrastructures et aux technologies et la répartition égale des responsabilités. 

Ces communautés de l’État du Chhattisgarh avec un système alimentaire plus sexospécifique, ont également été considérées comme plus résiliantes face aux chocs climatiques tels que les sécheresses. 

Lorsque les femmes regroupées dans des collectifs, participent à la prise de décisions concernant leurs moyens de subsistance, elles ont un meilleur accès aux actifs financiers, aux ressources naturelles et aux connaissances. Il n’est donc pas surprenant qu’elles soient plus productives et qu’elles aient de meilleurs résultats en matière de santé et de nutrition. 

Les femmes autochtones du Chhattisgarh, utilisent des méthodes traditionnelles pour la culture des millets qui nécessite beaucoup moins d’intrants que les cultures de paddy. Elles sont connues par le stockage des céréales, pour avoir établi des "réserves de famine". 

Ainsi la consommation régulière du millet a répondu au besoin de fer et amélioré la teneur en fer dans leur corps. Les aliments d’origine végétale proviennent principalement de leur milieu naturel environnant avec une intervention humaine minimale. 

Il est à noter qu’une alimentation plus riche en aliments d’origine végétale est également plus durable sur le plan environnemental qu’une alimentation essentiellement d’origine animale. La « Millet Mission Chhattisgarh », que le gouvernement de l’État a lancée en 2021 pour faire du Chhattisgarh le premier producteur indien de mil, a le potentiel pour répondre aux préoccupations nutritionnelles et environnementales de l’état .

L’influence des valeurs culturelles, des normes sociétales, des politiques publiques et des marchés sur la production et la consommation de ces céréales, mérite d’être prise en compte et intégrée au projet.   

APPRENDRE DE LA SAGESSE DES GARDIENS DE LA TERRE 

Les peuples indigènes détiennent des droits traditionnels sur Méroé et Menchal, des îlots dans l’étendue sud de l’archipel Andaman et Nicobar, au large des rives de Little Nicobar en Inde. 

Pendant des millénaires, ces indigènes historiquement isolés, ont compté sur ces îles comme réservoirs de ressources, pour leur subsistance, tout en les protégeant . Menchal vénéré, utilisé et protégé sous le royaume spirituel appelé Pingaeyak, interdit la surexploitation des ressources ou tout dommage indu à son écosystème. De même, Méroé serait la demeure d’une communauté insulaire légendaire. 

Ces systèmes de croyances spirituelles influencent la façon dont les insulaires utilisent et protègent les ressources naturelles. Meroë et Menchal sont gérés par les anciens de la communauté qui agissent en tant que gardiens. Ils assurent la protection des ressources et la durabilité des îlots . 

Environ 476 millions de peuples autochtones, constituent 6% de la population mondiale. Les territoires autochtones couvrent 22% de la planète et abritent 80% de sa biodiversité. 

Au lieu de les expulser de leurs terres ancestrales, souvent sous couvert de projets dits « de développement », d’intérêt national ou de projets de conservation, les gouvernements et les citoyens devraient soutenir et habiliter ces insulaires à continuer à gérer leurs territoires ancestraux. 

Les peuples autochtones ont été et sont encore les premiers gardiens de notre terre. Le monde doit apprendre de leur sagesse. 

DROITS DE LA TERRE MÈRE  

Chaque année depuis 2009, le 22 avril est commémoré comme la Journée internationale de la Terre Mère. L’idée de la Terre Mère est ancrée dans la culture et les traditions de l’Inde depuis des siècles, considérant la nature comme une entité vivante plutôt qu’une simple ressource. 

En 2022, la Haute Cour de Chennai au Tamil Nadu, lors de l’audition d’une affaire relative à la modification de la classification des terres forestières, a déclaré « Mère Nature, être vivant », lui accordant ainsi le statut de personne morale avec tous les droits, les devoirs et les responsabilités correspondants, afin de la préserver et de la conserver. 

En utilisant ces jugements et ces observations, pour rétablir le droit de la Terre-Mère à une bonne santé, l’Inde pourrait ce faisant, protéger le droit de ses citoyens à un avenir exempt des impacts du changement climatique. 

Augustin Brutus Jaykumar. 


Compilation, réécriture et traduction des articles : Preparing India for water stress, climate resilience, 22.04.2024, Arunabha Ghosh. Nitin Bassi / THE HINDU 22 04 24, The challenges of renewable energy, Sukanya Khar and Kaveri Iychettira / Healing land water and ourselves, Yuvan Aves / Sustaining our earth and nourishing our bodies, Neeraja Nitin Kudimotri / Empower the guardians of the earth, do not rob them, Ajay Saini, Manish Chandi / Preparing India for water stress, climate resilience, 28 04 24, A people’s Science Movement, Usha Ramanathan / A call for climate justice, Nirupam Hazra / 26 08 23, Clean tech for an inclusive green future in india , Abhishek Jain / 21 02 21, When nature speaks out, Uma Mahadevan-Dasgupta

Lire également => l'article précédent.


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Paix et dialogue. Les voeux 2025 de Jean-Claude MAIRAL, co-président de I-Dialogos

Paix et dialogue. Les voeux 2025 de Jean-Claude MAIRAL, co-président de I-Dialogos

L'avenir de l'Humanité passe par la connaissance, le respect et l'écoute de l'autre. C'est le chemin du dialogue des cultures et des peuples. C'est la voie de la confiance dans les forces et l'intelligence des citoyens à construire un Monde commun de l'humain. Vichy (France). 15 janvier 2025

Les vœux de I-Dialogos pour 2025.

2025 LE CHEMIN DU DIALOGUE ET DE LA CONFIANCE 

Que dire pour 2025? Certes le Monde est plein d'incertitudes qui génèrent de l'inquiétude, des peurs et de l'angoisse. Les peuples sont confrontés à des guerres sanglantes et destructrices, à la multplication des conflits territoriaux, ethniques et religieux, à des tensions de plus en plus fortes entre grandes puissances, aux menaces mafieuses gangrénant de nombreux pays, à la menace nucléaire, aux conséquences dramatiques du réchauffement climatique, sans oublier les volontés hégémoniques de la tech américaine et des milliardaires Elon Musk, Mark Zuckerberg, Jeff Bezos d'Amazon, Sam Altman, le fondateur d’OpenAI, lié à Microsoft, Tim Cook, le patron d’Apple, le patron de Google, Sundar Pichai, prônant une déréglementation sur tous les fronts, économique, politique, culturel, pour leur plus grand profit et celui des Etats-Unis. 

Mais partout, sur tous les continents, animés par l'espérance, il y a de la résistance à l'oppression et à l'injustice, de la solidarité face aux drames qui frappent les populations, de la créativité et de l'innovation au plan culturel, scientifique, environnemental et autres, une jeunesse qui ne baisse pas les bras, bref un bouillonnement de petites et grandes initiatives qui par delà les drames et les guerres, sont sources de perspectives positives et qui alimentent la flamme de l'optimisme. 

Aux chantres de la désespérance, de l'avidité, du chaos et de la haine, l'avenir est dans les mains de chaque femme et chaque homme sur la planète, par delà leurs cultures, leurs religions et l'Histoire de chacun. Des milliards d'êtres humains ont entre leur main, la responsabilité de l'avenir de l'Humanité. Cela passe par la connaissance, le respect et l'écoute de l'autre. C'est le chemin du dialogue des cultures et des peuples. C'est la voie de la confiance dans les forces et l'intelligence des citoyens à construire un Monde commun de l'humain. 

Tels sont les vœux les plus chers de I-Dialogos pour 2025, auquel il apportera avec humilité toute sa contribution. 

Jean-Claude MAIRAL, coprésident

 au nom du Comité de Pilotage de I-Dialogos

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Une image forte et symbolique, le chef Raoni entre  Lula et Macron.

Une image forte et symbolique, le chef Raoni entre Lula et Macron.

Ce 26 mars au soir, à Belém, le chef RAONI, chef du peuple brésilien kayapo vient d’être élevé au rang d’officier de la Légion d’honneur par le Président MACRON avec le Président LULA. Un moment hautement symbolique pour l'icône planétaire de la défense de l'Amazonie. Le chef Raoni avait été aux côtés de Lula pour sa cérémonie d’investiture à son retour au pouvoir l’an dernier. Le Think Tank I-dialogos, qui a été récemment reçu par l'Ambassadeur du Brésil en France, entend renforcer ses liens avec le Brésil et avec la Guyane et aider ainsi à développer des projets de coopération, en lien avec Planète Jeunes Reporters. / JC Mairal, le 27 mars 2024.

Une image forte et symbolique, le chef Raoni Metuktire entre le Président Lula et le Président Macron. On oublie trop souvent que la France avec la Guyane est partie prenante de l'Amazonie et de son avenir. 

L'an prochain, d'avril à décembre débutera en France la saison croisée France-Brésil. Ce sera l'occasion de donner un nouvel élan à la relation bilatérale entre les deux pays et renforcer des réponses communes face aux défis politiques, sociaux et écologiques contemporains. 

Pluridisciplinaire, culturelle, sociale et engagée, la Saison se déroulera en France puis au Brésil d’avril à décembre 2025. Elle sera mise en œuvre, pour la France, par l’Institut français, sous le Commissariat général de Madame Anne Louyot. 

Le Think Tank I-dialogos qui a rencontré récemment l'Ambassadeur du Brésil en France entend renforcer ses liens avec le Brésil et avec la Guyane et aider ainsi à développer des projets de coopération. 

Le Président de Planète Jeunes Reporters lors de la remise des prix du concours francophone du Reportage court le 9 mars, dans le cadre du festival francophone du reportage court France Monde-France Océans a anoncé que pour l'édition 2025, le pays invité sera le Brésil avec un focus sur l'Amazonie et la Guyane. 

Nul doute que d'autres associations vont se saisir de l'opportunité de la saison croisée France Brésil, pour développer des projets. Je sais qu'il y en a déjà dans les cartons. Renforcer les liens entre la France et le Brésil, dans un Monde en pleine turbulence, est une nécessité et qui est facteur de paix. 

Jean-Claude Mairal

Les présidents français Emmanuel Macron et brésilien Luiz Inacio Lula da Silva ont lancé ce mardi 26 mars un programme visant à lever jusqu'à un milliard d'euros d'investissements verts dans l'Amazonie brésilienne et guyanaise. Cette annonce s'inscrit dans une feuille de route internationale que les deux chefs d'État entendent promouvoir dans la perspective de la COP30 qui se tiendra à Belem (nord du Brésil) en 2025.

C'est en pleine forêt tropicale brésilienne qu'Emmanuel Macron, aux cotés du Président Lula,  a remis la Légion d’honneur à Raoni Metuktire

Avec sa coiffe de plumes multicolores et son plateau labial devenu iconique, le chef autochtone Raoni est aujourd’hui âgé de plus de 90 ans. 

Emmanuel Macron l’a élevé au rang d’officier de la Légion d’honneur, avant de le serrer dans ses bras. Raoni a ensuite pris place entre les présidents, tous deux en bras de chemise et tout sourire. 

« Jamais vous ne vous êtes arrêté, jamais vous ne vous arrêtez », a lancé le président français dans son hommage au cacique. Alternant le « vous » et le « tu », il a ajouté : « oui Raoni, tu as porté ce combat peut-être encore plus loin que d’autres (...). Très modestement je voulais dire que nous continuerons à le mener à tes côtés ».

 « Je considère Lula comme mon frère, Macron comme mon fils », a confié Raoni. 

« Très inquiet que l’homme blanc continue à détruire la nature », il les a exhortés à apporter leur « soutien » pour qu’il y ait « plus de terres indigènes » rendues aux peuples autochtones. 

Au point mort sous le mandat du président d’extrême droite Bolsonaro (2019-2022), le crucial processus d’homologation de territoires réservés aux indigènes a repris sous Lula. Mais ils restent menacés par la déforestation, l’avancée de l’exploitation agricole et minière et les trafics. Raoni en appelle aussi à l’appui des deux présidents « pour avoir le prix Nobel de la paix ». 

Il est régulièrement cité comme un possible lauréat de la prestigieuse récompense. Message reçu par Lula : « Je peux te dire, camarade Raoni, qu’il n’y a personne sur la planète Terre qui mérite de gagner le prix Nobel de la paix plus que toi ». 

Le chef du peuple kayapo avait été aux côtés de Lula pour sa cérémonie d’investiture à son retour au pouvoir l’an dernier. 

En 1989, avec l’aide du chanteur britannique Sting, Raoni a quitté le Brésil pour la première fois et lancé un appel à l’aide dans 17 pays. Il n’a cessé depuis lors de défendre, auprès des puissants, la survie des peuples indigènes menacés par la déforestation. Accusé par Jair Bolsonaro d’être à la solde de puissances étrangères, le cacique l’avait à son tour dénoncé auprès de la Cour pénale internationale pour « crimes contre l’humanité », lui reprochant de « persécuter » les peuples autochtones en détruisant leur habitat et en bafouant leurs droits fondamentaux.

in le huffpost, 27/03/2024

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La RDC à la croisée des chemins: une nouvelle stratégie s’impose. Tina MWANGELU

La RDC à la croisée des chemins: une nouvelle stratégie s’impose. Tina MWANGELU

La République Démocratique du Congo (RDC) est confrontée à des défis existentiels, exacerbés par des forces internationales qui redessinent les rapports de pouvoir. Dans ce contexte, l’avènement de la présidence Trump et les changements géopolitiques globaux offrent une opportunité unique pour que la RDC puisse redéfinir sa trajectoire et tirer son épingle du jeu. L’urgence est palpable : ceux qui nourrissent l’agenda de la balkanisation du Congo exploitent le temps à leur avantage, tandis que de criminels groupes armés comme le M23, appuyé par le Rwanda, continuent de gagner du terrain avec le quasi soutien financier de l'Union européenne. / Tina MWANGLU. 15 janvier 2025

Tina Mwangelu, Franco-Congolaise professionnelle en gestion financière est particulièrement engagée en faveur des droits humains et de la justice sociale. Forte de son expérience et de son implication dans des initiatives associatives, elle s’efforce, avec courage et lucidité, avec l'association qu'elle préside "JesuisRDC", de mettre en lumière les enjeux humanitaires en République démocratique du Congo, tout en promouvant des actions concrètes pour un développement durable et équitable. Convaincu de la puissance du dialogue, de l’histoire et de la solidarité, Tina Mwangelu a rejoint I-Dialogos.

https://www.jesuisrdc.org

La République Démocratique du Congo (RDC) vit une crise humanitaire sans précédent depuis plus de trois décennies. Avec plus de 7 millions de déplacés internes [i]et plus de 10 millions de morts la souffrance du peuple congolais est immense. Ce drame, aggravé par des violences sexuelles de masse et un pillage économique systématique, reste largement ignoré par la communauté internationale. L’article du quotidien français Le Monde du 09 janvier 2025 fait l’impasse sur ces chiffres tragiques et se concentre sur des aspects qui ne permettent pas de saisir toute l’ampleur de la situation. 

Un pays sacrifié au nom du développement mondial 

L’article effleure l’exploitation des ressources naturelles de la RDC, mais sous-estime l’importance géopolitique de ces richesses pour le développement mondial. 

Considéré comme un « agneau sacrificiel » du monde moderne, la RDC a d’abord été exploitée durant la colonisation par le Royaume de Belgique pour satisfaire les besoins industriels des grandes puissances. Du caoutchouc pour accompagner l’industrialisation de l’automobile avec l’avènement du pneu, l’uranium utilisé pour fabriquer la bombe atomique larguée sur Hiroshima, en passant par les minerais stratégiques comme le coltan et le lithium, essentiels à la production de technologies modernes. 

La RDC a toujours été un fournisseur clé du commerce mondial. Cependant, sa population est la grande oubliée qui continue a payer un lourd tribu pour le rôle que les puissances ont attribué au pays, le prix de son sang. Les ressources étant extraites dans des conditions souvent illégales, utilisant le travail des enfants et ne profitant principalement qu’aux multinationales. 

Le Congo est perçu non pas comme un pays souverain mais comme un réservoir de matières premières stratégiques à exploiter sans égard pour ses habitants. Cette exploitation géopolitique est cruciale pour comprendre la crise actuelle. L’article du journal Le Monde néglige cette dimension essentielle. La RDC reste un territoire, une espèce de Res Nullius,  où les puissances mondiales se servent, dénuées de toute considération pour les droits et le bien-être de ses citoyens. 

La progression du M23, la souveraineté en jeu et l’inaction internationale 
L’article met en lumière l’avancée du M23 dans l’Est de la RDC, soutenu par le Rwanda, mais néglige d’insister sur l’établissement d’un « État parallèle » par ce groupe armé, qui administre les territoires occupés. Cette situation remet en cause la souveraineté de la RDC, car elle permet au M23 de contrôler des zones stratégiques tout en privant le gouvernement congolais de son autorité. L’inaction de la communauté internationale face à cette occupation tacite et l'absence des sanctions du Conseil de Sécurité de l’ONU montrent un soutien implicite à l’agenda expansionniste du Rwanda, dont les liens avec des acteurs internationaux, laissent planer des doutes sur des complicités. 

Ce double standard est d’autant plus frappant lorsque l’on compare cette cécité face au Rwanda avec les sanctions immédiates infligées à la Russie lors de son annexion d’une partie de l’Ukraine. Tandis que le Rwanda poursuit sa déstabilisation de la RDC sans conséquences, la diplomatie internationale expose ainsi son manque de volonté, son hypocrisie et sa gestion sélective des conflits géopolitiques. En refusant d’agir, l’ONU laisse la RDC et son peuple dans une situation de vulnérabilité extrême d’autant plus que la RDC est sous embargo des armements [ii]. 

