Vietnam-Union européenne: un partenariat stratégique global. Tran Thu Dung (Hanoï)

Vietnam-Union européenne: un partenariat stratégique global au service d’un avenir durable 

Un partenariat porté à un niveau stratégique supérieur

Depuis l’établissement de leurs relations diplomatiques, le 28 novembre 1990, le Vietnam et l’Union européenne ont progressivement élargi leur coopération, initialement centrée sur le commerce et l’aide au développement, à de nombreux domaines, notamment la politique, la diplomatie, les sciences et les technologies, l’énergie et la sécurité. 

La signature de l’Accord de partenariat et de coopération global (APC) en 2012, entré en vigueur en 2016, a constitué une étape importante dans la structuration des relations bilatérales. L’entrée en vigueur, le 1er août 2020, de l’accord de libre-échange entre le Vietnam et l’UE (EVFTA) a ensuite renforcé les échanges commerciaux et les liens économiques, ouvrant de nouvelles perspectives aux entreprises des deux parties. 

En janvier 2026, lors de sa visite au Vietnam, António Costa et les dirigeants vietnamiens ont convenu d’élever les relations bilatérales au rang de partenariat stratégique global. Cette évolution traduit la reconnaissance croissante du rôle du Vietnam en Asie du Sud-Est et dans la région indo-pacifique, ainsi que la volonté européenne de consolider ses relations avec des partenaires fiables dans un environnement international marqué par des tensions géopolitiques et des incertitudes économiques. 

Au-delà de leur dimension économique, les relations Vietnam-UE s'inscrivent désormais dans une vision stratégique plus large, fondée sur la défense du multilatéralisme, le respect du droit international, la préservation de la paix et de la stabilité, ainsi que la promotion d'un développement durable. Le nouveau cadre de coopération couvre notamment le commerce, l'investissement, la transition énergétique, la transformation numérique, la sécurité et les questions multilatérales. 

L'enjeu consiste désormais à traduire cette ambition politique en résultats concrets, à travers des projets communs, des investissements de qualité et une coordination plus étroite sur les grandes questions régionales et internationales. 

Le commerce et l'investissement, moteurs de la coopération

Les échanges économiques demeurent l'un des principaux piliers des relations entre le Vietnam et l'UE. Grâce à l'EVFTA, les entreprises vietnamiennes bénéficient d'un meilleur accès au marché européen, notamment dans les secteurs de l'électronique, des machines, du textile-habillement, de la chaussure, des produits agricoles et des produits aquatiques. De son côté, le Vietnam représente un marché prometteur pour les entreprises européennes, en particulier dans les domaines des équipements industriels, des technologies avancées et des services. 

L'accord de libre-échange contribue également à moderniser l'environnement économique vietnamien, à améliorer les normes de production et à renforcer la capacité des entreprises locales à intégrer les chaînes de valeur mondiales. Toutefois, le potentiel de coopération reste encore largement inexploité. Les deux parties doivent notamment améliorer l'utilisation des préférences tarifaires, faciliter les échanges et lever les obstacles qui entravent les activités des entreprises. 

La ratification de l'accord de protection des investissements entre l'UE et le Vietnam (EVIPA) constitue également un enjeu important pour renforcer la sécurité juridique, accroître la confiance des investisseurs et favoriser les investissements à long terme. 

Dans cette perspective, la coopération devrait progressivement dépasser le modèle traditionnel fondé sur les échanges de marchandises pour privilégier les investissements à forte valeur ajoutée, le transfert de technologies et une meilleure intégration des entreprises vietnamiennes dans les chaînes d'approvisionnement européennes. 

Le développement des industries de haute technologie, notamment les semi-conducteurs, l'intelligence artificielle, les infrastructures numériques et la production verte, offre des perspectives particulièrement prometteuses. Pour le Vietnam, ces partenariats peuvent contribuer à améliorer la productivité, à renforcer l'autonomie technologique et à faire évoluer son modèle de croissance. 

