
Journaliste et éditorialiste béninois aujourd'hui à la retraite, Serge Mathias TOMONDJI est installé au Burkina Faso depuis 1993, où il a assumé différentes fonctions et responsabilités dans plusieurs organes de presse écrite et en ligne. Il a également présenté plusieurs émissions à la radio, avant de poursuivre son aventure professionnelle à la télévision, comme éditorialiste et animateur de débats sur des sujets variés, concernant notamment l'actualité et les mutations sociopolitiques du continent africain, ainsi que sur la culture, la société, les idées... Serge Mathias est éditorialiste et membre de I-Dialogos.
AFRIQUE : IL ÉTAIT UNE FOIS, LES CONFÉRENCES NATIONALES…
De l’euphorie politique à la désillusion démocratique
Ce fut incontestablement un rendez-vous africain majeur du début des années 1990 ! Un jour mémorable que ce 28 février qui a sanctionné une session inédite de palabres intenses, constructives et pédagogiques pour rebâtir une nation déchirée. Et si l’on en parle encore aujourd’hui avec un certain pincement au cœur, c’est parce que la Conférence nationale des forces vives du Bénin reste, dans les annales sociopolitiques de l’Afrique, un repère marquant de la marche d’un peuple à prendre énergiquement en mains et à assumer pleinement son destin.
C’est du moins ce que l’on peut retenir de la conclusion de ce rendez-vous historique, qui jeta de fort belle manière, du 19 au 28 février 1990, les bases du « renouveau démocratique » béninois. Majestueux de pertinence et d’éloquence, le rapporteur de la Conférence nationale des forces vives du Bénin, Albert Tévoèdjrè, avait alors formellement affirmé que… « nous avons juré de ne plus jamais humilier l’intelligence ; les chaînes sont brisées et nous avons définitivement conquis le droit de parler au nom de l’Afrique, et des libertés fondamentales des hommes et des femmes de ce continent ; nous entrons désormais en partenaire majeur, dans un monde majeur ; la nuit s’est dissipée et l’Aube nouvelle rayonne… »
Les trompettes et les clairons de cette Aube nouvelle — titre de l’hymne national de la République du Dahomey, devenue République populaire du Bénin le 30 novembre 1975 — résonnèrent en effet d’une mélodie sublime, trente années après l’indépendance du pays, acquise le 1er août 1960.

Au plan du formalisme institutionnel, on assiste à une réhabilitation des anciens symboles nationaux. Le drapeau vert frappé d’une étoile rouge à cinq branches régulières logé dans le carré supérieur gauche de la République populaire du Bénin (RPB) fut définitivement rangé, le 1er aout 1990, dans les placards de l’histoire, pour être remplacé par celui tricolore — vert, jaune, rouge — de l’indépendance. Les armoiries et la devise du pays subissent le même sort, tandis que la République cesse d’être « populaire », les délégués à la Conférence nationale ayant choisi de donner une identité nouvelle à leur pays pour cimenter l’union retrouvée des filles et fils dans le creuset du « renouveau démocratique ».
PERESTROÏKA ET GLASNOST
Cette « trouvaille » béninoise fut d’ailleurs répliquée dans plusieurs pays africains — Togo, Tchad, Mali, Niger, RD Congo, Gabon, Congo-Brazzaville… — confrontés à la même réalité d’enfermement politique et de musellement de la parole, au moment où le sommet France-Afrique de La Baule avait énoncé, en juin 1990, de nouvelles balises pour l’aide au développement.
Il faut se rappeler en effet qu’avec la chute, en 1989, du Mur de Berlin, qui entraîna la dislocation du bloc de l’Est, le vent nouveau qui a soufflé sur les vieilles autocraties de l’Europe ne pouvait qu’initier un nouveau paradigme sociopolitique dans la gestion des affaires des nations. En fait, une réinitialisation du logiciel de la gouvernance des États, notamment en Afrique où les populations, étouffées par des régimes mono-partisans, aspiraient à plus de liberté et de démocratie.
La Guerre froide que se livraient les deux blocs idéologiques d’alors avaient en effet projeté la quasi-totalité des États africains dans « des systèmes de parti unique ou des régimes autoritaires, voire des dictatures, avec souvent le soutien bienveillant des puissances étrangères dans leur lutte d’influence », constate avec pertinence le Tchadien Roger Koussetogue Koudé, professeur de droit international à l’Institut des droits de l’Homme de Lyon et titulaire de la Chaire Unesco « Mémoire, cultures et interculturalité », dans un article publié le 10 mai 2021 dans la « Revue politique et parlementaire ».
Tout s’accélère ainsi avec l’arrivée, en 1985, de Mikhaïl Gorbatchev au pouvoir dans ce qui était encore l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS). Face aux manifestations, de plus en plus vives, de revendication d’autonomie dans les démocraties populaires, et notamment en République démocratique d’Allemagne, il engage son pays dans la perestroïka, qui cherche à libéraliser l’économie, et la glasnost, pour rendre le régime plus démocratique.

Ce train de réformes, porté par un vent nouveau, et aussi sans doute par une lecture lucide d’une situation sociopolitique qui devenait intenable, a successivement conduit à la chute du Mur de Berlin, la réunification de l’Allemagne et la désintégration des autres démocraties populaires entre 1989 et 1990. L’atomisation des Républiques socialistes soviétiques, suite aux revendications indépendantistes baltes, a ensuite consacré la disparition, en décembre 1991, de l’URSS.