Le processus d’annexion économique et territoriale est ainsi mis en lumière,  les richesses naturelles de la RDC sont exploitées par des puissances étrangères via le Rwanda au détriment de la souveraineté congolaise. Ce qui fait écho aux propos tenus par le président Nicolas Sarkozy qui en 2009 demandait aux Congolais de céder une partie de leur territoire au Rwanda [iii]. Cette inaction acte de facto la balkanisation des territoires congolais au profit du Rwanda  que d’aucuns font fit d’ignorer. 

L’échec des processus de paix 

Les échecs successifs des négociations de paix, comme le sommet de Luanda en décembre 2024, montrent l’impasse diplomatique dans laquelle est mise la RDC. Le cessez-le-feu de juillet 2024 a été violé, mettant en évidence les limites d’une diplomatie internationale déconnectée des réalités géopolitiques du conflit. 

Repenser la diplomatie congolaise : vers des partenariats stratégiques 

La République Démocratique du Congo (RDC) est confrontée à des défis existentiels, exacerbés par des forces internationales qui redessinent les rapports de pouvoir. Dans ce contexte, l’avènement de la présidence Trump et les changements géopolitiques globaux offrent une opportunité unique pour que la RDC redéfinisse sa trajectoire et tire son épingle du jeu. L’urgence est palpable : ceux qui nourrissent l’agenda de la balkanisation du Congo exploitent le temps à leur avantage, tandis que des groupes armés comme le M23 soutenus par le Rwanda continuent de gagner du terrain, parcelle après parcelle, kilomètre après kilomètre. 

Si rien n’est fait pour endiguer cette menace, le pays court un risque réel de disparition dans les années à venir. Face à cette impasse, il est impératif que la RDC réoriente sa politique étrangère et explore des partenariats stratégiques en dehors des institutions internationales qui, jusqu’à présent, ont montré leurs limites. 

Une approche proactive consistant à valoriser ses ressources naturelles sur son propre sol, en mettant en œuvre des politiques qui placent la RDC au centre des discussions mondiales. Avec ses vastes réserves forestières, minérales et hydriques, le Congo peut non seulement contribuer à la lutte contre le réchauffement climatique, mais aussi se repositionner comme un acteur clé sur la scène internationale. Cette refonte de la diplomatie congolaise exige une vision, un leadership fort et une mobilisation nationale pour défendre l’intégrité territoriale et assurer un avenir durable pour les générations à venir. 

Le 27 février 2025, avec SE M.Emile NGOY KASONGO, Ambassadeur de la République Démocratique du Congo à Paris

Le silence médiatique : un obstacle à la souveraineté de la RDC 

Le silence persistant des médias internationaux à propos des tragédies en RDC n'est pas le fruit du hasard, mais le résultat des intérêts des grands financiers qui dictent les orientations politiques mondiales. Ce mutisme, orchestré pour maintenir les opinions publiques dans l’ignorance et éviter toute pression, ne doit pas décourager les Congolais et leurs alliés à travers le monde. Ils doivent redoubler d’efforts pour briser cette omerta, sensibiliser l’opinion mondiale, et défendre la souveraineté du pays. 

La RDC, quant à elle, doit intensifier ses démarches juridiques pour traduire en justice les auteurs des crimes commis sur son sol, tout en réaffirmant ses droits sur la scène internationale. En parallèle, la société civile congolaise et sa diaspora jouent un rôle clé à travers des campagnes, manifestations, plaidoyers, et partenariats stratégiques. Ces dynamiques de résistance essentielles pour contrer la balkanisation du pays sont largement ignorées par des médias influents. 

Un avenir à réinventer 

La RDC doit impérativement se réinventer face aux menaces qui pèsent sur sa souveraineté. En dépit du silence des médias et de l’inaction internationale, la mobilisation de tous les Congolais et de leurs alliés reste la clé pour défendre ses droits, valoriser ses ressources et garantir un avenir stable et juste pour les générations à venir. 


https://www.unocha.org/publications/report/democratic-republic-congo/republique-democratique-du-congo-personnes-deplacees-internes-et-retournees-mars-2024

https://press.un.org/fr/2024/cs15749.doc.htm

https://www.courrierinternational.com/article/2009/01/20/sarkozy-veut-depecer-la-rdc


Précdents articles sur le sujet de Déo NAMUJIMBO

 et de Michela WRONG

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Afrique-Monde : sérénades et sommets tous azimuts. / Serge Mathias TOMONDJI

Afrique-Monde : sérénades et sommets tous azimuts. / Serge Mathias TOMONDJI

Entre l’Afrique et le reste du monde, il y a des tas de sommets qui s’enchaînent et s’enchevêtrent selon des canons et des schémas que nos dirigeants africains ne maîtrisent pas toujours. Que rapportent finalement tous ces fora — Afrique-France, Afrique-Chine, Afrique-Japon, Afrique-Inde, Afrique-États-Unis, Afrique-Arabie saoudite, Afrique-Turquie, et maintenant Afrique-Italie, Afrique-Corée — qui font valser des milliards de dollars américains sur la piste du développement du continent noir? Par Serge Mathias Tomondji / republié le 20 novembre 2024.

Journaliste et éditorialiste béninois, notre ami Serge Mathias TOMONDJI est installé au Burkina Faso depuis 1993, où il a assumé différentes fonctions et responsabilités dans plusieurs organes de presse écrite et en ligne. Il a également présenté plusieurs émissions à la radio, avant de poursuivre, depuis 2017, son aventure professionnelle à la télévision, comme éditorialiste et comme animateur de débats sur des sujets variés, concernant notamment l'actualité et les mutations sociopolitiques du continent africain, ainsi que sur la culture, la société, les idées.

Entre l’Afrique et le reste du monde, il y a des tas de sommets qui s’enchaînent et s’enchevêtrent selon des canons et des schémas que nos dirigeants ne maîtrisent pas toujours. Que rapportent finalement tous ces fora — Afrique-France, Afrique-Chine, Afrique-Japon, Afrique-Inde, Afrique-États-Unis, Afrique-Arabie saoudite, Afrique-Turquie, et maintenant Afrique-Italie, Afrique-Corée — qui font valser des milliards de dollars américains sur la piste du développement du continent noir? 

DES SOMMETS  ?   

En veux-tu, en voilà! Des foras à la pelle, qui font courir l’Afrique d’une capitale européenne à une ville asiatique, en passant par l’Inde et autre. Et telle une jeune fille en mal d’idylle, l’Afrique se laisse conter fleurette aux rythmes de sérénades multiples. C’est à qui renchérira le mieux, avec, chaque fois, une corbeille pleine de promesses qui sentent bon les contrats, mais qui doivent ensuite passer par l’étroit entonnoir de la concrétisation. 

On compte ainsi aujourd’hui une bonne dizaine de ces sommets entre l’Afrique et le reste du monde, où des pays développés, émergents ou évolués, mettent les bouchées doubles pour faire la cour à l’Afrique. Et nos chefs d’État, dans un ballet incessant d’avions, se déportent allègrement dans telle ou telle capitale du bout du monde pour conclure des marchés, nouer des accords, s’entendre parler du développement de leurs pays… 

Après le très pré-carré sommet France-Afrique, on a ainsi vu se conclure des sommets entre l’Afrique et la Chine, le Japon, la Turquie, l’Inde, la Russie, les États-Unis, et récemment avec l’Arabie saoudite, l’Italie et la Corée du Sud. Avec ses 55 pays membres de l’Union africaine, l’Afrique, qui compte actuellement «1 490 327 108 habitants, avec un taux de croissance annuel de 2,332%», selon populationtoday.com (soit 18% de la population mondiale), en est donc encore à courir après des dons et assistance de certaines nations de la planète.

 «DIPLOMATIE DES SOMMETS

» Que gagne vraiment l’Afrique, tout un continent dont les pays, nombreux, affichent des diversités patentes et des inégalités criardes en matière de développement, à dialoguer, plutôt en position de faiblesse, avec des pays, pris séparément! Dans un article paru le 12 avril 2023, Ronak Gopaldas, directeur de Signal Risk et professeur au Gordon Institute of Business Science, indique dans ISS Today, que cette «diplomatie des sommets» permet plus aux grandes puissances de «se faire des amis et d’influencer les gens en Afrique». 

En nourrissant des ambitions géopolitiques évidentes et en entretenant ainsi, et même en exacerbant «la concurrence entre les puissances mondiales», ces rencontres qui font se déplacer des dizaines de chefs d’État africains apportent-ils au continent autre chose que le faste d’une rencontre à l’autre bout du monde? La question mérite d’être posée. Et même d’être tranchée, quand on sait que le continent africain sert désormais de champ fertile à une «nouvelle guerre froide» qui amène les puissances internationales à «se constituer des alliés et à situer leurs adversaires». 

Ce sont donc les intérêts des autres qui sont, de prime abord, au cœur de cette cour assidue dont l’Afrique est l’objet de toutes parts, et il est sage et responsable de le savoir. En effet, comme l’a si bien indiqué Joseph Ki-Zerbo, «on ne développe pas, on se développe». 

Les discours et les promesses qui concluent ces sommets pompeux ne devraient donc pas faire perdre… le Nord à certains de nos leaders qui pensent devoir tout attendre des autres. Là-dessus, et comme on est bien servi que par soi-même, l’Afrique a l’impérieuse nécessité de traduire dans les actes quotidiens la belle exhortation de Thomas Sankara qui invite à… «produire ce que nous consommons, consommer ce que nous produisons».

JOUER SA PROPRE CARTE    

De fait, les révolutionnaires  béninois de 1972 n’en pensaient pas moins lorsqu’ils nous incitaient à… «compter d’abord sur nos propres forces, nos propres ressources, sur l’initiative créatrice des larges masses laborieuses pour nous libérer de la domination étrangère». 

Malheureusement, notre Afrique a vendangé ces sages conseils, préférant sans doute se faire développer par les ressources, les moyens, les efforts des autres, et selon leurs desideratas. Il ne s’agit pas, ici, de jeter aux orties ces rendez-vous qui montrent bien l’attrait que présente le continent aux yeux du monde, d’un monde qui bouge et qui change. À ce bal des opportunités, l’Afrique devrait plutôt jouer sa propre carte, définir ses vraies priorités et rester maître du jeu d’influence qui se déroule par-dessus sa tête. 

À ce propos, notre continent prend-il suffisamment conscience de sa force, de ses atouts, qui résident dans «son profil démographique — d’ici 2050, la planète comptera un Africain sur quatre ! —, ses ressources minières et son intégration grandissante», et que le monde entier lui envie? 

Conscients sans doute de l’enjeu et tenant quelque peu compte des critiques, ces différents sommets entre l’Afrique et un pays du monde développé ou émergent peaufinent leurs stratégies et évoluent vers des schémas nouveaux. Chacun travaille à apporter sa différence, proclamant agir pour le bien des Africains. Mais on sait bien que ces yeux doux envers le continent noir et la valse des milliards de dollars de financement que l’on fait miroiter avec le sourire sont plutôt destinés aux immenses richesses du sol et du sous-sol. 

CONSULTATION ET CONCERTATION, SVP !  

Tenez, le 31 janvier 2024 à Rome, lors du tout premier sommet du genre entre l’Italie et l’Afrique, la Première ministre italienne, Georgia Meloni, promet la main sur le cœur «une coopération entre égaux, loin de toute imposition prédatrice ou position charitable à l’égard de l’Afrique». Car, insiste-t-elle, «le monde ne peut pas penser à l’avenir sans penser à l’Afrique». Ce qui justifie le plan de six milliards de dollars américains annoncé pour «renforcer le partenariat entre l’Italie et l’Afrique» afin de bâtir «un pont pour une croissance commune». 

Le président de la Commission de l’Union africaine, Moussa Fakit Mahamat, n’a alors pu que… saluer le soutien promis, à travers des actions qui «s’alignent sur les priorités de l’Afrique», en notant toutefois qu’une «consultation préalable avec le continent africain aurait été souhaitable, en particulier lors de l’élaboration du plan». Traduction: ce plan est l’émanation du gouvernement italien, qui l’a conçu selon ses intérêts, sa politique, ses objectifs… 

En est-il autrement avec la Corée du Sud qui vient d’entrer dans le cercle de cette ronde de sérénades avec l’Afrique, en organisant, les 4 et 5 juin dernier à Ilsan, au nord de Séoul, la capitale, le premier sommet Corée-Afrique qui «établit un vaste partenariat avec 48 pays africains à fonction antichinoise» avec «la signature de près de 50 accords préliminaires et mémorandums d’accord»? On parle notamment de «promouvoir la coopération dans les domaines du commerce, de l'énergie, des minéraux essentiels et dans un large éventail d'autres secteurs industriels et secteurs économiques». Rien moins que cela! 

UNE AUTRE FORMULE ?

Finalement, l’Afrique prend son panier et va faire son marché partout où on l’invite, sans aucune mainmise sur les termes de l’échange et/ou sur la nature de la marchandise. Il serait alors peut-être temps de privilégier une autre formule, qui se base sur les priorités réelles du continent, définies par les Africains eux-mêmes, selon une planification pertinente des besoins et défis. 

En cela, le sommet Union européenne-Union africaine (UE-UA) semble être un bon moule. Non seulement on se parle entre structures équivalentes, mais aussi on devrait pouvoir passer de la «diplomatie des sommets» à de véritables sommets de développement. Encore faudrait-il cependant que les Africains parlent d’une même voix, s’accordent sur les grands chantiers à bâtir et à consolider, s’obligent à un minimum de rigueur et de bonne gouvernance dans la gestion des projets… Autant dire qu’au train où vont les choses, ce n’est pas demain la veille!

 © Serge Mathias Tomondji, Ouagadougou

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Quid du fonctionnement de la République française et de ses Institutions ? Patrice CARDOT

Quid du fonctionnement de la République française et de ses Institutions ? Patrice CARDOT

Devant le constat d’ignorance de la plupart des citoyens à l’égard du fonctionnement de la République française et de ses Institutions malgré les initiatives nombreuses prises à cet égard par ces dernières (Conseil constitutionnel, Conseil d’Etat, Sénat, Assemblée nationale, Ministères, Défenseur des droits, les sites Vie-publique.fr et services-publics.fr, etc.), le besoin de clarification et d’explication des principales notions clés et des mécanismes qui y interviennent est patent. Patrice CARDOT propose quelques éléments utiles à la compréhension des grandes caractéristiques du modèle institutionnel français actuel, tout en relevant quelques lacunes et dysfonctionnements./ 16 juillet 2024

Ingénieur de l'Ecole de l'Air et Ingénieur de Techniques avancées (ENSTA) Patrice Cardot a consacré sa vie professionnelle à la France en choisissant de la servir dans plusieurs types de fonctions et de missions, sous divers statuts. D'abord comme Officier de l'Armée de l'Air où il a exercé des fonctions opérationnelles et d'apprentissage du commandement dans le Transport aérien militaire, d'Enseignant-chercheur en France (à l'Ecole de l'Air dont il est issue) et au Maroc (en coopération, au sein de l'Ecole Royale de l'Air), et de chercheur opérationnel au sein du Centre d'Analyse de défense. Ensuite, comme agent public dans l'appareil d'Etat au sein de plusieurs ministères et organismes étatiques au service du gouvernement.
Il passe pour un expert reconnu internationalement dans les questions touchant aux enjeux de puissance, de souveraineté et de démocratie dans le contexte national comme dans les contextes européen et international, qu'il s'agisse de leur aspects institutionnels, juridiques, scientifiques, technologiques,industriels ou diplomatiques !
Il s'est également penché sur les questions touchant à l'évolution de la société de l'information dans ses différents aspects. Fondateur et animateur d'un blog, il est également l'auteur de plusieurs ouvrages sur ces questions ainsi que de très nombreux articles.

Précédents articles  => https://www.i-dialogos.com/analyses/l-information-et-le-journalisme-au-xxième-siècle-en-france-enjeux-et-défis   /   Chercher à comprendre l’antisémitisme contemporain à l’aune du conflit au proche Orient   /   https://www.i-dialogos.com/analyses/de-quoi-la-francophonie-est-elle-le-nom-patrice-cardot

Le présent article propose quelques éléments utiles à la compréhension des grandes caractéristiques du modèle institutionnel français actuel, tout en relevant quelques lacunes et/ou dysfonctionnements. Doc en ligne élagement sur Academias.eu =>  Investigations sur le fonctionnement de la République française et de ses Institutions - Patrice Cardot.

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La conception française de l’Etat et de la République 

La France est un Etat-nation où l’Etat fut à l’origine de la création de la Nation il y a plus de 1000 ans. 

La Constitution y institue la République.Elle traduit dans les espaces institutionnel et juridique de la Nation le « contrat social » passé entre le Peuple souverain et la Puissance publique à laquelle elle confère sa souveraineté et sa légitimité. 

Elle détermine le régime politique et esquisse le cadre institutionnel du déploiement volet étatique de ce contrat social en attribuant des compétences et obligations spécifiques aux différentes institutions publiques qu’elle soumet au respect de grands principes comme celui de « séparation des pouvoirs » et celui de « légalité ». 

Constituant l’une des normes juridiques suprêmes de l’Etat de droit avec les autres composantes du « bloc constitutionnel » situé au sommet de la hiérarchie des normes, elle contribue à garantir les libertés et droits fondamentaux des citoyens. 