Pour l'UE, ils représentent une occasion de diversifier ses chaînes d'approvisionnement et de consolider sa présence économique en Asie du Sud-Est. 

La transition énergétique et les infrastructures au cœur des priorités

La transition énergétique et le développement durable constituent un autre axe majeur du partenariat stratégique global. À travers le Partenariat pour une transition énergétique juste (JETP), ses programmes de coopération énergétique et l'initiative Global Gateway, l'UE accompagne le Vietnam dans le développement des énergies propres, l'amélioration de l'efficacité énergétique et la réduction des émissions de gaz à effet de serre, dans la perspective de son objectif de neutralité carbone à l'horizon 2050. 

Cette coopération répond à des intérêts convergents. 

Le Vietnam doit mobiliser d'importants capitaux, des technologies performantes et des compétences spécialisées pour répondre à la croissance de ses besoins énergétiques tout en réduisant sa dépendance aux combustibles fossiles. 

L'UE, pour sa part, cherche à promouvoir les technologies bas carbone et à développer des partenariats durables avec les économies émergentes. La concrétisation de ces ambitions suppose toutefois de renforcer la mobilisation des financements, de faciliter les transferts de technologies et de développer les compétences locales. 

La modernisation des réseaux électriques, le développement des énergies renouvelables, l'efficacité énergétique et l'adaptation au changement climatique figurent parmi les domaines dans lesquels une coopération renforcée pourrait produire des résultats significatifs. Les infrastructures de transport illustrent également la portée concrète de ce partenariat. 

La ligne 3 du métro de Hanoï, qui bénéficie notamment d'un soutien financier européen, témoigne de la complémentarité entre les capacités de financement, les technologies et l'expérience de l'Europe, d'une part, et les besoins de modernisation du Vietnam, d'autre part. 

Au-delà de ce projet, les deux parties disposent d'un potentiel de coopération dans les transports durables, les infrastructures urbaines, l'économie circulaire et la gestion des ressources. L'objectif est de faire des investissements européens un levier de modernisation économique, tout en favorisant une croissance plus respectueuse de l'environnement. 

Les technologies, l'innovation et les échanges humains, nouveaux leviers de rapprochement

La diversification des relations Vietnam-UE passe également par le renforcement de la coopération dans l'éducation, la recherche scientifique, les technologies et l'innovation. 

Dans un contexte de transformation numérique accélérée et de recomposition des chaînes de valeur mondiales, ces domaines sont essentiels pour accroître la compétitivité des économies et préparer les compétences nécessaires aux industries de demain. 

Les partenariats entre universités, centres de recherche et entreprises peuvent favoriser le partage de connaissances, la formation de ressources humaines hautement qualifiées et le développement de projets conjoints. 

Les semi-conducteurs, l'intelligence artificielle et les technologies numériques offrent notamment des possibilités de coopération susceptibles de générer des bénéfices durables pour les deux parties. 

Parallèlement, le dialogue politique ainsi que les échanges dans les domaines de la défense et de la sécurité contribuent à élargir la dimension stratégique de la relation. Les consultations sur la sécurité maritime, la cybersécurité et les défis sécuritaires non traditionnels peuvent notamment renforcer la compréhension mutuelle et la capacité de réponse aux risques transnationaux. 

Les échanges entre les peuples, les relations universitaires et la coopération culturelle constituent, eux aussi, des facteurs importants de rapprochement. Ils contribuent à consolider la confiance, à mieux faire connaître les sociétés respectives et à inscrire le partenariat dans une perspective de long terme. 

La rencontre Tô Lâm-António Costa, une occasion de définir les prochaines priorités 

Dans le contexte de l'approfondissement des relations bilatérales, la rencontre entre Tô Lâm et António Costa représente une occasion de faire le point sur les engagements pris, de définir les priorités de coopération et de donner une impulsion politique à leur mise en œuvre. 

Une première priorité consiste à promouvoir une coopération économique davantage axée sur la durabilité, l'innovation et la création de valeur ajoutée. 