C’est donc dans ce contexte favorable, dicté par cet inébranlable vent de l’Est, que se tient, en février 1990, la Conférence nationale des forces vives du Bénin. Sous la férule d’un régime militaire qui s’est installé en 1972, et qui a fait le choix du socialisme scientifique comme voie de développement sous l’éclairage du marxisme-léninisme à partir de 1974, le pays était, dans la deuxième moitié de la décennie 1980, dans un état d’apoplexie avancée. Le creuset national dans lequel se sont fondues toutes les énergies — parti unique, syndicat unique, organisation des femmes, organisation des jeunes, etc. — était devenu le temple de tous les désaccords citoyens. Entre situation sociopolitique explosive, marasme économique et confiscation des libertés, la « République populaire du Bénin », exsangue, était au bord de l’implosion.
LES CARTES DE LA BAULE
L’essai on ne peut plus réussi de ce formidable arbre à palabres, qui servit d’exutoire aux maux de la nation béninoise et de laboratoire démocratique pour la construction d’une nouvelle société, plus démocratique, l’imposa comme une référence dans une Afrique à la recherche de ses nouvelles marques, soufflées avec force par le vent de l’Est. D’autant qu’en juin 1990, soit quatre mois après la transformation béninoise, la France entreprit de recadrer ses relations avec les États africains dans un contrat Démocratie-Aide au développement.

Dans un discours resté célèbre, le président français, François Mitterrand, indique ainsi, le 20 juin 1990, que… « la France liera tout son effort de contribution aux efforts qui seront accomplis pour aller vers plus de liberté ; il y aura une aide normale de la France à l’égard des pays africains, mais il est évident que cette aide sera plus tiède envers ceux qui se comporteraient de façon autoritaire, et plus enthousiaste envers ceux qui franchiront, avec courage, ce pas vers la démocratisation » ! C’était le fameux discours de La Baule, prononcé dans le cadre de la 16e Conférence des chefs d’État d’Afrique et de France à laquelle étaient invités 37 pays africains.
En conditionnant ainsi l’aide française au développement aux efforts de démocratisation des pays africains, François Mitterrand engageait les dirigeants de cette époque à changer de cap, en raison notamment de l’effet boule de neige que produiraient immanquablement la perestroïka et la glasnost, mais aussi en réponse au « combat mené de longue date par les Africains eux-mêmes, de l’intérieur de l’Afrique et au prix de lourds sacrifices, pour un retour à la démocratie pluraliste sur le continent ». Un retour à la démocratie pluraliste parce que, on l’oublie souvent, ce mode d’organisation politique et institutionnelle avait déjà cours dans l’Afrique pré-indépendance, bien avant l’ancrage, dans les années 1970 et 1980, des régimes militaires et des partis uniques triomphants.
L’universalité de la démocratie…
Si l’on n’a retenu, souvent avec fureur, que le côté cash du discours-évènement de La Baule, qui actionne le fouet du maître en menaçant de couper le robinet de l’aide au développement, l’intervention mitterrandienne de 1990 n’en est pas moins lucide. Les balises de la nouvelle ère que proposait la France étaient pourtant claires, et la mise en œuvre du chantier démocratique assez pédagogique. Posant le postulat de l’universalité de la démocratie, François Mitterrand avait en effet souligné « les différences de structures, de civilisations, de traditions, de mœurs », se refusant à proposer un système clé en mains.
« La France n’a pas à dicter je ne sais quelle loi constitutionnelle qui s’imposerait de facto à l’ensemble de peuples qui ont leur propre conscience et leur propre histoire et qui doivent savoir comment se diriger vers le principe universel qu’est la démocratie… La France n’entend pas intervenir dans les affaires intérieures des États africains amis… Pour nous, cette forme subtile de colonialisme qui consisterait à faire la leçon en permanence aux États africains et à ceux qui les dirigent, c’est une forme de colonialisme aussi perverse que tout autre », avait-il notamment prévenu dans ce fameux discours de juin 1990 à La Baule.

LA VALSE DES CONFÉRENCES NATIONALES
On peut épiloguer sur la sincérité ou non de tels propos et même psychanalyser ce que l’on peut considérer comme une ruse politique pour imposer ses vues. Le fait est que, malheureusement, la pratique n’a pas sublimé la théorie. Les chefs d’État africains se sont contentés de satisfaire, le front plissé, une supposé clause de conditionnalité de l’aide au développement, alors que le discours laissait ouverte la porte de la coopération, plutôt que d’inventer, ensemble, une voie de sens et de consensus. Les modèles démocratiques mis en œuvre en Afrique ont ainsi allègrement été clonés sur le modèle français, si bien que la greffe s’est désintégrée trois décennies plus tard.
À commencer par le Bénin qui a arpenté les sentiers du « renouveau démocratique » avant le Sommet de La Baule. Mais déjà — et on le passe quasiment sous silence — l’État insulaire de Sao-Tomé et Principe avait réuni une telle conférence du 5 au 7 décembre 1989, sous les auspices du président Manuel Pinto da Costa, afin de « répondre à la demande croissante de démocratisation ». Ces assises marquent ainsi « la fin du régime de parti unique et débouchent, en 1990, sur l’adoption du multipartisme et d’une nouvelle Constitution ».