L'article 1er de la Constitution du 4 octobre 1958 définit la France comme "une République indivisible, laïque, démocratique et sociale". De ces quatre principes découlent plusieurs caractéristiques de la République française : 

  • le caractère souverain de la République, qui garantit une application uniforme du droit sur l’ensemble des citoyens et sur tout le territoire national. Aucune partie du peuple, ni aucun individu, ne peut s’attribuer l’exercice de la souveraineté nationale. Seul le peuple exerce cette souveraineté par la voie de ses représentants ou du référendum (article 3) ;
  • le caractère laïque de la République, issu des principes de liberté de croyance et d’égalité des citoyens devant la loi. Il implique la séparation des Églises et de l’État. Aucune religion n’a de statut privilégié au sein de la République et chaque individu se voit garantir la liberté de ses opinions et de sa foi ;
  • le caractère démocratique de la République, qui implique le respect des libertés fondamentales et la désignation des différents pouvoirs au suffrage universel (ouvert à tous les citoyens majeurs disposant de la jouissance de ses droits civiques), égal (chaque électeur dispose d’une voix) et secret (chacun vote librement à l’abri de toute pression) ;
  • le caractère social de la République qui résulte de l’affirmation du principe d’égalité. Il s’agit de contribuer à la cohésion sociale et de favoriser l’amélioration de la condition des plus démunis.

Des révisions récentes de la Constitution ont introduit de nouveaux principes : la révision constitutionnelle du 28 mars 2003 a établi le principe de l’organisation décentralisée de la République ; celle du 1er mars 2005 a proclamé l’attachement du peuple français "aux droits et devoirs définis dans la Charte de l’environnement", dont notamment le développement durable et le principe de précaution ; la loi constitutionnelle du 23 juillet 2008 a complété les dispositions en faveur de l’égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et fonctions électives en les étendant aux "responsabilités professionnelles et sociales" (article 1er de la Constitution).[1] 

L’existence même de la Constitution, au sommet de l’État, est la parabole du pouvoir de l’État. Adoptée par le peuple, à l’instar de la Constitution de 1958, elle manifeste la nature démocratique du pouvoir de l’État au sommet. Ces bases constitutionnelles répartissent le contenu du pouvoir de l’État entre le niveau national, territorial et supranational. 

La séparation des pouvoirs étant nécessaire pour éviter les abus de pouvoirs, l’article 16 de la déclaration des droits de l’Homme et du citoyen en rappelle solennellement et juridiquement le principe. La Constitution de 1958 révisée maintes fois, organise cette séparation entre un pouvoir exécutif bicéphale, un parlement bicaméral et une juridiction à trois cours suprêmes, chacune dans son champ de compétence. Conformément au deuxième principe de la loi constitutionnelle du 3 juin 1958, les constituants ont effectivement séparé les pouvoirs exécutif et législatif tout en prévoyant que : le Gouvernement « est responsable devant le Parlement dans les conditions et suivant les procédures prévues aux articles 49 et 50 » ; le chef de l'État, qui est élu au suffrage universel direct, dispose de pouvoirs importants. Ainsi, le régime de la Ve République est qualifié de régime « semi-présidentiel ». 

Cette Constitution a dû s'adapter progressivement à la participation de la France à la construction européenne. L'intégration à l'Union européenne (UE) a nécessité six révisions constitutionnelles depuis 1992. Le plus souvent, ces révisions ont fait suite à des décisions du Conseil constitutionnel qui ont relevé l’incompatibilité des engagements européens avec la Constitution (clauses contraires à la Constitution, remise en cause des droits et libertés constitutionnellement garantis ou atteinte aux conditions essentielles d’exercice de la souveraineté nationale). 

Toutes ces révisions ont été adoptées par le Parlement réuni en congrès (et non par référendum) sur la base de l'article 89 de la Constitution. Ancien Secrétaire général du gouvernement et vice-président du Conseil d’Etat, Jean-Marc Sauvé propose une définition très claire de la conception française de l’Etat dans un rapport intitulé « Servir l’Etat aujourd’hui » : « Conformément à son étymologie – stare –, l’État est ce qui nous tient debout ; il est le corps dans lequel s’incarne notre projet commun. 

Notre pacte social est indissolublement lié à la conception d’un État unitaire sur lequel s’est construite la Nation et qui tire sa légitimité de son rôle de garant de la cohésion nationale et de l’intérêt général. Cet intérêt n’est pas, vous le savez, la somme des intérêts particuliers qui s’expriment dans notre société, ni même un agrégat d’intérêts collectifs. 

L’intérêt général est, dans notre pays, ce qui nous est commun, ce qui nous rassemble, nous élève au-dessus de nos conditions et transcende les intérêts individuels. Il est, dans notre conception volontariste, l’expression de la volonté générale, exprimée par la Constitution et la loi, interprétée par le juge et mise en œuvre par le pouvoir exécutif. L’État, en faisant primer le Bien commun et l’intérêt général, prend part à l’édification d’une société intégrée et unifiée qui serait autrement traversée par des tensions insoutenables entre les intérêts individuels ou collectifs multiples qui la traversent. » 

Depuis 1789, tous les changements de texte constitutionnel ont été opérés de manière non pacifique et sans respecter les formes prévues par les textes antérieurs, ou en transformant pour la circonstance le procédé de révision pour permettre une modification totale. 

Cependant l’histoire politique française n’est pas une juxtaposition d’expériences indépendantes les unes des autres, mais une longue chaîne qui, après deux cycles "Monarchie-République-Régime autoritaire", sur près d’un siècle et demi, et de nombreux soubresauts, semble s’être arrêtée sur la République, associée au régime parlementaire. Mais cette instabilité est plus apparente que réelle : si les textes ont changé, les hommes ont pu rester en place, et bien des institutions politiques ou administratives ont pu survivre aux tempêtes, comme le Conseil d’État, les grandes administrations, ou les institutions locales, à l’image des préfets. 

Il faut ainsi souligner une grande continuité administrative, derrière l’apparente discontinuité des formes constitutionnelles.

 « Clé de voûte de notre régime » (Charles de GAULLE, allocution radiotélévisée du 20 septembre 1962), le Président de la République occupe une place de tout premier rang au sein de la Constitution du 4 octobre 1958. Immédiatement après le titre I de la Constitution ayant pour objet la souveraineté (articles 2 à 4), le titre II lui est consacré (articles 5 à 19). 

Le rôle du chef de l’État est défini par l’article 5 de la Constitution : « Le Président de la République veille au respect de la Constitution. Il assure, par son arbitrage, le fonctionnement régulier des pouvoirs publics ainsi que la continuité de l’État. » 

« Il est le garant de l’indépendance nationale, de l’intégrité du territoire et du respect des traités ». Directement élu par le peuple, le Président de la République dispose d’importants pouvoirs. 

La durée du mandat présidentiel est de cinq ans et le nombre de mandats consécutifs est limité à deux. Deux types de pouvoirs présidentiels peuvent être distingués. 

Le chef de l’État dispose de pouvoirs propres. Il s’agit de pouvoirs qu’il exerce seul, c’est-à-dire sans la signature du Premier ministre et des ministres. Tous les autres pouvoirs du chef de l’État sont des pouvoirs partagés, c’est-à-dire des pouvoirs soumis au contreseing du Premier ministre et, le cas échéant, des ministres responsables, soit ceux qui préparent et appliquent les actes du président. Il s’agit, par exemple, de la nomination des ministres ou de la signature des ordonnances et des décrets délibérés en conseil des ministres. 

Si les pouvoirs propres peuvent être exercés par le Président quelle que soit la conjoncture politique du moment – y compris donc en période de cohabitation –, les pouvoirs partagés supposent un accord entre le chef de l’État et le chef du Gouvernement. En période de concordance des majorités présidentielle et parlementaire, le chef de l’État – qui préside le conseil des ministres – joue un rôle déterminant dans l’exercice de ces pouvoirs partagés. 

La Constitution de 1958 organise un partage des pouvoirs administratifs entre le président de la République et le Premier ministre qui sont, avec les ministres, les autorités de l’administration d’État. 

Le rôle essentiel revient au Premier ministre en tant que chef du Gouvernement. 

L’administration lui est donc subordonnée, et est tenue d’exécuter les décisions gouvernementales. Le Premier ministre nomme aux emplois civils et militaires et exerce le pouvoir réglementaire, sous réserve des privilèges accordés au chef de l’État dans ces domaines (art. 13). 

En période de cohabitation, le centre de gravité du pouvoir se déplace de l’Élysée à Matignon : c’est le chef du Gouvernement, soutenu par la majorité parlementaire dont il est issu, qui gouverne. 

Cette lecture primo-ministérielle correspond à une lecture littérale de la Constitution puisque le premier alinéa de son article 20 prévoit que c’est le Gouvernement, et non le Président de la République, qui « détermine et conduit la politique de la nation ». Cet affaiblissement de la primauté présidentielle ne signifie pas que le chef de l’État est dépossédé de tout pouvoir. Il dispose en toutes circonstances de ses pouvoirs propres, c’est-à-dire des pouvoirs dispensés de contreseing énumérés à l’article 19 de la Constitution. 

La responsabilité politique 

Née de la responsabilité pénale, la « responsabilité politique » est considérée par les juristes comme le stade avancé de la responsabilité dans une société où sont respectés les droits fondamentaux. Cependant, en raison des insuffisances de la responsabilité politique, on voit resurgir la pénalisation de la responsabilité. La responsabilité politique du gouvernement donne l'obligation pour celui-ci de démissionner lorsqu’il ne dispose plus de la confiance de l’autorité politique devant laquelle il est responsable En France, le gouvernement est responsable devant l'Assemblée nationale. L'article 49 de la Constitution de la Ve République prévoit trois procédures distinctes : 

  • la « question de confiance », à l'initiative du gouvernement qui engage sa responsabilité sur un programme ou sur une déclaration de politique générale. Dans la pratique, le gouvernement ne pose la question de confiance que s'il est sûr d'obtenir une réponse positive ou s'il veut affermir la cohésion des députés qui le soutiennent.
  • La « motion de censure » à l'initiative de l'Assemblée nationale,
  • l' « engagement de responsabilité » du gouvernement sur un texte qui permet à celui-ci de forcer son adoption, sauf si l'Assemblée nationale est prête à le renverser (article 49.3).

 Il existe aussi une procédure d'approbation d'une déclaration de politique générale devant le Sénat. Cependant, un vote négatif ne peut entraîner la démission du Gouvernement. Alors que le gouvernement n'a, en théorie, besoin que de la confiance de l'Assemblée nationale, l'usage des institutions de la Ve République montre que le gouvernement est aussi responsable devant le Président de la République qui a le pouvoir de le nommer et de le révoquer sur proposition du Premier ministre. 

Le Conseil constitutionnel, le droit constitutionnel et le bloc de constitutionnalité 

Créé en 1958, le Conseil constitutionnel a une triple mission : veiller à la conformité des lois et des règlements des assemblées à la Constitution. À ce titre, il peut être saisi de différentes manières ; juger de la régularité (et donc, de la validité) des élections nationales (présidentielle, législatives, sénatoriales et référendums) ; émettre des avis, notamment en cas de vacance du pouvoir ou d'application de l'article 16 de la Constitution (qui accorde des pouvoirs exceptionnels au président de la République) Désormais érigé en véritable Cour constitutionnelle, les modalités et conditions de sa saisine ont énormément évolué au cours de la Vème République. Par l’extension progressive tant du bloc de constitutionnalité que des conditions de sa saisine, le Conseil constitutionnel s’est ainsi érigé en garant de l’État de droit. 

Le contrôle de constitutionnalité est obligatoire pour les règlements de l'Assemblée nationale et du Sénat, les lois organiques et, depuis la révision constitutionnelle de juillet 2008, pour les propositions de lois prévues à l’article 11 (référendum d’initiatives partagées) avant qu’elles ne soient soumises à référendum. Il est facultatif pour les lois ordinaires et pour les traités internationaux.  Pour les lois ordinaires, le Conseil constitutionnel peut être saisi par le président de la République, le Premier ministre, le président de l'Assemblée nationale, le président du Sénat ou soixante députés ou soixante sénateurs. Une saisine du Conseil constitutionnel suspend le délai de promulgation du texte. Ce contrôle s'exerce a priori, c'est-à-dire avant la promulgation des lois. Depuis la révision constitutionnelle du 23 juillet 2008, le Conseil peut également être saisi, sur renvoi du Conseil d’Etat ou de la Cour de cassation, afin d'effectuer un contrôle a posteriori. 

Cette mesure permet à tout citoyen impliqué dans un procès, de réclamer qu'un nouveau contrôle de constitutionnalité soit fait sur une disposition législative dont il estime qu'elle porte atteinte aux droits et libertés garantis par la Constitution. 

Cette voie de saisine exceptionnelle prend la forme d'une « question prioritaire de constitutionnalité (QPC) » (article 61-1). 

Les décisions du Conseil constitutionnel font autorité. 

Ainsi, une disposition déclarée inconstitutionnelle dans le cas d'un contrôle a priori ne peut être ni promulguée, ni mise en application (article 62). Dans le cas d'une QPC, elle est abrogée. Les articles 58 à 60 de la Constitution définissent le rôle du Conseil constitutionnel en matière de contrôle de la régularité des élections. Le Conseil constitutionnel est également amené à se prononcer en cas de vacance ou empêchement du pouvoir présidentiel : il constate le caractère définitif de cette situation et peut convoquer de nouvelles élections, d'après l’article 4 de la Constitution. 

Le « droit constitutionnel » est l’ensemble des règles juridiques ayant pour objet la création, l’organisation et l’exercice du pouvoir politique. Il se décompose en trois volets distincts : le droit constitutionnel institutionnel, qui étudie et régit la dévolution du pouvoir (création, exercice, transmission) ; le droit constitutionnel des libertés, qui étudie et régit les droits et les libertés fondamentales des individus dans leurs rapports avec la puissance publique ; et le droit constitutionnel normatif, qui étudie et régit la création d’une norme et son régime juridique. Le « Bloc de constitutionnalité » désigne l'ensemble des normes auxquelles se réfère le Conseil constitutionnel pour juger de la constitutionnalité des lois. C'est le Conseil constitutionnel, lui-même, qui a établi la liste des textes qui composent le bloc de constitutionnalité : 

  • La jurisprudence du Conseil constitutionnel

 En 1958, la Constitution est le seul texte à valeur constitutionnelle. En 1971, le Conseil constitutionnel attribue une valeur constitutionnelle au Préambule de la Constitution de 1946. Il censure pour la première fois une loi pour violation des principes fondamentaux reconnus par les lois de la République. La décision de 1971 marque une rupture. Le Préambule de la Constitution de 1946 mentionnant certains principes, cette jurisprudence permet au Conseil constitutionnel de leur conférer une valeur égale à celle de la Constitution : les principes particulièrement nécessaires à notre temps. 

Il s’agit de principes politiques, économiques et sociaux limitativement énumérés (droit de grève, droit de mener une vie familiale normale, droit à la protection de la santé...) ; les principes fondamentaux reconnus par les lois de la République reconnus par le Conseil constitutionnel (liberté d'association, liberté de l'enseignement, indépendance de la juridiction administrative, indépendance des professeurs d'université...) ; les principes à valeur constitutionnelle dont font partie « la continuité de l'État et des services publics » ou « la sauvegarde de la dignité de la personne humaine contre toute forme d'asservissement et de dégradation ». Etat-membre de l’Union européenne, la France est également tenue de respecter les objectifs et valeurs (Dignité humaine ; Liberté ; Démocratie ; Égalité ; État de droit ; Droits de l’homme) portées par cette organisation internationale d’un genre nouveau, à laquelle elle a attribué des compétences qui impactent indubitablement sa propre conception de la souveraineté. Ce sont donc les valeurs du libéralisme politique qui fondent le système politique de l’Union européenne avec ses organes délibératifs que sont son Parlement et son Conseil des États membres, son exécutif responsable devant eux (la Commission), son État de droit et son équilibre des intérêts et des pouvoirs garantis par le droit et les institutions, dont la Cour de justice de l’UE (CJUE) est une clé de voûte. Dès lors, dans la vie politique de l’UE, le pluralisme, l’indépendance de la justice, l’indépendance des médias, l’indépendance des universités, la séparation des pouvoirs et le respect des minorités et des libertés individuelles sont fondamentaux. 

Le Conseil d’Etat Par ses missions, le Conseil d’État est également l’un des piliers de l’État de droit. D’une part, il tranche les litiges qui opposent les citoyens, entreprises et associations aux administrations. D’autre part, il propose au Gouvernement et au Parlement des améliorations pour sécuriser les lois et réglementations, avant qu’elles ne soient votées ou entrent en vigueur. Le Conseil d'État s'est reconnu la possibilité de dégager lui-même des principes fondamentaux, de valeur constitutionnelle, concurremment avec le Conseil constitutionnel. Tout citoyen, toute association, toute entreprise peut contester les décisions prises par l’administration (collectivités territoriales, préfectures et services déconcentrés de l’État, hôpitaux, établissements d’enseignement, Gouvernement…) devant la justice administrative s’il estime que ses droits et libertés ne sont pas respectés. Chacun peut par exemple contester un impôt, un refus de permis de construire, un refus d’aide sociale, une interdiction de manifester… En tant que juge administratif suprême, le Conseil d’État juge le plus souvent ces litiges après les tribunaux administratifs et les cours administratives d’appel. Mais il peut aussi être saisi directement lorsque la mesure contestée provient d’une autorité ayant une compétence à l’échelon national (président de la République, Gouvernement et ministères, autorités administratives indépendantes). 

Le Conseil d’État rend des décisions de justice qui sont contraignantes pour l’administration et veille à leur bonne exécution. Le Conseil d’État assure un rôle de conseiller juridique pour le Gouvernement, l’Assemblée nationale et du Sénat. 