Le Vietnam souhaite attirer des investissements de qualité et bénéficier des technologies ainsi que de l'expérience européennes pour moderniser son appareil productif. 

L'UE peut, de son côté, s'appuyer sur les capacités industrielles du Vietnam, son marché en expansion et sa position en Asie du Sud-Est pour diversifier ses partenariats économiques. Une deuxième priorité concerne l'accélération des projets dans les domaines de l'énergie propre, des transports durables et de l'adaptation au changement climatique. 

Pour être pleinement efficaces, ces projets doivent s'accompagner de mécanismes de financement adaptés, de transferts de technologies et de programmes de formation permettant aux entreprises et aux travailleurs vietnamiens de participer davantage à leur réalisation. Enfin, le renforcement des consultations sur les questions régionales et internationales apparaît indispensable. 

Le Vietnam et l'UE partagent un intérêt pour la stabilité régionale, la sécurité des chaînes d'approvisionnement et le respect du droit international. Une coordination accrue au sein de l'Organisation des Nations unies et des autres enceintes multilatérales pourrait contribuer à promouvoir des solutions concertées aux défis mondiaux, notamment le changement climatique, les tensions géopolitiques et les menaces pesant sur la sécurité maritime. 

Cette concertation revêt une importance particulière dans la région indo-pacifique, où la stabilité, la liberté de navigation et le respect du droit international constituent des enjeux majeurs pour la sécurité et la prospérité des échanges internationaux. 

Des intérêts convergents au service de la stabilité et de la prospérité

Le renforcement du partenariat Vietnam-UE repose sur une complémentarité croissante des intérêts. Le Vietnam a besoin de capitaux, de technologies et d'expertise internationale pour améliorer sa compétitivité, transformer son modèle de croissance et atteindre ses objectifs de développement. 

L'UE cherche, quant à elle, à diversifier ses relations économiques, à sécuriser ses chaînes d'approvisionnement et à renforcer son engagement auprès de partenaires stratégiques en Asie du Sud-Est. 

La réussite de ce partenariat dépendra néanmoins de la capacité des deux parties à transformer leurs engagements politiques en réalisations mesurables : augmentation des investissements de qualité, développement des échanges commerciaux, mise en œuvre efficace des projets énergétiques et d'infrastructures, approfondissement de la coopération technologique et multiplication des échanges entre les peuples. 

Le Vietnam ne se limite pas à un marché en expansion ou à une base de production. Il peut également contribuer activement aux discussions sur les enjeux régionaux et mondiaux, tandis que l'UE dispose de moyens financiers, technologiques et institutionnels susceptibles d'accompagner durablement le développement vietnamien. 

À l'échelle internationale, l'approfondissement de leurs relations peut également donner un nouvel élan au partenariat ASEAN-UE et favoriser le rapprochement entre l'Europe et l'Asie du Sud-Est. En consolidant leur coopération économique et leur coordination multilatérale, les deux parties peuvent contribuer à la défense d'un système commercial fondé sur des règles, au renforcement du multilatéralisme et à la recherche de réponses communes aux défis mondiaux. Après 35 ans de relations diplomatiques, le partenariat stratégique global entre le Vietnam et l'Union européenne ouvre ainsi une nouvelle étape. 

La rencontre entre Tô Lâm et António Costa constitue une occasion de donner davantage de substance à cette relation et d'en définir les orientations pour les années à venir. 

L'ambition commune est de construire une coopération plus équilibrée, plus innovante et plus durable, au bénéfice des deux parties et de la paix, de la stabilité et de la prospérité régionales et internationales./.

Tran Thu Dung

Coordinatrice I-Dualogos Vietnam

Membre du Comité de Pilotage du think tank I-Dialogos.

au Centre culturel vietnamien, à Paris, Tran Thu Dung et Pierrick Hamon aux coté de SE Mme Nguyen Thi Van Anh , Ambassadrice du Vietnam auprès de l'UNESCO et de l'OIF