Quand on fait une lecture historique de l'évolution du monde dans lequel nous vivons, j ai le sentiment que la violence reste la marque de fabrique privilégiée des États, des idéologies, des sociétés et des politiques. 

Le XXeme siecle nous a laissé un bilan affligeant marqué par des luttes atroces entre le communisme et l'anticommunisme: des génocides, des meurtres, des décapitations, des massacres, des exactions de toutes sortes ici et la, des exterminations d intellectuels, de communautés, des chasses aux sorcières contre certaines élites et des coups d État militaires qui ont semé la peur et la torpeur en Europe, en Asie, en Amérique latine, en Afrique et au Moyen Orient. Sans oublier tout un ensemble de faillites morales et de trahisons multiples. 

Aujourd'hui, le XXI siècle ne présente pas non plus un spectacle reluisant. La violence à changé de main et de couleur. Il y a deux types de révolutions qui s'affrontent en conduisant l'Humanité à un désastre certain. 

La révolution populis-conservatrice, menée un peu partout en Europe et en Amérique, qui cherche à transformer les rapports du monde principalement au niveau économique et géopolitique. Elle cherche à se libérer des contraintes de l'État providence pour mettre en place les fondements d'un nationalisme étriqué et cloisonné. 

La seconde révolution est de nature religieuse traduisant la suprématie de la religion sur la politique, le communautarisme sur le nationalisme et la morale sur la politique. Elle est conduite par ces mouvements dits intégristes qui prennent de l'ampleur dans le monde et qui ont développé des formes de combats et d'actions inédites et déconcertantes: égorgement au couteau, enlèvements de groupes d'écoliers et de leur réduction en esclavage, vente des femmes, dynamitage d'un monument antique, résurrection de doctrines haineuses, attaques par voitures et camions piégés, tueries en masse dans des stades de foot, dans des salles de spectacles, de loisirs, de promenades, dans les aéroports, les gares, les églises et ailleurs... 

On remarquera que ces deux révolutions, aux objectifs opposés, ont ceci de commun: l'identitatisme, souvent fondé sur la religion, la nation, la terre, la civilisation, la race ou un mélange de tout cela. Ce qui m amène à dire que notre terre va continuer à trembler et que l'histoire humaine est loin de connaître des longs moments de trêve et de paix même si le progrès humain ne cesse d'avancer et la technologie prospérer. 

Y a t il un mot juste pour qualifier ce changement du monde.? Retournement, régression décomposition, décadence, diversion, égarement, rupture, désintégration... Aucun pour une raison bien simple c'est que nous sommes responsables de ce qui nous arrive. Les bouleversements politiques et religieux, qui continuent de nous empoisonner la vie, ont créé au cours de l'histoire des situations inextricables que nous n'avons jamais essayé a débloquer. Nous étions toujours passifs face à la montée des fascismes et des dictatures, des populisme et des intégristes, moins vigilants sur les abus et les injustices, moins vigilants sur les déviances et les exactions, moins vigilants sur l'absence des libertés et des droits, moins vigilants quand les
systèmes politiques nous traitent comme sujets et non des individus, moins vigilants quand les technologies empiètent sur notre vie privée, moins vigilants quand la démocratie est détournée à des fins d'instrumentalisation et de domination, moins vigilants quand les pouvoirs publics votent de très mauvaises lois ou les modifient dans un sens plus autoritaire et plus expéditif, moins vigilants quand les médiocres et les incompétents confisquent les réseaux du pouvoir, moins vigilants au sens d une dérive morale et sociale, moins vigilants face à l’absence de conscience et au sens de devoirs et d'obligations....moins vigilants face à la régression des systèmes d'éducation et de formation. 

L'urgence est de retrouver cette vigilance et d'avoir une prise de conscience forte sur ce qui se passe autour de nous. Et dans ce cas, on pourrait contribuer à créer collectivement la métamorphose pour une histoire apaisée et humaine.

Rabat, 27 février 2022

Ali SEDJARI
Professeur des universités
Faculté de Droit-Agdal
Rabat MAROC