Il rend des avis juridiques sur les lois et réglementations avant qu’elles ne soient débattues et votées au Parlement ou entrent en vigueur. Son rôle est de garantir la sécurité juridique des projets de textes qui lui sont soumis. Il veille à ce que ces projets respectent la Constitution, le droit européen et national, soient cohérents, compréhensibles et applicables dans la vie quotidienne. Le Conseil d’État rend des avis consultatifs et ne se prononce pas sur les choix politiques du Gouvernement ou des parlementaires. 

En parallèle de ces deux grandes missions, le Conseil d’État élabore des études sur des questions de droit et de politiques publiques à son initiative ou à la demande des administrations. Il assure également la gestion des 42 tribunaux administratifs, 9 cours administratives d’appel et de la Cour national du droit d’asile. 

Le principe de légalité 

Le principe de légalité exprime la soumission de l'administration au droit. Dans un État de droit, la puissance publique est soumise à des règles qui précèdent son action. Le principe de légalité permet de protéger les citoyens contre l'arbitraire de l'administration, puisqu'il définit les limites de son action. La légalité d'un acte administratif peut faire l'objet d'un contrôle interne ou d'un contrôle du juge. Un acte administratif doit être conforme à plusieurs types de normes : 

  • la norme constitutionnelle (Bloc de constitutionnalité) doit être respectée lorsqu'un acte administratif fait directement application de la Constitution. Un acte administratif conforme à la loi qu'il applique ne peut pas être annulé par le juge administratif pour la violation d'une disposition constitutionnelle. Le juge administratif ne peut pas sanctionner l'inconstitutionnalité de la loi. Ceci est du ressort du Conseil constitutionnel (théorie de la "loi écran") ;
  • les conventions et les traités internationaux (bloc de conventionnalité). Depuis l’arrêt Nicolo du Conseil d'État, les traités doivent être respectés par les actes administratifs même lorsqu'une loi qui leur est contraire est adoptée ensuite ;
  • le droit européen, édicté par les institutions européennes sous forme de règlements (directement applicables par l'ensemble des États membres) ou de directives (qui doivent être transposées dans le droit interne) ;
  • les principes généraux du droit qui ne sont pas expressément formulés dans les textes mais qui, dégagés par le juge et consacrés par lui, s'imposent à l'administration dans son action.

D’une manière générale, les auteurs des décisions du Conseil constitutionnel comme les arrêts du Conseil d’Etat et des différentes juridictions nationales, administratives ou judiciaires, s’attachent à assurer leur conformité et/ou compatibilité avec l’esprit comme avec la lettre des dispositions juridiques internationale liant l’Etat français (droit de l’Union européenne, Convention européenne des droits de l’homme, arrêts de la Cour pénale internationale ou de la Cour européenne des droits de l’homme, …). On comprend dès lors pourquoi, contrairement à la pyramide de Kersen, le bloc de conventionnalité figure dès lors au même niveau que le bloc de constitutionnalité dans la hiérarchie des normes de la République française. 

Il existe aussi une hiérarchie entre les actes administratifs : les actes réglementaires ont une valeur supérieure aux actes individuels (arrêté de nomination, par exemple). Au sein d'une même catégorie d'acte (les arrêtés, par exemple), il existe une hiérarchie en fonction de l'autorité administrative émettrice. Le principe de légalité, pour être efficace, doit être accompagné d'un système de contrôle. Ce contrôle peut être exercé par l'administration elle-même, ou par le juge administratif qui statue sur le fait de savoir s'il y a eu ou non méconnaissance d'une règle de droit. En France, les principes généraux du droit (PGD) sont des règles de portée générale qui doivent répondre à trois critères : 

  • ils s'appliquent même en l'absence de texte ;
  • ils sont dégagés par les jurisprudences ;
  • ils ne sont pas créés de toutes pièces par le juge mais « découverts » par celui-ci à partir de l'état du droit et de la société à un instant donné : en effet, en droit français, les juges n'ont pas le pouvoir de créer des normes (en vertu du principe dit « de la prohibition des arrêts de règlement », inscrit à l'article 5 du Code civil français. Ils n'ont que le pouvoir de mettre en évidence et d'interpréter les normes existantes ; le principe général du droit est dès lors sous-jacent dans un état du droit existant, et il serait simplement mis au jour par le juge.

 En droit européen, la Cour de Justice de l’Union européenne reconnaît également des principes généraux du droit. 

En droit international public, les « principes généraux de droit reconnus par les nations civilisées » sont considérés comme une source de droit, conformément à l'article 38.1 (c) du statut de la Cour internationale de justice. Traditionnellement, la place des principes généraux du droit est très réduite dans le droit civil, qui est essentiellement codifié, et beaucoup plus large dans le droit administratif, qui est largement jurisprudentiel, car pendant très longtemps, il n'a existé que très peu de textes de portée générale s'appliquant à l'ensemble des activités de l'administration ou à une partie substantielle de celles-ci. 

Le statut de ces principes généraux, et en particulier de l'interprétation juridique, est débattu en théorie du droit, certains auteurs affirmant qu'ils ne servent qu'à dissimuler le pouvoir normatif créateur des juges. Si tous les auteurs s'accordent pour donner une valeur supra-réglementaire aux PGD, leur valeur juridique par rapport à la loi, c'est-à-dire leur place dans la hiérarchie des normes, a fait l'objet de controverses doctrinales. Il convient tout d'abord d'observer que tous les principes et règles non écrits n'ont pas la même valeur juridique. Il existe deux catégories de principes non écrits : 

  • certains sont de valeur simplement interprétative ou supplétive : ce sont des « règles » qui « ne s'appliquent qu'à défaut de dispositions écrites contraires … suivant la matière qu'elles concernent, elles s'inclineront devant la loi ou le règlement. Telles sont par exemple les règles générales de procédure applicables même sans texte devant toutes les juridictions administratives », parmi lesquelles on peut citer l'obligation de mentionner les noms des juges ou l'interdiction d'être juge et partie. Ces règles peuvent, selon les cas, être écartées par le législateur ou par le pouvoir réglementaire.
  • certains constituent des règles de fond, qui n'ont pas un caractère simplement interprétatif ou supplétif : ce sont à proprement parler les « principes », qui se subdivisent eux-mêmes en principes de compétence et principes de fond. Les premiers ont perdu à peu près toute portée depuis l'entrée en vigueur de la Constitution du 4 octobre 1958, qui a délimité les compétences respectives de la loi et du règlement. Les seconds, qui constituent à proprement parler les principes généraux du droit, sont « des principes fondamentaux qui sont à la base de notre régime politique ».

 Quelle est la valeur de ces principes ? 

Selon une première thèse abandonnée par la doctrine, les principes généraux du droit ont valeur législative : en effet, ils s'imposent au pouvoir réglementaire (le Conseil d’Etat peut annuler un décret ou une ordonnance contraire à un principe général du droit) mais ils peuvent être écartés par la loi. Selon une deuxième thèse, les principes généraux du droit ont une valeur « infra-législative et supra-décrétale ». 

En effet, leur auteur, le juge, occupe un rang supérieur au pouvoir exécutif - qu'il contrôle - et inférieur au pouvoir législatif, dont les lois l'obligent. À l'inverse, le juge administratif contraint l'administration aux PGD, y compris pour ses décrets (actes administratifs les plus élevés). Enfin, selon une troisième thèse, les PGD ont la valeur du texte dont ils sont déduits. Ainsi, le principe général du droit à l'égalité, déduit de la Déclaration des Droits de l'homme et du citoyen, aurait une valeur constitutionnelle. T

ous les principes généraux du droit s'imposent au pouvoir règlementaire autonome de l'article 37 de la Constitution. Certains de ces principes au moins ont une valeur constitutionnelle et le législateur lui-même ne peut y déroger : c'est par exemple le cas du principe d'égalité d'accès aux emplois publics. Cela n'habilite pas pour autant le juge administratif ordinaire à écarter une loi qui méconnaitrait un principe général de valeur constitutionnelle ; en revanche c'est bien la valeur constitutionnelle de ces principes qui a permis au Conseil d'État de les imposer au législateur colonial ainsi qu'aux ordonnances prises en vertu de l'article 38 de la Constitution. 

Du seul point de vue du droit, une difficulté majeure se pose au juge administratif qui réside dans la recherche de réponses robustes à la double question - cruciale - de la définition et de la fonction de l’intérêt général national en regard du point de vue du droit communautaire et dans le contexte de la Convention européenne des droits de l’homme, car il n’est pas certain qu’elles puissent être appréhendées en termes identiques si l’on s’attache à la jurisprudence de la Cour de Strasbourg et à celle de la Cour de Luxembourg. 

La volonté générale et l’intérêt général qui en est l’expression sont des concepts fondés sur une idéalisation de l’homme et du peuple. 

L’application de ces concepts les confronte à la société réelle et montre leurs limites, largement dépassées par suite de la complexité des sociétés démocratiques modernes.[2] 

« Depuis des siècles, les idéologues mais également les praticiens ne parviennent pas à s’entendre sur les tâches dont l’accomplissement incombe à l’Etat. L’éventail des opinions va de celles qui restreignent au maximum le pouvoir de l’Etat et ne concèdent à celui-ci que l’accomplissement de tâches de police, à celles qui prônent l’Etat total qui doit faire le bonheur des hommes, contre leur gré au besoin. […] 

La question de la finalité de l’Etat est le point de départ d’une analyse approfondie portant par exemple sur la conception marxiste et sur la conception libérale de l’Etat.  Les débats les plus récents au sujet du philosophe américain Rawls, qui est un « utilitariste », ont amené à discuter plus à fond du problème de la justice et, par conséquent, du bien commun. 

Cette notion très changeante à plus d’un égard et qu’on retrouve exprimée dans le domaine juridique par la formule « intérêt public » ou « intérêt général » mérite d’être précisée. L’aliénation progressive de l’homme par l’Etat a probablement pour cause principale une situation dans laquelle l’homme ne comprend plus l’Etat, parce qu’il y est toujours exclusivement question de choses abstraites telles que l’organisation, le parlement, l’administration et la bureaucratie. On a oublié qu’en fin de compte l’Etat est là pour les hommes et non pas le contraire. En revanche, on perçoit de mieux en mieux dans les tâches dont l’accomplissement incombe à l’Etat ce que l’individu peut attendre de l’Etat.  Il est donc nécessaire et urgent d’instaurer aussi une réflexion théorique, afin d’être mieux au clair sur la finalité de l’Etat, c’est-à-dire sur ses buts et ses tâches. » 

Coup de projecteur sur quelques lacunes et dysfonctionnements dans le système institutionnel de la République 

Derrière les apparences de la robustesse d’un tel système institutionnel se pose la question de sa résilience devant les mutations civilisationnelles qui agitent la France comme, plus largement, le monde « occidental », et qui interrogent l’avenir de l’Etat comme celui de la démocratie dans le monde de demain. 

La 4ème révolution industrielle a contribué à opérer un profond changement de paradigme démocratique, mettant à mal la primauté du droit et de l’Etat de droit autant que la légitimité du pouvoir institué. La transformation numérique à marche forcée voulue, pensée, conçue et mise en œuvre en Europe par les pouvoirs publics sous l’emprise d’une offre technologique agissant comme un couperet les met à mal dès lors que cette idéalisation est altérée par des considérations qui ne relèvent pas de la double promesse démocratique et humaniste. 

La 5ème révolution industrielle à l’œuvre avec l’émergence des technologies de l’intelligence artificielle, et plus globalement des « technologies totales », donne lieu à des postures porteuses de mutations civilisationnelles qui ajoutent une dimension nouvelle aux interrogations qui accompagnent l’avènement d’un monde nouveau autant qu’aux tensions déjà présentes au sein des grands équilibres stratégiques et géopolitiques. 

Certains observateurs s'interrogent sur cette évolution en profondeur de la société mondiale dans un contexte où la mondialisation de l’espace informationnel et ses conséquences sur les modes de communication, la formation et la circulation des contenus bousculent non seulement les usages mais aussi les concepts traditionnels sur lesquels prennent appui les différents modes de régulation de l’espace public et d’application du droit. 

Or, les travaux de Max Weber sur les différentes sources de légitimités du pouvoir montrent que toute forme de pouvoir peut en fonction du contexte ou des situations, être contestée, voire renversée, faute de légitimité. Source de déséquilibre des pouvoirs et de déceptions inévitables, la culture présidentialiste est à bout de souffle. Le professeur de droit public J

ulien Bonnet analyse, dans une tribune au « Monde », un système présidentiel très français, ultra-personnalisé, qui fragilise désormais notre Etat de droit et notre démocratie. 

Ni la Constitution, ni les principales juridictions suprêmes de l’Etat de droit, ne parviennent plus à rassurer les citoyens, le Conseil constitutionnel et le Conseil d’Etat étant parfois anormalement poussés à agir en tant qu’institutions politiques, en totale contradiction avec le principe de séparation des pouvoirs. 

« Y a-t-il encore sens aujourd’hui à parler d’intérêt général dans un contexte où les sociétés complexes semblent éclatées en une multiplicité parcellaire de réseaux ? 

L’intérêt général est-il mort, tué par le pluralisme de la post-modernité, ou à réinventer ? » s’interroge Camille Chamois. 

L’inflation législative ajoute continuellement à l’insécurité juridique en portant atteinte à la cohérence comme à la lisibilité de la loi. Le regard que portait jadis Georges Clémenceau sur l’activité parlementaire prend-t-il pour autant plus que jamais tout son sens : « Le Parlement est le plus grand organisme qu’on ait inventé pour commettre des erreurs politiques, mais elles ont l’avantage supérieur d’être réparables, et ce, dès que le pays en a la volonté. » ? 

Le sociologue Michel Maffesoli, auteur du livre "Être postmoderne", ne le pense pas, car il observe un profond divorce entre le pouvoir institué - l’organisation du vivre ensemble - et la puissance - ce qui donne corps et sens à la vie sociale, ce qui fonde l’être ensemble - : « L’esprit de l’époque est en train de se détourner des vieilles politiques verticales et de l’idéal de représentation démocratique pour lui préférer une politique de proximité où la base pourra faire entendre sa voix d’une manière plus directe. […] 

Le modèle politique de la démocratie représentative ne permet plus le lien entre la puissance et le pouvoir, entre l’instituant et l’institué. L’institué, le pouvoir, les élites (ceux qui ont le pouvoir de dire et de faire) de quelque nom qu’on les appelle ne sont plus pertinents. Ils sont des figures mortes, des représentants d’institutions abstraites. Ce qui implique ce que Vilfredo Pareto nommait, justement, la fameuse « circulation des élites » ! 

Mais cette puissance populaire, cette volonté commune de faire corps, d’éprouver ensemble un destin commun et d’y faire face n’est pas morte, elle. Elle va chercher d’autres formes d’expression, d’autres formes de rassemblement. […] Ce qui est en gestation étant une autre conception de la « Res publica » : une république en mosaïque. 

Quand le pouvoir et la puissance sont entièrement déconnectés, quand les institutions ne sont plus innervées par une énergie commune, par la puissance populaire, quand les élites sont totalement distantes de la base, il faut trouver de nouvelles formes de gestion de la cité. […] Le lieu fait lien. 

Internet aidant, ce lieu territoire géographique, pourra être démultiplié en plusieurs lieux, plusieurs sites, réels ou virtuels. La proximité n’est plus ce que Michel Foucault nommait « l’assignation à résidence », ce n’est plus non plus l’assignation à identité. Elle se démultiplie en de multiples moments de vie commune et en « identifications » multiples. Et c’est ce ballet entre diverses tribus qu’il revient à de nouvelles formes politiques de réguler sinon d’organiser. » 

La Constitution présentant un certain nombre de lacunes préjudiciables au bon fonctionnement de l’Etat de droit autant qu’au bon exercice des missions et compétences attribuées aux institutions de la République, un nouvel aménagement s’avère indispensable ; exercice des plus complexe qui pourrait tout à fait donner lieu à un changement de régime. 

Pour autant, une telle révision constitutionnelle ne résoudra pas la véritable question soulevée par la crise démocratique à l’œuvre. 