En inaugurant, sur le plan institutionnel, cette nouvelle ère par son investiture comme Premier ministre de la Transition d’une année au Bénin, Nicéphore Dieudonné Soglo a fort justement indiqué, le 12 mars 1990, que le peuple béninois a montré qu’« il n’est pas nécessaire de s’exterminer pour opérer les mutations qualitatives ». Et a salué avec grand respect « le courage avec lequel il [le peuple béninois] a souffert pendant des décennies le martyre dans sa chair et l’abnégation avec laquelle il a consenti tant de sacrifices, ne vivant que dans l’espérance d’une société où il fera bon vivre pour chacun et pour tous ».
Très vite, l’exemple béninois fait donc tache d’huile. Partout — ou presque — les populations réclament une conférence nationale, la classe politique s’emballe, les pouvoirs cèdent à contre-cœur. Ces conclaves se sont ainsi multipliés sur le continent, notamment au Gabon, du 1er mars au 19 avril 1990, au Congo, du 25 février au 10 juin 1991, au Mali en août 1991, au Togo du 8 juillet au 28 août 1991, au Niger du 29 juillet à novembre 1991, mais aussi au Tchad du 15 janvier jusqu’en mars 1993.

De plus, en dehors des pays comme la République centrafricaine, le Cameroun, Madagascar, le Burkina et la Mauritanie, où des groupes d’opposition l’ont réclamée sans vraiment l’obtenir — récoltant toutefois des épilogues variés — le Zaïre, aujourd’hui République démocratique du Congo, a engagé ce processus du 7 août 1991 au 17 mars 1993, soit presque deux ans, sans que le consensus recherché ne vienne sceller les travaux de cette conférence nationale, pas vraiment achevée.
AH, CE « TROISIÈME MANDAT » !
Aujourd’hui, c’est la grande désillusion démocratique dans tous ces pays qui ont expérimenté la même formule, empruntant allègrement la piste ainsi tracée dans une Afrique en quête de liberté et de démocratie. Tenez, en République du Congo, par exemple ! Dans ce pays de l’Afrique centrale alors dirigé depuis 1979 par Denis Sassou N’Guesso, la Conférence nationale, tenue du 25 février au 10 juin 1991, débouche sur l’élection démocratique, en août 1992, de Pascal Lissouba. Ce dernier n’aura même pas eu le temps de terminer son premier quinquennat à la tête de l’État congolais qu’une guerre civile éclate, qui remet l’ancien président en selle !
Pascal Lissouba quitte donc le pouvoir le 15 octobre 1997, tandis que Denis Sassou N’Guesso s’installe à nouveau sur le fauteuil présidentiel, qu’il occupe depuis près de trois décennies maintenant. Entre-temps en effet, le texte constitutionnel, révisé en 2015, a sauté simultanément les verrous de la limitation des mandats et du plafonnement de l’âge des présidentiables.
À nouveau en piste pour un nouveau quinquennat, dans le cadre de l’élection présidentielle du 15 mars 2026, Denis Sassou N’Guesso devrait amorcer son dernier mandat à la tête de l’État congolais. Du moins s’il respecte l’article 65 de la Constitution de 2015, modifiée par la loi de 2022, qui dispose que « le président de la République est élu pour un mandat de cinq ans renouvelable deux fois ».
Réélu en 2002, après son come-back de 1997, il a en effet été reconduit à son poste, d’abord en 2009, puis en 2016 sous le joug de la nouvelle République. Avec sa première réélection de cette ère en 2021, l’élection de mars 2026 s’énonce donc comme sa dernière cartouche constitutionnelle, mais… Il en va ainsi du Congo comme de la quasi-totalité des pays de l’Afrique centrale où le principe de la limitation du nombre de mandats présidentiels est rapidement passé de mode. D’ailleurs, après la République centrafricaine qui a emprunté ce chemin récemment, le débat sur une révision de la Constitution — qui ouvrirait la voie d’un « troisième mandat » au président Félix Tshikesedi — fait actuellement rage en République démocratique du Congo.
COUPS D’ÉTAT SALVATEURS ?
La situation n’est pas plus reluisante en Afrique de l’Ouest, où l’on a également assisté, ces dernières années, à une course effrénée pour un indispensable « troisième mandat ». L’appétit venant en mangeant et un mandat en appelant un autre — puisque la révision constitutionnelle qui ouvre la voie au troisième mandat a scellé, dans la jurisprudence, la « remise des compteurs de quinquennats (ou de septennats) à zéro » , l’alternance au sommet de l’État n’est plus qu’un vain mot !
Les cas récents de la Côte d’Ivoire et de la Guinée sont à cet effet très illustratifs. Ces deux pays, qui n’ont pas organisé de conférence nationale dans le bouillonnement sociopolitique des années 1990, ont cependant enregistré des évolutions sociopolitiques différentes. Tandis que le président Alassane Ouattara administre actuellement un quatrième mandat — deuxième mandat de la troisième République, nuancent ses soutiens — à la tête de la République de Côte d’Ivoire, Alpha Condé, lui, a été sanctionné par un coup d’État à l’entame de son troisième mandat, usurpé suite à une révision contestée de la Loi fondamentale de son pays.
C’est également ce qui est arrivé au Niger, le 27 janvier 1996, lorsque Ibrahim Baré Maïnassara a perpétré un coup d’État pour mettre un terme à la présidence de Mahamane Ousmane, porté à la présidence de la République en 1993, à l’issue des premières élections multipartites du pays, organisées après la conférence nationale de 1991. Il ne s’agit donc pas ici de « troisième mandat » au profit d’un président qui ruse avec le texte constitutionnel, mais plutôt d’une crise politique et institutionnelle, marquée par des dissensions avec le Premier ministre, Hama Amadou, et l’opposition parlementaire, ayant conduit à un coup d’État.
