Ukraine : à quand le réveil des intellectuels ?

Comment ignorer les appels au dialogue, au débat et à la raison des deux plus grands philosophes européens, dans le Süddentsche Zeitung, en Allemagne, puis, dans le quotidien Ouest-France?

Jürgen Habermas et Edgar Morin ont tous deux connu les désastres du précédent conflit mondial.  Ils savent de quoi ils parlent face à la multiplication, dans les médias et sur les réseaux sociaux, de discours bellicistes opposés à toute recherche de compromis, même diplomatique.

Avaient-ils entendu parler de ces appels ? Toujours est-il que quatorze journalistes, ex-correspondants de guerre des plus grands médias italiens, rejoints par plus de 150 journalistes de tous horizons, ont écrit une tribune ouverte qui a fait grand bruit dans ces deux pays, mais, bizarrement, pas en France.

Ils y dénoncent une « narration partiale et hypersimpliste du conflit » par des journalistes qui ne cherchent pas à vérifier. 

Aucun d’entre eux d’ailleurs ne justifie, bien au contraire, l’invasion russe de l’Ukraine. 

Ils rappellent simplement que « la presse doit constituer un pilier fondamental de toute vraie démocratie, que l’information journalistique est un bien trop précieux pour ne pas la confondre avec de la propagande , fut-elle contre-propagande.

Pour Edgar Morin, comme pour Jürgen Habermas, « nous sommes dans l’escalade de l’inhumanité et la dégringolade de l’humanité, l’escalade du simplisme et la dégringolade de la complexité ».

 Comment échapper à cette logique aveugle et infernale ? 

Philosophes et journalistes peuvent encore y aider en contribuant et soutenant le débat.

Outre-Rhin et au-delà des Alpes, les intellectuels se déchirent, parfois violemment, entre réalisme diplomatique et soutien militaire. 

Artistes et écrivains y défendent des positions antagonistes sur le conflit en Ukraine, mais le débat existe. 

Pas en France, où tout contradicteur est immédiatement suspecté de soutenir l’invasion russe et d’être un membre des "réseaux Poutine" (sic !), et donc interdits de parole. 

Et Edgar Morin de conclure son récent propos : 

" Nous devons pourtant aspirer à un compromis – donc au dialogue – sinon, il est de plus en plus probable que la guerre va rapidement s’élargir à tous les territoires européens. » 

CQFD ?

PH / 24-05-2022

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