« La question du gouvernement, ce n'est pas nécessairement la question la plus pertinente en démocratie. La vraie question intéressante en démocratie c'est celle qui se pose en amont. C'est la question du soin, de l'éducation, de la culture. C'est la question des outils de sublimation des instincts pulsionnels. Vous pourrez produire le meilleur des gouvernements, si vous n'avez pas des individus qui ont une capacité de sublimer leur instinct pulsionnel, vous n'irez pas gouverner de l'irrationnel social. » (Cynthia Fleury )

Patrice Cardot , 16 juillet 2024

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[1] Source : Vie-publique.fr   

[2] « L’intérêt général (contrairement à l’intérêt commun) se présente comme une position de surplomb prenant le point de vue de la société et des exigences de rationalisation supposées la structurer. [Il existe] trois options différentes concernant la nature et la détermination de cet intérêt. […]. L’approche du physiocrate, Lemercier de La Rivière dégage un intérêt général comme simple épiphénomène de l’intérêt des membres de la société qui cherchent tous à voir leurs gains individuels maximisés. L’approche de Saint-Simon, étudiée ensuite, renverse celle-ci car, pour ce dernier, les droits des individus dépendent entièrement de leur fonction sociale dans le système industriel de telle sorte que le seul intérêt commun des individus est leur intérêt d’industriel qui converge dans une coopération universelle, de telle sorte que l’intérêt général assumé par l’État exprime les exigences générales de l’industrie, c’est-à-dire de la production et de la distribution optimale des ressources dans tout le corps de la société. Enfin, l’approche de Léon Bourgeois permet d’articuler une thèse basée sur les droits et la protection des individus avec une thèse fondée sur la promotion d’intérêts sociaux irréductibles aux intérêts individuels. L’intérêt général incarné par l’État vise alors à réinscrire l’individu dans les exigences et les obligations civiques notamment par des devoirs comme celui de payer l’impôt. »    Pierre Crétois - L’intérêt général au crible de l’intérêt commun : https://journals.openedition.org/asterion/3031


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il est nécessaire distinguer la Francophonie politique, du français Wilfried N'SONDE

il est nécessaire distinguer la Francophonie politique, du français Wilfried N'SONDE

La littérature, comme la philosophie sont affaire de mots. Il est préférable de parler de traite transatlantique (plutôt que négrière). Proudhon disait que si l’on voulait en finir avec la guerre, encore faudrait-il la comprendre ; alors si l’on veut en finir avec l’esclavage, encore faut-il le comprendre. Né à Brazzaville, Wilfried N’Sondé est l'auteur de six romans. Prix des Cinq Continents de la francophonie et prix Senghor de la création littéraire, il a grandi en Île-de-France et a vécu vingt-cinq ans à Berlin. Il habite désormais à Lyon. / Entretien avec Jean-Claude Mairal, actualisé le 30/09/2024

Né en 1968 à Brazzaville, Wilfried N’Sondé a grandi en Île-de-France et vécu vingt-cinq ans à Berlin. Il habite désormais à Lyon. Il est l'auteur de six romans chez Acte Sud , notamment Le Cœur des enfants léopards (2007, prix des Cinq Continents de la francophonie et prix Senghor de la création littéraire), Un océan, deux mers, trois continents (2018), qui a reçu une dizaine de prix littéraires, parmi lesquels le prix Ahmadou Kourouma, le prix France Bleu / Page des libraires et le prix des lecteurs de L'Express / BFMTV et Femme du ciel et des tempêtes (2021).Wilfried N’Sondé explore, dans ses récits, des aventures historiques, l’expérience de l’exil et de l’altérité et, plus récemment, notre rapport au monde vivant. Il a notamment signé les textes de l’ouvrage photographique Borders de Jean-Michel André (Actes Sud, 2020), exposé aux Rencontres d’Arles 2021. 

Propos recueillis par Jean-Claude Mairal

Jean Claude Mairal: Wilfried N'Sondé vous êtes né à Brazzaville en République du Congo, vous avez grandi en Ile de France, vous avez vécu à Berlin et vous vivez désormais à Lyon. Votre parcours de vie vous permet ainsi par ces différents ancrages culturels de nourrir vos romans et d'être ouvert à la fois sur la réalité du Monde d'aujourd'hui dans toutes ses contradictions, tout en intégrant le passé et l'espace-temps qui nourrissent et le lient au présent. Par une telle approche que voulez-vous démontrer ? 

Wilfried N'Sondé : En littérature pour moi, il ne s’agit pas de démontrer mais avant tout d’émouvoir. Je pense être un amoureux de l’humain et du cadre de vie qui lui permet d’exister, malgré les drames, les désastres et l’horreur que l’on peut-y côtoyer. J’ai énormément voyagé ces dernières années et me suis découvert une réelle fascination pour tout ce qui rassemble les êtres humains, leurs points communs, leur capacité à engendrer des interactions riches et fécondes. Alors que l’on insiste trop souvent à mon goût sur les différences, dans mes écrits j’ai envie de célébrer ce qui nous permet de nous réunir et de coopérer de manière pacifique. La forme romanesque me semble un excellent vecteur pour cela, tant elle arrive à la fois à communiquer des informations et à séduire, à toucher tout simplement. 

Jean Claude Mairal: Dans le même ordre d'idée, vous approfondissez dans vos romans le rapport de l'Humain au monde vivant en montrant comme un biologiste, l'harmonie du vivant et de l'Humain. C'est certainement ces approches qui ont amené les scientifiques de la goélette Tara à vous inviter à participer à une de leur expédition et qui a donné le roman "Heliosphéra fille des Abysses, d'amour et de plancton". Là aussi, à partir de l'infiniment petit, vous menez dans un récit romanesque, une réflexion philosophique. 

Wilfried N'Sondé : L’infiniment petit, que l’on a longtemps pensé rudimentaire ou primitif, se révèle d’une complexité extraordinaire. Pour exister, les êtres unicellulaires doivent être en mesure d’assurer toutes les fonctions nécessaires à leur survie, contrairement à celles, très spécialisées, qui s’assemblent pour composer des entités multicellulaires. Les dynamiques des organismes à l’origine de la vie sur terre sont à mon sens autant d’enseignements sur les mécanismes de survie sur notre planète, un vivier de réflexions inspirantes à prendre en compte afin d’éviter la catastrophe environnementale qui pourrait être fatale à l’humanité. Après avoir étudié le plancton avec les scientifiques pendant cinq semaines, j’ai eu à cœur d’écrire un roman dans lequel j’entends partager mon émerveillement pour ses habitants des océans, mais aussi mon respect pour leur capacité à mettre souvent en place des stratégies de coopération pacifiques pour exister. Cela est étrange, mais je tenais aussi à les remercier de nous fournir ces éléments vivifiants qui, si nous les prenons en compte, nous aideront à élaborer de nouveaux modèles de pensée pour demain. 

Jean Claude Mairal: Lors du débat à Vichy, vous avez rebondi sur une intervention concernant la traite négrière transatlantique, en indiquant que la question était plus complexe que la seule mise en cause des européens. Vous avez même indiqué qu'un de vos ancêtres du Congo avait participé à alimenter la traite. Dans votre roman "Un océan, deux mers et trois continents" vous faite la démonstration de cette complexité en montrant la réalité et les protagonistes du trafic d'êtres humains, en les insérant dans les conditions historiques et de pouvoir de l'époque. Vous n'êtes pas dans la vision souvent binaire développée depuis des années. En ce sens comme je vous l'avais souligné à Vichy, vous insérer votre roman dans l'approche de la pensée complexe d'Edgar Morin. En fait, certes vous êtes écrivains, mais n'êtes-vous pas également un Philosophe dont le terrain de jeux, serait le roman? 

Wilfried N'Sondé : La littérature, comme la philosophie sont affaire de mots, c’est pour cela que je pense qu’il est préférable de parler de traite transatlantique (plutôt que négrière). Proudhon disait que si l’on voulait en finir avec la guerre, encore faudrait-il la comprendre ; alors si l’on veut en finir avec l’esclavage, encore faut-il le comprendre. L’esclavage transatlantique a duré plus de quatre siècles, il est plus pertinent de parler de ce drame au pluriel pour lui rendre sa complexité, distinguer des phases pour constater, par exemple, que cette tragédie ne s’est pas toujours centrée sur la couleur de peau. Pour répondre plus directement à votre question, je crois que la philosophie est partout, elle interroge a priori et distille ses conclusions dans toutes mes pensées et mes gestes. Pour autant je n’en suis pas un spécialiste, alors je ne me permettrais pas de me définir comme Philosophe. Cela me préserve d’ailleurs du risque de m’attirer les foudres de ceux qui, à juste titre, se revendiquent comme tel. 

Jean Claude Mairal: Pour conclure. En 2024, le sommet de la Francophonie a lieu en France à Villers-Cotterêts. Ces sommets sont des sommets institutionnels, sans grandes répercussions dans notre pays, mais à I-Dialogos, nous nous posons la question de savoir comment faire de cet événement, un événement citoyen et mobilisateur de tous les acteurs (collectivités, associations, médias, manifestations culturelles, écrivains, cinéastes, artistes, etc) de France et d'ailleurs, pour une prise de conscience de l'apport des francophonies dans le développement et le rayonnement des pays. Vous qui êtes le produit et le creuset de plusieurs cultures, africaines, françaises et européennes, nous serions heureux d'avoir votre sentiment et votre approche sur cette question de la Francophonie, trop souvent perçue en Afrique comme un relent de la France-Afrique. 

À force de vouloir faire du français quelque chose qui serait plus qu’une langue, elle finit par irriter.

Wilfried N'Sondé : Je pense qu’il est nécessaire de bien distinguer la Francophonie politique, du français, une langue, un moyen de communication partagé par des femmes et des hommes sur les cinq continents. Le concept même de sommet a quelque chose de rebutant, on imagine déjà du protocole, des vestes sombres, des cravates et des amalgames en gestation… Rassembler les artistes, les associations et toutes sortes d’acteurs culturelles me semble par contre heureux, nécessaire, très belle idée, mais de grâce, loin des considérations politiques. Celles-ci elles nuisent à la démocratisation de cette langue qui permet aux simples citoyens que nous sommes d’exprimer nos humeurs, nos sentiments, nos rêves, d’échanger des idées, de vivre ensemble en utilisant un outil commun qui permet de nous comprendre. À force de vouloir faire du français quelque chose qui serait plus qu’une langue, elle finit par irriter, déranger, et prend le risque de devenir infréquentable…

Photo Odile Motelot


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Les médias mettent-ils en danger la démocratie ? Habiba MEJRI CHEIKH

Les médias mettent-ils en danger la démocratie ? Habiba MEJRI CHEIKH

A une époque de supercherie universelle, dire la vérité est un acte révolutionnaire.”, disait Georges Orwell, en 1984. Aujourd’hui, les médias, tous supports confondus, nous disent-ils la vérité ? Les médias mettent-ils en danger la démocratie ? Une simple petite vadrouille dans les méandres des médias du monde, plus particulièrement ceux des grandes démocraties de notre temps, nous laisse pensifs. Notre monde s’enlise-t’il dans la falsification, la supercherie, le mensonge et les menteries ? / Habiba MEJRI CHEIKH / Tunis, Nelle publ. / le 07.05.2024.

Article également publié dans le nouveau magazine =>  LAB - Politiche e culture

 MEDIAS ET DEMOCRATIE

Outre ses responsabilités à la tête de la Direction de l’information et de la communication de l'Union Africaine, l'organisation internationale et régionale dont le siège est à Addis Abeba (2005-2015), Habiba Mejri Cheikh, coprésidente du think tank I-Dialogos, avait auparavant, travaillé comme journaliste  au sein de nombreux organes de presse, ainsi qu’à l’Agence TAP (Tunis Afrique Presse). Deux fois chargée de mission, porte-parole, aux cabinets des ministres des affaires sociales et de la culture, elle voue un attachement indéfectible à son titre de journaliste. Aujourd’hui, elle pilote l’initiative   Presse/Medias  I-Dialogos..

“A une époque de supercherie universelle, dire la vérité est un acte révolutionnaire.”, disait Georges Orwell, en 1984. 

Aujourd’hui, les médias, tous supports confondus, nous disent-ils la vérité ?  Une simple petite vadrouille dans les méandres des médias du monde, plus particulièrement ceux des grandes démocraties de notre temps, nous laisse pensifs. Notre monde s’enlise dans la falsification, la supercheries, le mensonges et les menteries. C’est à croire que nous sommes en plein dans l’univers Orwellien. Les médias mettent-ils en danger la démocratie ? 

Terrorisme médiatique ?

 Ouvertement embrigadés, les médias constituent une des techniques modernes, peut-être la première et certainement la plus efficace, de la velléité de contrôle des individus. Ils s’appliquent, beaucoup mieux que ne le faisait le « Parti » imaginaire de Georges Orwell, à éliminer toute idée « hérétique. » Certainement pas tous, mais une grande partie d’entre eux et pas des moindres. 

Lorsque CNN, pour des raisons obscures, tombe dans les fake news, et le président des Etats Unis reprend aussitôt ses allégations, la liberté tremble, se meurt. Ce n’est pas le seul exemple à citer et certainement pas le dernier dont nous gratifient, quotidiennement les médias dominants.   

Big Brother, n’a jamais été aussi réel, tangible et patent. Il a repris du service notoirement et explicitement sur les ondes et les plateaux des plus grands médias internationaux, ceux qui se targuent d’être les chantres de la liberté d’expression et d’opinion et les porte-flambeaux de la démocratie et en qui nous avions très longtemps cru. Ne pas le voir, ne pas le dire, sans pour autant tomber dans l’accusatoire et le jugement, ne sert pas la démocratie.

La hiérarchisation des vies humaines, les deux poids deux mesures et les double standards médiatiques y sont érigés en règle absolue. Il y aurait les maitres et les éternels élèves, ceux qui commandent et ceux qui doivent s’exécuter. Il y aurait même ceux qui ont le droit de vivre et ceux qui doivent disparaitre. 

La bombe aveugle et assassine lorsqu’elle fauche un Ukrainien, devient « droit à se défendre », lorsque la victime est Palestinienne. C’est ainsi et pas autrement, personne ne doit oser se demander pourquoi, sinon il sera très vite catapulté dans les théories du complot, ou bien, et c‘est encore plus net, plus propre, taxé de terrorisme ou d’antisémitisme et réduit au silence médiatique.

Crimes de la pensée  

La « police de la pensée » opère sur les écrans, à visage découvert. Les « crimes de la pensée » pullulent sur les grandes chaines internationales de télévision, mais également et en beaucoup plus intraitable et en plus grand nombre, sur les plateformes internet, celles qui ont jadis promis d’élargir le champ de la liberté en donnant une voix aux sans voix. 

Des censeurs zélés et froids, manifestement atteints par ce que Hannah Arendt désigne par la « banalité du mal », limitent, à tour de bras, la parole ou carrément ordonnent la fermeture de comptes de citoyens-journalistes, dès qu’ils s’aventurent à sortir de « la dystopie totalitaire. » Une idéologie oppressive œuvre sans relâche à épurer toutes les pensées qui lui sont inconfortables. 

La liberté d’opinion et d’expression, fondement, nous a-t-on appris, de la démocratie, doit désormais impérativement s'appuyer sur l'obéissance aveugle aux couvertures biaisées et unilatérales, servis par les représentants des grandes entreprises médiatiques. 

Avec les progrès de l’Intelligence Artificielle, les risques prennent des formes diverses et autrement plus pernicieuses. Dans ce monde fortement interconnecté, personne ne sera épargné. 

Le Forum sur la loi, les droits et la sécurité nationale des Etats Unis-Just Security (www.justsecurity.org) nous apprend, par exemple, que la police de Memphis, (USA) a créé un faux profil Facebook pour se lier d’amitié avec les militants de Black Lives Matter et recueillir des informations auprès d’eux. 

Plus grave encore (peut-être pas !), dans la plus grande démocratie du monde, les préjugés intégrés aux outils algorithmiques bafouent les droits de certains individus. En effet, le même Forum indique que des utilisateurs d’Instagram ont récemment découvert que l’étiquette terroriste était ajoutée à leur biographie en anglais si leur biographie en arabe comprenait le mot « Palestinien », l’emoji du drapeau palestinien ou encore l’expression arabe courante « louange à Dieu ». 

Décor démocratique

 Face à ces faits et bien d’autres, peut-on encore parler de démocratie ? 

Une démocratie qui piétine les libertés, notamment les deux libertés les plus fondamentales que sont la liberté d’opinion et d’expression, serait-elle démocratique ? Sinon, de quelle démocratie parle-t-on ? 

La démocratie serait-elle, comme l’affirmait le professait Alain Badiou, « rien d’autre qu’un outil de propagande du capitalisme. » ? Une tromperie des bonnes masses ? Beaucoup le pensent, non sans fondements d’ailleurs. 

Des fake news à la manipulation, les médias dominants ne se soucient manifestement plus des principes déontologiques. Ils façonnent l’opinion publique hors contexte, hors logique. 

La seule démocratie qu’ils prêchent et œuvrent sans relâche à imposer, y compris par la violence, se réduit à une constitution, un multipartisme de façade, des élections et à la rotation du pouvoir. Un simple décor démocratique en somme. La lutte contre l’occupation, l’autodétermination, la souveraineté sur les ressources nationales, l’échange inégal et injuste et même la toute simple libre circulation des personnes, sont des concepts quasi-absents de leur lexique, des questions mineurs qu’ils ne font accéder qu’occasionnellement au débat public. 

Mille et une raisons expliquent ces freins à l'émergence d'un journalisme qui s'extrait des clichés. La liste est longue et va, malgré les différentes lignes éditoriales, de l’absence de culture et de recul historique, à la fascination pour l'anecdote, du manque de formation, au poids considérable des réseaux sociaux qui constituent l’unique source ou s’abreuvent les jeunes journalistes. 

La proximité de certains médias des pouvoirs politique, économique et idéologique enfonce davantage le clou.   Le constat perturbe. 

Même si les médias occidentaux ne forment pas un bloc monolithique, même si certains se démarquent, il n'en demeure pas moins qu'ils véhiculent, dans toute leur diversité, via leurs journalistes, une conception réductrice, qui n'intègre guère la diversité philosophique, culturelle et spirituelle de l'ensemble des peuples du monde. 

Il n’y a pas lieu de chercher un coupable et surtout pas seulement du côté des professionnels des médias. Beaucoup essaient, non sans mal, de faire correctement leur métier et certains réussissent même à nous informer. Notre propos plaide pour la construction d’un discours de tolérance et de dialogue respectueux qui fera avancer l’agenda de la paix dont notre monde a grandement besoin. Une couverture médiatique équilibrée et professionnelle qui ne met pas en péril la démocratie. Rien de plus !!! 

Habiba Mejri, Coprésidente de I-Dialogos

=> Que sont nos valeurs partagées devenues ? 

https://www.i-dialogos.com/le-comit%C3%A9-constitutif/habiba-mejri-cheikh 07/01/2024 


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Zachary RICHARD, le chantre de la francophonie de Louisiane,  publie les "rafales du carême".