Mené par le colonel Ibrahim Baré Maïnassara, alors chef d’état-major des forces armées, ce putsch — le deuxième qui intervient au Niger depuis son indépendance, après celui qui a renversé, le 15 avril 1974, Hamani Diori, le premier président du pays — a ceci de particulier qu’il constitue le tout premier coup de canif militaire dans l’Afrique post-Conférences nationales.
Depuis son indépendance en 1960, le Niger a donc connu une histoire politique instable marquée par cinq coups d'Etat réussis (1974, 1996, 1999, 2010, 2023) et plusieurs tentatives ...
Toutefois, dans ce pays aux cinq coups d’État, celui du 18 février 2010 — le quatrième — est lié à l’entêtement du président Mamadou Tandja, démocratiquement élu en 1999 après une période de transition conduite par le chef d’escadron Salou Djibo, de… convoler en noces solitaires avec un troisième mandat. Sa réélection controversée de 2009, sous le couvert d’une sixième République estampillée « tazarché » (continuité ou prolongation en haoussa, la langue majoritaire du pays), est restée en travers de la gorge des Nigériens qui ont prestement applaudi, l’année suivante, l’action « salvatrice » de l’armée.
TOUT ÇA POUR ÇA…
Comme on peut le voir, tous ces pays n’ont pas connu la même fortune que le Bénin, considéré comme le pionnier des conférences nationales africaines, qui aligne aujourd’hui, malgré tout, quatre alternances au sommet de l’État, toutes légitimées par le verdict des urnes. Toutefois, c’est peut-être le seul véritable acquis dans ce pays, trente-six ans après l’historique rendez-vous de février 1990.
« Après la conférence nationale, nous avons noté un éloignement vis-à-vis des grandes orientations. Non, vraiment, il ne reste pas grand-chose de la conférence nationale », avait constaté en 2015, dépité, René Ahouansou, l’un des précurseurs de l’arbre à palabres du Bénin. Professeur des études américaines au département des Langues, Lettres et Civilisations étrangères de l’université d’Abomey-Calavi, décédé le 31 mai 2022, René Ahouansou avait été en effet — avec l’avocat Robert Dossou — aux avant-postes de cette Conférence nationale sous-tendue par les idéaux de justice sociale, de réconciliation, de liberté et de démocratie, dont ils avaient pour ainsi « vendu » l’idée au président Mathieu Kérékou.
Une République vertueuse ? Tiens donc ! « Nous avons dénoncé la corruption hier, mais elle est encore plus rampante… Aujourd’hui, le pouvoir politique ne répond plus à aucune norme. Les contre-pouvoirs qu’on a mis en place, à savoir la Cour constitutionnelle, l’Assemblée nationale, etc., ne jouent pas leurs rôles, et sont inféodés au pouvoir exécutif », avait alors diagnostiqué René Ahouansou en 2015. Que reste-t-il donc aujourd’hui de ces conférences nationales qui ont enfiévré l’univers politique des années 1990 en Afrique ? Pas grand-chose, d’autant que les effets du « Printemps arabe », qui a agité lui aussi, au début des années 2010, des pays du Maghreb et du Moyen-Orient, se sont estompés ! Comme un feu de paille qui, après avoir consumé les régimes indéboulonnables de Tunisie et d’Égypte, et perturbé les systèmes politiques en Libye, au Yémen, au Bahreïn et en Syrie, s’est éteint de sa propre braise.
La « révolution du jasmin » a bien contraint le président Zine El Abidine Ben Ali à quitter le pouvoir et à fuir son pays, la Tunisie, en janvier 2011. Mais où diable sont passés l’esprit de la petite ville de Sidi Bouzid et le sacrifice de Mohamed Bouazizi, jeune vendeur ambulant de fruits et légumes qui s’immola par le feu le 17 décembre 2010, parce que sa marchandise avait été confisquée par les autorités ? De même, le soulèvement des Égyptiens a bien entraîné le départ, en février 2011, du président Hosni Moubarak, au pouvoir depuis 1981, soit trente ans. Mais quid de la transformation sociale et politique du pays, quinze ans après?

NOTES DE RÉUSSITE ET D’ESPÉRANCE
Les exemples sont légion sur le continent, qui montrent à souhait que l’institutionnalisation démocratique est en panne ci et là. Il y a cependant des pays qui administrent la preuve que les principes de la démocratie peuvent très bien prospérer en Afrique, avec un peu de sagesse, de la rigueur et l’exigence d’une gouvernance vertueuse fondée sur le développement et sur l’alternance. On peut notamment citer… le Ghana, le Nigeria, le Liberia, le Kenya, le Malawi où, dernier en date, l’élection présidentielle du 16 septembre 2025 a consacré la belle revanche de Peter Mutharika, qui reprend, dans les urnes, le pouvoir à son plus fidèle opposant, Lazarus Chakwera, gagnant du scrutin de 2020.
Depuis plusieurs décennies en effet, les rendez-vous électoraux, sanctionnés par des alternances au sommet de l’État, sont devenus routiniers au Ghana et au Nigeria. Le rétablissement démocratique est réel et le pouvoir des institutions conséquent.
