Jean-Claude Mairal, président de « Planète Jeunes reporters-Sur les pas d'Albert Londres », professeur de Philosophie et ancien président du Département de l'Allier, est cofondateur de I-Dialogos

Malgré les efforts diplomatiques de la France et de l'Allemagne pour éviter la guerre, Poutine a décidé d'envahir l'Ukraine. La condamnation est unanime, mais au-delà de celle-ci, quelles solutions pour mettre fin à cette invasion et à cet engrenage guerrier dangereux pour la paix en Europe et dans le Monde?


Avant d'essayer de répondre, faisons un détour par l'Histoire. Lors des guerres, ce sont toujours les populations civiles qui sont les 1ères victimes. Et les populations des pays vaincus, encore plus. On le sait fort bien, "malheur aux vaincus"! L'Histoire foisonne d'exemples. 

En Afrique où au 19ème siècle les puissances coloniales se sont partagées les territoires sans tenir compte des populations. Annexion de l'Alsace et de la Lorraine par l'Allemagne à l'issue de la guerre de 1870. Démembrement du royaume de Hongrie à la suite de la 1ère guerre mondiale, avec le rattachement de pans entiers de son territoire et de leurs populations à la Roumanie et à la Serbie.

 Rattachement des sudètes à majorité allemande, à la Tchécoslovaquie. La seconde guerre mondiale se traduira aussi par un redécoupage des frontières faisant fi des populations. 

La création de l'Etat d'Israël en Palestine à majorité arabe palestinienne en est l'exemple le plus marquant. 

Plus près de nous l'effondrement de l'URSS et la création de nouveaux Etats dont certains avec de fortes populations russes en leur sein, l'éclatement de l'ex-Yougoslavie avec d'importants déplacements de population. 

Bref des situations qui vont exacerber les nationalismes et les ressentiments, favorisant le déclenchement de guerres et de génocides. Le 20ème siècle foisonne de ces conflits de par le Monde. Et le 21ème siècle poursuit sur la même pente.Pourtant la charte des Nations Unies était sensée ouvrir une ère de paix et de stabilité. 

Ce n'est malheureusement pas le cas car on se heurte à une contradiction entre d'une part le droit des peuples à disposer d'eux mêmes et d'autre part l'intangibilité des frontières des Etats. L'intangibilité des frontières ne reconnaît pas le droit de populations d'un territoire à décider de leur avenir et de sortir de ces frontières, si elles le souhaitent. On l'a vu récemment avec les Catalans qui revendiquent leur indépendance. Ce n'est qu'un exemple parmi d'autres qui nourrissent le nationalisme. 

Nous sommes dans la même situation vis à vis des populations russophones de Crimée et du Donbass. Il ne s'agit pas de donner quitus à Poutine dans son action criminelle contre l'Etat souverain qu'est l'Ukraine, mais de se demander s'il ne serait pas temps de repenser la question du droit des peuples et de l'intangibilité des frontières d'un Etat. 

Qu'est-ce qui doit primer? Le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, leur pleine souveraineté ou l'intangibilité des frontières? Prendre en compte la diversité des territoires et l'intérêt des populations ne nécessiterait il pas de poser la question du mode d'organisation institutionnelle des Etats: Autonomie des régions concernées, fédéralisme, décentralisation ou indépendance si tel est le souhait des populations? Concevoir la Nation comme un bloc monolithique en niant les particularismes ou concevoir une Nation unie dans la diversité de ses territoires et de ses populations? Autant de questions à se poser.


Pour revenir au Conflit Russie/Ukraine, on ne peut le comprendre sans faire un détour par l'Histoire du 20ème siècle: première guerre mondiale et création de l'URSS, seconde guerre mondiale et constitution du bloc de l'Est, guerre froide entre l'est et l'Ouest, création des blocs militaires avec l'OTAN et le pacte de Varsovie, course aux armements nucléaires, effondrement de l'URSS, émancipation des ex pays socialistes vis à vis de la Russie et triomphe de l'Occident sur l'ennemi communiste. 

1991 aurait pu permettre, comme c'était le souhait de Gorbatchev, la disparition définitive des blocs militaires et la création d'une Europe de paix et de coopération. Ce ne fut pas le cas. Qui en porte la responsabilité? 

L'Histoire tranchera!Mais cet espoir né en 1991 avec la disparition du mur de Berlin, de l'avènement d'une Europe de paix et de fraternité, est-il mort et enterré comme pourrait le laisser supposer la politique de Poutine et son agression de l'Ukraine?Certes, la colère est légitime face à l'attitude de Poutine, mais chacun au-delà des protestations et des condamnations, se pose la question, "que faire"?

Nombre de mesures seront prises pour venir en aide au peuple ukrainien et pour s'en prendre économiquement à la Russie. Mais il faut être conscient que les sanctions prises, mêmes les plus drastiques, ne suffiront pas à résoudre ce conflit.


Il n'y a pas 36 solutions pour faire face à une agression armée, soit on y répond par la guerre avec des conséquences terribles pour les populations civiles, soit on trouve une porte de sortie en renouant le dialogue par la poursuite des efforts diplomatiques mis en oeuvre par la France et l'Allemagne


Comme l'indique Vladimir Fédorovski, ancien diplomate soviétique,  artisan de la fin de la guerre froide sous Gorgatchev, il faut mettre en oeuvre ce que souhaitait Gorbatchev, à savoir un pacte européen de sécurité et de stabilité à l'échelle du continent européen et la fin des blocs militaires (Pacte de Varsovie et OTAN), facteurs de tensions ente l'Occident et l'URSS.

Deux organisations sont en capacité de favoriser une telle démarche et sortir des logiques des blocs militaires et politiques: l'OSCE (l'Organisation de sécurité et de coopération en Europe) fort de ses 57 états membres et le Conseil de l'Europe avec ses 47 états. La Russie et l'Ukraine siègent dans les 2 organismes.

- L'OSCE fruit de la conférence sur la sécurité et la coopération en Europe débouchant sur l'acte final d'Helsinski (1975) et du forum multilatéral de dialogue et de négociation entre l'Est et l'Ouest avec la charte de Paris (1990), doit, sur la base de ses différentes chartes être le fer de lance de l'organisation d'une nouvelle conférence sur la sécurité en Europe.

- Le Conseil de l'Europe, 1ére construction européenne au sortir de la seconde guerre mondiale, avec ses institutions (l'Assemblée parlementaire avec des représentants de chaque pays, le congrès des pouvoirs locaux et régionaux avec des représentants de collectivités des pays, la conférence des ONG et ses 400 représentants) peut à la différence de l'Union Européenne, ne rayonnant que sur une partie de l'Europe, être ce lien entre tous les pays et peuples européens et jouer un rôle pour un avenir pacifique du continent.


La France et l'Allemagne membres de ces 2 organismes ont un rôle décisif à jouer pour renouer les fils du dialogue et sortir le continent européen de l'ornière et des affres de la guerre.


Jean-Claude MAIRAL 25-02-2022

Rappel historique in Revue HERODOTE =>

https://www.herodote.net/La_tragedie_russe_en_trois_actes_1991_2021_-article-2792.php 

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