Zachary RICHARD, le chantre de la francophonie de Louisiane, publie les "rafales du carême".

Zachary RICHARD, qui est l’un des plus célèbres militants de la francophonie en Amérique du Nord, vient de publier son premier roman en langue française, délicieusement matinée d'expressions "cajun". Plus de 130 ans après le dernier roman publié en Louisiane en langue de francophonie, celle des acadiens, "Les rafales du carême" se situe à mi-chemin entre la fiction et la fresque historique, avec un récit entremêlant l’histoire de la famille de Zachary à celle de la Louisiane, dans les décombres de la guerre de Sécession. PH / Lafayette, repub le 05 Sept 2024 -

Zachary RICHARD, vient de publier son premier roman en langue française délicieusement matinée de cajun aux éditions Libre Expression. Plus de 130 ans après le dernier roman publié en Louisiane dans la langue des acadiens, Les rafales du carême, se situe à mi-chemin entre la fiction et la fresque historique, avec un récit entremêlant l’histoire de sa famille à celle de la Louisiane, dans les décombres de la guerre de Sécession.  Zachary sera en France à la veille du Sommet de la Francophonie de Villers Cotterets d'octobre prochain. Chanteur, guitariste, et poète réputé, né le 8 septembre 1950 à Scott en Louisiane, il est rénovateur des styles musicaux cajun et zydeco*. Il est aussi l’un des plus célèbres militants de la francophonie en Amérique du Nord. Zachary est surtout connu comme auteur-compositeur-interprète, avec plus de 20 albums à son actif.  Ses racines musicales sont enracinées dans sa Louisiane natale : une musique issue du croisement des musiques traditionnelles des siècles passés, celles de nos campagnes d’Afrique et de France, celles qui ont donné le jazz et le blues. Interview.  

A Paris, autour de Zachary Richard et Johannah Carton : Jean-Francois Massué, Bernard Lobietti et Juilette Soulabaille (Fédération des anciens maires de France) et Pierrick Hamon

Actualités de Zachary

  Zachary Richard et la nouvelle musique cajun 

Propos recueillis par Pierrick Hamon et Jean-Claude Mairal

I-Dialogos : Zachary Richard, vous êtes l’artiste de Louisiane le plus reconnu, et notamment au sein de cette galaxie Francophonie. Quid justement de la place de la langue française en Louisiane ? 

Zachary Richard : Il faut d’abord bien comprendre le contexte dans lequel j’opère. Celui de la Louisiane dans une société américaine avec une culture francophone qui refuse de disparaitre. Si mes grands-parents étaient unilingues francophones, mes parents, eux et par la force des choses, étaient assimilés, et donc bilingues. J’ai ainsi été élevé dans un milieu américanisé et donc forcément anglophone. 

C’est au Québec que, plus tard, j’ai découvert ma vocation de francophone. J’ai eu la chance d’y arriver au milieu des années 70 en pleine effervescence de souverainisme. Ce fut une révélation que de voir une société francophone en Amérique du Nord en train de réclamer un statut de pays indépendant. Ce fut très inspirant pour le jeune militant francophone en devenir que j’étais à l’époque. 

C’est au Québec que j’ai pu avoir cette carrière de chanteur et d’auteur compositeur qui m’a permis de découvrir en moi la profondeur de la racine francophone en Amérique du Nord. Une histoire fascinante et fondatrice. Il faut dire que nous sommes, aujourd’hui encore, dans une situation de résistance. Hélas, nous avons perdu le lien avec l’oral. Les statistiques, qui sont toujours difficiles à interpréter, indiquent que nous serions environ 5% de la population, d’un Etat, celui de la Louisiane, qui compte plus de 4 millions d’habitants. 

Mais ça va mieux. On a réussi à stopper le saignement des francophones. On a même commencé à rebâtir avec une notion identitaire - et c’est cela qui est important - qui n’est pas ethnique. Autrefois, les francophones, ceux de ma génération, étaient, soit créoles noirs, soit cajuns. 

On est en train de transformer tout cela par l’immersion. L’immersion, ce n’est pas que des écoles françaises. Il y a maintenant 3 écoles françaises en Louisiane, mais ce sont surtout 28 programmes d’immersion avec des cours qui sont donnés uniquement en francais dès la maternelle, et dans des écoles de langue anglaise. Ces cours d’immersion sont dans des écoles publiques, pas dans des écoles privées, et donc ouverts à tous, et notamment à la classe moyenne noire et même à la classe ouvrière. C’est important. Ce ne sont pas que des enfants de riches, et nous y tenons. Ces enfants peuvent d’ailleurs être aussi bien d’origine hispanique qu’asiatique par exemple, que cajun ou créole. On assiste ainsi à la formation d’une véritable identité franco-louisianaise. 

Génial => Zachary, multi-instrumentiste génial

I-D : Poser une alternative à la culture de masse anglo-américaine 

ZR : Il faut poser une alternative à la culture de masse anglo-américaine.  Nous ne sommes pas sur un terrain de jeu égal. Nous n’avons ni les moyens, ni les tentacules que la culture américaine possède à travers le monde. Mais on peut, avec la résistance et l’inclusion, offrir une alternative. 

Mon éducation était américaine jusqu’à ce que je sois allé en France la première fois. J’ai alors fait  « wouah »  il y a des gens qui parlent français et qui sont intéressés par les vieilles chansons que je venais leur chanter. Ce fut un choc et le début d’un processus d’évolution personnelle qui a fini par devenir un combat pour une identité de francophone, une identité engagée et militante. Cela n'était pas comme cela au début. Je suis arrivé, comme on dit chez nous, par la porte en arrière.

 Pierrick et Zachary

I-D : Avez-vous assez d’enseignants francophones ? 

ZR : Il y a quelque chose qu’on a lamenté mais qui est pourtant très positif. C’est que nos enseignants nous arrivent de nombreux pays francophones, surtout de la France bien sur, mais aussi de l’Amérique, de l’Afrique, du Vietnam et d’un peu partout. Cela donne à nos enfants une notion multiethnique de la francophonie.  

Pour moi, ce qui fait raisonner en francophonie, ce n’est pas uniquement le partage de la langue et de la culture française ou francophone, c’est surtout cette notion d’inclusion. C’est le fait que la francophonie moderne soit celle conçue par Leopold Senghor et Aimé Césaire, celle qui s’illustre par l’ouverture et la modernité. C’est comme un diamant à multifacettes. Nos enfants peuvent ainsi comprendre qu’il existe en Louisiane quelque chose qui s’appelle la francophonie et qui les met en contact avec des enfants, avec des gens qui, partout au monde, partagent cette culture linguistique et culturelle. 

Cette notion d’inclusion constitue même un fondement de la francophonie, d’autant que nous sommes en train de vivre une sorte de crise avec les francophobes au pouvoir au Nouveau Brunswick, y compris dans la Communauté acadienne.  Il y a, au Canada, un déclin extrêmement inquiétant du nombre de francophones. Ayant passé presque la moitié de ma vie au Québec, j’ai pu le voir. 

Inclusion, mais également résistance, pour l’américain que je suis de fait, face à une culture américaine uniforme. Ma femme, qui est française, est très branchée sur les questions d’agriculture, et revendique une agriculture durable, en sympathie avec la terre et face à une mono-agriculture très néfaste, y compris pour les bactéries qui sont à l’intérieur de nous. C’est la même chose avec la culture. La francophonie pose une alternative qui intéresse la jeunesse contemporaine, une alternative inspirante face à l’homogénéisation de la culture. 

La Grande Francophonie 

I-D : Vous évoquez souvent le concept de « Grande francophonie ». Quid alors de ces sommets internationaux de la francophonie ?  

ZR : J’ai assisté, il y a quelques années, au Sommet de la francophonie à Dakar. La Louisiane y avait été invitée pour la 1ère fois, comme observateur. Nous ne pouvons en effet être membre puisque seuls les Etats peuvent l’être.  Nous sommes un Etat des US, et pas considéré comme un pays. Mais on a désormais une place à la table. C’est une reconnaissance de ma communauté qui est appréciée. La masse de la francophonie est africaine. C’est bien, mais je rappelle aux dirigeants de l’Organisation Internationale de ne pas oublier ceux qui sont de l’autre coté de l’océan et qui, comme moi, font partie de la « grande francophonie ». 

J’ai l’impression que l’Organisation de la francophonie est un organisme qui sert surtout les intérêts économiques des pays concernés, et comme on dit en Louisiane, le mulet qui tire le wagon / la charrette , c’est la piasse ….c’est l’argent. 

Cela dit, la francophonie ressemble à une espèce de labyrinthe, à un organisme vivant, riche et puissant de la diversité de ses racines musicales. J’ai très souvent chanté devant un auditoire majoritairement noir, et cela me réjouit toujours parce que j’ai été nourri autant par la tradition afro-louisianaise que par la tradition culturelle cajun. 

Mais en même temps, il faut redire que cette inclusion s’accompagne de l’ouverture, une ouverture qui n’est pas uniquement vers l’Afrique et les africains, mais aussi en direction des francophones partout où ils se trouvent dans le monde.

 présentation Radio Canada.

Danser le ciel : interview

La récente visite du président Emmanuel Macron fut un moment vraiment très, très fort. Je suis reconnaissant de son engagement pour faire reconnaitre la Louisiane. Et cela d’autant que la France était paradoxalement le maillon faible de la francophonie et du parler français en Amérique du Nord. 

Les propos du président français ont ainsi été très encourageants. Il a d’ailleurs fini son discours en utilisant des expressions louisianaises. Nous sommes comme un petit oisillon, avec le bec ouvert vers une France qui est bienfaisante pour la Louisiane depuis la création du CODOFIL en 1968. 

Sans la France, la francophonie louisianaise aurait disparu depuis longtemps. IL y a maintenant une sensibilité et un engagement qui vont pouvoir se renforcer avec le prochain Sommet, qui aura lieu en 2024 et pour la première fois en France. La France embrasse enfin à bras-le-corps la francophonie. Il y a des enjeux, politiques, économiques et globaux qui dépassent ma connaissance, mais ce croisement est très prometteur au plan culturel, pour l’avenir de nos enfants en Louisiane. 

La musique cajun, atout de la Francophonie,

I-D : Vous qui êtes musicien, que pensez-vous de la place de la musique en Francophonie ?  

ZR : Sans la musique, la langue française aurait disparu. Nous n’avons pas, en Louisiane de grandes traditions littéraires durables, même s’il y a eu, à la fin du 19ème siècle, une littérature réaliste inspirée en grande partie par Zola, et avec des auteurs de référence : Sidonie de la Houssaye, Alfred Mercier, Alexandre Bardé, Alcée Fortier pour en nommer que ceux-là.  

La fleuraison littéraire francophone en Louisiane a disparu dans les décombres de la guerre de Sécession. Bien que l’Athénée Louisianais a perduré assez longtemps au 20e siècle, sa carrière reflétait le déclin de la langue française en Louisiane.  

La musique populaire, dans mon pays, le pays cajun, est restée notre principale expression culturelle. 

Sans la musique, sans cet emprunt culturel, la situation serait aujourd’hui bien plus pénible. C’est la musique qui nous regroupe. Pour moi, ce qui est particulièrement fascinant comme musicien, c’est justement cette incroyable diversité, cette incroyable richesse de la musique en francophonie. De la Louisiane au Québec en passant par Bamako, il y a quand même une grande richesse musicale qu’on pourrait mieux célébrer et qu’il ne faut pas négliger. Cela est très inspirant. 

Je pense que la musique peut porter un message aussi efficace, peut-être même le plus efficace, comme véhicule de culture, parce que compréhensible par tous. La musique africaine - avec les musiques louisianaise et québécoise – a, à cet égard, une espèce de relief musicalement très profond. 

La musique accomplit cette fonction sur une multitude de niveaux. D’abord elle est rassembleuse, et ensuite elle véhicule un certain esprit qu’il faut communiquer aux plus jeunes. Vous pouvez écouter aussi bien la chanteuse Béyoncé, héritière de la musique afro-louisianaise, que Francis Cabrel. Il y a un terme qu’on emploi en chez nous, c’est « la gniappe ». Cela vient de l’espagnol.  Cela veut dire un petit supplément, un « petit plus », qui va provoquer l’émotion et qui est aussi un symbole de vitalité.

 C’est cette diversité à laquelle nous avons la chance d’avoir accès, qui est à l’origine du jazz, du blues et de la MUSIQUE CAJUN  . Un métissage issu de l’Afrique et de l’Europe et qui est notre fierté. 

La musique cajun a une force et une faiblesse. 

Sa force, c’est son rythme, sa joie, ses mélodies, toute cette texture qui séduit une oreille sans qu’on soit obligé de comprendre. J’écoute beaucoup de musique africaine, je ne comprends pas ce qui se dit, mais je suis séduit par le rythme, la mélodie, la sonorité, …et c’est un peu la même chose pour la musique cajun.  

Sa faiblesse, ce sont les chansons de la tradition qu’on on a arrêté de composer jusque très récemment. Il est encore un peu trop tôt pour savoir si on va réussir à renverser le courant. C’est dans les années 60 que la vraie culture unilingue francophone a commencé à disparaître. 

Je suis auteur-compositeur. Je ne suis pas un musicien traditionnel. Pour moi c’est, bien sur, le sens du rythme et de la mélodie, mais c’est aussi le texte. C’est quelque chose que je partage avec très peu de mes concitoyens. J’ai ainsi été obligé de m’exiler au Québec pour avoir un public qui puisse comprendre ce que je chante et être sensible à mon écriture. On se trouve ainsi, en Louisiane, entre l‘arbre et l’écorce. 

Cela dit, je célèbre la musique cajun traditionnelle parce que, dans les années 60, 70 et 80, elle était la seule flèche que nous avions dans le carquois. C’est celle qui nous a permis de l’élargir. 

"Lâche pas la patate" 

ll faut comprendre que le combat identitaire se passe tout autant en langue anglaise. C’est même l’ironie de la situation.

 Les jeunes sont de plus en plus attirés par la musique cajun, par la cuisine, par les territoires, et cela sans que la langue en fasse partie. On peut donc être complètement anglophone et se sentir cajun. 

On peut célébrer notre héritage sans même pouvoir parler la langue française. Je vois aujourd’hui de jeunes musiciens et chanteurs de Louisiane « barboter des chansons » parce qu’on ne peut que les chanter autrement qu’en français. Cela les oblige à essayer d’au moins comprendre ce qu’ils chantent. Ce qui les amène souvent à vouloir parler la langue française. 

L’espoir renait. Comme on dit en Louisiane "Lâche pas la patate".   

Louisiane-Bretagne, même combat ? 

A-D : N’avez-vous pas des liens avec la Bretagne dont le réveil culturel et identitaire s’est fait, de la même manière et à la même époque, par la musique ?   

ZR : Je dois vous dire que je suis aussi breton, breton d’héritage. Mon arrière arrière grand-mère est née à Saint-Malo. Elle a fait partie en 1785, de la fameuse « flotille de Nantes » qui, avec 1600 acadiens, a quitté le grand port breton pour La Nouvelle Orléans. Celle qui est devenue la femme de Pierre Richard, mon ancêtre, était à bord. 

Pour mon plus grand bonheur, je viendrai en Bretagne en septembre octobre pour une série de conférences sur les acadiens de la Louisiane. 

I-D : Etes-vous en contact avec le réseau des francophonies des Amériques, et avec les maisons de la francophonie ?  

ZR : Je suis surtout en relation avec le Centre de la Francophonie des Amériques dont je fus, dès ses débuts et pendant 14 années, membre du Conseil d’Administration. Bien que je collabore toujours avec cet organisme qui s’est distingué, par son engagement, à préserver et à promotionner la langue française dans les Amériques, j’ai passé le flambeau aux jeunes qui continuent le travail. 

Il y a beaucoup d’initiatives francophones en Amérique du Nord, mais ce qui nous manque est une coordination, une fédération d’associations. Ce qui est compliqué par les juridictions politiques.  

Nous, en Louisiane, on se trouve au fond des Etats-Unis bien que nous sommes soutenus par la francophonie entière et surtout par la France. Bien que les Centres de la Francophonie des Amériques soient présents sur le continent entier, les organismes locaux agissent souvent dans l’ignorance de ce qui se passe ailleurs.  Chacun est un peu dans sa cour. 

J’ai travaillé avec le Centre ainsi que la Société Sain Jean Baptiste pour créer les États Généraux de la Francophonie Nord-Américaine. Nous avons imaginé un grand rassemblement des acteurs francophones pour créer des liens, et formuler des projets communs.  Malheureusement le covid nous a coupé l’herbe sous le pied.   

=> Villers-Cotterêts

I-D : A l’occasion du prochain Sommet de la Francophonie en 2024, au chateau de Villers-Cotterêts, ne serait-il pas opportun de programmer un grand concert avec les grandes voix de la francophonie. 

ZR : Une manifestation de grande envergure serait sans doute attrayante. C’est d’ailleurs la chose la plus facile à organiser.

Autre chose est la pédagogie qui est un travail à long terme. J’ignore comment fonctionne l’Education en France. Ce qu’il faut, c’est agir sur les contenus et enseignements de l’Histoire, et que la France se réapproprie son histoire en Amérique du Nord avec plus de place pour la diversité culturelle de la francophonie. 

Il faut insérer cette « sensibilisation » de manière plus performante, dans le programme des écoles. C’est plus difficile mais beaucoup plus efficace.  Le Sommet va durer un moment et puis, ensuite, ce sera un bon souvenir qui va rapidement s’effacer avec le temps. 