De même, ravagé par quatorze années d’une terrible guerre civile qui a fait 250 000 morts, le Liberia a élu, en 2005, Ellen Johnson Sirleaf à la tête du pays. Première femme présidente de la République en Afrique, elle a exercé un premier mandat de six ans, puis un second, avant de passer le témoin à George Weah, consacrant une première alternance au sommet de l’État. Un mandat plus tard, ce dernier s’incline avec classe et élégance, le 14 novembre 2023, face à Joseph Boakai, et devient le 31e chef d’État en Afrique, depuis 1990, à perdre une bataille électorale pour sa reconduction au pouvoir. L’actuel président, Joseph Boakai, en poste depuis 2024, signe ainsi la deuxième alternance pacifique à la tête du Libéria.
On peut en dire autant du Malawi, où l’opposant Lazarus Chakwera remporte, en mai 2020, l’élection présidentielle rejouée en battant le candidat du pouvoir, Peter Mutharika, dans les urnes, après une année de bataille judiciaire. Puis, cinq années plus tard, Peter Mutharika renverse la table et reprend le costume de premier magistrat du pays en septembre 2025, conformément au verdict des urnes de l’élection présidentielle.
Dans un cas comme dans l’autre, le combat politique s’est déroulé sur le champ des juridictions, avec l’arbitrage des institutions, la tempérance des acteurs et la volonté des électeurs… Mais on aura aisément remarqué que tous ces pays sont anglophones et n’ont pas organisé de conférence nationale. Ceci explique-t-il (en partie) cela ?
© Serge Mathias Tomondji
Ouagadougou, 12 mars 2026
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Etat des lieux : un regard circonspect sur l’Afrique
De A comme Alliance à Z comme Zlecaf, Serge Mathias Tomondji propose, dans cet abécédaire qu’il nous acommuniqué et qui vient d’être publié dans le N°100 de l'excellent magazine panafricain Notre Afrik, un pertinent état des lieux sur l’Afrique d’aujourd’hui. Il nous invite ainsi, avec 26 mots-clés, à autant de haltes pédagogiques pour un voyage instructif à travers des faits, évènements marquants et repères utiles d’un continent qui doit relever d’énormes défis….
Merci à Serge Mathias ainsi qu'à la Direction de Notre Afrik.

A COMME… ALLIANCE
Créée le 16 septembre 2023 pour « établir une défense collective et une assistance mutuelle face aux menaces à leur souveraineté et à leur intégrité territoriale », l’Alliance des États du Sahel (AES) est désormais une entité géopolitique ouest-africaine avec laquelle il faut compter. Cette entité formée du Burkina, du Mali et du Niger, érigée en Confédération depuis le 6 juillet 2024, en vue de « renforcer la coopération régionale face aux défis du Sahel, notamment la lutte contre le terrorisme et la promotion d’un développement durable », adopte une position diplomatique commune et fera incontestablement parler davantage d’elle en 2025.
B COMME... BANIKOARA
Localité située dans la région septentrionale du Bénin, Banikoara sera-t-elle le prochain épicentre des attaques terroristes en Afrique de l’Ouest ? L’infiltration croissante des groupes terroristes dans cette commune frontalière du nord du Bénin, proche du Burkina Faso et du Parc national du W, nourrit bien des inquiétudes, surtout après l’attaque qui a coûté la vie, le 8 janvier 2025, à 28 soldats béninois. Dans un rapport publié le 17 mars dernier, le Think tank Timbuktu Institute alerte sur le risque pour cette commune de… « basculer dans une crise sécuritaire majeure en raison de la stratégie d’enracinement de ces groupes dans les communautés locales et des effets contre-productifs d’une approche sécuritaire trop répressive ».
C COMME… CÔTE D’IVOIRE
Rendez-vous électoral crucial cette année pour la Côte d’Ivoire où les citoyens sont appelés aux urnes le 25 octobre 2025 afin de choisir leur prochain président de la République. Au moment où les débats se cristallisent autour de la liste électorale qui exclue certaines personnalités, le scrutin reste potentiellement crisogène. La confirmation de la radiation de l’ancien président Laurent Gbagbo, candidat déclaré de son parti (PPA-CI), de la Liste électorale provisoire, en même temps que celle de Guillaume Soro et de Charles Blé Goudé (puis celle plus récente de Tidjane Thiam), alimente bien des tensions. Pendant ce temps, on attend toujours l’officialisation ou non de la candidature du chef de l’État sortant, Alassane Ouattara, qui enchaînerait alors un quatrième quinquennat à la tête du pays…

D COMME… DIALOGUE
Il faut sans doute beaucoup de dialogue pour apaiser les cœurs et guérir les frustrations qui nourrissent tant de conflits sur le continent. Du Sahel central en République démocratique du Congo, en passant par le Soudan, la Somalie, le Cameroun… les foyers de tensions se sont multipliés ces dernières années sur continent avec des causes et des conséquences diverses. Cette année 2025 apportera-t-elle une éclaircie afin que la priorité soit accordée, dans tous nos pays, aux véritables questions de développement ?
E COMME… ÉLECTIONS
Au-delà de la tourmente d’une remise en cause presque systémique des processus démocratiques dans un certain nombre de pays du continent, les urnes parleront à nouveau cette année en Afrique. Dans l’agenda, on compte ainsi plusieurs scrutins avec notamment 9 élections présidentielles — contre 19 en 2024 —, sept élections législatives, deux sénatoriales, deux municipales et deux référendums. Et sur le volet « course à la magistrature suprême » qui se joue une fois de plus sur la crédibilité et la transparence, on surveillera particulièrement les scrutins du Gabon, du Cameroun, de la Côte d’Ivoire, de la Guinée-Bissau et de la République centrafricaine.