Le Sommet de 2024 sera un RV avec le destin, avec l’Histoire. Il y a maintenant, et c’est heureux, une plus grande sensibilité à la francophonie nord-américaine, celle dont je fais partie. 

Il y a 10 ans, en France, je n’aurais pu imaginer un tel échange, une conversation telle que celle que nous avons ce jour. 

Le Sommet sera une occasion, au moins, de mieux se connaître, de dialoguer et de pouvoir communiquer sur des projets communs, avec une francophonie vraiment internationale. Ce sera surtout l’occasion de développer, dans la population française, ce sentiment de francophonie qui manque encore. 

Je vous donne un exemple. J’ai demandé à ma belle-sœur de relire mon projet de roman historique et de me faire des commentaires.   Sa réaction m’a surpris : je ne savais pas, m’a-t-elle avoué, qu’il y avait aux Etats-Unis des gens qui parlaient français et depuis longtemps. 

Il y a donc une couche d’ignorance qui explique l’indifférence à l’égard de la francophonie de bien des Français. Ils connaissent l’histoire des colonies françaises mais on ne parle pas du Canada. 

Est-ce parce que c’était sous l’ancien régime et qu’il s’agissait d’une défaite ? 

On a donc tout à découvrir, ou redécouvrir, parce que c’est une histoire fabuleuse, de résistance et de ténacité. 

Rappelez-vous, notre histoire est aussi la vôtre, celle de la Louisiane créée par Pierre Le Moyne d'Iberville au nom de Louis de France. 

=> L'interview de juillet 2023 aux Francos de MONTREAL

* Zydeco => https://fr.wikipedia.org/wiki/Zarico

Pierrick Hamon et Jean-Claude Mairal 

  

Zachary Richard est né en 1950 à Scott en Louisiane. Francophone militant, écologiste engagé.  Auteur-compositeur. Chanteur.  Innovateur des styles Cajun et Zydeco. Premier Poète Lauréat de la Louisiane de langue française. Diplômé en histoire Université Tulane, 1972 (cum laude). Chevalier de l’Ordre de la Pléiade.  Membre de l’Ordre des Francophones d’Amérique, Membre de l’Ordre du Canada.   Officier de l’Ordre des Palmes Académiques et Commandeur de l’Ordre des Arts et Lettres de la République Française.  Docteur Honoris Causa :  l’Université de Moncton (Nouveau Brunswick), l’Université d’Ottawa, l’Université de Sainte Anne (Nouvelle Écosse) et l’Université de Louisiane à Lafayette. https://fr.wikipedia.org/wiki/Zachary_Richard

https://www.crt.state.la.us/cultural-development/codofil/ 

+ Acadian Museum in Louisiana


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A propos de l'Outre-Mer et de la Francophonie. Entretien avec Philippe FOLLIOT

A propos de l'Outre-Mer et de la Francophonie. Entretien avec Philippe FOLLIOT

Le paradoxe de notre monde c’est qu’il n’a jamais été autant ouvert pour les flux de personnes (transports aériens), de marchandises (transport maritime, par containers), d’information (internet, réseaux sociaux, etc.), et que pour autant il y a une forme de repli, parfois identitaire ou autre, qui fait qu’effectivement on se construit des murs là où il faudrait bâtir des ponts. L’Europe n’est que très marginalement ultramarine. Entretien de Jean-Claude MAIRAL avec Philippe FOLLIOT / Albi le 09 octobre 2024

Philippe FOLLIOT est sénateur du Tarn

Entretien avec Jean-Claude MAIRAL, co-président I-Dialogos

Jean Claude Mairal(I-dialogos) : La France a la chance formidable d'avoir en son sein des territoires aux 4 coins de la planète, Guadeloupe, Martinique, St Barthélémy, St Martin, Guyane, La Réunion, Mayotte, les îles Eparses, St Pierre et Miquelon, Wallis et Futuna, Polynésie Française, Nouvelle Calédonie, Terres australes et antarctiques, Clipperton, île de la Passion. Et pourtant il y a une profonde méconnaissance chez les citoyens, les élus et les acteurs économiques de l'hexagone, de la réalité des territoires ultra-marins et de leurs populations. 

Alors que ces territoires possèdent une richesse humaine, une diversité culturelle, une créativité et des potentialités économiques environnementales considérables, on sous-estime grandement l’intérêt pour le rayonnement et de la France, de pouvoir disposer de ces territoires qui sont présents aux quatre coins du Monde et sur trois Océans, faisant de notre pays, le 2ème empire maritime mondial, après les USA. 

On n'entend parler de ces territoires que lorsqu'il y a des catastrophes ou des grèves.   Originaire de l’île de Tiga en Nouvelle-Calédonie, Walles Kotra qui a été directeur exécutif chargé de l’Outre-mer au sein du groupe France-Télévisions, parle de la France comme d’un « Pays-Monde » qui pourtant se « refuse de se penser en archipel mondial pour continuer à n'être qu'un Hexagone rabougri, incapable d'assumer sa géographie éclatée et ses champs culturels multiples". Vous–même dans votre ouvrage « France-sur-Mer, un incroyable gâchis » vous faites le même constat en écrivant, "Le "métropolicentrisme", c'est cette négation inconsciente de l'Outre-Mer français, une vision de notre horizon commun aux seules limites hexagonales". Constat implacable ! 

Philippe Folliot (Sénateur du Tarn) : Selon moi le paradoxe de notre monde c’est qu’il n’a jamais été autant ouvert pour les flux de personnes (transports aériens), de marchandises (transport maritime, par containers), d’information (internet, réseaux sociaux, etc.), et que pour autant il y a une forme de repli, parfois identitaire ou autre, qui fait qu’effectivement on se construit des murs là où il faudrait bâtir des ponts. L’Europe n’est que très marginalement ultramarine. Seuls cinq pays ont des territoires ultramarins (France, Espagne, Portugal, Pays-Bas et Danemark) mais un seul est présent dans l’Océan Indien et le Pacifique, c’est le nôtre. En conséquence les stratégies européennes sont quasi-exclusivement continentales avec tout ce que cela comporte comme conséquences pour toutes ces régions dites « ultrapériphériques ». 

Jean Claude Mairal : Pourtant Portugal, Espagne, Italie et Danemark ont avec la France la chance de disposer de territoires îliens : Madère, Açores, Canaries, îles Baléares, Sardaigne, Sicile, Groendland. Avec une particularité, c'est que la France est présente aux quatre coins de la planète, sur tous les Océans. Pour la France, on pourrait rajouter la Corse. C'est une chance pour l'UE! N'y aurait-il pas une stratégie spécifique à mener pour elle concernant ces territoires et se considérer comme la grande puissance maritime ? 

Philippe Folliot (Sénateur du Tarn) : Dans la compétition des grands blocs et des grandes puissances, effectivement, la position de la France peut apporter à notre continent et à notre pays qui rappelons-le est désormais le seul de l’union européenne à être membre du Conseil de sécurité des nations unies peut-être une extraordinaire chance et un élément discriminant positivement pour l’Europe. Mais encore faut-il le vouloir. Force est de constater qu’aujourd’hui, la stratégie dite « indopacifique » de la France repose plus sur des mots que sur des réalités et que pour l’Union européenne, c’est encore pire. Être présent tout autour du monde est une chance pour notre pays mais pourrait être un atout pour l’Europe, encore faut-il que celle-ci veuille se donner les moyens de s’en saisir. 

Jean Claude Mairal : Vous soulignez dans le chapitre "Le défi des ressources", "le potentiel économique de la mer" (énergie, alimentation, ressource en eau, la pêche, ressources minières, etc), une biodiversité d'une grande richesse. Vous insistez beaucoup sur la filière aquapôle avec une insistance très forte, sur la culture des algues. 

Philippe Folliot (Sénateur du Tarn) : Un des défis majeurs de l’humanité au XXIe siècle sera de nourrir près de 10 milliards d’êtres humains. Nous savons qu’il sera difficile d’augmenter de 30% les surfaces agricoles ou les rendements, en conséquence, il faudra aller chercher dans la mer des protéines pour l’alimentation tant humaine qu’animale, effectivement la culture des algues est une perspective prometteuse et avec, chez nous, un gros potentiel de développement. 

Jean Claude Mairal : Comme vous le notez, tous les territoires ultra-marins ont de nombreux atouts à faire valoir pour leur propre développement endogène, malheureusement il y a une trop grande dépendance aux transferts sociaux et à l'administration publique. De ce fait les problèmes demeurent avec un mécontentement profond vis à vis de l'hexagone, générant des velléités d'indépendance. C’est pourquoi vous souhaitez que notre pays pour ses Outre- Mer enclenche "un nouveau cycle plus vertueux pour l'archipel France, alliant formation/emplois/ dynamisme économique, nouvelle image, etc". Vous souhaitez même, "faire de nos outre-mer un chapelet de "Petits Singapour francophones" tournées vers l'économie bleue, telle devrait être notre ambition", dites-vous ! 

Philippe Folliot (Sénateur du Tarn) : Si la France suivait les perspectives de croissance de l’économie bleue telle que déterminée par l’OCDE à l’horizon 2030, avec un doublement de l’activité, ce sont près de 300 000 emplois nouveaux qui pourraient être créés dans notre pays dans toutes ces filières. Mon analyse est qu’avec du volontarisme politique on pourrait essayer de flécher 20% de ces nouveaux emplois dans les outre-mer et la création d’une cinquantaine de milliers d’emplois nouveaux dans nos départements et territoires ultramarins pourrait changer la donne et sortir d’une logique d’assistance-minimas sociaux-pauvreté-repli pour aller vers une logique emploi- dynamisme-formation-ouverture. 

=> LES COLLECTIVITES D'OUTRE-MER (source Sénat)

Jean Claude Mairal: Ne serait-il pas indispensable d'avoir une réelle déconcentration des moyens de l'Etat en direction des Outre-Mer et faire de ceux-ci des pôles de rayonnement de la France dans l'espace géographique où ils se situent afin d’en faire des partenaires actifs de l'action internationale et de coopération en direction des pays de leur zone? 

Philippe Folliot (Sénateur du Tarn) : Effectivement, la déconcentration des moyens de l’État et d’organismes parapublics en direction des outre-mer serait une très bonne mesure. À titre d’exemple l’Ifremer n’a que 5% de ses effectifs dans les outre-mer alors que, comme dit plus haut, ceux-ci représentent plus de 97,5% de notre Zone Économique Exclusive. 

On pourrait aussi envisager qu’un certain nombre de services de l’État voire d’organisations internationales puissent avoir leur siège en outre-mer. J’avais dans un rapport parlementaire proposé que le siège de l'Organisation internationale pour les aides à la navigation maritime soit transféré à Saint-Denis de La Réunion. Ce serait un acte symbolique fort mais aussi un message adressé par la France à la communauté internationale. 

Jean Claude Mairal : Vous proposez la création d'un grand ministère d'Etat regroupant Mer et Outre-Mer. Cela ne devrait-il pas s’accompagner par radicalement les relations entre l’État et les collectivités ultramarines ou, pour inverser pasticher Michel Rocard, « décoloniser la décentralisation »   

Philippe Folliot (Sénateur du Tarn): Même si effectivement ce grand ministère de la mer et des outre-mer n’est pas encore une réalité, je me félicite que le ministère des outre-mer soit rattaché à Matignon et non plus à Place Beauvau car nous avons pu constater ces dernières années l’échec de cette stratégie qui, au-delà du message subliminal adressé à nos compatriotes ultramarins, que les enjeux les concernant sont essentiellement d’ordre public, nos outre-mer méritent effectivement un ministère de plein exercice. 

Jean Claude Mairal : Faire prendre conscience aux élus et les citoyens de l’intérêt des Outre-Mer pour la France est une nécessité. Est-ce que la culture ne pourrait pas être ce vecteur de prise de conscience et sortir des clichés sur ces territoires Des exemples parmi d'autres:
- Pourquoi pas "Un grand Echiquier", le grand rendez-vous culturel de France2, présenté par Claire Chazal, consacré à la créativité culturelle des Outre-Mer? -Pourquoi pas la littérature des Outre-Mer à la Grande librairie de Augustin Trapenard ?
- Pourquoi le CNCS (Centre National du Costume de scène), situé à Moulins (03) qui a consacré une exposition au Carnaval de Rio, ne consacrerait pas une exposition aux carnavals (il y en a de prestigieux en Guyane, en Guadeloupe et en Martinique) et aux costumes des peuples des Outre-Mer?


Pourquoi ne pas tisser des partenariats dans l’Hexagone, pour valoriser les films et documentaires avec le Festival international du film documentaire Océanien (FIFO), le Festival international du film documentaire Amazonie- Caraïbes(FIFAC) (Saint-Laurent du Maroni en Guyane) et le festival international du film de l'Océan Indien (FIFOI) (Saint-Paul à la Réunion) qui mettent en valeur la créativité et la diversité des cultures et des peuples de tous les territoires concernés. 

Philippe Folliot (Sénateur du Tarn) : Effectivement la culture devrait être un élément de rayonnement, et au-delà des pistes très judicieuses que vous mettez en avant, ma proposition, qui, au-delà d’avoir un Louvre-Lens ou un Centre Pompidou à Metz avoir des antennes des grands musées nationaux dans nos outre-mer pourrait être un extraordinaire outil de rayonnement de la France dans les Antilles, dans le sud de l’Océan Indien et dans le Pacifique. 

Jean Claude Mairal : Et si on parlait pour conclure de la Francophonie, autre atout pour la France. Yves Bigot, président de la fondation des Alliances françaises écrit, dans un hors-série de L’Eléphant, « La France est le seul pays qui ne s’intéresse pas à la francophonie », ce qui fait que les Français « ne mesurent pas combien la Francophonie et la langue française sont notre force. » Pour lui, et nous y adhérons complètement, « La conscience de la force de la francophonie est notre avenir. » Et il ajoute : « Pour la nouvelle génération, la Francophonie représente un avenir culturel et géopolitique, et un futur économique crucial. » Comment faire que les citoyens, les collectivités, les associations et les entreprises françaises s’emparent et fassent leur la Francophonie?   

Philippe Folliot (Sénateur du Tarn) : Effectivement, la francophonie est un enjeu majeur et nos outre-mer sont des points d’appui idéal de rayonnement, encore faut-il mettre en concordance nos politiques, notamment les moyens mis dans l’Agence française de développement (AFD) pour servir d’appui et de relais pour cette politique. Mais quand je vois que parfois les plus hautes administrations, voire la présidence de la République elle-même utilise des anglicismes pour des stratégies de communication, il ne me paraît pas bon que le mauvais exemple vienne du haut. Nous devons communément, toutes et tous, hexagonaux comme ultramarins, être très vigilants par rapport à cela, et cette diversité linguistique que je défends à l’échelon international par la francophonie, il faut aussi la défendre à l’échelon national par le biais du soutien aux langues régionales.  

Jean Claude Mairal : Outre-Mer/ Francophonie, même combat au sein de l’Hexagone ? 

Philippe Folliot (Sénateur du Tarn) : Mais pour autant quand on regarde notre Marine nationale, en tonnage, plus de 90% des moyens sont dans l’hexagone. Ceci montre le déséquilibre flagrant qu’il y a en la matière, et à cette logique des deux moitiés (Brest-Toulon), je voudrais y substituer celle des quatre quarts (Brest pour l’Atlantique, Toulon pour la Méditerranée, Saint-Denis pour l’Océan Indien et Nouméa ou Papeete pour le Pacifique). Ainsi nous pourrions être plus crédibles dans notre posture et mieux peser en matière de crédibilité d’intervention dans ces zones, qui parfois sont de conflictualités fortes. 

À l’instar de la Marine, le redéploiement de nos forces terrestres, plus particulièrement des unités d’entrée en théâtre telles que les troupes de Marine ou la projection permanente de moyens de l’armée de l’air et de l’espace seraient des signaux forts en termes d’engagement de la France, et pourquoi pas de l’Union européenne, d’assumer son rang et de défendre ses intérêts.


Philippe Folliot

  • Sénateur du Tarn (depuis le 1er octobre 2020).
  • Député du Tarn (2002-2020).
  • Président de l’Alliance centriste depuis septembre 2016.
  • Président de la commission économie et sécurité à l’Assemblée parlementaire de l’OTAN.
  • Membre de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat.
  • Membre de la Délégation aux Outremers du Sénat, membre du Conseil Consultatif des TAAF. Il est par ailleurs nommé rapporteur dans le cadre d’un rapport sur la place des Outre mers dans la stratégie maritime nationale.
  • Il a été pendant longtemps élu local: maire, adjoint au maire, Pdt d'intercommunalité, Conseiller général, Conseiller régional

Publications :Parmi ses nombreuses publications, il y en a très intéressantes et pertinentes qui concernent les Outre-MerPhilippe FOLLIOT et Xavier LOUY, France-sur-Mer : un empire oublié, Editions du Rocher, 2009Philippe FOLLIOT et Christian JOST, La Passion – Clipperton, l’île sacrifiée, Editions la Bibliotèca, 2018Philippe FOLLIOT, France-sur-Mer : Un incroyable gâchis – Editions la Bibliotèca, 2022

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La francophonie et la langue française chevillées au coeur. Entretien avec Jan NOWAK

La francophonie et la langue française chevillées au coeur. Entretien avec Jan NOWAK

Né en 1985 en Pologne, Jan Nowak est poète, traducteur, éditeur et professeur de français langue étrangère. Il a notamment développé une méthode d’enseignement qui passe par le théâtre contemporain francophone et est à l’origine de plusieurs projets littéraires aussi bien en français qu’en polonais. En 2013, il a fondé la première maison d’édition théâtrale en Pologne, Dramedition, Centre international de théâtre francophone dont il est le directeur. Il a traduit de nombreuses pièces de théâtre et organise régulièrement des résidences d’écriture, festivals de théâtres et événements littéraires. Poznan, le 24 octobre 2024

Né en 1985 en Pologne, Jan Nowak est poète, traducteur, éditeur et professeur de français langue étrangère. Il a notamment développé une méthode d’enseignement qui passe par le théâtre contemporain francophone et est à l’origine de plusieurs projets littéraires aussi bien en français qu’en polonais. En 2013, il a fondé la première maison d’édition théâtrale en Pologne, Dramedition, Centre international de théâtre francophone dont il est le directeur. Il a traduit de nombreuses pièces de théâtre et organise régulièrement des résidences d’écriture, festivals de théâtres et événements littéraires. Jan Nowak vit entre la Pologne et la France, entre  Poznan et Hérisson, une charmante commune rurale du département de l'Allier.


Propos recueillis par Jean-Claude MAIRAL

Jean Claude Mairal pour I-dialogos : Jan Nowak, vous êtes traducteur, éditeur, agent littéraire, agent théâtral d'Eric-Emmanuel Schmitt en Pologne, porteur de projets francophones, fondateur du projet 10/10, pièces francophones à jouer et à lire. Cela fait 20 ans que vous initiez le montage de projets francophones ! Pouvez-vous nous en dire plus sur votre parcours ? Pourquoi cet engouement pour la Francophonie ? 

Jan Nowak : J’aime répéter partout qu’apprendre le français était la seule bonne décision que j’ai prise dans ma vie. Je rigole bien sûr, mais il y a un grain de vérité. J’ai été destiné à devenir menuisier comme mon père. Mais il est mort quand j’avais 15 ans. Un peu trop tôt pour que je puisse reprendre son atelier. Donc il fallait que je trouve une autre voie de vie. Le français est venu par hasard et il est resté avec moi. 

J’ai commencé à l’apprendre à l’âge de 15 ans, donc assez tardivement. Mais comme je venais d’un tout petit village j’avais peu de perspectives, peu de possibilités. Apprendre une langue aussi internationale donnait beaucoup de possibilités, augmentait des chances de faire de belles choses. Donc pour être très sérieux, j’ai construit toute ma vie sur cette langue. C’est peut-être pour cela que j’ai fait autant de projets pour cette langue, en guise de remerciements à ce qu’elle m’avait offert.   

I-Dialogos : En France dans certains milieux, quand on parle de Francophonie, on pense surtout à l’Afrique et aux pays qui ont un passé colonial avec notre pays. Ce n’est pas le cas de la Pologne. Et même si des liens forts, liés à l’Histoire, existent entre nos deux pays, il est surprenant et réjouissant en même temps, d’assister avec votre parcours, à une valorisation aussi forte et aussi passionnée de la Francophonie. 

Jan Nowak : En Pologne on ne sait pas ce que c’est la Francophonie. Ce terme n’existe pas dans une conscience générale. Par contre, il existe chez des individus. Et là, à l’échelle d’une personne, d’un individu, la francophonie peut devenir un engagement fort, presque vital. Bien sûr nous savons bien que la Pologne et la France ont eu des rares histoires communes où il n’y avait jamais eu de guerres entre nos deux pays. On était toujours amis. Mais cela ne fait pas l’affaire. Ił faut des passionnés. Mais on ne devient pas passionné sur du vide. 

La langue française et la francophonie c’est quelque chose de très solide, très palpable… Savoir que dans la moitié du monde existe des francophones comme moi, qui sont mes interlocuteurs privilégiés, c’est comme une invitation très concrète à y aller sans hésitation. Chaque pays a des personnes qui ont le même parcours que moi et c’est génial ! C’est un potentiel énorme. Il faudrait juste que les instances de la francophonie voient ça plus clairement.

 

https://www.fle.fr/IMG/pdf/francophoniedesterritoires_benjaminbouttin.pdf

Jean Claude Mairal : En fait ne doit-on pas, selon les espaces géographiques et les cultures, les spiritualités et l’Histoire propre à chacun d’eux, avoir une vision et une conception de la francophonie et de la langue française, différentes, selon que l’on se trouve en Afrique de l’Ouest victime de la colonisation française, au Moyen Orient, en Asie, en Europe ou aux Amériques ? 

Jan Nowak : Absolument pas ! Pour moi la francophonie était toujours présente comme une idée d’avenir. Et pour moi, l’avenir commence dans le présent, pas dans le passé. Si on s’attache trop au passé, déjà en arrivant au niveau de présent on est fatigué et démotivé. Et comment chercher de l’énergie pour l’avenir ? On n’oublie pas le passé, bien sûr que non, on ne nie pas le passé, en aucun cas, mais s’il faut cultiver quelque chose c’est le présent et l’avenir. 

Et je suis très bien placé pour en parler car on m’a gavé dès ma naissance avec la haine des allemands et des russes… Nos occupants depuis des siècles. Sauf que je n’ai jamais connus ces occupants. Pourquoi dois-je me réveiller chaque jour avec l’idée qu’ils existaient ? Je préfère me réveiller avec l’idée que dans l’avenir avec mes amis allemands et russes nous allons faire des choses magnifiques. 

Jean Claude Mairal : J’ose la question : existe-t-il une ou des francophonies européennes ? 

Jan Nowak : Je pense qu’il y a une seule francophonie qui a une telle capacité d’absorption qu’on n’a pas besoin d’en distinguer plusieurs. Par contre j’étais toujours d’avis qu’il existait plusieurs langues françaises. Et je ne parle pas uniquement de la langue française de France, Suisse ou Belgique… Je parle de la langue française de chaque personne qui la parle. Je parle de la langue française de chaque accent, de chaque façon de l’utiliser, de chaque pensée représentée. 

Par exemple, pour dire en Pologne qu’une personne chante faux tu dis : L’éléphant lui a marché sur l’oreille. Cela ne veut rien dire pour un francophone de naissance, et pourtant cela veut dire beaucoup pour un polonais francophone ! Chaque personne peut enrichir la langue et la francophonie que nous partageons tous. 

Jean Claude Mairal : Alain Mabanckou écrit : « La littérature francophone est un grand ensemble dont les tentacules enlacent plusieurs  continents... La littérature française, elle, nous l’oublions trop, est une littérature nationale. C’est à elle d’entrer dans ce grand ensemble francophone. ». Ces propos sont un véritable changement de paradigme, alors que pendant longtemps, la littérature française apparaissait un peu comme le phare de la Francophonie. 

Jan Nowak : Je ne sais pas. C’est un avis polémique qui n’apporte rien à la francophone. En plus, la polémique que cet avis peut déclencher ne fera pas avancer le monde. Donc à quoi bon perdre de l’énergie pour arriver à une seule constatation : il y aura toujours ceux qui sont pour et ce qui sont contre. De point de vue de lecteur, qui aime lire en français, je m’en fous complètement de ce type de constatations. Je veux lire et être émerveillé, touché, poussé à une réflexion. Mais pas à une polémique chronophage et interminable. 

I-Dialogos: On peut aussi citer Tahar Ben Jelloun pour qui « La francophonie est une maison pas comme les autres, il y a plus de locataires que de propriétaires », qui par ses propos, exprime une conception universaliste de la Francophonie et pas seulement inféodée à la France. 

Jan Nowak : C’est une belle phrase que je partage et je n’ai rien à ajouter. Je vais la mémoriser et m’en rappeler. 


I-Dialogos : En fait est-ce que la francophonie ne serait pas une autre voie pour accéder au Monde, dans le droit fil de ce qu’exprime Gilles Vigneault pour qui « La francophonie, c’est un vaste pays, sans frontières. C’est celui de la langue française. C’est le pays de l’intérieur. C’est le pays invisible, spirituel, mental, moral qui est en chacun de vous. » 

Jan Nowak : Absolument d’accord ! Je parcours ce pays dans toute sa diversité depuis 20 ans ! J’essaye aussi de l’enrichir avec mes projets, mes idées… Je suis son citoyen de plein droit et langue française, ma langue française en est ma carte d’identité.

 I-Dialogos: Lors de l’inauguration de la Cité internationale de la langue française à Villers-Cotterêts, le président de la République française, Emmanuel Macron, a notamment déclaré : 

« Un Français peut parfaitement se réclamer de plusieurs appartenances linguistiques. Chacun a le droit de connaître, parler et transmettre sa ou ses langues, et c’est un droit non négociable. Toutes les langues sont égales du point de vue de la dignité. C’est pourquoi je veux que nos langues régionales soient encore mieux enseignées et préservées, qu’elles trouvent leur place dans l’espace public, en un juste équilibre entre leur rôle d’ancrage de langue régionale et le rôle essentiel de cohésion de la langue nationale. » 

« Chez tout être humain, écrit Amin Maalouf, existe ce besoin d’une langue identitaire. Chacun de nous a besoin de ce lien puissant et rassurant. Mais il faut entendre dans ce mot d’identité, surtout chez vous, non pas une identité contre, une identité meurtrière, mais une identité avec, qui ajoute, qui grandit, qui multiplie. Et là est précisément la force du français. Nous avons besoin de toutes ces langues, et d’une langue qui soit la même de Lille à Nouméa, de Marseille à Pointe-à-Pitre, pour nous sentir appartenir à la même entité nationale en nos différences. » 

Le Président de la République s’adressait aux Français, mais ces propos pouvaient pleinement correspondre à beaucoup d’autres pays.   

Jan Nowak : Absolument ! Même en Pologne nous pouvons distinguer plusieurs langues et dialectes. Je trouve génial que chacun revendique sa langue maternelle, mais à condition que cette revendication l’enrichit et l’ouvre à l’extérieur, aux autres. Mais je trouve aussi génial le fait qu’une autre langue peut faciliter cette ouverture. Si je m’étais limité uniquement à la langue polonaise, je n’aurais jamais pu aller dans 76 pays que j’ai découverts, grâce au français. 

J’ai une histoire qui m’a beaucoup marquée par rapport à la langue française. Un ami guinéen (Conakry) m’a dit : « la colonisation nous a laissé une chose positive : la langue qui nous permet d’aller vers le monde et de nous comprendre à l’intérieur de notre pays ». Il ne justifie pas l’horreur de la colonisation. Il montre tout simplement que le passé ne changera pas, mais qu’il a un outil de changement du présent et de l’avenir. C’est beau.  

https://www.mairie-herisson.fr

I-Dialogos: Le réseau international des maisons des francophonies, dont je suis membre, parle des francophonies et pas seulement de Francophonie, car pour lui, dans les pays et les territoires francophones et francophiles, d’autres langues existent notamment le créole, pour parler des Caraïbes et de la Réunion dans l’Océan Indien. Ne doit-on pas penser la Francophonie et le rayonnement de la langue française, non de manière dominante, mais comme le lien entre populations, tout en respectant et valorisant les différentes langues présentes dans les territoires, y compris en France? 

Jan Nowak : Je suis professeur de français. C’est ma formation initiale. J’ai créé ma propre méthode d’enseignement de français à travers le théâtre. J’ai formé des milliers de professeurs à travers le monde et je peux dire une chose avec une sûreté : la langue étrangère n’existe pas sans la langue maternelle. La langue étrangère se construit à partir de la langue maternelle, dialogue avec elle par la suite ! Il est essentiel d’inclure, dans le cadre de l’apprentissage de la langue étrangère, la présence constante de la langue maternelle. Il y a deux ans j’ai créé un programme qui s’appelle : la traduction théâtrale au service du plurilinguisme. C’est un programme qui prend en considération et met comme un point de départ pour la promotion de la langue française, ce dialogue avec la langue maternelle de l’apprenant.   

I-Dialogos : La francophonie n’a-t-elle pas trop souvent, été confondue avec l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), organisation institutionnelle? 

Le dernier Sommet de la Francophonie s'est déroulé en France. Que pouvait-on attendre de ce sommet? Que diriez-vous aux organisateurs français du sommet, concernant l'implication des citoyens et notamment des jeunes ? 

Jan Nowak : Bien sûr que la confusion existe, mais ne nuit en aucun cas à la francophonie que nous vivons et faisons vivre au quotidien. Les instances de la Francophonie existent et existeront. Il en faut. Elles viennent en appui avec la ferveur des francophones comme moi et les autres. C’est super. À nouveau, dans la vie on peut critiquer tout et dans chaque action on trouvera une petite bête. Mais à quoi bon dépenser notre énergie pour ça. Le sommet ? Je n’en attendais rien. J’ai trop de choses à faire pour attendre (rire). 

I-Dialogos : Alors qu’en Pologne, vous avez promu la Francophonie, que pensez-vous des propos de Yves Bigot, président de la fondation des Alliances françaises qui écrit, dans un hors-série de L’Eléphant, 

« La France est le seul pays qui ne s’intéresse pas à la francophonie », ce qui fait que les Français « ne mesurent pas combien la Francophonie et la langue française sont notre force. » 

Pour lui, et nous y adhérons complètement, « La conscience de la force de la francophonie est notre avenir. » 

Et il ajoute : « Pour la nouvelle génération, la Francophonie représente un avenir culturel et géopolitique, et un futur économique crucial. » Comment faire que les citoyens, les collectivités, les associations et les entreprises françaises s’emparent et fassent leur, la Francophonie? 

Jan Nowak : On ne peut rien faire à l’échelle du pays. Elle est trop grande cette échelle pour pouvoir y apporter des changements de ce type. Sinon à quel prix ? 

Il faut des générations pour changer la conscience à l’échelle d’un pays. Cela ne vaut pas la peine. Il y a en France de parfaits francophones qui s’investissent dans la francophonie, dans la pensée francophone, dans des actions concrètes. Essayons de faire des choses à une petite échelle et de réussir que de se cogner contre un mur infranchissable.

https://cpf.olsztyn.pl

I-Dialogos : N’est-ce pas votre souhait en  implantant à Hérisson, petite commune rurale de l’Allier, le « centre d'émerveillement francophone »? C’est là, un pari un peu fou, un fabuleux défi que vous lancez, loin de Paris et des grandes métropoles ! C’est enthousiasmant et va conforter notre département, avec ses nombreux acteurs dans ce domaine, dont le Cavilam-Alliance française, dans sa volonté de développer et de promouvoir la Francophonie 

Jan Nowak : Oui ! Le centre d’émerveillement francophone a trouvé finalement sa place sur cette terre et oui, ce sera dans ce petit village qui s’appelle Hérisson. Déjà le nom du village est émerveillant ! Tout à l’heure j’ai parlé de l’échelle… S’implanter à Paris c’est de se noyer dans une mer d’émerveillement d’une capitale historique. De grandes villes offrent un vertige et pas forcément francophone. Surtout Paris où le quotidien n’existe pas vraiment. Tout est trop. Ce trop est génial pendant un laps de temps, mais pas au quotidien. 

Hérisson offre un très joli cadre où la culture, l’art, la langue, la cuisine baignent dans un quotidien tranquille et propice à l’émerveillement durable. C’est un village qui est animé, mais la participation à cette animation c’est la décision personnelle. Tu peux aussi bien la vivre, que l’éviter. C’est ça la liberté. Comme libre doit être le choix de devenir francophone et de développer sa vie dans un esprit francophone. 

Dans le cadre du Centre d’émerveillement francophone, nous allons essayer de donner à la jeunesse du monde entier du temps pour s’émerveiller et pour comprendre tout ce que la francophonie peut offrir. Tout en restant dans cette sensation de la vie „normale” car même si la francophonie permet de traverser les frontières et parcourir le monde l’être humain a besoin de sentir que la vie est „normale”. On va essayer de donner cette dimension à ce projet qui nous tient à coeur. 

I-Dialogos : vous souhaitez aussi accueillir d'autres initiatives s’adressant en particulier aux jeunes : - Le centre de traduction théâtrale - La maison du projet 10 sur 10 (pour les professeurs de FLE) - La bibliothèque de Goncourt (avec coopération avec l'Académie Goncourt) - La maison de la lecture Pouvez-vous nous les présenter? 

Jan Nowak : Oui ! Cela peut paraître trop. Mais toute ma vie ce sont des projets. Raconté en une phrase tout peut paraître incroyable, mais étendu sur les 20 ans d’une vie active cela impression moins, voire pas du tout. Tous ces projets font partie de mes souhaits. Est-ce que tous verront le jour ? Je ne sais pas. Heureusement, moi et mes collaborateurs, nous avons du temps, de l’énergie et de l’expérience. Et des partenaires qui veulent nous accompagner. Donc il y a des chances que tout ça se réalisera ! 

Le centre de traduction théâtrale accueillera des traducteurs qui veulent faire connaitre la nouvelle dramaturgie francophone à ceux qui ne parlent pas le français. La maison du 10 sur 10 accueillera les professeurs de français du monde entier qui veulent apprendre à intégrer le théâtre francophone dans leurs cours de FLE. La bibliothèque de Goncourt reste encore un projet assez confidentiel, donc je vais vous en dire plus au moment venu. Pour ce qui est de la Maison de la lecture, je voudrais pouvoir offrir à tous ceux qui aiment lire un cadre unique pour s’évader de leur quotidien uniquement pour lire et savourer ce moment spécial. 

I-Dialogos : Pour conclure, quel message laisseriez-vous aux membres de I-Dialogos et à nos lecteurs et lectrices concernant l’avenir de la Francophonie ? 

Jan Nowak : L’avenir de la francophonie est en vous ! Prenez soin de vous et de vos rêves et la francophonie se portera bien !

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