F COMME… FORCES ÉTRANGÈRES
Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’Afrique de 2025 s’émancipe de la présence militaire française sur son sol. Après avoir été contrainte à faire place nette au Mali, au Burkina puis au Niger entre 2022 et 2023, la France a dû se résoudre à rapatrier ses forces armées du Tchad et est en train de quitter le Sénégal. Toutefois, cette démarche s’énonce différemment en Côte d’Ivoire, où la France a procédé, le 20 février 2025, à la rétrocession de sa base militaire de Port-Bouët, confirmant l’inéluctable changement de paradigme entre l’Hexagone et ses anciennes possessions d’Afrique. Il ne reste à présent plus que le Gabon et Djibouti pour témoigner de la présence militaire française sur le continent.
G COMME… GABON
Après le coup d’État du 30 août 2023 qui a mis un terme au long règne du clan Bongo, les Gabonais sont appelés aux urnes le 12 avril 2025 en vue de clôturer la période de transition. Huit candidats sont autorisés à conquérir le fauteuil présidentiel, dans une course courue d’avance par l’actuel chef de l’État, le général Brice Clotaire Oligui Nguéma, qui avait pourtant promis, lorsqu’il prenait la tête du Comité pour la transition et la restauration des institutions (CTRI), qu’il… organiserait « des élections libres et transparentes en vue de rendre le pouvoir aux civils ». Et si ses adversaires dénoncent une élection taillée à sa mesure, lui affirme qu’il n’a jamais dit qu’il ne sera pas candidat… [Au final, l’élection a consacré son écrasante victoire avec 94,85 % des voix et il sera investi le 3 mai 2025, mettant un terme à la transition politique ouverte depuis le coup d’État du 30 août 2023.]
H COMME… HAÏTI
Créée en 1804 suite à la défaite française lors de l’expédition de Saint-Domingue, Haïti souffre le martyr depuis la nuit des temps, aussi bien sur le plan sociopolitique, qu’infrastructurel et économique. Port-au-Prince, la capitale, est à nouveau en proie à une « flambée de violences de bandes criminelles, accusées de meurtres, viols, pillages et enlèvements contre rançon, dans un contexte de grande instabilité politique ». Le Kenya a ainsi décidé d’y déployer environ 1 000 policiers, de même que le Bénin, qui s’est engagé à fournir 2 000 hommes pour la force multinationale de soutien à la sécurité en Haïti (MMSS) qui se met en place. Même si certains considèrent cette intervention comme une nouvelle forme d’invasion étrangère, il est utile de préciser que… la violence des gangs — qui contrôlent environ 80 % de Port-au-Prince — a causé plus de 2 500 morts ou blessés au cours des premiers mois de l’année 2025.
I COMME… INTÉGRATION
Que faut-il aujourd’hui au continent pour qu’il réalise enfin la vision d’une « Afrique intégrée, prospère et pacifique » ? Cette problématique était cœur des échanges du jubilé d’or, en mai 2013, de l’Organisation de l’unité africaine (OUA)/Union africaine (UA). Dix années plus tard, faisant « l’état de l’intégration régionale et continentale en Afrique », l’institution panafricaine constate que… « le processus d’intégration africaine continue d’être limité par la faiblesse des liens et des ponts entre les ressources du continent ». Le Rapport 2023 sur l’intégration africaine, souligne ainsi que l’objectif global à atteindre est de construire « une Afrique intégrée et bien connectée », à travers notamment « la promotion de la libre circulation, le passeport africain et un marché commun africain ».
J COMME… JEUNESSE Tous les discours le proclament, l’une des forces du continent africain, c’est la jeunesse de sa population, qui compte plus de 60 % de personnes de moins de 25 ans. Un énorme potentiel qui est appelé à se consolider puisque, selon les projections, la population africaine — qui devrait atteindre 2,5 milliards d’habitants d’ici 2050, représentant plus d’un quart de la population mondiale — sera alors composée de plus de 830 millions de jeunes ! Mais cet incroyable potentiel démographique ne sera véritablement bénéfique que si des politiques et investissements adéquats dans l’éducation, la santé et la formation professionnelle permettent réellement aux jeunes de contribuer activement à la transformation de leur continent.
K COMME… KÉRÉKOU
L’ancien président du Bénin, Mathieu Kérékou, a tiré sa révérence le 14 octobre 2015. Bientôt dix ans donc que celui qui détient jusque-là le record de longévité à la tête de ce pays d’Afrique de l’Ouest n’est plus. Et s’il s’invite dans ce tour d’horizon africain, c’est parce qu’il a joué un rôle plus que déterminant dans la mise en œuvre des décisions de la Conférence nationale des forces vives du Bénin, la toute première sur le continent, tenue du 19 au 28 février 1990 à Cotonou, et dont on a beaucoup reparlé récemment, 35 ans après. De révolutionnaire à démocrate, Mathieu Kérékou est aussi l’auteur ou la caution morale, le 26 octobre 1972, du dernier coup d’État survenu au Bénin. Il y a déjà 52 ans ! Pourvu que ça continue…
L COMME… LIBYE
Bientôt 14 ans que Mouammar Kadhafi a été assassiné, le 20 octobre 2011 à Syrte, ouvrant la boîte de Pandore de l’insécurité terroriste en Afrique de l’Ouest. Plongé dans un indicible chaos politique, ce pays, autrefois prospère, n’est désormais plus que l’ombre de lui-même, miné par les violences fratricides et les divisions, et gouverné par deux exécutifs rivaux. Des dirigeants qui, vraisemblablement, placent « leurs intérêts personnels au-dessus des besoins du pays », a estimé Abdoulaye Bathily, neuvième émissaire des Nations unies dans ce pays désuni et déconstruit, qui a dû rendre sa démission le 16 avril 2024. Quand nous rendra-t-on notre Libye ?
M COMME… MANDELA
La disparition, le 5 décembre 2013, de Nelson Rolihlahla Mandela à l’âge de 95 ans, reste un évènement marquant de l’Afrique contemporaine. Et mieux que sa disparition, c’est l’action déterminante de cette l’icône de la lutte antiapartheid qui constitue une leçon pour les générations futures. Mais sans doute que son héritage reste trop lourd à porter dans cette Afrique du Sud toujours en proie à des inégalités criardes ! À l’évidence, Nelson Mandela a tellement apporté à l’humanité qu’il devrait constamment être convoqué dans l’œuvre de construction d’un monde plus juste, qui se soucie davantage de la promotion des libertés et du respect de la dignité humaine.
N COMME… NIGERIA Géant de l’Afrique de l’Ouest avec une population estimée, en mars 2025, à environ 233 millions d’habitants, le Nigeria, nation la plus peuplée d’Afrique, célèbrera, le 29 mai prochain, sa 26e « Democracy Day », marquant le retour à la démocratie dans cette République fédérale. Ce jour-là, on se remémorera l’élection, en 1999, du président Olusegun Obasanjo à la tête du pays, mais on se souviendra surtout de Moshood Abiola, décédé en 1998, peu avant sa libération, alors qu’il avait été embastillé pour avoir remporté l’élection présidentielle de 1993. Cela fait donc 26 années maintenant que le Nigeria n’a plus enregistré de coup d’État mais sa démocratie reste tout de même fragile en ces temps où l’on assiste à une recrudescence de remous sociaux.
O COMME… OLÉODUCS
L’énergie faisant la force du développement, il est important que tout ce qui concourt à son exploitation judicieuse soit mis en œuvre ! Et le moins que l’on puisse dire, c’est que… « l’Afrique est en pleine mutation énergétique » avec plusieurs projets ou réalisations d’oléoducs. On peut ainsi citer l’oléoduc du Niger vers le port de Sèmè, au Bénin, le Trans-Niger Pipeline (TNP), au Nigeria, celui de l’Ouganda vers la Tanzanie, et aussi le gazoduc transsaharien, qui reliera le Nigeria, le Niger et l’Algérie. Mais nombre de ces importantes réalisations, qui coûtent énormément d’argent, doivent encore faire face à de terribles défis de vandalisme et de fuites de pétrole, si ce ne sont des considérations liées à l’insécurité et au terrorisme…
P COMME… PARTIS POLITIQUES
Sale temps pour les partis politiques ? En tout cas, dans certains pays du continent, ils sont mis à l’étouffoir, entre les rigueurs d’un système partisan rigide et le désir de rebattre les cartes du jeu politique. Suspendus, exclus, dissous, recadrés… les partis politiques — que la Béninoise Marie-Élise Gbèdo avait qualifié de « regroupements alimentaires » — sont devenus inaudibles dans un certain nombre de pays. Le moment est peut-être venu de toiletter les chartes qui les régissent et de regarder plus diligemment à leur fonctionnement effectif afin qu’ils jouent plus efficacement leur rôle d’animation de la vie politique nationale et de cogestionnaires de la formation citoyenne et républicaine de leurs membres.
Q COMME… QUAND ?
Quand l’Afrique, notre Afrique — qui dispose pourtant d’un potentiel énorme pour réussir son émergence économique dans un climat de paix sociale et de stabilité politique — comptera-t-elle vraiment dans le concert des nations ? À l’aube du 65e anniversaire des « soleils des indépendances », il est indispensable de se réapproprier la pertinente question de l’historien burkinabè Joseph Ki-Zerbo, aujourd’hui décédé : « À quand l’Afrique ? » Dans cet ouvrage-entretien avec René Holenstein paru en 2013, Joseph Ki-Zerbo plaide pour… « une indépendance authentique de l’Afrique dans le cadre d’un développement endogène, impensable en dehors du cadre panafricain ». En somme, capitaliser sur l’identité première de continent (cultures et traditions) afin de « faire renaître une Afrique nouvelle guidée par le passage de soi à soi-même » ! Tout un programme, un progiciel à réinitialiser…
R COMME… REBRANDING
L’Afrique nouvelle ne peut se construire sans une image rénovée et des actions concrètes qui bâtissent les transformations politiques, économiques et sociales dont elle a besoin pour s’affirmer. En cela, Notre Afrik joue brillamment sa partition depuis dix ans à travers le Rebranding Africa Forum. Un rendez-vous majeur qui est devenu « le laboratoire qui catalyse les questionnements et les espoirs de l’Afrique, un formidable creuset d’influence pour matérialiser notre volonté d’amener le continent, par la force de propositions pertinentes et de stratégies mieux pensées et plus coordonnées, sur les chemins de sa renaissance ».
S COMME… SOMALILAND
Ancien protectorat britannique avant d’être intégré, en 1960, à la Somalie indépendante, le Somaliland a fait sécession en 1991 lorsque le pays a sombré dans la guerre civile et a proclamé son indépendance. Et a construit, depuis, « un État, un ordre démocratique, sa propre monnaie et une économie ». Mais ce « bon élève démocratique », qui jouit d’une paix qui fuit la Somalie, n’a toujours aucune reconnaissance officielle. Ni des Nations unies, ni de l’Union africaine. Un non-État qui respecte cependant les règles internationales et qui veut compter diplomatiquement sur l’échiquier mondial…
T COMME… TOGO …
Et le Togo change de paradigme institutionnel et politique ! Les élections sénatoriales du 15 février dernier et la nomination, dans la foulée, des sénateurs désignés, sont en effet venues parachever la nouvelle architecture institutionnelle du pays, qui tourne le dos au régime semi-présidentiel. L’élection présidentielle initialement prévue cette année passe ainsi à la trappe et le nouveau président de la République, désigné par le parlement réuni en congrès, n’aura qu’un rôle honorifique. On attend à présent l’élection, toujours par le parlement, du… Président du Conseil des ministres, qui détiendra la réalité du pouvoir. L’opposition reste cependant vent debout contre cette réforme menée au forceps !
U COMME… UNION AFRICAINE
Addis-Abeba, 25 mai 1963. La conférence fondatrice de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) a lieu en Éthiopie. Mais le rêve de certains pères fondateurs de bâtir une entité africaine politiquement et économiquement unie se heurte à l’opposition de certains autres. Soixante-deux ans après, où en est le continent, qui traîne encore malheureusement les stigmates de la division ? L’OUA a passé le témoin à l’Union africaine depuis 2002 et la récente désintégration du bloc ouest-africain est une sirène qui la place à la croisée des chemins, au moment où résonnent ci et là des trompettes souverainistes de la conquête de « l’indépendance véritable ».
V COMME… VÉRITÉ La vérité, proclame un proverbe africain, rougit les yeux mais ne les crève pas ! Et quelles que soient les tares qu’on veut lui attribuer avec une bonne dose de condescendance, rien ni personne ne peut démentir le président de la Banque africaine de développement (BAD), Akinwumi A. Adesina, lorsqu’il affirme que l’Afrique, « dotée de ressources naturelles évaluées à 6 500 milliards de dollars, de 65 % des terres arables non cultivées de la planète et d’une population jeune et dynamique, n’a aucune excuse d’être pauvre » ! Non, vraiment, l’Afrique n’a aucune excuse de rester pauvre ! Nous tous, Africains, devons simplement, mais impérativement, prescrit encore Akinwumi A. Adesina, « retrousser nos manches, éradiquer la corruption et gérer nos ressources dans l’intérêt de nos pays et de nos populations ».
W COMME… WANGARI
Hommage à Wangari Maathai, fondatrice du Mouvement de la ceinture verte et première femme africaine à recevoir, en 2004, le prix Nobel de la paix pour son engagement en faveur de l’environnement et de l’émancipation des femmes. Née le 1er avril 1940, cette Kényane a développé une « vision holistique du développement durable, intégrant la démocratie, les droits humains et les droits des femmes ». Mais cette combattante et activiste politique, qui avait su étendre sa passion pour l’environnement à toute l’Afrique, est décédée le 25 septembre 2011 à 71 ans. Elle demeure « une figure emblématique de la lutte pour l’environnement et les droits des femmes, et son travail continue d’inspirer de nombreuses personnes à travers le monde ».
X COMME… XÉNOPHILIE Dans la diversité qui vitalise chaque nation africaine, ses habitants ne peuvent que cultiver la xénophilie pour s’enrichir de cette impressionnante mosaïque de cultures, de valeurs et de savoir-être. Et si finalement notre apport à l’universel est de répondre à la xénophobie des uns par cette formidable capacité à valoriser et à apprécier les différences culturelles, cultuelles, idéologiques, tout en établissant des liens positifs avec les autres sans les oppresser avec nos certitudes ? Bien évidemment, l’Afrique est en droit d’attendre la même attitude des autres, en montrant en toute chose qu’elle est un partenaire majeur, capable d’opérer et d’assumer ses choix.
Y COMME… YAOUNDÉ Réminiscences… C’était en mai 2010. L’Afrique s’était donnée rendez-vous, les 18 et 19 mai précisément, à Yaoundé, capitale du Cameroun, pour passer le continent au radioscope des défis non relevés, des ambitions insatisfaites, des espérances déçues. Cinquante ans après « les soleils des indépendances », la conférence internationale « Africa21 », ambitionnait ainsi de nous projeter, avec plus de hauteur, dans les défis du 21e siècle. On parlait alors de… fonder la nouvelle espérance d’un continent qui respecte les règles — politiques, démocratiques, économiques, etc. — qu’il se donne, qui a plus conscience de ses forces et de ses atouts et les actionne dans le bon sens pour avancer ! Aujourd’hui, quinze années plus tard, le compte n’y est manifestement pas encore…
Z COMME… ZLECAF C’est un dispositif qui devrait permettre de fluidifier et d’intensifier le commerce et les échanges intra-africains. De plus, assure-t-on, la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) « pourrait permettre aux pays africains de faire sortir de l’extrême pauvreté 30 millions d’habitants ». On annonce même 450 milliards de dollars de gains potentiels, dont « environ 300 milliards proviendraient des mesures de facilitation du commerce visant à lever les freins bureaucratiques et à simplifier les procédures douanières ». En attendant que tout cela se concrétise effectivement pour le bien des populations, il faut noter qu’à ce jour 54 États membres de l’Union africaine ont signé l’accord sur la Zlecaf, tandis que 47 l’ont ratifié. Une belle perspective ?
© Serge Mathias Tomondji
(in Notre Afrik N°100, Avril-Mai-Juin 2025)